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DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE

PAR

Les régions visitées pendant ces dernières années par les exx)éditions françaises conduites par MM. Fonreau-Lamy, A. Chevalier, Lenfant, etc., ont comblé les grosses lacunes qui subsistaient encore dans la connaissance de la faune malacologique de l'Afrique équatoriale. H devient dès lors x>ossible d'indiquer les traits essentiels de cette faune et de montrer ses affinités avec celles des régions voisines. C'est ce que je vais essayer de faire dans les pages suivantes.

En 1861, le baron allemand Cari Clauss rentrait en Europe après une longue exploration au x)ays des Masaî. H avait pu faire l'ascension du célèbre pic de Kilima-N'djaro et rapportait une x>etite collection de MoUusques qui furent étudiés par le Jy B. von Ma&tens (1869). Peu après, les rares matériaux recueillis par Speke étaient décrits par l'Anglais Dohen (1864).

Au cours de sa traversée de l'Afrique, de Tripoli au golfe de

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Bénin (1847-1867), le D' Gerhard Rohlfs séjourna quelque temps à Kouka. Il y récolta les premiers Mollusques du lac Tchad parvenus en Europe. Le D' E. von Mabtens (1877) nous le« fit connaître dans une note trop brève. Nous devons au même auteur une étude sur les Mollusques rapportés du pays des Niam- Niam par le D"" Schweinfurth (1869-1874) (Martens, 1878), et ceux, plus nombreux en espèces, trouvés dans l'Oukambi et aux environs du mont Kénia par le D"" Hildebrandt (Mabtens, 1878). A la même époque, le D^ E. A. Smith (1877), du British Muséum, publiait un intéressant travail sur les Mollusques du centre africain provenant des récoltes des voyageurs anglais et notamment de Stanley, sir Samuel Baker, lieutenant Verney Howett Cameron, D"" Kirk et F. A. Simons.

Mais ces explorateurs ne s'étant guère attachés qu'à l'étude géographique des contrées traversées, les documents zoologiquee concernant la faune équatoriale de l'Afrique restaient peu nombreux. Il en est tout autrement à partir de 1878, date de la création des stations scientifiques établies dans la région des grands lacs sous les auspices des Etats européens. Tandis que les Belges Cambier, Dutrieux et Wauthier (1) fondent une station à Karéma, (2) les Anglais Thomson, Hore, Hutley et Mullens, envoyés par la « London Missionary Society », se fixent à Oudjiji le 23 août 1878. Ils sont bientôt suivis par les Allemands : en 1880, une mission, sous les ordres de la société africaine d'Allemagne, et composée du capitaine von Schôler. de Bôhm, Kayser et Eeichard, s'établit à l'extrémité sud du lac Tanganika au moment même où Flegel explorait le cours de la Bénoué et les régions inconnues de TAdamaoua.

La France ne reste pas étrangère à ce grand mouvement d'exploration. Un séminaire des Missions d'Afrique s'était fondé à Alger, en 1876, dans le but de préparer rationnellement des

(1) Plus tard, nne troisième expédition belge, composée de Beudo, Roger, Blandain et Cadenhead se dirige également sur Karéma oi\ elle arrive en avril 1880.

(2) Les belges, sons la direction du D' Van der Heuvel et du capitaine Popelin fondent une seconde station à Kouihara dans rounyanyembé.

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missionnaires-explorateurs. H en part bientôt deux missions : Fnne, composée de cinq personnes, parvient à Kadjei, sur les rives du lac Nyassa, en janvier 1879 ; l'autre, qui gagne le lac Tanganika> est rejointe, en 1881, par une troisième expédition comprenant, cette fois, quinze personnes. La plupart des récoltes malacologiques de ces voyageurs furent étudiées par J. E. Boub- GUiGNAT (1888). n en fut de même des matériaux rapportés par le capitaine Bloyet qui, parti de Zanzibar le 11 juin 1880, comme chef de la station française d'Afrique orientale, parvient à Koudoa dans rOusagara, et fonde définitivement la station à Kwa- Mgoungou. Enfin Victor Giraud rapporte, de sa longue exploration à la région des grands lacs, la majeure partie des documents qui serviront à Bourguignat pour écrire son Histoire malacologique du lac Tanganika. (Bourguignat, 1885, 1888, 1890.)

Désormais l'élan est donné. Chaque expédition revient en Eurox>e avec un matériel zoologique plus ou moins considérable, mais toujours intéressant. La région des grands lacs semble surtout le point de mire des explorateurs. Les Anglais Thomson (1883) ; O'Neill' (1885) ; Weiss. Jûhlke et le D"" Hannigton (1883) ; le célèbre Stanley (1887-1888) ; J. T. Last (1885-1886) ; Sharpe (1890) ; H.-H. Johnston (1890, puis 1896-1897) ; etc. ; les Allemands Boehm, Reichard et Kaiser (1883-1884) ; Wissmann (1885) ; D' Junker (1875-1886) ; le D' Oscar Lenz (1884- 1886) ; le comte Teleki et von Hôhnel (1887-1888) ; Baumann (1890) ; le D^ Stuhlmann (1890-1892), etc. ; les Français F. de Meuse, Ed. Foa (Obbmain, 1907), parcourut en tous sens les vastes territoires de l'Afrique orientale compris entre le Cîongo et l'Océan Indien. Tandis qu'en Angleterre le IK E. A. Smith fait connaître, dans une série de publications (1), les découvertes .de ses compatriotes, le D^* E. von Mabtbns (1898) résume, dans

(1) Let travaux de Smith se trouvent diaséminAs dans les Proeeedingt of fhe zoologieal sociêly 9t London (1880. pp. 844-852, pi. XXXI ; 1881. pp. 276-300. pi. XXXn-XXXIV ; 1888, pp. 62-M; 1880. pp. 478-486, pi. XLVm ; 1880, pp. 146-168. pi. V-VT. etc...) et dans Im AnnaU and magaz. of natural hiitory (&• série. VT. 1880. pp. 425-430 ; 6* série. IV. 1888. pp. 173- 175 ; VI. 1888. pp. 98-06 ; Vm, 1881. pp. 317-824 ; X. 1888, PP. 121-128. pl. xn. etc.).

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un excellent ouvrage, la faune malacologique de cette partie de TAfrique.

A mesure qu'elle semblait mieux connue, la faune des grands lacs intéressait de plus en plus les zoologistes. Celle du Tanganika surtout, par son étrangeté, son faciès marin plus apjmrent que réel, fixait l'attention des naturalistes. Aussi le profe^sseur Ray, Lancaster organise-t-il, avec le concours de la « Royal Society >», une première expédition au lac Tanganika (1895-1896), bientôt suivie d'une seconde (1899-1900) placée sous le commandement de J. E. S. Moore et composée de sir John Kirck, sir William Thomson -Dyer, D' Slater et M. Boulenger. Les résultats en furent considérables : au point de vue malacologique, Moose put fixer les affinités d'un certain nombre de JdoUusques (Ttphohia, Limnotrochus, Bathanalia, Spekia, etc.), dont il fit l'anatomie (1908).

n restait à compléter ces données par l'étude de la faune du lac Rodolphe et des nombreuses masses d'eau voisines. L'expédition du comte Teleki et de von Hôhnbl (1898) au Kilima N'djaro, au Kenia, aux lacs Baringo et Rodolphe ne nous fournit que de trop rares documents zoologiques. Il en est de même dee voyages entrepris par le Français J. Borelli et par les Italiens Vannutelli et Citerni (1899) qui complètent seulement au point de vue géographique les découvertes allemandes. L'exploration, toute récente (1904) de M.Maurice de Rothschild est, pour nous, autrement importante. J'aurai à revenir plus loin sur les intéressantes publications malacologiques que MM. NeuvnxB et R. Anthony y ont consacrées (1906).

Pendant que se multipliaient les voyages dans l'Afrique orientale, les régions du Tchad et du Chari étaient parcourues par des explorateurs qui, là du moins, sont presque tous Français.

Les premiers Mollusques de ces régions sont recueillis par la mission Foureau-Lamy (Foureau, 1904, 1906) qui quitte Sedrata le 23 octobre 1898. Apràs avoir, au prix de mille fatigues, traversé le Sahara, elle débouche, le 10 janvier 1900, sur les bords de la rivière Komadougou-Yobé et campe, un peu au delà

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d'Arégué, sur les rives mêmes du Tchad. J'ai étudié ailleurs les intéressantes récoltes malacologiques de M. F. Foureau (Germain, 1905, 1905a) et celles, plus récentes, de M. Lenfant, dans le lac Tchad (Gebmain, 1906). Mais les documents fauniques les plus importants que nous possédions jusqu'ici nous ont été fournis par la belle expédition conduite par MM. A. Chevalier, Decorse, Courtet et Martret, qui explorent, non seulement le lac Tchad, mais encore les bassins du Ghari et de l'Oubangui (Gebbiâin, 1904a, 1906). Je n'aurai garde d'oublier ici les officiers français, MM. Lacoin, Hardelet, Duperthuis et Moll qui, au cours de leurs travaux de reconnaissance, ont pris soin de recueillir des GoquiUes. (Germain, 1906.)

Enfin, en 1902, le lieutenant allemand Glauning récoltait à Kouka quelques Mollusques qui furent décrits par le regretté jy E. von Martens (1903), alors directeur du Muséum de Berlin.

Dans les pages suivantes, je distinguerai, au point de vue faunique, trois régions peut-être un peu artificielles géographiquement. La première, que je désigne sous le nom de Bassin du Congo, correspond sensiblement à toute la partie de l'Etat indépendant située au sud du grand fleuve et de son affluent, l'Arouhimi. La deuxième comprend les pays explorés par M. A. Chevalier au cours de sa dernière mission, c'est-à-dire les régions entourant le lac Tchad et les territoires arrosés par le Chari, l'Oubangui, le Gribuigui et leurs tributaires. Enfin la troisième s'étend des grands lacs à la côte : elle rejoint, au nord, le pays des Gikllas et celui des Somalis ; elle s'arrête, au sud, au cours du Zambèze. Elle comprend toute l'Afrique orientale allemande et anglaise et une partie de l'Afrique portugaise.

Je n'ai rien de particulier à dire de la première région, si ce n'est qu'une notable partie de son étendue est couverte par la grande forêt équatoriale, généralement pauvre au point de vue faunique. La deuxième est maintenant connue, grâce aux explo-

rations françaises de F. Poureau-Lamy, A. Chevalier, Oourtot, Decorse et Martret. A son extrême ouest se trouve le Tchad. Ce lac, situé à 260 mètres au-dessus du niveau de la mer, occupe le fond d'une vaste cuvette. Il affecte sensiblement la forme d'un triangle rectangle dont les côtés droits seraient formés par ses rives méridionale et occidentale. D'une surface d'environ 20.000 kilomètres carrés, sa longueur atteint près de 200 kilomètres et sa largeur maximum 180. La partie la plus profonde du Tchad est la poche du Bornou, le N*Ki Boni des indigènes (eaux blanches et libres). La partie orientale est, par contre, fort peu profonde, parsemée d'îles dont le nombre dépasse trois cents et qui s'étendent, le long des rives du Kanem, à une distance de la côte variant entre trois et cinq kilomètres. Beaucoup de ces îles sont boisées et servent d'asile à une faune assez riche (1). Les eaux du lac, généralement douces, prennent en mai et juin une saveur légèrement salée. Enfin le Tchad qui, au dire des voyageurs, est en voie rapide de dessèchement, n'a que des rives basses et marécageuses. Son principal tributaire est le Ohari, grosse rivière fort large et d'environ deux mètresjde profondeur moyenne. Le Ohari traverse « d'immenses savanes plates, couvertes de brousse par places et en bouquets épars ». (Fourëau, 1905, I, p. 210.)

La troisième région, beaucoup plus élevée, généralement montagneuse, est surtout intéressante par la présence de nombreux lacs, souvent très étendus, qui occupent, du sud au nord et à des altitudes différentes, le fond d'une immense faille. Le premier de ces lacs est le Nyassa, qui communique avec le Zambèze par la rivière Shiré. Long de plus de 600 kilomètres, large de 24 à 100 kilomètres, sa surface atteint 30.000 kilomètres carrés et sa profondeur, en certains points, dépasse 200 mètres. Il est situé à 480 mètres au-dessus du niveau de la mer et sa côte orientale est bordée par les monts Livingstone. Ses eaux sont très pures, d'une limpidité parfaite, puisqu'elles ne laissent aucune trace de sédiments dans les chaudières. A environ 350 kiloci) Les grands Limloolalres y sont, notamment, fort abondants.

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mètres au nord-ouest s'étend le lac Tanganika situé, entre les 30 et d^ de latitude sud, à une altitude de 830 mètres au-dessus du niveau de la mer. D'une superficie de 39.000 kilomètres carrés, sa longueur maximum est de 600 kilomètres et sa largeur varie entre 50 et 90 kilomètres. La profondeur du Tanganika est considérable ; ses rives sont fort accidentées et, sur tout^e la moitié sud notamment, les montagnes tombent à pic dans l'eau, ne laissant que, de loin en loin, quelques petits intervalles occupés par des plages. Son principal affluent est le Loukouga, qui le met en communication avec le Loualaba, c'est-à-dire avec le bassin du Congo. Ses eaux sont fort agitées et, dit le voyageur français Victor Gieaud (1885, p. 27), comparables, à ce x>oint de vue, à celles de l'Océan. Bien que potables au dire des habitants, elles sont souvent « troublées et dénaturées par de forts dégagements gazeux chargés de matières minérales, dégagements provenant du fond de l'immense faille à laquelle est due cette mer intérieure ». (Bouhguignat, 1888, p. 79.) Encore plus au nord, et souvent réunis entre eux par des rivières plus ou moins imx>ortantes, se rencontrent les lacs Kivu, Albert-Edouard- Nyanza et Albert-Nyanza, à l'est desquels s'étend le vaste lac Oukerewé ou Victoria-Nyanza, qui n'a pas moins de 66.500 kilomètres carrés. Ses côt-es possèdent, d'après Stanley, un développement total de plus de 1.800 kilomètres. Placé sous l'équateur, à une altitude de 1.100 mètres, il communique, au nord, avec le lac Albert-Nyanza, directement rattaché au bassin du Nil.

Enfin, beaucoup plus au nord, (vers le 6^ de latitude nord) exist<> toute une série de lacs sans écoulements constituant autant de bassins fermés. Les uns, comme le Basso-Narok (lac Noir) ou Rodolphe, le Baringo et le Naïwacha, renferment de l'eau douce ; les autres, tels que le Bavsso-Ebor (lac Blanc), le Nakoura-Sekelaï, le Maou et le Mangara, ont des eaux salées. Le territoire de ces lacs est bordé d'une chaîne de montagnes qui l'isole du bassin du Nil ; une autre chaîne, dominée par le Kenia et le Kilima-N'djaro sépare, de l'Océan Indien, le bassin des lacs fermés de l'Afrique orientale.

Nous pouvons essayer maintenant de caractériser la faune malacologique des régions équatoriales de l'Afrique. Les matériaux jusqu'ici recueillis dans les territoires du Chari-Tchad sont beaucoup moins importants que ceux de l'Afrique orientale ou du bassin du Congo. Ils sont cependant suflftsants pour établir, entre ces diverses contrées, d'intéressantes comparai-

sons.

Les espèces de la famille des Urocyclidœ se rencontrent dans toute l'Afrique équatoriale. Il en est de même des Helic^rion et des Vitrines, mais leur rareté semble d'autant plus grande que l'on s'éloigne davantage des côtes. C'est ainsi que M. A Chevalier n'a rapporté, de sa dernière mission, qu'un seul échantillon de Vitrine d'ailleurs en trop mauvais état de conservation pour être déterminé spécifiquement.

Les Thapsia habitent depuis les côtes du Sénégal et de la Guinée, jusqu'au Mozambique, au Choa et en Abyssinie. Surtout répandues dans les régions côtières, elles se trouvent aussi dans les pays de l'intérieur oti elles vivent au voisinage des rivières, sous les amas de feuilles mortes, au pied des arbres et, de préférence, dans les endroits montagneux (1). On en connaît actuellement un grand nombre d'espèces toutes très voisines les unes des autres (2).

Le genre SUala H. Adams n'a, jusqu'ici, aucun représentant dans les territoires qui nous occupent. Par contre, on a signalé, dans les régions boisées et humides du N'gourou, (au nord de rOusaghara) (BounGxnGNAT, 1889, p. 14), et dans la grande

(1) C'est ainsi que le D' E.-A. Smith (1899. p. 583) a signalé un assez grand nombre d'espèces de Thapna {Thaptia mixta Smith, Th. nuuuku^nsis Smith, Th. nmulata Smith. Th. nirikana Smith. Th. décupla Smith) vivant sur les plateaux de Nyika. de Zomba. de Chiradzulu et de Malosa, situés au Nord du lac Nyassa, ot qui atteignent une altitude variant entre 5.000 et 7.000 pieds (1.520 et 3.130 mètres).

(2) M. le D' Decorse a recueilli, aux environs de Krebedjé, une très belle espèce de Thaptia^ remarquable par sa spire planorbique et sa grande talUe. Je la décrirai prochainement sons le nom de Thap$ia Lamyi,

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