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STRUCTURE ET TEXTURE DE LA RATE CHEZ LES AMPHIBIENS

Les caractères extérieurs de la rate chez les Amphibiens sont à peu près les mêmes que chez les Poissons. Cependant, le rapport entre le volume de l'organe et le poids du corps varie d'une facon sensible, si l’on passe des Anoures aux Urodèles. Chez ceux-ci, en effet, la rate est beaucoup plus volumineuse, ce qui tient peut-être à ce que, chez les premiers, la moelle osseuse intervient comme organe hématopoiétique.

Nous prendrons comme types le 7rtton palmatus et la Salamandra maculosa, et nous décrirons immédiatement la structure et la texture de la rate.

Vaisseaux sanguins. — Les artères, après avoir pénétré par le hile, se divisent bientôt en plusieurs branches divergeant à angle aigu et suivent une direction parallèle aux faces de l'organe, de sorte que, sur des coupes transversales, elles se présentent sectionnées en travers. Puis, après avoir fourni sur leur trajet des rameaux ténus qui se séparent sous des angles plus ou moins aigus, elles meurent en deux ou trois branches terminales.

Les veines suivent un trajet analogue, mais ne sont pas accolées

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aux artères. Les branches qu'elles fournissent s'ouvrent largement dans la pulpe, en grande partie au voisinage de la capsule. Sur les pièces injectées à la gélatine colorée par le bleu de Prusse, on voit que toute la surface de l'organe présente une coloration bleue uniforme sans interposition de tissu splénique. Les coupes transversales de pièces injectées au bleu montrent tout autour de l’organe, au-dessous de la capsule, une bande bleuâtre uniforme, véritable sinus périphérique qui se reconnaît également sur les pièces non injectées, à l'accumulation des globules sanguins.

Si l’on considère que les artères viennent se terminer en grande partie dans le voisinage de ce sinus et que les veines y naissent par des ouvertures béantes, on comprendra sans peine que le sang s'y accumule facilement et que ce sinus cloisonné forme autour de l’organe comme un vaste réservoir susceptible d’être distendu plus ou moins suivant les conditions mécaniques de la circulation. Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer à Ce propos qu’en poussant lentement des injections par l'artère, le volume de l'organe peut doubler et même tripler. Il est hors de doute que cette vaste lacune située entre les artères et les veines ralentit considérablement le cours du sang, et que, sous l’effort prolongé de la pression sanguine, la capsule peut être distendue et relâchée alternativement. La texture de cette enveloppe nous rendra compte de ses propriétés élastiques.

Capsule. — Elle est formée d’une charpente fibro-élastique renfermant des lymphatiques et des nerfs et tapissée par un épithélium pavimenteux à noyaux ovoides. Cette membrane, détachée avec soin et examinée à plat après avoir été fixée et étendue par les méthodes déjà indiquées à propos de la capsule de la rate des Sélaciens, montre des faisceaux conjonctifs finement fibrillaires et se colorant légèrement par le carmin. Ces faisceaux, plus volumineux chez la Salamandre que chez le Triton, s’anastomosent fréquemment entre eux et sont enveloppés par une substance conjonctive de nature

un peu différente et légèrement grenue. Sur ces faisceaux sont ap-

DE LA RATE CHEZ LES ICTHYOPSIDES, 441 pliquées des cellules conjonctives à noyau le plus souvent ovalaire ou elliptique, à zone protoplasmique, irrégulière, souvent disposée d'un côté en une surface triangulaire étroite qui se prolonge par son sommet en un tractus délié s’anostomosant avec des prolongements analogues venus des cellules voisines.

Entre les faisceaux conjonctifs, un réseau de fibres élastiques déliées à larges mailles entoure l’organe comme un filet susceptible de dilatation et de rétraction alternatives.

Au niveau du hile, les parties opposées de la capsule se rejoignent pour former le mésentère propre de l’organe. A ce niveau, les faisceaux conjonctifs se mélangent et s'anastomosent pour ne former qu'une masse médiane entre l’épithélium des deux faces. Arrivé sur les gros troncs vasculaires qui envoient leurs branches transversales dans l’organe, le mésentère se dédouble de nouveau pour envelopper la veine d’abord avec la paroi de laquelle il fait corps, puis, un peu plus loin, l'artère, à laquelle il n’adhère que d’un côté. La veine a un diamètre énorme relativement à l’épaisseur du mésentère, de sorte que, sur les coupes transversales, elle fait fortement saillie. Au moment où il se dédouble pour l’envelopper, le mésentère limite un espace irrégulièrement triangulaire, qui n'est autre que la coupe d'un tronc lymphatique qui communique par des anastomoses transversales avec un tronc plus volumineux situé entre la veine et l'artère, et qui enveloppe celle-ci dans les trois quarts de son étendue, de sorte qu'elle n'est adhérente au mésentère que sur une faible étendue.

Réticulum. — De la face interne de la capsule, se détachent de distance en distance de forts prolongements des faisceaux conjonctifs qui limitent d’abord, en s’anastomosant, les grandes aréoles du sinus cloisonné dont nous avons parlé, puis, par suite du dédoublement progressif des trabécules dans l'intérieur de l'organe, les mailles deviennent beaucoup plus étroites et sont remplies presque complètement par les cellules qui constituent la pulpe splénique.

Chez les Urodèles, les trabécules conjonctives qui forment le réti-

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culum splénique ne s’étalent pas en lamelles comme chez les Sélaciens et la plupart des Poissons osseux, ce sont des fibrilles, qui, à leurs points de réunion, sont épaissies et qui se colorent légèrement en rose par le carmin. Chez la Salamandre, cependant, elles prennent dans quelques points l'apparence de membranes, surtout autour des capillaires terminaux. Dans le Triton, ces fibrilles restent cylindriques dans toute leur étendue, et, après les injections de nitrate d'argent, elles apparaissent très réfringentes, formant des mailles polygonales mesurant en moyenne de 15 à 20 &. Leur section est un cercle très réfringent dont le diamètre varie de 4 demi à À micro-millimètre, A leurs points d'anastomose, des épaississements triangulaires ou quadrangulaires forment des nœuds aux: quels adhèrent les cellules propres du réticulum.

Celies-ci ont un noyau ovalaire ou arrondi de 9 à 15 v de diamètre, finement granuleux et non réfringent, Autour de ce noyau, une zone irrégulière de protoplasma finement granuleux, à prolongements plus ou moins filiformes qui accompagnent les fibrilles conjonctives pour se réunir aux prolongements venus des cellules voisines. En certains points, les cellules sont rassemblées en amas plus ou moins volumineux.

T'erminaisons artérielles. — A leur entrée dans la rate, les artères dont le diamètre est égal à environ 40 ou 50 pu, possèdent une tunique endothéliale, une tunique musculaire et une enveloppe conjonctive. Gette enveloppe conjonctive persiste sur les artérioles terminales en conservant une épaisseur beaucoup plus grande que sur les veines correspondantes.

Chez le Triton, ces artérioles se divisent en trois ou quatre branches capillaires d’un diamètre de 6 à 8 y, entourées de quelques faisceaux connectifs longitudinaux dont se détachent les trabécules du réticulum. Après un trajet assez long, ces capillaires s'ouvrent dans les mailles de la pulpe.

Manchon terminal chez la Salamandre. — Dans la Salamandra ma-

culosa, la disposition que nous avons décrite chez les Sélaciens se

présente de nouveau et l’on trouve également le capillaire terminal entouré d’un manchon de tissu splénique modifié.

Sur les coupes transversales, on distingue l'enveloppe des capillaires terminaux à leur transparence plus grande et à l'aspect spécial qu'elle présente. Tout autour du capillaire, le réticulum s'est modifié; on ne reconnaît plus les trabécules qui le constituent et on dirait une masse compacte légèrement granuleuse et hyaline dans laquelle sont plongés de grands noyaux ovalaires. Cette zone épaissie forme au capillaire un manchon au centre duquel il est suspendu par des tractus délicats. Sa face externe est rattachée au réticulum par des prolongements plus épais. Elle est nettement limitée par un anneau conjonctif légèrement coloré en rose et de même nature que les trabécules avec lesquelles il se continue, A sa

face interne, le manchon est également bien limité, et, entre ces

deux anneaux, le tissu conjonctif forme comme une masse spon-

gieuse finement réticulée, à aspect grenu, De même que d’autres points de la pulpe, elle est souvent infiltrée de petites granulations arrondies, jaunâtres, quelquefois noirâtres, qui ne sont autres que des granulations d'hémoglobine. De grands noyaux ovalaires ou elliptiques sont irrégulièrement dispersés dans cette masse et assez espacés les uns des autres ; ils ontun grand diamètre de 12à 15wet un court de 8 à 10 p; ils sont granuleux, souvent avec deux ou trois nucléoles très réfringents, La zone protoplasmique qui les entoure est irrégulière et mal limitée; elle contribue à donner au manchon l'aspect grenu qui le caractérise. Ces cellules ne diffèrent pas de celles qui sont attachées au réticulum dans le reste de l'organe. Le diamètre du manchon varie de 45 à 70 p. Il se bifurque en même temps que le capillaire. Le diamètre de celui-ci est de 40 à 45 y, et l'espace cloisonné qui le sépare du manchon, large de 6 à 8 x. Cet espace est souvent obstruéj par des cellules lymphatiques, même après les injections d’eau salée. Les noyaux de l’endothélium du capillaire sont allongés, d’une longueur de 15 à 20 & et d’une largeur de 4 à 8 p. Ces capillaires terminaux avec leur manchon spé-

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cial sont fort longs et dirigés parallèlement aux faces de l'organe, à l'exception de quelques rameaux qui se détachent à angle aigu. Aussi, sur les coupes transversales, on ne peut pas prendre une idée générale de leur ensemble comme sur les coupes longitudinales. Par suite de la direction contournée et irrégulière des capillaires, une coupe mince n intéresse souvent ces corps terminaux que sur une faible partie de leur longueur. Cependant, on en rencontre quelques-uns en continuité avec l'artère terminale. Celle-ci, après un long trajet pendant lequel elle conserve un diamètre uniforme de 25 à 30 p., vient se jeter dans le manchon ; la lumière du vaisseau est égale à 8 y environ, c'est dire que la paroi est assez épaisse. Cette paroi est en grande partie formée de faisceaux conjonctifs sur lesquels viennent s'insérer les trabécules du réticulum. Des fibres lisses longitudinales s'appliquent à l’intérieur contre cette enveloppe conjonctive et leurs noyaux, très allongés et plus réfringents, sont situés en dehors des noyaux endothéliaux plus larges et qui font saillie dans la lumière du vaisseau. En arrivant au manchon, la paroi conjonctive de l’artériole se continue insensiblement avec lui. A l’extrémité opposée à celle de l'entrée de l’artériole, le manchon diminue d'épaisseur et finit par se confondre avec les trabécules du réticulum. Le capillaire central s'ouvre à ce niveau dans les mailles de la pulpe splénique par suite de la dissociation de sa paroi conjonctive en tractus qui se confondent également avec le réticulum. Terminaisons veineuses. — Les veines naissent dans les lacunes de la pulpe par trois ou quatre ramuseules assez courts, dont le diamètre varie de 15 à 20 p.. Ce qui les distingue immédiatement des artères terminales, c'est la grandeur relative de leur lumière par rapport à l'épaisseur de leur paroi. Ainsi, sur un diamètre total de 20 p, la lumière a une largeur de 14 p environ. La paroi est formée par une mince enveloppe de tissu conjonctif, avec de rares noyaux allongés. A sa face interne, les noyaux de l’endothélium font une forte saillie à l'intérieur ; ils ont une longueur moyenne de 48 p avec une lar-

geur de 4 x. Ces veinules originelles s'ouvrent dans la pulpe en

s'évasant légèrement, et leur paroi se partage en plusieurs tractus qui se continuent avec le réliculum. En se réunissant, ces veinules forment des branches plus grosses sur lesquelles la paroi conjonctive augmente d'épaisseur, mais on ne rencontre de fibres musculaires que sur les gros troncs situés en dehors de l’organe.

Pulpe splénique. — Pour connaître d'une façon exacte les différentes variétés de cellules que l’on rencontre dans la pulpe splénique des Amphibiens et leurs transformations, il faut recourir à la méthode des dissociations: Un petit morceau de la rate d’un Triton est enlevé sur l'animal vivant et dissocié par les méthodes déjà décrites. Voici quelles sont les différentes formes cellulaires que l'on rencontre :

1° Des cellules arrondies, ovalaires ou elliptiques, peu réfringentes, de 10 à 16 y de diamètre, à zone protoplasmique le plus souvent invisible et s'appliquant contre le noyau (voir pl. XXI, fig. 3, a, b,c,d). Elles sont colorées en rouge par le carmin. Le noyau est mal limité et présente une surface mamelonnée qui se traduit sur la coupe optique par des découpures et des festons irréguliers arrondis. Après l'action de l'alcool au tiers, ces noyaux se gonflent, deviennent arrondis et réfringents. Il en est de même après les injections de nitrate d'argent, qui ont, en outre, la propriété de faire apparaître la zone protoplasmique qui entoure le noyau. |

Ces cellules forment la grande majorité de la pulpe splénique.

2° Des cellules de 16 à 25 y, offrant le même aspect que les précédentes, dont elles ne diffèrent que par les dimensions, mais elles sont plus rares;

3° Des cellules de 18 à 20 y, avec noyau de même aspect que dans les cellules précédentes, mais à zone protoplasmique, hyaline, grisâtre et réfringente, non colorée par les réactifs. Ces cellules sont également rares.

Parmi les cellules que nous venons de décrire, un grand nombre se distinguent par leur noyau moins coloré par le carmin et formé

de filaments cylindriques réunis en une masse centrale. Elles ont,

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la plupart, un diamètre un peu plus grand que les ordinaires, et en moyenne de 20 x. Ce noyau à filaments pelotonnés est souvent divisé en deux asters plongés dans un protoplasma coloré en rose par le carmin. Mais, dans la grande majorité des formes en voie de division, le protoplasma est modifié et a subi un commencement de transformation hémoglobique ;

4° Des globules rouges de dimensions et de formes très variables : mais la majeure partie est formée par des globules elliptiques à noyau muriforme (voir pl. XXI, fig. 3, k).

Au milieu des cellules de la pulpe splénique que nous avons décrites plus haut, on peut remarquer une assez grande quantité de cellules qui, au premier abord, ne s’en distinguent pas. Le noyau possède la même coloration, la même réfringence, le même aspect bosselé. Mais, avec un peu d'attention, on reconnaît autour de ce noyau une zone étroite de protoplasma peu réfringent, d’une coloration jaunâtre légère, mais très nette, surtout si l’on a employé le picro-carmin, Ce sont ces cellules qui ont été décrites et figurées par Hayem, sous le nom d’hématoblastes (voir pl. XXI, fig. 3,e, f). Cette zone hémoglobique augmente peu à peu en même temps qu'elle se différencie davantage et il se forme de véritables globules sanguins dont le noyau diminue progressivement (voir fig. 3, g).

Grosseur du noyau qui est au moins double de celui des globules adultes, aspect bourgeonnant et coloration rose de ce noyau par le picro-Carmin, étroitesse de la zone hémoglobique ainsi que son peu de réfringence, tels sont les caractères essentiels des jeunes globules rouges, caractères qui offrent tant de points de contact et de transition avec les cellules spléniques, qu'il semble bien difficile de nier la relation qui les rattache l’un à l’autre, surtout si l’on considère leur abondance dans le tissu splénique et dans la veine, eu égard à leur rareté dans le sang du ventricule.

Si les formes de passage entre les globules blancs et rouges sont rares dans le ventricule, les globules rouges en voie de division ne

s'y rencontrent pas normalement, mais peuvent y apparaître dans

De

certainés conditions. C’est probablement ce qui s’est produit dans le cas cité par M. Pouchet « d’un 7riton cristatus qui avait subi l'ablation au moins partielle de la rate dix semaines auparavant ». Car il est facile de reconnaître, dans la description et la figure qu’a données M. Pouchet d’hématies anormales à noyau profondément modifié, les phénomènes de la karyokinèse, « Ce singulier noyau, dit-il, dont la substance a conservé son affinité pour le carmin, semble résulter du groupement d'un certain nombre de prolongements obtus : 30 où 40, en forme de larmes larges de 2 à 3 4 paraissant réunis par leurs sommets. Ces prolongements, contrairement à ce qui existe chez l'hématie normale, semblent séparés par la substance hémoglobique du corps cellulaire pénétrant entre eux. Eux-mêmes sont parfaitement hyalins, sans trace de nucléole, Certains de ces éléments paraissent formés de deux parties renflées séparées par un étranglement médian !, »

Nous allons voir que cette description se rapporte assez bien aux formes karyokinétiques, si faciles à observer dans la rate du Triton, et la conclusion que pose M. Pouchet : « Il n’y a jamais chez le Triton de multiplication des hématies par scissiparie dès que le corps de celles-ci a commencé de renfermer de l’'hémoglobine », ne me semble pas en rapport avec les faits qu'il a observés.

En effet, parmi les cellules spléniques en voie de division, la plupart ont déjà leur protoplasma légèrement modifié et en voie de transformation hémoglobique. Aussi, les jeunes globules rouges en division sont très nombreux dans la pulpe splénique. Les préparations faites comme nous l'avons indiqué en renferment à tous les Stades, ce qui permet d'affirmer la continuité du phénomène. Nos préparations ont été faites au printemps sur des Tritons récemment pris. Plusieurs espèces ont été examinées, mais surtout le 7rrton

palmatus, que nous avons pris comme type de description.

* Evolution des globules du sang chez le Triton (Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1879).

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Dans les globules qui vont se diviser, le noyau prend un aspect particulier. Il devient filamenteux et a moins d’affinité pour les réacüfs colorants ordinaires (picro-carmin, éosine). L'hématoxyline, cependant, colore les filaments chromatiques en bleu violacé. Ces filaments se comportent comme s'ils étaient creux, c'est-à-dire qu'ils deviennent obscurs quand on éloigne l'objectif et clairs quand on le rapproche ; mais c’est peut-être là un résultat du mode de préparation. Bientôt, les filaments deviennent de plus en plus distincts, s'isolent les uns des autres et forment au-centre un peloton enroulé qui ressemble à un nodule de vermicelle plongé dans le protoplasma hémoglobique. Cet amas nucléaire est plus ou moins condensé, et souvent les filaments qui le composent sont assez peu serrés pour qu'on en puisse suivre le trajet contourné dans toute leur longueur (voir pl. XXI, fig. 3, 2). Il se forme ensuite aux deux pôles des points épaissis, centres d'attraction autour desquels les filaments se disposent pour former des asters (voir 7, k, fig. 3). Les filaments qui forment les rayons des asters se rétractent msensiblement au sein de la masse, et l’on a alors un globule sanguin à deux noyaux homogènes, réfringents, possédant encore quelques mamelons, derniers vestiges des prolongements rayonnés (voir /, m, fig. 3). C'est à ce moment que le corps cellulaire s’étrangle et que la division définitive se produit. Les jeunes globules produits par cette division sont arrondis, à noyau également arrondi remplissant presque toute la cavité et d'un aspect particulier. I1s sont susceptibles d’augmenter de volume, tandis que leur noyau diminue et devient müriforme.

Outre ces globules arrondis provenant de la division des formes jeunes, il en existe d’autres également jeunes, d’un diamètre plus petit, 10 à 41 p, et en tout semblables aux petites cellules spléniques arrondies dont ils ne diffèrent que par une zone hémoglobique étroite et peu accentuée, qui se différencie peu à peu.

Enfin, la pulpe splénique renferme un certain nombre de glo-

bules en voie de dégénérescence et de destruction, Ceux-ci se dis=

DE LA RATE CHEZ LES ICTHYOPSIDÉS. 449 tinguent par la petitesse de leur noyau, qui devient homogène, jaunâtre, perd toute affinité pour les réactifs colorants et finit par se dissoudre au milieu de la masse d'hémoglobine qui se fragmente à son tour et disparait d'une manière encore peu connue.

Avant de terminer ce qui est relatif au Triton, nous ferons remarquer que la méthode que nous avons employée {fixation par acide osmique et coloration) nous a permis de suivre très exactement le processus de la division des jeunes globules rouges et donne des résultats certains et concordants. Aussi, le reproche que Bizozzero adresse à Malassez au sujet de cette méthode, qui, d’après lui, ne serait pas apte à faire ressortir les formes karyokinétiques, me semblet-il exagéré, et il est certain que si les cellules à noyaux diffus que Malassez nomme prolohématoblastes eussent été des cellules en voie de division, comme le pense Bizozzero, le procédé de fixation par l'acide osmique eût mis en évidence la Karyokinèse des noyaux. Il est vrai que, par la méthode précédente, on ne peut pas suivre le phénomène de la division sous le microscope, et que l'examen de la pulpe splénique dans un liquide salin avec ou sans violet de méthyle vient compléter avantageusement les notions acquises par les moyens précédents.

Par cette méthode, indiquée par Bizozzero, on peut suivre toutes les phases du phénomène, qui a été très bien décrit par ce dernier‘.

Amphibiens anoures. — Les globules sanguins à forme karyokinétique sont excessivement rares dans la pulpe splénique des Amphibiens anoures, et cependant nous ne nous sommes Servis, pour nos préparations, que d'animaux récemment pris ou d'espèces faciles à nourrir, comme le Zufo vulgaris. Les globules rouges en voie de formation avec toutes les formes intermédiaires entre les cellules spléniques et les globules adultes sont, au contraire, très abondants.

Autour des cellules spléniques de toutes dimensions, on voit apparaître une zone de protoplasma d’abord très étroite, à contours peu

! Archives italiennes de biologie, t. IV, p. 320,

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accusés, très légèrement jaunâtre, peu réfringente et à peine visible. Cette zone augmente peu à peu à mesure que le noyau diminue, et enfin l'élément revêt la forme et les dimensions des globules rouges adultes, avec cette différence que le disque est à peine chargé d’hémoglobine et paraît presque incolore (voir pl. XXI, fig. 4, d,e, hr). Ce sont ces globules que M. Vulpian a vus apparaître pour la première fois en grand nombre dans le sang après des saignées chez les grenouilles, et qui ont été parfaitement décrits par lui! ainsi que par M. Hayem.

On rencontre, en outre, de grandes cellules spléniques, peu colorées par les réactifs, à gros noyau filamenteux et pelotonné (voir pl. XXI, fig. 4, j), ainsi que d'autres cellules à deux noyaux, avec étranglement équatorial (voir fig. 4, g). Ge sont probablement des cellules en voie de division, quoiqu'on ne puisse pas suivre le phénomène dans toutes ses phases et que les formes karyokinétiques soient excessivement rares.

La formation des jeunes globules sanguins se fait donc ici, comme chez le Triton, aux dépens des cellules spléniques ; mais le processus marche plus lentement, et, pendant ce temps-là, il ne se produit que rarement de division cellulaire.

Certains éléments, que nous n’avons pas décrits chez le Triton, quoiqu'ils y existent, mais en nombre moins considérable, se rencontrent en abondance dans le tissu splénique des Amphibiens anoures. Ce sont des cellules, en général arrondies, de 12 à 18 y, à noyau arrondi, simple (voir pl. XXI, fig. 4, n, o), quelquefois double ou triple (fig. 4, p). Ce noyau, granuleux, bien coloré par le picro= carmin, l’éosine, etc., renferme dans sa masse de petits nucléoles arrondis, hyalins et réfringents, qui semblent de même nature que le protoplasma périphérique. Gelui-ci, en effet, reste clair et transparent après l’action des réactifs colorants. Ces cellules sont analo-

gues à celles qui ont été décrites chez l’Anguille,

* Comptes rendus de l'Académie des sviences, juin 1877.

D'après Bizozzero, la formation des globules sanguins jeunes serait uniquement due à la division des éléments jeunes préexistants, Cet auteur rejette comme de pures hypothèses les autres opinions émises sur l'origine des globules sanguins. Cependant, s’il est impossible de suivre le phénomène de la transformation en hémoglobine du protoplasma des cellules à l’état vivant, un certain nombre de faits me semblent plaider en faveur de cette hypothèse :

{ Il y à, entre les globules jeunes provenant de la division et ceux qui proviennent d'autres cellules, une différence de forme, de volume et de propriétés optiques assez caractéristiques;

2° La division des globules sanguins par karyokinèse, si facile à reconnaitre dans la rate du Triton, n'existe pas ou du moins est très rare dans le sang du même animal. Or, il faut admettre que le milieu splénique provoque et favorise ce phénomène, et, dans ce cas, on ne comprend guère pourquoi, chez des Amphibiens anoures, comme Æana esculenta, temporaria, Bufo vulgaris, ete., cette division est si peu active qu'il est impossible de retrouver les formes karyokinétiques, si évidentes chez le Triton, ou bien, ce qui est plus probable, ce sont les cellules spléniques qui se transforment en jeunes globules rouges, et, dans ce cas, on concoit que la transformation soit plus ou moins active et que le processus de division puisse sinon faire défaut, du moins n’avoir pas la mème activité, suivant les animaux et les circonstances.

La différence entre les jeunes globules provenant de la division et ceux qui sont produits par la transformation des cellules spléniques me semble suffisante pour considérer comme certain ce dernier mode de formation, D'abord les dimensions de ces dernières sont à peu près égales, souvent même supérieures à celles du globule en karyokinèse tout entier et, à plus forte raison, des éléments qui en proviennent. Celles que j'ai représentées en e, f, fig. 3, pl. XXI, sont de dimensions ordinaires et ne diffèrent que très peu des globules en karyokinèse figurés en i, . Chez la Salamandra maculosa, elles sont constamment supérieures, tout au moins égales en dimensions à ces

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derniers. Dans les cellules spléniques modifiées, le protoplasma hémoglobique est d'un jaune faible, non réfringent, et n’est pas limité par un bord tranché. C'est le contraire dans les globules en voie de division et, par conséquent, dans ceux qui proviennent de cette division.

Tous ces détails se voient parfaitement chez la Salamandre.

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