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C.) Les faits « distéléologiques

Il y en a assez, et ce ne seront point de ces résultats négatifs on peu nets, dont j'avais fait mention plus haut. Non; ils seront des plus nets et absolument positifs.

Je n'en choisirai que trois.

Le premier, celui que nous avions déjà cité d'après les observations de H. Fol, est, que les crabes se mettent « sur le dos des

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objets qui ne pouvaient que les rendre encore plus visibles que s'ils n'avaient rien mis ».

Deuxième fait : Malgré ce qu a décrit H. Fol (1886, p. 194) que « lorsque la toison végétale a grandi au point de devenir encombrante, il Tarrache brin par brin avec une de ses paires de pattes {toujours avec ses pinces! R. M.), se nettoie bien à fond et puis se met à se coller sur la carapace... », malgré cela — dis-je — les crabes revêtus d'une couleur, ayant été transportés dans un aquarium d'une autre couleur, la plus discordante même, n'ôtent jamais, d'après ce que j'ai pu observer, leur costume ancien. Ils accrochent les papiers nouveaux à côté des anciens, en quantité d'autant moindre que ceux-ci étaient plus nombreux.

Troisième fait, le plus important : Dans raquarium noir les crabes ne prennent jamais du papier noir (correspondant), s'ils trouvent n'importe quelle autre couleur. Ils se déguisent ainsi en vert, rouge, blanc, en faisant une tache sur le fond noir de l'aquarium au lieu de se dissimuler.

Eh bien î comment peut-on se rendre compte de ces étranges « eiTeurs » d'un instinct si parfait de prétendu mimétisme? peuton même considérer comme « erreurs de l'instinct », comme on le fait d'habitude, les faits revenant constamment dans les conditions déterminées?

Dirait on — peut-être — que nous avons ici un de ces cas de terrificationf des waming colours de Wallace ou aposemathic colours de Poulton ? Mais est-il possible qu'à un moment voulu et dans les conditions d'expérience, les animaux dissimulants se transforment en « terrifiants » ?

N'est-il pas plus logique d'en chercher ailleurs l'explication ?

N'est-il pas possible de pénétrer par l'analyse approfondie la nature intime de ces faits et d'en trouver une explication scientifique causale, dans laquelle il n'y aurait plus ni faits exceptionnels « distéléologiques » ni « téléogie normale » de l'instinct, mais où tout se confondrait dans le déterminisme physiologique des actions instinctives?

C'est ce que je vais essiiyer dans ce qui suit.

m. — Les crabes ayeaglés.

Dans une petite note de 1889 — seule année heureuse pour mes crabes — Bateson (1889)aécrit à propos du Stenorhynque: « Noton-

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ly are aile thèse complicated processes gone through at night as well as by day, by a Slenorynchus if cleaned and deprived of sighl will immediately begin to clothe itself again, with the saine care and précision as before ».

Je n'ai pu que constater le nmême fait chez Maja,

11 m'était impossible de les rendre aveugles en couvrant leurs cornées avec de Tasphalte ou quelque autre substance noire, les pinces des Maja étant trop mobiles et trop habiles, pour ne pas les enlever aussitôt : or, j'ai coupé les pédoncules oculaires.

Les animaux ainsi opérés deviennent extrêmement excités, courent çà et là incessamment, se battent avec tous les crabes rencontrés, mais se déguisent immédiatement et d'une manière toute normale, seulement sans aucun rapport avec la couleur de l'entourage.

Le fait de la persistance du déguisement normal chez les animaux aveuglés est d'une importance très grande parce qu'il démontre que la cause primordiale de cet instinct n'est pas dans les photoreceptions. Ce serait plutôt les tangoreceptions * des pinces d'un côté et des crochets dorsaux flexibles de l'autre, qui provoqueraient dans les conditions déterminées toute la série d'actions instinctives dont nous avons donné la description.

Si cela est vrai, alors pour accomplir ces actions les animaux n'auraient pas besoin du fonctionnement de leurs ganglions cérébraux, tous les mouvements des extrémités buccales et thoraciques ayant leurs centres dans la masse ganglionnaire ventrale.

Voyons ce qu'apportent en cette matière les expériences.

IV. — L'instinct des Mcga après la résection complète da « cerveau ».

Dans le résumé présent il m'est impossible de donner la description de la méthode opératoire et des observations sur les animaux opérés, observations parfois fort intéressantes (par exemple celles sur ïautotomie, sur la spontanéité des mouvements, sur Vinhibition des réflexes, etc.), mais ne concernant pas la question.

Je me bornerai à indiquer, que je me servais exclusivement du crochet tranchant, employé pour la première fois par Ward, et que je faisais toujours les opérations du côté ventral par la méthode de Bethe (1897, p. 590) un peu modifiée.

* Réceptions tactiles. Voir sur cette terminologie obJecUve : Th. Bber, A. Bbthb u. J. V. Uexkull (1899, p. 275-280). Tous leurs mots ne sont pas acceptables.

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Après la section au-dessus de Tœsophage des deux connectifs longitudinaux, c'est-à-dire de l'unique communication entre les ganglions cérébraux et la masse ventrale, les animaux — si l'opération était bien faite* — vivent assez longtemps fje les ai gardés jusqu'à cinq semaines), pour qu'on puisse les étudier suffisamment.

Une fois le choc opératoire disparu, tous les réflexes les plus complexes restent intacts, comme on le sait depuis dix ans, d'après les excellents travaux de Bethe, dont je viens d'en citer un : l'c^nimal peut marcher, « choisit» la nourriture, mange bien, « se défend »,etc.

Mais ce qui nous intéresse tout spécialement, c'est qu'il commence bientôt à se nettoyer, en grattant avec ses pinces les crochets, surtout ceux des pattes ambulatoires et de l'extrémité postérieure du thorax, mais aussi, quoique très rarement, à cause de l'affaiblissement des muscles, ceux de la surface supérieure du thorax.

Eh bien ! si le crabe arrive à toucher avec ses pinces un morceau de papier ou algue, on le voit souvent se déguiser, en exécutant toute la série des mouvements sans en ommettre un seul, et dans le même ordre que chez les Maja normales.

J'ai pu le montrer plus d'une fois au Laboratoire de Roscoff. Mais aussi il les prend souvent avec sa pince et les rejette loin de lui, de même qu'il rejette la nourriture qu'il peut aussi accrocher quelque part sur sa carapace.

Il n'y a rien d'étonnant dans cette « inconstance » des réactions, quand on a présent à l'esprit les faits analogues quelquefois beaucoup plus frappants chez les animaux non opérés. L'explication se trouve dans les perturbations internes de l'état physiologique, perturbations complètement inconnues, mais dont les réactions modifiées de l'animal donnent la preuve incontestable.

L'essentiel dans ces expériences est, que les actions instinctives de déguisement se passent normalement après l'ablation du cerveau.

Eh bien! quelles conclusions peut-on en tirer en matière de « psychologie » de V instinct ? Je n'en vois que deux éventuelles : ou bien il faut avouer franchement, que nous ne pourrons en rien savoir de précis, et par conséquent, renoncer dans les études scientifiques sur l'instinct à toute tendance psychologante ; ou bien il

• On le constate en étudiant les réflexes simples surtout ceux des antennes et des yeux. Les observations une fois achevées, on fait, bien entendu, Tautopsie du crabe.

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faut déclarer aussi franchement, que la « psyché » animale au moins « psyché inférieure, instinctive et non consciente » — comme on a rhabitude de dire — n'est pas nécessairement liée au *< cerveau », qu'elle est plutôt diffuse dans tout le système nerveux ganglionnaire sans avoir besoin de son intégrité anatomique fonctionnelle.

On pourrait me reprocher * qu'en coupant les connectifs je n'ai pas éliminé d'autres communications possibles celle par réseau nerveux périphérique (cf. du nerf tégumentaire). Mais les observations nombreuses analogues sur les insectes complètement décapités, surtout celles de Woldemar Wagner (1896) * en Russie sur les Blatta, Nepa cinerea, etc., démontrent d'une manière incontestable le peu de fondement de cette supposition.

Ainsi, la méthode expérimentale opératoire nous a permis d'établir le déterminisme physiologique de l'instinct de déguisement, qui n'est autre chose qu'un enchaînement d'actions réûexes des extrémités thoraciques antérieures, provoqués par les tangoréceptions des pinces, dirigés par les tango et chemoréceptions des pièces buccales et poussées par les tangoréceptions des crochets dorsaux flexibles vers leur but terminal.

Il n'est pas difficile de démontrer directement la « sensibilité » ou bien la o réceptibilité » tactile des crochets. 11 serait fort intéressant d'étudier leur innervation avec plus de détail.

Le déterminisme ci-indiqué n'est pas encore complet, ne concernant que l'instinct artificiellement simplifié par l'ablation des yeux (ou des ganglions oculaires), et ainsi privé de toute sa perfection et de tout le charme, que lui donnent les photoréactions. Il serait peut-être suffisant pour dissimuler les crabes dans les conditions normales de leur vie au fond de la mer parmi les Algues, les spongiaires, etc.

Et pourtant il est beaucoup plus compliqué, et c'est la partie la plus difficile qui nous reste à analyser.

Le problème du « choix » des couleurs, dont nous avons donné des preuves incontestables, ne peut être résolu directement. Il était même impossible à aborder avant la découverte du chromotropisme,

* Comme l'a fait par exemple M. Yves Dblage dans la discussion qui a eu Heu après ma conférence, faite à RoscolT le 11 septembre 1906.

* Le chapitre intitulé La nature psychologique de IHnstinct est très riche en faits intéressants.

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en tant que phénomène «ui ^^«em, indépendant du phototropisme commun, découverte que j'ai faite à RoscofT l'été passé.

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