‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 4)Chapitre 13 sur 115 · H. DE LACAZE DUTHIERS · texte numérisé non relu

H. DE LACAZE DUTHIERS

rUBLIl^.ES sous LA DIRECTION DR

G. PRUVOT ET E. G. RACOVITZA

Chargé de Cours à la Sorbonne Docteur es sciences

Directeur du Laboratoire Arago Sous- Directeur du Laboratoire Arago

4' Série L VIL NOTES ET REVUE 1907. N^ 8.

SPhLAEONISCUS DEBRUGEI N. G., N. SP.

ISOPODE TERRESTRE CAVERNICOLE D'ALGÉRIE

(Note pr(^liminaire) '

par Kmile G. Racovitza Sous-Directeur du Laboratoire Arago, Banyuls-sur-Mer.

L'Isopode cavernicole décrit ici, a été trouvé au cours de la campagne spéologique effectuée l'automne dernier par M. Jeannel et moi en Algérie. Il a été rencontré une première fois dans une grotte près de Bougie ; M. Debruge, auquel la préhistoire algérienne est redevable de tant d'importantes découvertes, a bien voulu nous guider et nous aider à explorer cette caverne.

Nous avons retrouvé le même Isopode quelques jours plus tard

dans une grotte située près de la route de Bougie à Djidjelli. Voici

la diagnose du genre nouveau que je suis forcé de créer pour

nommer cet Oniscide.

' La description complète de cette espèce paraîtra dans les Archives de Zoologie, dans ie mémoire consacré à la seconde série des Isopodes terrestres de la suite d*ëtudes portant le titre de « Biospéologica ».

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LZX

NOTES ET REVUE

Spelaeoniscus n. g.

Corps elliptique très convexe, pouvant se rouler en boule, mais seulement en faisant saillir les antennes à Textt^rieur ((ig. i).

Tète (fig.2et 3) sans lobes frontaux ni rebord frontal^ sans tubercules antennaires ni scutellum, mais pourvue de chaque côté de la ligne médiane d'une gouttière antennaire (jj. a.) ayant la forme

Fio. l. — Spelaeoniscus Debrugei roulé en boole, x 32:

d'un sillon profond, rectiligne, parallèle au plan sagital du corps et s'étendant au-delà du front.

Antennes du type CylisHcus à articles cylindriques ; article II de la tige pourvu d'une crête postero-interne; flagelle biarticulé.

Antennules [?\^. 6) à deux articles ; bord supérieur du second article pourvu d'une rangée de bâtonnets.

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Mandibules (fig. 7.) du type Armadillidium, avec lobe {L.) non setifère mais pourvu de tiges ciliées (t.).

Hypostome à lobe latéraux bilobés ; lobule antérieur pourvu sur son bord supérieur de trois fortes dents.

Maxiile i du type Cylisticus, à lame interne pourvue de deux liges ciliées inégales.

Maxillipède du type Armadillidium.

Péréionite I à bords latéraux fendus sur toute leur longueur, formant de chaque côté une gouttière dont la lèvre dorsale est plus courte et plus étroite que la ventrale. Pas d'autre appareil articulaire.

Fig. 2.

Pio. 2. — Tôle de Spelaeoniscus Debrugei, vue de face, x 56. g. a., goutUëre antennaire.

Péréiopodes du type Cylisticus^ semblables, sauf pour les méros et carpes de la première paire qui sont un peu plus larges.

Pénis simple.

Pléon graduellement plus étroit que le péréion. Pléonites III à V à épimères très développés et dirigés vers l'arrière ; épimères du somite Y parallèles.

Pas de trachées.

Pléopodes mâles du type ijylisticus, Ëxopodites I très petits, ovoïdes ; ëxopodites II très grands, triangulaires ; ëxopodites III à V quadrangulaires. Endopodites I et II transformés en organes copulateurs.

Uropodes (fig. 8) à pro topodite quadrilatère ayant un angle postero-

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externe à peine saillant; à exopodite ovoïde et plus petit que Fendopodite, qui est subquadrangulaire, avec angle postero-externe très largement arrondi, avec angle postero-interne aigu et avec face dorsale excavée en forme de cuilleron.

Telson (fîg. 9) subtriangulaire à sommet largement arrondi ou subtronqué, ne recouvrant que la base des Uropodes.

Type : Spelaeoniscus Debrugei n. sp. Longueur maxima 4 millimètres. Quatre exemplaires, tous mâles, trouvés dans la grotte du Pic des Singes près Bougie et dans la grotte de la Madeleine, commune de Oued Marsa, Algérie.

Fig. 3.

Fio. 3. — T<?te de Spelaeoniscus Debrugei, vue par la face dorsale, x f><i. g. a., gouUière anleiinalre.

Je vais noter succinctement les particularités intéressantes que présente Torganisation de cet Isopode.

Il est certain que, malgré leur aspect extérieur très difft'reiit, Porcellio et Armadillidium^ sont des formes affines et il est probable que le second dérive du premier. Les difïérences entre ces deux types d'organisation proviennent de la faculté de se rouler en boule que Tun possède et dont l'autre est dépourvu. Cylislicus représente une étape du type Porcellio vers le type Armadillidium; j'ai fait connaître * un second type intermédiaire, VEleoniscus Hdenae Racovitza, qui montre en outre que la modification de la région

• Les noms de Porcellio et Avmadillidium sont pris dans le sons de types d'organisation et non dans le sens restreint de genres.

« RACOVirzA (K.-Ti). Isopodes terrestres (Première série); Blospeologlca IV {Archives de Zool. ejp. el Gén, t VII, p. 203 et s. pi. XVIll et XIX, 1907).

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antérieure à précédé dans le temps révolution de la région postérieure * .

Spelaeoniscus est comme Eleoniscus Texpression de cette tendance des formes Porcellioniènnes à Tenroulement, mais il nous représente un essai malheureux, et avorté, de la solution de ce problème. Et voici pourquoi.

Parmi les nombreux systèmes de défense que nous montre Téthologie des animaux, la possibilité de se rouler en boule doit être singulièrement efficace puisqu'elle a été adoptée par

Fig. 4.

Fio. 4. — Tête d'ArmadiUidium granulalum Br., vue de face, x 15. 5, scutellum; /. a., tubercule antennaire \ g.a, gouttière antennalre.

nombre de formes appartenant à des groupes très différents. L'adaptation la plus parfaite à ce système doit être atteinte, dans certains cas, seulement quand le résultat de Tenroulementesl une sphère close de toute part et complètement lisse. Armadillidium vulgare (Latr ) est arrivé à ce degré de perfection, et Verhoeff* attribue à ce fait la dispersion extraordinaire de cette espèce, explication qui peut-être admise, au moins provisoirement.

V Armadillidium typique, lorsqu'il se contracte, replie ses antennes et les cache à Tintérieur ; il forme une boule parfaite n^offrant aucune prise à Tennemi. Mais lorsque Spelaeoniscus se

« Je ne prétend pas que la série des genres Porceltio, Cylislicus, Eleoniscus, ArmadiUidium^ représente une série en descendance directe ; on ne peut encore résoudre cette question faute d'études suffisantes. Je veux simplement indiquer que l'ancf'tre des Armadillidium a dû passer par des étapes plus ou moins analogues.

« Verhoeff (R.-W.). Ueber palâarlcUsche Isopoden. 9. Aufsalz : Neuer Beltrag zur Kenntnis der Oattung Armoflillidium {Zool, Anz., XXXI, Bd p. 458-505)

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roule (fig. 1) il garde ses antennes étendues ; il est donc forcé de les laisser dehors exposées à toutes les attaques.

La méthode armadillidienne a eu un prodigieux succès parmi la gentisopodique, tandisque Spelaeoniscus^ (tel un de ces innombrables brevetés d'inventions absurdes qui caractérisent Tactuelle évolution humaine), est tombé dans la déconfiture, et a dû se contenter d'un humble abri dans le domaine souterrain, cet asile que dame nature installa .à peu de frais pour ses vieillards, ses impotents et ses ratés.

La disposition des antennes pendant Fenroulement explique aussi Taspect si particulier que présentent les faces de ces deux types dlsopode.

Fig. 5.

Fio. 5. — Tête iïAmddiUidium granulatum Br., vue par la face dorsale, x 15. 5, scutellum ; /. a., tubercule antennaire ; g. a., goutUère antennaire.

Armadillidium qui replie ses antennes montre la structure fariale la plus compliquée (fig. 4 et 3) ; il s'est formé, comme résultat de la pression des antennes deux fois coudées, une gouttière (g. a,) profonde, également coudée, pour les recevoir et permettre Tocclusion complète de la boule, tandis que les parties non comprimées ont persisté sous forme de saillies, formant entre les deux antennes le scutellum (S.) et entre les coudes de chaque antenne les tubercules antennaires {l. a.).

Spelaeoniscus (fig. 2 et 3) possède également une gouttière antennaire (g. a.), mais, comme seulement la base des antennes est enfermée dans la boule et comme cette partie de Tappendice est maintenue dans une direction rectiligne, la gouttière est également rectiligne.

NOTES ET REVUE

D'autres caractères que présente Spelaeoniscus méritent aussi d'être relevés.

L'antennule (fig. 6) est biarticulée, fait absolument exceptionnel parmi les Isopodes terrestres puisqu'il ne se présente que chez les Tylos. Comme ces deux types sont très différents, il est probable que le nombre des articles des antennules n'a pas l'importance taxonomique et phylogénétique qu'on serait tenté de lui attribuer.

Les mandibules (iîg. 7) offrent ceci de particulier que le lobe mandibulaire [L.) est nu; il n'est pas pourvu du revêtement serré de soies raides qui caractérise ces lobes chez Porcellio, d/iisticttSy Eleoniscus et Armadillidium. 11 ne possède que des tiges ciliées (/.) qu'on retrouve sur les lobes (ï Eleoniscus et dWrmadillium,

La gouttière articulaire, produite par le dédoublement de tout le bord latéral du péréionite 1, reçoit, quand l'animal est roulé en boule, le bord des épimères des péréionites V à VII et du pléonite m, et dans sa partie postérieure l'épimère du péréionite II (voir Hg. 1). La fissuration des épimères existe aussi chez quelques

Fio 6. — Antennule de Spelaeoniscus Debrugeiy x 293.

Fig. 7.

Fig. 7. — Mandibule gauche de Spelaeoniscus Debrugei, x 220. D, apophyse dentaire apicale ; d, apophyse dentaire médiane ; Z, lobe mandibulaire ; /, tiges ciliées du lobe mandibulaire ; T, tige ciliée isolée ; T. L, tige triturante.

Armadillidium, et autres types voisins, mais il ne me semble pas qu'on puisse lui attribuer une grande valeur phylogénétique ou taxonomique.

NOTES ET REVUE

Les uropodes (fîg. 8) ne sont pas très différents de ceux d'Eleoniscus ; il sont plus près du type Porcellio que du type Armadillidium, comme conformation générale, mais les proportions de

grandeur entre les exopodites et les endopodites sont inverses : les premiers sont plus petits que les seconds. Cette disposition des uropodes de Spelaeoniscus est désavantageuse car ces appendices complètent moins bien la boule, lorsque l'animal se roule, que ce n'est le cas pour Armadillidium,

Donc le système d'occlusion adopté pour le côté postérieur est aussi défectueux que celui employé du côté antérieur; ces deux fautes d'adaptation expliquent suffisamment la place isolée qu'occupe Spelaeoniscus parmi ses confrères isopodes terrestres et le peu de succès qu'a eu sa progéniture dans le monde.

Notons enfin ici que Spelaeoniscus est un Troglobie caractérisé, qu'il est décoloré, aveugle, couvert de poils tactiles. 11 n'a plus de proches parents lucicoles et ses caractères archaïques nous autorisent à le considérer comme le représentant d'une faune

Fig. 8.

Pio. 8.— Uropodes deSpaeleoniscus Debrugei, xiOO, vus par la face dorsale, pr, protopodlte ; ex, exopodite ; en, endopodlle.

Fig. 9.

Fio. 9. — Telson de Spelaeoniscus Debinigei, x 89, vu par la face dorsale.

actuellement disparue du domaine épigé. Il rentre donc dans la catégorie de ces êtres hautement intéressants pour la paléogôo-

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graphie en général, el pour Thistoire des cavernes en particulier, dont j'ai attribué^ la persistance dans le domaine souterrain, non à la constance du milieu qui soi-djsant y règne, mais à Tabsence des facteurs biologiques qui ont fait disparaître leur souche épigée.

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