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Cavités du corps, téguments et système musculaire

Le corps de l’Anchynie se divise, comme on sait, en trois cavités inégales. La plus grande renferme presque les deux tiers du corps, c’est la cavité pharyngienne ou antérieure (pl. VIE, fig, 1, Cph). Après vient la cavité générale (Cg), que Kowalevsky et Barrois décrivent comme une simple fente. En vérité, cette cavité occupe plus d'espace que la cavité cloacale (C1), si le dessin (fig. 8, pl. IX) donné par les auteurs est conforme à la nature. Les mêmes proportions des trois cavités du corps se conservent aussi dans l’Anchynie de Naples.

La tunique de l’Anchynie de Naples ne représente pas une couche aussi épaisse que dans l’Anchynie de Villefranche, surtout dans sa partie inférieure (pl. VII, fig. 4, F). Cette couche a partout la même épaisseur, sauf les deux orifices, vers lesquels elle s’amincit finalement et disparaît. La tunique n'existe pas non plus sur cette protubérance qui renferme la courbure du canal intestinal.

Dans son état naturel, la tunique se montre tout à fait sans structure, parfaitement transparente et hyaline, Son contour se confond avec l’eau ambiante. Il ne peut être remarqué avec netteté que dans les exemplaires colorés par le carmin et qui n’ont pas été suffisamment lavés. Le carmin, dans le lavage, sort de la préparation, reste à lasurface de la tunique, qui, elle-même, ne se colore jamais. Dans l épaisseur de la tunique, on peut apercevoir quelques corpuscules de la cavité générale du corps et quelques globules du sang. La façon par laquelle ces corpuscules entrent dans cette couche n’est pas claire.

L'épithélium extérieur (pl. VIT, fig. 1, ep) est composé des grandes cellules régulières aplaties et de forme hexagonale. Chaque cellule possède un nucléus de forme ovale dans les jeunes cellules, et [en croissant ou en lettre £' dans les cellules adultes (nc:, fig. 12 et 43).

Au devant, il est rempli par les petits granules ou bien il contient

deux ou trois nucléoles. Le protoplasme qui entoure ce nucléus s'étend en tous sens autour de lui en forme de rayons. Les rayons sont plus abondants et prononcés dans les cellules jeunes que dans les cellules adultes et arrivent avec leurs extrémités jusqu'aux parois de la cellule sans qu’on puisse pourtant les voir s’y fixer. Les rayons sont tantôt minces, à peine visibles, tantôt épais. Dans les deux cas, on peut remarquer çà et là des granules protoplasmatiques, qui, très souvent, donnent à ces rayons l’aspect moniliforme. Très souvent, tous ces rayons se raccourcissent et disparaissent complètement. Dans ce cas, le nucléus prend la forme sphéroïdale, irrégulière ou ovoide.

L’épithélium intérieur, c’est-à-dire celui qui tapisse les cavités du corps, est également composé de grandes cellules hexagonales et aplaties, et le nucléus a aussi la forme d’un croissant.

L'espace entre ces deux épithélium est rempli par une couche d’épaisseur variée. Elle est très épaisse vers la surface supérieure, qui porte le ganglion, et très amincie vers la surface opposée. Cet espace, comme la tunique, est dépourvu de structure, mais les recherches ultérieures nous montreront sans doute quelque organisation. Quelquefois, j'ai vu sur les exemplaires colorés par l’acide osmique, très faibles et conservés pendant quatre ou cinq mois dans la glycérine, des fibres très minces et serrées. Elles différaient des fibres nerveuses et se dirigeaient toutes dans le même sens, c’est-à-dire que de l’ouverture antérieure elles passaient en arrière; quant à la nature de ces fibres, je n’ai pu m'en faire une idée bien nette.

Outre ces fibres, la couche renferme en abondance les corpus cules de la cavité générale du corps et ceux du sang.

Cette couche, renfermée entre les deux épithélium, ne peut être considérée comme la couche dermique; elle est la vraie paroi du corps. L'ensemble de cette couche etdeux des épithélium correspondent au manteau des Ascidies ou au sac musculeux-dermal, Æautmuskelschlauch, comme le nomment les naturalistes allemands,

Mais ce sac, comme on le sait, consiste en plusieurs couches de

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cellules entre lesquelles se trouvent des bandes et fibres musculaires et des vaisseaux. On ne peut pas admettre que la différence entre ces deux types des Tuniciers, les Ascidies d’un côté et les Salpes, Doliolums, Anchynies de l’autre, soit si énorme, et que les parois du corps, d'une organisation très compliquée dans les Ascidies, présentent une seule couche sans structure dans les Anchynies et les Doliolum.

Le corps de l’Anchynie est incolore, excepté à sa partie postérieure, où l’on rencontre de nombreuses cellules pigmentaires.Ces dernières sont entassées autour de culs-de-sac où se trouve la courbure du canal intestinal (pl. VIF, fig. 1). Elles cachent toute la partie postérieure de ce canal jusqu'au bout inférieur de l’æœsophage, et s'étendent en arrière jusqu’à la bande circulaire de l’orifice postérieur; en avant, elles arrivent jusqu’à la moitié de l’'endostyle. Ce sont des cellules étoilées de très grandes dimensions et toutes remplies de granules de pigment rouge (pl. VII, VU, pg, fig. 5). Gette couleur apparaît d’un rouge écarlate à la Iumière directe et d’un rouge-carmin par transparence. Dans les cellules dilatées, les rayons des étoiles sont larges, ramifés et pointus à leurs bouts. Dans les cellules contractées, au contraire, les rayons ont la même longueur ou presque, mais ils sont étroits, minces, avec les bouts claviformes ou arrondis (fig. 4, pg, VIT). Dans les premiers, on peut facilement distinguer les granules de pigment distribués dans le sarcode incolore et transparent ; dans les seconds, l'accumulation de ces granules ne permet plus de les distinguer isolément.

Jamais je n'ai pu remarquer un mouvement dans ces cellules pigmentaires, qu’il faut cependant admettre, parce que nous les trouvons dans deux états : contractées ou épanouies. Très souvent on peut remarquer que les cellules émettent des pseudopodes très fins et subtils, qui garnissent leurs bords en forme de frange. Chacune de ces cellules possède un grand noyau qu’on observe facilement dans les cellules dilatées.

J'ai vu une fois un grand lobe appartenant à une de ces cellules

étoilées, auquel étaient fixés à l’aide d’un filament long et effilé deux’ globules protoplasmatiques, incolores, séparés par une commissure, Je les observai longtemps sans pouvoir remarquer aucune trace de mouvement ou de changement de forme et de position. Je suppose que ces deux corpuscules étaient des globules du sang en état de fusionner avec la cellule pigmentaire (pl. VII, pv, pv).

Quant à l’origine des cellules pigmentaires, je ne doute nullement qu’elles ne se forment de globules du sang, quoique je n’aie jamais pu observer le procédé même. Les globules renfermant un pigment très semblable à celui des cellules étoilées ne sont pas rares, quoique ce pigment n'apparaisse Jamais sous forme de granules.

Les cellules épithéliales de l’Anchynie, en s’approchant des deux ouvertures du corps, l’antérieure et la postérieure, deviennent plus petites et perdent insensiblement leur forme hexagonale pour devenir ovale (pl. IX, fig. 1, 2). C’est sous cette forme que les cellules formant toujours deux couches vont tapisser les parois des deux ouvertures ; les bords de ces dernières sont garnis de dix festons. Les Anchynies peuvent élargir ou rétrécir leurs ouvertures, ce qui est suivi d’un allongement ou raccourcissement des festons. Nous verrons plus loin que sur le bord des festons viennent se placer des organes sensibles,

Les bords des festons de l'ouverture antérieure sont construits d'une manière un peu différente de ceux de l'ouverture postérieure. Les premiers sont bordés par une rangée de cellules de forme anguleuse, quelquefois carrée, avec des parois épaisses et très prononcées (pl. IX, fig. 5, b, cd). La rangée de ces cellules n’est pas disposée exactement sur le bord des festons, mais à une petite. distance de celui-ci. La destination de ces cellules est évidemment de protéger le bord des festons du contact avec les différents objets qu'ils peuvent rencontrer pendant le mouvement de l’animal.

Le rétrécissement des ouvertures se produit au moyen de deux paires de muscles circulaires (pl. VIL fig. 1,m",, m,, m,, m,). Un des

cercles est plus large. que l'autre ; le premier est plus près de l'ou-

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verture ; le deuxième, plus grand, mais plus étroit, est placé à quelque distance de celui-ci et dans les parois mêmes du corps. L'élargissement des ouvertures est la conséquence de l’élasticité de ces parois. Du moins on ne peut faire d’autre supposition, parce que les muscles auxquels on pourrait attribuer ce rôle font complètement défaut. C'est d’ailleurs de la même manière que se fait l’élargissement des ouvertures dans les Doliolum et les Salpes.

Outre ces deux paires de muscles — les Anchynies possèdent encore des bandes musculaires en forme d'une S placées presque au milieu du corps un peu plus près de sa partie postérieure (ms),

L'extrémité de chaque bande s'arrête non loin du sommet du corps, tandis que son extrémité postérieure passe en arrière et se termine près de la cavité cloacale. En considérant la forme et la position de ces muscles, nous pouvons conclure qu'ils servent pour évacuer l’eau contenue dans les cavités pharyngienne et cloacale. En comprimant la première, ils chassent l’eau qui la remplit, et l'animal fait alors un bond en arrière. En comprimant la cavité postérieure ou cloacale, l’eau est également chassée de celle-ci et avec elle les masses fécales contenues dans son intérieur. En considérant ces mouvements, il ne faut pas perdre de vue le jeu des bandes musculaires qui entourent les ouvertures branchiales, ainsi que le jeu des bandes circulaires entourant les ouvertures du corps. Si les fentes branchiales se contractent, le bond de l’animal en arrière a plus de force que dans le cas où ces ouvertures sont largement ouvertes. Dans ce cas, l’eau passera librement à travers les fentes branchiales, la force motrice en sera d’autant diminuée. Le même résultat sera obtenu dans le cas où l’ouverture antérieure pharyngienne sera contractée, tandis que l'ouverture cloacale seræ au maximum de son élargissement avec les fentes branchiales ouvertes. Si, dans de pareilles conditions, les muscles en forme d’S entrent en fonction, presque toute la quantité de l’eau qui se trouve dans la cavité pharyngienne se précipitera en arrière, et l'animal fera

un bond énergique en avant.

Il est utile de rappeler ici que les bandes musculaires de l’Anchynie sont moins développées que chez le Doliolum tant sous le rapport

de leur nombre que pour la largeur de chacune d'elles.

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