‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 3)Chapitre 91 sur 126 · A NOTES ET REVUE · texte numérisé non relu

A NOTES ET REVUE

néralement considéré (hors de France) comme en rapport avec l'appareil vasculaire sanguin.

Il est curieux que ce dernier point ait été confirmé par les plus récentes observations de Perrier. Dans sa note précédente, il disait que «le corps ovoide s'implante chez la Comatule adulte sur l’un des planchers horizontaux de l'organe cloisonné )».

Maintenant, cependant, il nous dit que «cet organe se termine inférieurement en un tube conique, qui pénètre, en s’amincissant toujours, dans l'axe de l'organe cloisonné ». |

Cette connexion a été décrite par Ludwig, il y a sept ans, dans l’Antedon et le Rhizocrinus; et j'ai depuis confirmé ses observations sur ces deux types, et les ai étendues aux genres Actinometra, Pentacrinus et Bathycrinus. On pourrait pourtant penser, en lisant Perrier, qu'il a fait une observation entièrement nouvelle.

A un certain degré, je suis heureux de le voir admettre que cet organe axial est la continuation en haut, à travers l'organe chambré, d’un organe qui court dans le pédoncule larvaire comme un « cordon central », avec cinq cordons périphériques autour de lui, et que ces derniers s’élargissent à l'extrémité du pédoncule pour former les cinq cavités de l'organe chambré. Vu la petitesse de ces cordons dans le pédoncule du Pentacrinoïde, on pourrait difficilement s'attendre à leur trouver une cavité. Mais le cas est différent pour les Crinoïdes pédonculés.

Ludwig a depuis longtemps décrit et figuré six vaisseaux : un central et cinq périphériques, dans le pédoneule du Rhizocrinus; et j'ai mentionné leur présence dans le Bathycerinus et le Pentacrinus, établissant en même temps que, dans ce dernier type, les vaisseaux des cirrhes sont fourpis par des dilatations des vaisseaux périphériques à un joint nodal... (L'auteur donne ici la figure d'une section horizontale au niveau d’un joint dans une tige de Pentacrinus.) Cette figure, dit-il, pourrait aussi bien représenter une section à travers la partie inférieure de l'organe chambré d’un Pentacrinoïde avec cinq cirrhes. Les vaisseaux qui vont à ces cirrhes partent, comme on peut le penser, non du canal central, mais des chambres périphériques ; et les cinq premiers cirrhes sont radiaux, tout comme ceux du pédoncule chez le Pentacrinus. Je tiens à insister sur ce point ; car les premiers cirrhes ont quelquefois été décrits comme interradiaux, parce que l’un d’eux est opposé à la plaque anale, qui tout d'abord sépare deux des plaques radiales. Cette disposition, toutefois, n’est que transitoire dans l’Antedon rosacea, toutes les plaques radiales contractant plus tard union avec un socle de cirrhus du côté centrodorsal, immédiatement en arrière de la ligne médiane de chacune d'elles, Une bonne figure éclaircissant ce point a été donnée par le docteur Carpenter.

J'ai examiné une quantité de larves de Naples, Torbay et Arran. Toutes présentent une base de cirrhus recouvrant les sutures interbasaleset, par conséquent, radiales en position. Sars a noté le même détail dans l’Antedon dentata et en a donné une excellente figure, et je puis confirmer ses observalions en ce qui concerne les larves de cette espèce, de deux Antedones

NOTESiET REVUE. Ÿ

provenant des dragages du « Porcupine » et d'un provenant du Challenger.

Dans ces trois larves, les cirrhes n'apparaissent que lorsque les pièces radiales se sont rencontrées sur les côtés et que la plaque anale à été rejetée hors du calyce, de telle sorte qu’il n’est pas possible de méconnaître leur position radiale.

Retournons maintenant aux données que Perrier fournit relativement à leur développement. I nous dit en premier lieu que les bras sont formés par des bourgeons cellulaires partant du sommet des cavités de l’organe chambré, qui s'unissent avec des bourgeons semblables fournis par l'anneau vasculaire. Les chambres toutefois n’ont rien à faire avec les bras, si ce n’est que les uns et les autres ont la position radiale. Aucune partie des chambres ne se prolonge dans les bras dont les cordes axiales dérivent de troncs partant des angles interradiaux de l'organe chambré. Mais ceci est secondaire. Perrier continue en décrivant comment, au niveau de l’organe chambré € du cordon pédonculaire central, on voit chez les individus dont les bras sont encore peu développés naître des bourgeons claviformes. Ce sont les rudiments des cirrhes. « Les cirrhes n’ont donc pas de véritable homologie avec les bras :ils naissent du cordon central du pédoncule ; les bras des cinq cordons périphériques. » Pour répondre à ces étonnantes assertions, je ferai simplement les remarques suivantes :

4° Les rudiments des bras ne dérivent nullement des vaisseaux périphériques (cordons) du pédoncule, ceux-ci deviennent les cavités de l'organe chambré ;

20 Les cirrhus sont de position radiale comme les bras et n’alternent pas avec eux;

3 Comment y a-t-il connexion entre les cirrhes et le cordon central du pédoncule? Ce dernier est complètement entouré par les « cordons périphériques » qui représentent les cinq vaisseaux externes du pédoncule de Pentacrinus, et aucune extension ne part de ce cordon central pour s’insinuer entre les cordons périphériques, comme le suppose la description de Perrier.

IL assure que l’organe axial (canal du sable d’une Astérie!), qu’il regarde comme la continuation du canal central, est évidemment en rapport avec la nutrition des cirrhes. Mais, bien qu'il admette plus tard que les vaisseaux des cirrhes sont de position radiale et dérivent des cavités de l'organe chambré, et aussi que ces cavités elles-mêmes donnent plus haut naissance à l’organe axial, je ne püis regarder ses affirmations comme conciliables avec les observations de Ludwig et les miennes.

Il nous dit que l'extrémité supérieure de cet organe axial du Pentacrinoïde semble s'ouvrir dans le pharynx ; mais il admet (et il fait bien) que de nouvelles observations sont nécessaires pour l’éclairer sur ce point.

Il ignore la description du docteur Carpenter, de sa division en branches divergentes dont une passe dans chaque rayon. Plusieurs de ces branches sont, je pense, facilement visibles en coupe optique sur les Pentacrinoïdes, bientôt après l'apparition des cirrhes ; mais, dans la plupart des larves que J'ai examinées par cette méthode ou par celle des sections, ces branches

vi NOTES ET REVUE.

n'avaient pas encore fait leur apparition, l'organe axial se terminant juste contre le pharynx, sans avoir pour cela aucune connexion avec lui. {

Les tubules ramilfiés qui partent de l'anneau vasculaire sanguin de l'adulte et forment le plexus labial qui unit cet anneau et l’organe axial (glande plexiforme), ne paraissent se développer que quelque temps après l'apparition des cirrhes, car je n’en ai vu aucune trace chez aucun Pentacrinoïde.

Les vaisseaux interviscéraux, aussi bien que ceux qui forment le plexus génital, n'apparaissent aussi que tardivement. Mais ces derniers paraissent avoir été observés par Perrier même sur la Comatule nouvellement libre. Il dit, en effet, que, entre les mailles de tissu conjonctif qui occupent la cavité du corps courent un petit nombre de cordons cellulaires pleins, qui se rendent manifestement aux bras. Ne serait-ce pas le développement des branches de l'organe axial, dont une se rend à chaque rayon d’après la description du docteur Carpenter ?

Pour conclure, je veux renouveler l'espoir, déjà exprimé dans une note précédente, que j'ai de voir le professeut Perrier publier bientôt une explication complète de ses vues relativemeni au système vasculaire des Crinoïdes larvaires et adultes, et qu’il donnera à l'appui une quantité de ces figures qu'il sait si bien dessiner. La démonstration des opinions que j'ai exprimées dans ce journal paraîtra dans le Rapport du Challenger, accompagnée de huit ou dix planches. EEE FE

DE QUELQUES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES AUXQUELLES PEUVENT VIVRE DES ANIMAUX MARINS

Par M. Charles RIcHeT.

On sait que la température de la mer ne varie que très peu pour les grandes profondeurs, et ne varie qu’assez peu pour la surface, ne dépassant guère 20 degrés, au moins sur les côtes de l'Atlantique.

Il suit de là que les animaux marins n’ont pas l'occasion de vivre à des températures qui dépassent 20 degrés.

Cependant, dans quelques cas, ils peuvent être soumis à des températures beaucoup plus hautes. Récemment, à Roscoff, j'ai eu l’occasion de constater une de ces circonstances exceptionnelles.

Les 3, 4, 5 et 6 août, la température s’éleva à 20 degrés à l'ombre à midi; en même temps, il y avait peu de vent et pas de nuages, toutes conditions contribuant à élever la température des flaques d’eau laissées par la marée. A Roscoff, comme on sait, la mer basse découvre sur une étendue de 2 kilomètres environ. Sur le sable sont de grosses pierres placées au centre d'une sorte de cuvette remplie d’eau.

Il y à ainsi une quantité de flaques, d’étendue variable, qui sont séparées

NOTES ET REVUE. vi:

de la haute mer pendant un temps plus ou moins long, selon qu'elles sont plus ou moins proches de la limite des basses eaux.

Or, quand le soleil est ardent et quand l’évaporation est peu intense, la température y devient extrèmement forte, et cependant les animaux qui y vivent ne paraissent pas incommodés par cette température anormale.

Le 5 août (il n’y avait pas beaucoup de vent), la température de ces flaques oscillait entre 24, 25 et 26 degrés. J'ai constaté une fois 26°,4; une autre fois, 27 degrés ; une autre fois, 27°,1 :ç'a été la température maximum observée.

En prenant la température du sable à 6 ou 8 centimètres de profondeur, J'ai toujours trouvé 1°,5, 2 degrés ou 2,5 en moins; de sorte qu’on peut admettre une température moyenne pour les flaques de 25 degrés, et, pour le sable, de 23 degrés.

Malgré ces hautes températures, presque toutes ces flaques étaient peuplées d'êtres vivants : Crabes, Pagures, Chevrettes, Blennius, Gobius, Actinies, Éponges, Gastéropodes, etc., qui ne paraissaient aucunement souffrir.

Dans la flaque d’eau de 27 degrés, j'ai trouvé un gros Crabe très bien vivant, dont la température centrale, prise en mettant le thermomètre sous la carapace , était de 23°,5, Cette flaque est assez loin de la mer basse, et elle ne se remplit guère que deux heures et demie après que la mer a commencé à monter. Cela fait donc cinq heures, pendant lesquelles la température monte graduellement de 16 à 27 degrés.

Le refroidissement n’a pas été beaucoup plus brusque que le réchauffement, car l’eau qui arrivait, échauffée sur le sable, était à 22 degrés ; puis, peu à peu, au fur et à mesure que la quantité d’eau venant du large était plus considérable, la température s’est abaissée de manière à atteindre les limites normales.

Le lendemain matin, en pleine mer, à 3 kilomètres de la côte, la température de l’eau était de 15°,5 a la surface, la température de deux Oursins pêchés à 40 mètres de profondeur a été de 15 degrés pour le premier et de 15 degrés aussi pour le second.

A la basse mer, la température des flaques, par suite de l’évaporation et du vent assez vif, le soleil étant toujours ardent, était un peu moins élevée que la veille : de 23, 24 à 25 degrés ; en moyenne, 24 degrés. La même flaque d’eau, qui avait 27 degrés la veille, n’avait plus que 26 degrés et, dans certaines parties moins exposées au soleil, 25 degrés.

Elle était, comme la veille, peuplée de nombreux individus : Pagures, Crabes, Blennius, Gobius, Syngnathes, Actinies, Gastéropodes.

Voici la température de quelques-uns de ces animaux :

Crabe, 239,5 ; Crabe, 220,4; Blennius, 22 degrés; Actinie, 95 degrés.

Les Crabes ct les Poissons étaient vigoureux et agiles; quant aux Gastéropodes, ils n'étaient pas malades, puisqu'ils ont accouru pour dévorer les restes du Crabe que j'avais mutilé pour prendre sa température.

Le sable était toujours de 2 degrés plus froid que la température de la flaque, à 10 centimètres de profondeur.

Ainsi des Crustacés, des Poissons, des Mollusques, peuvent vivre pendant

vil NOTES ET REVUE.

plusieurs heures dans des eaux dontla température est supérieure à 25 degrés. C’est un fait qu'il m'a paru intéressant de signaler, d'autant plus que les Écrevisses, par exemple, meurent quand la température de 23 degrés est quelque peu prolongée, ainsi que j'ai pu le démontrer ailleurs, et que, d'autre part, on peut tuer la plupart des poissons en les plaçant à une température supéricure à 24 degrés, au moins pour les poissons de l'Atlantique. Ch. Ricner.

D ee en

Page 1