INTRODUCTION ET HISTORIQUE
Les premières recherches, un peu précises, qui aient été faites sur les Trématodes, remontent à 1825, époque à laquelle Mehlis! fit paraître les résultats de ses observations sur les distomes que l'on peut rencontrer chez l’homme, et en particulier sur le 2. heputicum.
Les premières notions sur la forme générale des différents organes sont ainsi acquises.
En 1830, Laurer? étudie un Trématode d’une autre famille, assez facile à se procurer, l'Amphistomum conicum. I confirme les résultats généraux trouvés par Mehlis, et de plus, il signale dans cette espèce la présence d’un canal particulier dépendant de l'appareil génital femelle et paraissant s'ouvrir à la face dorsale de l'animal. Il met également en évidence le pore excréteur de l'appareil vasculaire, appareil qu’il considère cependant, avec Mehlis, comme étant en communication avec l'appareil digestif.
En 1836, von Siebold * retrouve le canal de Laurer chez le 2. globiporum, mais il le décrit comme communiquant non avec l’extérieur, mais avec un des testicules, ce qui permettrait une autofé-
condation interne.
En 1845, Dujardin * fait paraître son Âistoire des helminthes. I
1 Menuis, Observaliones anatomicæ de Distomate hepatico et lanceolato, ad Ento- Zoorum humani corporis historiam naluralern illustrandam, Güttingen, 1825. ? LAURER, Disquisiliones anatomicæ de amphistomo conico, 1830. 8 Von SteBoLD, Helminthologische Beiträge (Wiegmann's Archiv, t. I, p. 45; t. II, p. 217). | * DusaRDIN, Histoire des helminthes, Paris, 1845. ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GEÈN. — 2€ SÉRIE, — T, Ill, 1885. 30
rappelle les connaissances acquises antérieurement, sans y ajouter beaucoup. Il considère cependant les deux appareils digestif et vasculaire comme bien distincts,
En 1846, M. Em. Blanchard! publie les résultats de ses belles recherches sur les vers. Il établit bien nettement la séparation des deux appareils digestif et vasculaire, ainsi que la position et la forme générale du système nerveux. En même temps, tandis que les auteurs précédents supposaient la coque de l'œuf sécrétée par les parois de l'utérus, 1l montre qu'elle est produite par une glande spéciale, sa vésicule oviductale, sur la structure de laquelle il ne donne cependant aucun détail. Il démontre également l’existence chez les Tristomes de commissures transversales entre les deux gros cordons nerveux latéraux. Mais pendant toute cette période, de 1825 à 1846, la véritable nature des glandes génitales femelles est méconnue, et le vitelloducte est considéré par tous les auteurs comme étant l'ovaire.
C'est à von Siebold ?, 4848, que l’on doit ia détermination exacte du rôle joué par la plupart de ces glandes, Il méconnait, cependant, la nature de la glande coquillière qui avait été indiquée par M. Blanchard, il la considère comme une vésicule séminale interne, et suppose toujours que la coque de l'œuf est sécrétée par les parois de l'utérus. Il admet en même temps l'existence chez tous les Trématodes de ce singulier canal interne qui mettrait en communication l'appareil génital femelle avec un des testicules, ce qui rendrait possible chez tous ces êtres une autofécondation interne ; opinion acceplée jusque dans ces derniers temps par un grand nombre de zoologistes.
Walter”, Pagenstecher ", ajoutent ensuite quelques notions nouvelles à la connaissance des Trématodes.
1 Em. BLancuaAn»D, Recherches sur l'organisation des vers, Patis, 1846.
2 Von SixBoLp, Lehrbuch der vergleichende Anatomie der wir bellosen Thiere, 1848.
3 \WVALTER, Beiligige sur Anatomie und histologie einselner Trematoden (Troschell's
Archiv, XXIV, p. 269, 1858).
* PAGENSTECHER, Tremalodenlarven und Trematoden, Heidelberg, 1857.
En 1861, van Beneden! fait paraître son grand travail sur les Trématodes et les Cestodes, et fait connaître assez exactement la forme et la nature des différents organes chez ces animaux,
Leuckart?, en 1863, dans ses Menschlichen Parasiten, fait un exposé général des connaissances précédemment acquises et y ajoute quelques notions sur la musculature et sur le système nerveux.
Jusqu’alors, les recherchés avaient principalement porté sur l’anatomie générale et la forme des organes. Avec Leuckart commence une nouvelle période dans laquelle, à l'étude de la forme, s'ajoute celle de la structure de ces organes.
En 1867, Stieda® montre que chez la douve le canal, qui est supposé meltre en communication les deux appareils génitaux, mâle et femelle, s'ouvre en réalité non dans un testicule, mais au dehors, à la surface dorsale.
En 1871 *, il fait connaître le même fait chez l'Amphistomum conicum, résultat confirmé la même année par Blumberg” dans son étude sur ce trématode. Comme Stieda, Blumberg est amené à considérér ce Canal dit de Laurer, d’après la nature de son contenu, comme étant le vagin.
Cependant ces résultats passent plusieurs années inaperçus, et Gegenbauer, dans son Anatomie comparée, admet encore une communication directe entre l'appareil génital femelle et un testicule.
D'autres auteurs après Stieda et Blumberg retrouvent cependant ce canal de Laurer chez plusieurs Trématodes de genres différents
et tous le considèrent comme un vagin.
* VAN BENEDEN, Mémoire sur les vers intestinaux, Paris, 1861.
2 LeuckanT, Die Menschlichen Parasiten, t. I, 1863.
3 STIEDA, Beiträge zur Anatomie aer Plattwürmer (Arch. f. Anat. und Phystol., p. 52, 1867).
* STiEpA, Ueber den angeblichen inneren Zusammenhang der männlichen und weiblichen organe bei den Trematoden (Arch. f. anal. und Physiol., p. 31, 1871).
5 BLUMBERG, Ueber den Bau des Amphistoma conicum, Dorpat, 1871.
Sommer' seul en 1880, dans son travail sur la douve, s'élève contre cette opinion et considère ce canal comme jouant plu-
tôt le rôle d'une sorte de soupape de sûreté, devant rejeter au
dehors le trop-plein des glandes génitales. Avec ce dernier zoolo-
giste, l'étude histologique des Trématodes commence seulement à faire un peu de progrès, celle des autres plathelminthes étant beaucoup plus avancée. |
La même année 1880-4881, les terminaisons en pavillons vibratiles de l'appareil vasculaire sont signalés par Fraipont* et Pintner* chez différents Trématodes et Cestodes, mais ces deux auteurs ne sont pas d'accord sur les relations de ces organes avec le reste du parenchyme. En même temps, Taschenberg" et Lang” commencent à faire connaître d’une façon plus précise la structure du système nerveux.
Mais malgré tous ces travaux récents, il existe encore bien des doutes et bien des lacunes sur la structure des divers organes, sur le mode de fécondation possible chez ces êtres ; il était donc bon de pouvoir trouver un type qui, par la netteté et la grandeur des éléments composant ses différents organes, permettrait une étude capable de préciser, au moins en grande partie, les points douteux et peut-être la découverte de faits nouveaux. Je crois avoir rencontré ce type dans le 2. clavatum, dont j'ai fait l'étude parallèlement à celle d’autres espèces de grande taille peu ou mal étudiées, comme les 2. Megnini et D. insigne (Diesing); et j'ai comparé les résultats obtenus avec ceux de Sommer dans son étude si complète du
D. hepaticum.
! SommEr, Die Anatomie des Leberegels, D. Hepaticum (Zeitsch. f. Wiss. Zool., t. XXXIV, 1880).
? FRarPoNT, Recherches sur l'appareil excréteur des Trématodes et des Cestodes (Arch. de biol., t. I, 1880 ; 2e partie, t, 11, 1881).
% Th. PiNTNER, Untersuchungen über den bau des Bandwurmhkërpers (Arbeilen aus dem Zoolog. inst. Wien., t. III, p. 163, 1880).
* TascnexBerG, Beiträge zur Kenntniss ectoparasitischer Trematoden (Abhd. d. naturf. Gesellsch, in Halle, t. XIV, 1879).
* LanG, Ueber das nervensystem der Trematoden (Mitth. aus der z0ol, slation zu Neapel, t. 11, 1881).