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DE SAINT-JEAN-DE-LUZ ET SUR LA COTE AVQISINANTE

par P. DE Bbauchamp Docteur en médecine.

Durant quelques séjours de courte durée que j ai faits à Saint- Jean-de-Luz, surtout durant le dernier, au mois d'octobre 1906, j'ai eu Toccasion de faire de nombreuses pèches à la grève et d'être frappé des différences qu'offrent sa faune et sa flore avec celles de la Manche et de la Méditerranée que je connaissais personnellement à RoscofT et à Banyuls, seuls points de nos côtes bien décrits à ce point de vue dans les monographies détaillées de M. le professeur

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Privot (1895-1897). J'ai résolu de publier immédiatement quelques observations h ce sujet, dans Tespoirde fournir des umlériaux faunistiques el éthologiques, assez rares sur cette région intéressante et de déterminer des chercheurs n une exploration plus approfondie (les donnt'»es relatives à la côte basque sont éparses dans la littérature et Ton ne peut guère citer comme étendus et complets que le travail de Fischer [1899] sur les Mollusques et ceux du baron de Saint-Joskpu [1898-1906] sur les Annélides). Je ne citerai bien entendu que les espèces les plus communes, celles qui sautent aux yeux en quelque sorte à la grève et m'efforcerai de mettre en lumière leurs rapports entr'elles et avec les conditions physiques et biologiques qui dominent dans la région ; une étude faunistique détaillée serait d'un grand intérêt vu le caractère méridional très accentué de Tensemble, qui compte un grand nombre d'espèces habituellement regardées comme méditerranéennes : mais elle demanderait beaucoup de temps pour la récolte et la préparation, et surtout pour l'cHude, des matériaux. Je reniercie ici les personnes qui ont bien voulu m'aider dans la détermination de mes récoltes : M"* Motz pour les Hy<lraires, MM. Pruvot pour les Annéli<les, Hérouard pour la Holothurie, Racovitza pour leSphéromien, ilariot pour les Algues, Germain pour les Chitons, Lauiy pour les autres Mollusques testacés, Oxner pour les Némertes.

La baie de Saint-Jean-de-Luz occupe à peu près le milieu d'un vaste arc de cercle, d'un golfe très ouvert si l'on veut, qui s'étend de la pointe de Biarritz au Cap Figuier de l'autre côt»^ de la Bidassoa, et qui est bordé sur toute sa longueur de falaises assez abruptes. Elles sont formées d'un calcaire strntifié et fissile autant qu'un véritable schiste, appartenant au Crétacé supérieur et où abondent les empreintes de Fucoïdes. Peu découpées et ne formant aucun véritable récif, au nord de Saint-Jean-de-Luz elles s'abaissent, mais se couronnent de sable qui gagne de plus en plus pour constituer à lui seul, au delà de Biarritz, la côte plate des Landes, si différente de la côte basque. La rade, ouverte au N. N. W., est rélrécie à son entrée,' artificiellement aujourd'hui, par les deux jetées du Socoa à l'ouest, de Sainte-Barbe, plus courte, à l'est, et enlr'elles par le brise-lames d'Artà. C'est sa seule protection contre les lames qu'on voit, même par les temps les plus calmes, d'ailleurs rares, arriver du fond de l'Atlantique, courir le long des jetées et se briser enfin au pied de Sainte-Barbe. Les hauteurs qu'elles atlei-

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gnent par gros temps au-dessus de la digue du Socoa sont partout citées et ces ouvrages d'art, vingt fois démolis et reconstruits, témoignent également de leur furie. C'est dans Téternelle agitation de la mer et les conditions d'existence spéciales qu'elle crée pour les êtres vivants sur cette côte partout exposée qu'il faut sans doute chercher la clef des principales différences avec la Manche et la Méditerranée.

Le fond de la baie est bordé par la vaste plage le long de laquelle est bâtie la ville ; dans sa partie ouest se jette la Nivelle dont l'estuaire vaseux forme le port et qui s'étend plus haut eu de nombreux marais submergés à marée haute; au delà, les collines sont basses et les rochers apparaissent par place seulement au milieu du sable, jusqu'au Socoa où se trouve également un port et l'embouchure d'une petite rivière. Dans la partie est au contraire la falaise Sainte- Barbe est haute et abrupte ; à son pied s'étend un véritable champ de blocs de dimensions variées, mais pas très considérables, avec quelques affleurements des schistes calcaires, qui découvre toujours en grande partie, même en morte eau, et qui par les fortes marées est à sec bien au delà de l'extrémité de la jetée. C'est lui qui brise l'élan des vagues engouffrées obliquement dans la baie et c'est sur lui que s'est développée la faune la plus riche et la plus facilement accessible au pécheur à la grève. C'est de lui que je parlerai tout d'abord, en lui comparant ensuite la côte extérieure que j'ai surtout étudiée sur l'autre versant de Sainte- Barbe. Le temps et les moyens me manquaient pour m'occuper des bords vaseux de la Nivelle et des fonds néritiques, non accessibles à mer basse, dans la baie et au dehors. Quant aux plages de sables elles sont, comme l'a remarqué de Saint-Joseph (1898), à peu près azoïques, à part les Talitres. Il était d'ailleurs, naturel dans cette note de me limiter aux conditions d'existence spéciales aux êtres exposés au choc des vagues dans la région intercotidale et le faciès rocheux, seules nettement différentes de celles offertes par les côtes de la Manche et de la Méditerranée.

Ces différences affectent peu la zone des Chthamalus qui comprend la base des parois de la falaise et les blocs qui la garnissent, les jetées et parapets construits au fond, quelques levées de cailloux plus hautes qui recoupent la grève pierreuse et limitent entr'elles de petits bassins. Elle offre son habituel revêtement de Balanes, qui lui a valu son nom, et de Patelles ; par endroits quelques Mgues

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bleues que nous retrouverons plus abondantes sur la côte extérieure. Sur le tout court en grande abondance Tagile Pachygrapsus marmoralus (Fabr.) qui se faufile dans les trous et sous les pierres et représente le Crabe de beaucoup le plus abondant*; VEriphia spinifrons (Herbst) raccompagne quelquefois, mais est plus commune plus bas. Comme Gastéropodes, Lilorina neriloides L. tout à fait à la limite supérieure, au-dessus des Chthamalus, Zizyphinus conulaides (L.), Gibbula cineraria L. et G. Adansoni (Payr), etc.

Au-dessous de la zone à Chthamalus il n'est plus facile de reconnaître la nette succession des niveaux et de leurs faciès divers, si manifeste sur les grèves bretonnes. Une chose frappe tout d'abord, c'est l'absence presque complète h première vue des Fucus, La raison en est facile à trouver : l'agitation perpétuelle de l'eau si nuisible comme on l'a souvent observé à l'enracinement de ces Algues (voir Prlvot 1897). On n'en trouve en effet que quelques échantillons, bizarrement déformés souvent, en des points moins exposés; ils appartiennent au F, oesiculosus L. et au F, ceranoides L., qui couvrent au contraire d'un manteau épais les quais abrités du port et dont le second remonte dans la Nivelle aussi loin que le tlot. Il en est de même pour les Laminaires, nombreuses aux profondeurs plus grandes comme en témoignent les débris que rejette le flot, mais qui ne s'aventurent dans la région intercotidale qu'à l'abri immédiat des digues du Socoa et de Sainte-Barbe. De Zostères pas davantage dans la même région, faute des fonds de sable un peu vaseux qu'ils affectionnent; à peine trouve-t-on quelques fragments clairsemés d'herbier, entre les cailloux, au pied du fort du Socoa. Les Algues ne manquent pourtant pas, mais forment de petites touffes éparses sur les rochers sans constituer jamais un revêtement continu. Ceci ne s'applique bien entendu pas aux Algues calcaires, surtout les Lithophyllum (peu de Corallines dans la baie), qui encroûtent la plupart des cailloux : limitées à la face inférieure de ceux qui émergent souvent, elles finissent plus bas par recouvrir la supérieure, laissant l'autre aux formations animales dont nous allons parler.

* Le Carcinus mœnas Leach, si commun sur les plages de la Manche est excep- Uonnel dans la baie bien qu'il existe abondamment dans la Nivelle où, avec Pachyffrapsusy il remonte aussi loin que le flot, et dans la Bidassoa où ses dépouilles, mêlées à ceUe de roursin Irrégulier Echinocardium cordatum (Penn.)> couvrent la grëve près d*Hendaye. M. Pruvot me fait remarquer ({ue c'est également dans la Méditerranée son habitude de se localiser aux lagunes et estuaires ; le fait, (lui est inexpliqué, mériterait de faire Tobjet d'observations suivies en d'autres régions.

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C'est entre les levées de cailloux qui subdivisent la grève que les Algues ordinaires sont le plus abondantes, dans les petits bassins que le (lot laisse remplis derrière lui et qui ont un fond de sable ou de gravier avec des cailloux où elles s'enracinent. On trouve là d'abord en partant du rivage Cystosira barhaia (G. et W.) et Hypnœa mu$ciformis (Wulf.), Codium iomentosum Stack., Dictyopteris polypodioides (Desf.), Dictyola dichotoma (Huds.) et Padina pavonia L. par places. Nettement plus bas, quand les Algues deviennent moins clairsemées, apparaissent Sphacelarin furcigera Ktz. et Cystosira ericoides (L.), qui est Thôte de deux Hydraires, Campanularia intégra M. Gil. (var. taliculata Hincks) et C angulata Hincks. sans parler de la faune submicroscopique très variée qui hante d'habitude ses rameaux. Par endroits de petites touffes d'Ulra lactuca Le Jol. et Cladophora proliféra Kuetz, des paquets d'Enleromorpha ramulosa (Engl. bot.) accrochés auxautres Algues indiquent sansdoutedes infiltrationsd'eau douce. PuisquelquesFloridéeséparses: Laurencia obtusa Griff. var. pyramidata J. Ag., Chondrus crispus (L.), Hhodymenia palmnta (L.) ; à mesure que la profondeur croît, les Algues deviennent plus hautes et plus confluentes ; au contraire au pied de la falaise on trouve d'épais amas d'Algues mortes apportées par le flot, qui commencent k se décomposer et n'hébergent aucun animal. De touffe en touffe et de pierre en pierre courent avec agilité de petits Poissons, Blennius et Gobius divers, et des Crevettes, Palœmon serratus (Penn.) principalement. Dans les Invertébrés, l'animal le plus répandu sur toute la grève est l'Oursin commun, Paracentrotus lioidus (Lam.) qui, ne demandant guèrequ'àn'étre jamais asséché, se réfugie d'abordsous les cailloux, puis un peu plus bas se loge entr'eux, parmi les Nullipores qui les revêtent, et forme par endroits de véritables tapis qu'on ne voit guère sur les côtes bretonnes. Avec VAnemonia sulcala Penn., qui gazonne également par places, ce sont a peu près tous les animaux qu'on voit du premier coup d'œil et sans retourner les pierres.

La faune extrêmement variée qui s'abrite au-dessous de celle-ci n'est pas facile à répartir entre des niveaux bien distincts, pas plus que les Algues, nous venons de le voir. On se convainc vite — et au fond il en est de même dans la plupart des endroits de nos côtes — que la profondeur absolue joue un rôle secondaire et le plus souvent indirect, et que le principal revient à d'autres conditions, surtout, m'a-t-il semblé, à la nature du fond et à la taille desmaté-

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riaux qui le composent. En certains points des graviers dépassant la taille d'une noisette forment seuls le sol entre et sous les blocs plus gros; en d'autres apparaît du sable grossier ou fin. Ces derniers endroits seront souvent les plus profonds, mais souvent aussi les plus abrités des vagues et des remoux ; une foule de circonstances rendent leur distribution capricieuse. En tous cas, la flore et la faune suivent de très près ces variations. Les cailloux sans sable sont très abondamment encroûtés de LUhophyllum, revêtant aussi les nombreuses coquilles, de Patelles principalement, qui y sont mêlées. Le tout n'est pas sans analogie au premier coup d'oeil avec le fonds spécial désigné sous le nom de mœrl dans la Manche. Les Algues non calcaires y forment par places de petites touffes, jamais abondantes. Assez peu d'animaux s'en accommodent : outre les Oursins, très nombreux, VOphiura longicauda (Miill. et Tr.) dont on trouve parfois une douzaine d'exemplaires et plus sous la même pierre, Asterina gibbosa (Penn.), Xanio rivulosus Risso, de petits Pagures très nombreux dans les coquilles encroûtées de Nullipores, Sphœroma curium Leach, Haliolis iubevculala L., Lepadogaster Wildenotvi Risso en font l'essentiel et constituent une association très constante et caractéristique. Le revêtement inférieur des pierres est formé en majeure partie de tubes calcaires de Serpuliens. Crabes, Sphéromes, Lepadogasters et Haiiotides, voire Ophiures, présentent tous, dans leur jeune âge seulement, une livrée uniforme marbrée de noir ou de brun et de rose, qui mime & merveille les cailloux foncés et leurs Algues encroûtantes.

A mesure que le gravier devient plus sableux, la faune s'enrichit. Apparaissent alors, sans disparition des autres d'ailleurs, Asterias tenuispina Lmk., Ophiolhrix spinulosa (Risso), Holothuria Stellaii

D. Ch. très abondante, en échantillons souvent de grande taille, Lagisca extenuata Or. , Porcellana platycheles (Penn.), Galaihea squami fera Leach, Eriphiaspini front Herbst, Nerophis lumbriciformis Bp., toutes formes très répandues sur la grève. Enfin la faune la plus riche correspond aux cailloux assez mélangés de sable, sans pourtant reposer uniquement sur lui. Elle est variée surtout en Annélides et en Mollusques. Dans les premières, les plus communes de beaucoup sont Eunice iorquala Quatr., Perinereis culirifera (Or.). PhyUodoce laminosaSav. J'y ai aussi rencontré r£'timc6purpttr^a Or. qui serait d'après de Saint-Joseph le jeune de la gigantesque

E. Kinbergi Ehl., qu'il a rencontrée également à Saint-Jean-de-Luz,

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Hesione pantherina Risso, superbe forme qui n'est pas très rare, Arabella Saint- ffilarei{D,Ch,), Terebella lapidariu (Kàhlers), Pmnereis longipes et Flabelligera Claparedei de Saint-Joseph ; ces deux espèces sont jusqu'ici propres à Saint-Jean-de-Luz où les a découvertes leur auteur (1898). Comme Mollusques on rencontre deux Chitons, Lepidopleurus cafetanus (Poli) et Acanthochites fatcù cularis (L.) dont le premier est très commun, Fissurella gibberula Lmk., Nassa reticulata L., des Opisthobranches, Pleurobranchus plumula (Montaigu), Archidoris tuberculata (Cuv.) qui présente souvent Thomochromie remarquable avec les Eponges voisines signalée par CuÉNOT (1903) à Arcachon, deux ou trois Eolidiens, des Lamellibranches: Arca lactea L. et surtout Zima tn/7a(a Link. dont on voit souvent de nombreux individus s'envoler dans l'eau en agitant leurs valves empanachées de tentacules rouges quand on retourne la pierre.

A. citer aussi deux belles Planaires, Thysanozoon Brocchii Risso et Proceros maximus Lang, et la Leptoplana Iremellaris (Muller) plus commune sur les côtes du Nord, avec la Némerte Lineus Iongissimus (Gttnn.), etc. VHeliactis bellis (EU.) apparaît parfois, sous forme de petits individus enfoncés dans le sable ou dans les trous des pierres. Le revêtement inférieur de celles-ci est (outre les Serpuliens), formé surtout d'Epongés de taille variée. Botryllus violaceus M- Edw. et Botrylloides rubrum M. Edw., assez rares, représentent seuls les Ascidies composées (contraste frappant avec leur variété si grande sur la grève de Roscoff) ; les simples ne le sont que par Ciona intestinalis (L.). Ils n'apparaissent d'ailleurs déjà qu'à une certaine profondeur, ou dans un endroit très abrité ; les pierres facilement déplacées par la lame n'en portent pas, et souvent quand on en retourne plusieurs superposées on trouve la face inférieure de la première nue, celle de la seconde encroûtée d'Epongés, celle de la troisième de Botrylloïdes. Signalons enfin les petits arbuscules d'un Bryozoaire, Bicellaria ciliata (L.), avec une autre espèce encroûtante que je n'ai pas déterminée. Souvent nagent dans les creux de petits crustacés, Mysis et Virbius,

Assez différentes se montrent les conditions offertes aux animaux sur le côté externe de la falaise, directement battu par les flots. Outre ce mouvement encore plus intense des eaux, les différences résultent de la nature du sol et de l'absence de toute pollution par le port ou par les amas d'Algues mortes. Les strates schisteuses des

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calcaires constituant la falaise plongent sous Teau vers une direction variée d'ailleurs par de nombreux plissements mais qui, au pied de Sainte-Barbe, est généralement le N. N. W. On voit leurs tranches inégalement entamées par Tabrasion émerger à marée basse (tout est couvert à mer haute), comme autant de crêtes parallèles, laissant entr'elles des cuvettes d'une profondeur et d'une orientation variables. Les lames arrivant généralement de Touest ou du nord-ouest, il en résulte que les schistes sont le plus souvent conséquents par rapport à elles, et les cavités qu'ils forment bien abritées. Presque horizontales en certains points, les couches se présentent en d'autres redressées et verticales, limitant des sortes de rues parallèles où l'on voit régulièrement alignés suivant le plan de schistosité les Oursins et les Anémones.

Le pied de la falaise, baigné à mer haute, est encroûté par un revêtement serré de Chthamalus ; plus haut remontent les Patelles {P. vulgata L. et dans la partie inférieure P. athletica Beau) et plus haut encore, au milieu des Lichens, les Littorines [L. neriioides L.). Au milieu des Chthamalus, Lilhophyllum cristatum Menegh. que nous n'avions pas trouvé dans la baie, forme de petits mamelons épars, au lieu d'une bande continue comme sur les côtes sans marée de la Méditerranée, aux cavités nombreuses hantées par des Annélides : Lysidice ninetia Aud. et Edw., Eulalia viridis Millier, Perinereis cuUrifera (Gr.) et P. Oliveine Horst, des Némertes : Emplectonema gracile (Johnst.) et un petit Tétrastemme non déterminé, des Gammarides et toute une petite faune variée. Dans les fissures de la roche, où se réfugient à la moindre alerte de nombreux Pachy grap$us, s'abritent des Moules [Myiilus minimus Poli) et le Pollicipes comu-copta? Leach très abondant en un endroit de Sainte-Barbe. Au bord de la falaise commencent des talus lisses et inclinés formés par le toit mis à nu de chaque couche : les Chthamalus ne s'y enracinent guère, sauf sur la crête, mais ils sont teintés en vert bleuâtre par une Cyanophycée crustacée, Calolhrix scopulorum Ag., qui les rend horriblement glissants. L Aciinia equina L,, rare dans la baie, s^y rencontre souvent aussi. Dans le ressaut qui marque le passage à la couche suivante, un peu d'eau est retenue et les Algues communes citées plus haut, dont Cystosira harbata (G. et W.) est la principale, s'y enracinent les premières. Un peu plus bas, ces cuvettes sont le siège du développement parfois exubérant des Nullipores dont le revêtement blanc rosé suit exactement les contours de la

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flaque d'eau. Dans la feote même s'alignent les Oursins et s'implantent les Corallines [Corallina officinalis L.).

En descendant davantage, et suivant Tinclinaison des couches imbriquées, les cuvettes gagnent en étendue ; sur la partie émergée du plan incliné, les CalothrixsiU lieu d'être réduit à un enduit glissant prolifèrent en petites masses mamelonnées et spongieuses, d'un vert foncé. Les Anémones {A. sulcata [Pepw.]) et les Oursins sortent de la fente pour occuper toute la partie retenant l'eau et, ce qu'on ne rencontrait guère dans la baie, les seconds s'y creusent des loges qui les assurent contre l'action des vagues. C'est là un des points de nos côtes où cet intéressant phénomène a été le plus souvent observé (voir la littérature dans John, 1889 et Fewkes, 1890), et l'on peut aisément s'y convaincre, ce qui n'est d'ailleurs plus contesté aujourd'hui, que l'animal creuse lui-même sa demeure et que les Nulli pores qui encroûtent plus ou moins abondamment la pierre n'interviennent que pour la compléter plus ou moins, la roche même portant en certains endroits de simples facettes juxtaposées, en d'autres de véritables trous, toujours exactement proportionnés à la taille de l'animal qui y disparaît tout entier. D'ailleurs en beaucoup d'endroits la partie supérieure du plan schisteux, exondée à marée basse, se montre débarrassée des Lithophyllum, mais sculptée encore de ces trous, indices certains d'un exhaussement du sol. Cette arête supérieure, qui appartient souvent aux ChthamaluZy est secondairement retravaillée par les Mollusques saxicaves (assez rares pourtants, le calcaire étant assez dur pour faire feu sous le marteau par endroits), et les Eponges cariantes. Il s'y enracine le plus souvent un gazon extrêmement court et serré formé par endroits de Corallines, ailleurs d'autres Algues difficiles à identifier vu la tonte incessante à laquelle elles sont soumises et qui retiennent entr'elles des particules sableuses. A l'inverse des précédentes, ces formations exercent une action protectrice sur la roche.

Dans les cuvettes mêmes, dès qu'elles deviennent un peu profondes, croit naturellement la riche végétation des Algues déjà signalées dans la baie : Cystosira ericoides (L.), Codium lomentosum Stack., Dictyotadichotoma (Huds.), Dtctyopterispolypodioides (Desf.), Sphacelaria furcigera Ktz, etc., et une autre qu'on n'y trouvait pas, Cladostephus spongiosus Lightf. D'abord clairsemées, elles deviennent avec la profondeur de plus en plus nombreuses et développées, en même temps qu'apparaissent les Fioridées : Chondrus cri$pus{L.)^

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Halopilys pinastroides (Gm. Kuetz), Griffiihsia corallina (Lightf), Gigartinapistillata{Gm.Sts,ck,),GelidiufncorneumL'dino{iv,,eic.;dBLns la zone qui ne découvre qu'exceptionnellement, elles revêtent toute la roche et les Corallines forment des touffes allongées qu'on croirait au premier abord différer spécifiquement des formes gazonnantes des arêtes exondées, bien qu'elles appartiennent toutes à la Corallina officinalis L. Les petits Poissons et les Crevettes sont les hôtes habituels de ces cuvettes où V Engraulis encrasicholus L. s'égare souvent en bandes nombreuses: la faune abondante de la baie s'y développe peu, faute de retraites propices, ou si elle existe dans les fentes du schiste y est peu accessible au naturaliste ; la plupart des cailloux, de petite taille et d 'placés à chaque marée, ne recouvrent rien. Aux endroits abrités où ils peuvent mieux s'enraciner, on retrouve la faune habituelle des points peu sableux de la baie où Ophiura longicauda (MCill. et Tr.) est la forme prédominante. A un niveau assez bas, les couches schisteuses surplombant considérablement créent souvent en dessous d'elles des sortes d'abri dont Touverture regarde en général vers la côte et qui, moins favorables au développement des animaux que les grottes anfractueuses des pays granitiques, donnent asile néanmoins à une faune assez spéciale. La face supérieure de ces cavités est revêtue la plupart du temps d'Epongés variées qui peuvent atteindre une très grande épaisseur. Ailleurs apparaissent deux Hydraires, Aglaophenia lubu- H fera Hincks et Sertularella fusiformis Aider (sur laquelle s'en développe un troisième, Clglia Johnstoni Aid.), dont les tiges grêles hérissent la roche, un Bryozoaire vivant dans les mêmes conditions, Bicellaria ciliala (L.), et surtout la délicate petite Anémone blanche familière aux visiteurs de Roscoff et de Duon, Sagariia sphyrodetes Gosse. Aucune Ascidie, sauf quelques Botrylles. Le fond de ces cavités et les fentes étroites qu'y limitent les schistes sont la station favorite d'Asterias glacialis (MQller), fort rare dans la baie, et les gens du pays y viennent chasser le Poulpe, qui fait sa proie sans doute des Crabes nombreux qu'on y voit courir.

Ces deux faciès rocheux des environs immédiats de Saint-Jeande-Luz montrent comme on le voit, des différences toutes relatives, et ils se modifient plus ou moins par places : dans la baie, au pied et à l'abri des jetées de Sainte-Barbe et du Socoa, sur les blocs, artiGciels pour la plupart qui les garnissent, la végétation luxuriante d'Algues qui remplace à un niveau assez bas les Oursins

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et les Nullipores a trouvé des conditions très favorables à son développement. Là apparaissent quelques Laminaires {Sarcorhiza bulbosa de la Pyl. exclusivement), avec leur Docoglosse parasite habituel, Helcyon pellucidum (L.), et des individus d'Ascophyllum modosum (L.). Les cinq espèces d'Hydraires que nous avons eu déjà occasion de citer sont abondantes, les deux premières sur les Algues, les trois autres sur les rochers. A part cela, la faune ne présente rien de spécial. Si Ton explore la côte en remontant vers Biarritz, on voit qu'avec des caractères généralement analogues des conditions un peu différentes se présentent sur certains points : dans des baies un peu abritées les Fucus (F. resiculosus L.) se développent par places, sans atteindre jamais la luxuriance des côtes bretonnes. Ils semblent empiéter surtout sur la zone des Chihamalus^ ce qui fait penser que celle-ci descend beaucoup plus bas sur la côte basque que sur les précédentes (chose d'ailleurs constante sur les côtes très battues) : au-dessous d'eux ou retrouve le niveau à Cystosira barbala (G. et W.) presque seule qui suit directement les Chihamalm ailleurs. Les Fucus sont entr'autres assez abondants àGuélhary, bien que la côte y paraisse à première vue fort exposée. En ce point se trouvent des amas importants de blocs et de cailloux qui donnent asile à une faune plus riche, ou du moins plus accessible, que celle de la falaise. Sainte-Barbe et se rapproche plus de celle de la baie de Saint-Jeande-Luz. En certains points aussi le sable assez abondant y crée un faciès bien caractérisé par le grand nombre des Hermelles {Sabellaria alveolata [L.]), qui de leurs tubes sableux et cohérents cimentent les pierres (plus rares et plus isolées à leur face supérieure), et forment même à elles seules de véritables blocs. Polyophthalmus pictus Duj. vit en leur compagnie. A Guéthary également les Laminaires, découvrant aux très fortes marées, sont assez abondantes dans les bassins que protège une crête de schiste extérieur, jouant le même rôle que les digues de Saint-Jean-de-Luz, et qui renferment un véritable fouillis d'Algues.

Eu résumé, l'apparence générale de la côte basque rocheuse s'oppose à celle des côtes bretonnes de la Manche en première ligne par Tabsence des zones bien marquées qu'y définit le développement massif des diverses Fucacées ; la cause en est sans doute dans l'intensité des vagues qui favorise au contraire le grand développement des Nullipores, qu'accompagnent les Oursins et les Anémones,

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formes animales prédominanleSy développement aidé du reste par un climat plus chaud qui permet l'apparition d'une série d'espèces méridionales. D'autre part l'existence des marées empêche ces Nullipores de former la ceinture épaisse et régulière qui entoure les côtes méditerranéennes et, jusqu'au niveau assez bas où prédominent les Floridéesetde rares Laminaires, le développement des autres Algues est restreint. En l'absence d'un grand nombre de zones nettement liées à la profondeur, on peut distinguer quelques faciès d'ailleurs mal séparés que déterminent un certain nombre de conditions, principalement la nature du terrain et l'abondance des cailloux et du sable, en un mot les retraites diverses offertes aux animaux et auxquelles correspondent des associations biologiques assez nettes. Les différences qu'on observe entre l'intérieur de la baie et la côte ouverte sont imputables pour une petite partie encore à l'agitation des vagues, mais surtout à ces phénomènes de sédimentation, et aussi sans doute à une légère pollution et dilution de l'eau de la baie par la Nivelle, les infiltrations des calcaires, les amas d'Algues mortes, qui expliquent la présence d'un certain nombre de formes animales {Ciona intestinale) et végétales (Ulva, Cladophora) amies des ports et des estuaires, voisinant avec celles qui caractérisent les côtes très battues.

OUYRAQES CITÉS

1903. CuéNOT (L.). Contribution à la faune du Bassin d'Arcachon : III. —

Doridiens. [Trai). Labor. Soc, scientif, Arcachon, VII« année,

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1890. Fkwckes (J.-W.). On excavations made in rocks by sea urchins

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1899. FiscHBR (H.) Liste des Mollusques recueillis à Guéthaiy et Saint-

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1889. John (G.) Ueber bohrende Seeigel. (Arch. f. Naturgesch. Bd LV,

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1895. Pruvot (G.). Distribution générale des invertébrés de la région de

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