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VI. EXPÉRIENCES DE TRACTION

Dans mes premières recherches, déjà rappelées, sur la force musculaire des Insectes, je mesurais la force de traction de Coléoptères et d'Hyménoptères en obligeant ces animaux à tirer, en marchant sur une surface horizontale rugueuse', un fil horizontal aussi qui passait sur une petite poulie, pendait ensuite verticalement et portait à son extrémité un plateau dans lequel on versait du sable sec, jusqu’à ce que l’Insecte, même excité, ne parvint plus à avancer et à soulever la charge.

Il était impossible de constater ainsi autre chose que la force des Insectes dans le sens vulgaire, les muscles de ces Articulés étant trop petits pour en mesurer exactement la section transversale.

Plus tard, j'ai cru que les dimensions des muscles des crabes

permettraient peut-être d'utiliser la traction pour déterminer, par

* Dans les expériences sur les Crabes, la surface rugueuse était une planche horizontale sur laquelle étaient clouées de petites règles transversales régulièrement espacées,

un deuxième procédé, la force musculaire absolue des Crustacés décapodes.

Le mode de locomotion latérale des Brachyures me paraissait aussi éminemment favorable aux expériences. En effet, un Crabe attelé à une ficelle fine horizontale passant sur une poulie et terminée par des poids avance sur le côté, et s’il progresse, par exemple, la droite en avant, il tire avec les pattes droites et pousse avec les pattes gauches.

En supposant que l’animal utilise simultanément ses dix mem-

bres, il met donc en action, à la fois, tous les muscles fléchisseurs

droits et tous les muscles extenseurs gauches. Or chaque article de patte, l’article terminal excepté, renfermant deux muscles parallèles, un fléchisseur et un extenseur, il semble qu'il suffise de considérer les membres situés d’un seul côté du corps, de sectionner transversalement leurs articles successifs à la région du plus grand diamètre et de mesurer l'ensemble des surfaces musculaires qui se présentent à la section.

Cette méthode si simple en théorie est, en réalité, d’une applicaüon difficile ; les causes d'erreurs sont multiples, et, comme les inexactitudes se répètent un grand nombre de fois, le résultat final se trouve complètement faussé.

Ainsi, 4° les crabes tirent très mal, et je doute fort qu’effrayés par la situation exceptionnelle dans laquelle on les place, ils mettent en jeu toute la force dontils sont susceptibles; 2° il arrive souvent que le Crustacé n’emploie pas ses dix pattes; des membres et spécialement ceux de la cinquième paire, peuvent rester inactifs, l'animal les maintenant relevés t; 3° les différents articles d’une même patte ne se meuvent pas dans le même plan, mais « les mouvements de flexion et d'extension se trouvent réciproquement perpendiculaires

dans les articles qui se suivent? ». fait qui ne permet pas de tenir ) | P

! Dans ce cas on n’a utilisé dans les calculs que les valeurs concernant les pattes en action.

? LemoiNe, Recherches pour servir à l'histoire. de l'écrevisse, op. cit,

FORCE ABSOLUE DES MUSCLES DES INVERTÉBRÉS, 209 compte de tous les muscles el qui oblige à choisir un peu arbitrairement certains d’entre eux ; 4° la surface de section des muscles est encore si pelite que les mesures doivent être entachées d’erreurs relativement grossières ; 5° enfin le nombre des mesures partielles est considérable.

On conçoit donc comment 1l se fait que tout en n'opérant que sur des individus récemment capturés, en multipliant les expériences et en m'entourant de précautions, je n'ai obtenu qu’un résultat illusoire.

En ne tenant compte que des muscles mouvant les articles dans un plan vertical et en supposant la moitié des pattes tirant et l’autre moitié poussant, je n'arrive qu'à une valeur de la force musculaire absolue égale au huitième environ de celle qu’indiquent les expériences sur les muscles de la pince. Enfin, en admettant, ce qui est du reste peu probable, que les muscles fléchisseurs sont seuls en action, je n'obtiens encore que le quart de cette valeur.

Tout permet cependant de supposer que la force absolue des muscles moteurs des articles des pattes doit être analogue à celle des muscles fléchisseurs de l’article mobile de la pince,

Le procédé de la traction est donc mauvais en ce qui concerne les Crustacés. J'ai tenu à en signaler les défauts et l’absurdité des résultats afin d'éviter à d’autres des efforts stériles.

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