‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 4)Chapitre 20 sur 115 · CHEZ LES LARVES DES BATRACIENS ANOURES · texte numérisé non relu

CHEZ LES LARVES DES BATRACIENS ANOURES

par L. Bhuntz,

Chargé du Cours de Zoologie à l'Ecole su|)(?rleure de Pharmacie de Nancy.

KôLUKER découvrit, en 1846, les capillaires lymphatiques de la queue des Têtards. Depuis cette époque, divers auteurs (His, Hknsen,

Gxn NOTES ET REVUE

Recklinghausen, Langer, Goette, Jourdain, Hoyer), ont retrouvés ces formations soit dans la queue, soit dans d'autres parties du corps.

HoYER (1904) est le seul qui ait donné une longue description accompagnée de figures du système lymphatique des larves de Batraciens anoures. Mais ce dernier travail ne constitue qu'une remarquable étude anatomique et, à ma connaissance, nous ne possédons aucune donnée histologique sur la structure des canaux lymphatiques. De récentes recherches d'histo-physiologie entreprises sur les larves (mesurant de un à deux centimètres de longueur totale) de Bombinator igneus, Bufo vulgaris et Rana temporaria, m'ont permis de mettre facilement en évidence, la structure glandi^laire et le rôle excréteur des endothéliums des canaux lymphatiques et des capillaires sanguins rénaux.

Si on injecte une solution récemment filtrée de carmin ammoniacal (habituellement dénommée carminate d'ammoniaque) dans la cavité péritonéale des Têtards, on constate qu'après un certain temps (de un à deux jours), ce réactif s'est éliminé, comme le fait est connu, par : 1*» les organes rénaux proprement dits (pronéphros et mésonéphros), et 2** les cellules endothéliales des capillaires sanguins hépatiques. J'ai découvert que le carmin ammoniacal s'éliminait encore par : 3® les cellules endothéliales des vaisseaux lymphathiques et celles des capillaires rénaux.

Lorsque les injections physiologiques sont parfaitement réussies, chaque cellule endoihéliale des capillaires garde le réactif colorant dans le corps cellulaire qui apparaît ainsi teinté en rouge. De ce fait, on peut reconnaître, sur des Télards vivants, par transpaparence, au microscope, le réseau lymphatique de la queue mis ainsi en évidence jusque dans ses moindres détails. Les injections physiologiques de carmin ammoniacal constitue donc un excellent procédé de recherche et d'étude des formations lymphatiques des larves de Batraciens anoures.

Sur des coupes transversales totales, on constate que toutes les cavités (capillaires, canaux et sinus) dépendant du système lymphatique sont tapissées en totalité ou seulement en partie quand il s'agit de sinus à large lumière par des cellules endothéliales glandulaires et excrétrices.

Ces cellules présentent en effet des caractères qui les font ranger parmi les cellules glandulaires. On les trouve sous deux aspects

NOTES ET REVUE cxm

suivant qu'on les étudie dans les sinus ou dans les capillaires. Dans les sinus, ce sont de grandes cellules plates, allongées et effilées à deux extrémités opposées et dont la longueur peut atteindre 60 [i. Dans les capillaires lymphatiques, vues en coupe, les cellules endothéliales possèdent un corps proéminent dans la lumière en logeant le noyau, alors que, vues de face, elles affectent une forme irrégulière, étoilée, parfaitement semblable à celle des « Sternzellen » du foie. Les noyaux, applatis dans les cellules fibrillaires, sont souvent de forme générale ovoïde à contour faiblement chiffonné, mais quelquefois ils sont très irréguliers et profondément lobés ; ils mesurent, suivant leur plus grand diamètre, environ 10 [x et sont peu colorables par les réactifs nucléaires.

Le corps cellulaire devenu très apparent après une injection de carmin ammoniacal, se montre dépourvu de cytoplasme, mais bourré de petites boules naturellement réfringentes, incolores ou légèrement jaunâtres, représentant le produit d'activité glandulaire. Ce sont ces boules ou la majeure partie d'entre elles qui se colorent en rose ou en rouge vif après élimination de carmin liquide injecté; ce fait permet d'affirmer le rôle excréteur de ces éléments.

Mais il est aussi à remarquer que j'ai vu ces cellules parfaitement suppléer à la fonction rénale. Sur des coupes d'un Têtard dont les mésonéphros étaient peu développés, les pronéphros n'ayant accidentellement éliminés qu'une très faible quantité de réactif, les cellules endothéliales des capillaires lymphatiques étaient colorées en rouge vif. Nul doute que sans l'intervention de ces éléments, le Têtard eut péri à la suite de l'injection.

Sur des coupes des pronéphros et mésonéphros, on remarque, doublant la tunique, non seulement des canalicules glandulaires, mais aussi des tubes constituant les voies d'excrétion urinaire, de une à trois cellules en forme de croissant, lesquelles sont intimement accolées aux épithéliums rénaux. Il est assez difficile de constater que ces cellules appartiennent à l'endothélium des capillaires sanguins. Naturellement, elles n'attirent l'attention que par la présence de leur noyau ; après élimination de carmin ammoniacal, le corps cellulaire devient bien apparent et se montre semblable en tout point à celui des cellules endothéliales des vaisseaux lymphatiques.

Les cellules des capillaires rénaux comme celles des canaux lymphatiques renferment souvent quelques granulations pigmentaires,

cxiv NOTES ET REVUE

mais elles ne sont pas phagocytaires^ seul fait qui les différencie des cellules des capillaires sanguins hépatiques.

Enlin, au point de vue de Tanatomie comparée, l'existence de cellules éliminant le carmin ammoniacal de l'organisme des Têtards est digne de remarque. En effet, dans tous les groupes d'Invertébrés, on connaît des cellules closes qui jouissent de la propriété d'éliminer les liquides mêlés au sang, ce sont les néphrocytes. Les cellules endolhéliales des formations lymphatiques et des capillaires sanguins rénaux sont donc de véritables néphrocytes comparables par leurs caractères cytologiques et leur physiologie aux néphrocytes déjà connus, les néphrocytes branchiaux des Crustacés, les néphrocytes péricardiaux des Insectes par exemple.

Certains groupes d'Invertébrés (Brlntz, 1907) et de Vertébrés (CuÉNOT, 1907), peuvent posséder indépendamment des néphrocytes, d'autres cellules closes éliminant en même temps que les substances liquides, les particules solides injectées, ce sont les néphro-phagocytes. Les cellules endothéliales des capillaires sanginus hépatiques [Sternzellen) sont de véiitables néphro-phagocytes.

(Laboratoire d'Histoire naturelle, le 16 Septembre 1907).

Page 1