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LA MALACOGRAPHIE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE

forêt équatoriale (Dupuis et Putzeys, 1901, pL III), quelques rares esx>èce8 appartenant au genre MoaHa, créé par Chapeb (1885) pour des coquilles du Gabon.

Les TroehofMmna, dont l'étude descriptive est entièrement à reprendre peuvent, au point de vue géographique, se répartir en deux séries. La première, de beaucoup plus nombreuse, comprend les espèces à test mince et fragile qui, comme les Troehonanina mozambicensis Mousson, Troch. ibuensis Martens, Troch. percarinata Martens, etc., vivent dans les régions côtières. La seconde est constituée par des espèces (Trochonanina mesogae Martens, Troch. permanens Smith, etc.) au t-est épais, beaucoup plus solide, ne se rencontrant qu'à l'intérieur du continent. J'ai également signalé (Germain, 1907), dans le> bassin du Chari, la présence du Trochonanina Adansoniœ Morelet, espèce qui n'était connue que du Gabon, où elle vit sur les troncs de Baobab (MoBELET, 1868, p. 13). Une forme très voisine, le TrochimanirM percostuUUa Dupuis et Putzeys, habite également la grande forêt équatoriale, dans le bassin du Congo (Dupuis et Putzeys, 1901, p. LIV).

Les Ledoulxia Bourguignat sont des coquilles à test solide et opaque qui pénètrent beaucoup moins avant dans les terres que les Trochonanines. Il en est de même des Bloyeiia Bourguignat, grosses espèces globuleuses aux habitudes nocturnes (1) qui paraissent cantonnées dans les contrées arides du Somal, où elles représentent les Leucochroa des régions méditerranéennes. On n'en connaît pas de l'intérieur.

Les Enneidœ se rencontrent partout : les genres Sireptaxis Gray, Ma/rconia Bourguignat, Ptycotrema Môrch, Edentulina Ffeiflfer, etc., et surtout Ennea Pfeiffer, fournissent de riches suites d'espèces, aussi bien dans l'Afrique orientale que dans le bassin du Congo et la région des lacs. La pauvreté du territoire du Chari — où je n'ai signalé que le seul Ennea Orameri

(1) Par tes earaotères snatomlqiies, le genre Bloifetia se rapproche des Hyalmia d'Europe : la mâchoire et le ruban lingual ont sensiblement les mêmes dispositions; Pappareil génital diffère sortoat par la présence d'un long flagellum filiforme.

Germain — me semble plus apparente que réelle et due à la diffieulté de se procurer ces animaux, tous de très petite taille, qui doivent vivre en colonies plus ou moins populeuses le long des rives boisées de l'Oubangui et du Gribingui. Les genres Stenogyra Shuttleworth, 8ubuUna Beck, Opeas, etc., n'offrent rien de particulier quant à leurs distributions, les mêmes espèces habitant partout et certaines, comme le Subulina octona Chemnitz, ayant tendance à devenir complètement cosmopolit<es (1).

Les Gyclostomidœ sont, en Afrique, des coquilles surtout littorales. Le bassin du Congo et le Nyassaland en nourrissent quelques rares représentants {Gyclophorus rngosus Putzeys, Cyclophortis intermedius Martens, Pomatias nyassanwt Smith, etc.). On n'en connaît pas des régions du Tchad et du Chari.

Mais c'est avant tout la famille des Achaiinidœ qui imprime, aussi bien par la taille que par le nombre et, fort souvent, par l'abondance des espèces, le caractère particulier à la faune des contrées que nous étudions. Les Achatines décrites par les auteurs sont fort nombreuses et, ainsi que l'a déjà remarqué Smith (1899, p. 579), chaque district semble produire une race spéciale, modification plus ou moins importante de quelque type voisin bien connu. Communes au Gabon, au Séné^l, dans la région des grands lacs, le Nyassaland, etc., les Achatines sont encore répandues en certains points du bassin du Congo où pullulent les x)etiteR espèces comme VAchatina sylvaiica Dup. et Putzeys. Elles sont beaucoup plus rares dans les territoires du Tchad et du Chari, où elles sont partiellement remplacées par les Limicolaires.

Les Serpœa Bourguignat ( =Oa7wniido8 d'Ailly) sont des Achatines à test mince qui se cantonnent principalement autour des grands lacs et, notamment, du Tanganika. On en connaît aussi dans le Cameroon (d'Ailly) et la grande forêt équatoriale (Dupuis et Putzeys) où ils vivent, en compagnie des Peridie-

(1) J'ai reçu dernièrement une grande espèce dn genre Homartu recudltte, par M. le W Deoone, aux environs de Krébedjé (territoire du Chari). Je la décrirai prochainement, dans le Bulletin du Muséum, sons le nom d'Homorue C<mrteti.

LA MALACOGRAPRIE DE L'AFRIQUE ÉQUATORLVLE 443

râpais, sur les végétaux croissant au bord des rivières. Les Bufioa Bourguignat ( =Livinhacia Crosse) pénètrent moins à l'intérieur du continent. Cependant, le Burtoa Dupuisi Putzeys habite le bassin du C-ongo, et le capitaine Duperthuis a recueilli dans le Kanem, près du lac Tchad, le Burtoa nilotiea Pfeiffer d'Abyssinie.

Enfin les Limicolaires sont partout très abondantes, sauf dans le bassin du Congo où elles sont, en grande partie, remplacées par les Peridieropsis. Les espèces actuellement connues sont tellement nombreuses et si voisines les unes des autres qu'il est à peu près impossible de s'y reconnaître. Aussi est-il à souhaiter que l'on revise sérieusement le groupe entier, en excluant les formes insuffisamment définies. Les espèces du Haut-Nil se retrouvent d'ailleurs aussi bien dans le Kanem, les îles du Tchad et le territoire du Chari que dans la région des grands lacs. Elles sont partout remarquables par leur très grand polymorphisme.

En résumé, la faune terrestre des trois contrées que nous étudions est remarquablement homogène. Elle peut se caractériser rapidement par les particularités suivantes :

a) Abondance des espèces appartenant à la famille des Enneidœ.

b) Les Thapsia et les Trochonanina, signalées partout, ne sont nulle part très communes ; elles sont plus répandues dans les régions côtières du Mozambique que partout ailleurs. Quant aux Ledoulxia et surtout aux Bîoyeiia, ils semblent spéciaux aux contrées somaliennes.

c) Les Gyclostomidœ sont très rares dans les régions équatoriales intérieures.

d) On n'a, jusqu'ici, signalé aucun représentant de la famille des BuUmidœ dans les territoires du Chari- Tchad. H existe cependant des espèces du genre Rachis dans le Nyassaland et le pays des Masaï.

e) Abondance des Achaiinidœ. Les Achatines, très communes dans les régions des grands lacs et du Congo, sont rares dans les contrées du Chari-Tchad. Les Limicolaires, très abondantes

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autour des grands lacs et dans les territoires du Chari-Tchad, sont en majeure partie remplacées, dans le bassin du Congo, par les Peridieropsis.

f) Enfin les Mollusques nus de la famille des Limacidœ sont très rares (genre Phaneroporus Simroth). Par contre, les Vrocyclidœ fournissent des séries assez nombreuses (genres Urocyclus Gray, Atoxon Simroth, Trichotoxon Simroth, Bukohia Simroth, Leptichinua Simroth), ainsi que les Veronicellidœ {=Vaginulidœ auct,).

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La faune fluviatile des régions équatoriales de l'Afrique est, surtout au point de vue de l'abondance des espèces, plus riche que la faune terrestre. Elle est aussi plus homogène : la plupart des genres se rencontrent dans les trois régions définies précédemment.

Les Physes, les Limnées, les Planorbes sont partout communs ou très communs. Dans le dernier de ces genres, on remarque une très curieuse analogie entre les Planorbes africains de la série du PL sudanicus Mart. (1) et les Planorbes américains de la série du PI, gtmdalupenaia Sow. Il existe également une grande similitude de caractères entre le Planorbis choanomphalus Mart. du lac Oukerewé et le PI. andecolus d'Orb. de l'Amérique du Sud. Le nom seul de l'espèce africaine souligne, en outre, les rappori* de forme qu'elle possède avec les Choanomphalus du lac Baïkal.

Les Byihinia, les CUopaira, les Ampullaria et les Lanistes n'offrent rien de particulier, les mômes espèces vivant partout en plus ou moins grande abondance. Il en est de même des

(1) Les Planorbes du groupe sudanicus juBquMci connus sont les suivant» : Pltmorbis sudanicus Martens, PI. Boisstfi Potiez et Michaud ; PI. Utragonostoma Oermain. PI. tanganikanus Bourguignat. PI. Bozati de Rochebrone et Germain, PI. Ruppelli Dunker et PI. Herinni Bourgnignat. Ils sont tous très voisins les uns des autres et il est probable qu'il faudra, lorsqu'on sera en possession de matériaux suffisants, réduire considérablement leur nombre. U convient également de faire rentrer dans la même série le» PI. Lavigeriêi Bourguignat. PI. adowentis Bourgnignat et PI. Bridouxi. ainsi que je l'ai montré dans une note antérieure (Germain (Louis). — Sur quelques Mollusques terrestres et fluviatiles rapportés pas M. Ch* Gravier du désert SomaU ; in : Bulletin Muséum hi§t. nat. Paris ; 1004, n« 0, pp. 847 et tvlv.).

La malacographie de L*AFRIQUE ^QUATORIALË i{&

Vivipares qui, aussi bien dans le Tchad, le Chari, le Congo ou les grands lacs, dérivent toutes du type Vivipara unicolar Oliv. si commun dans le bassin du Nil.

Les Mélaniens sont plus cantonnés : dans le Congo et ses tributaires habitent d'assez nombreuses espèces qui lui sont jusqu'ici spéciales. Les lacs Tanganika et Oukéréwé ont chacun une faune mélanienne particulière ; enfin, dans le Haut-Nil, les bassins du Chari et le lac Tchad, ne vit que le très i)olymorphe et si cosmopolite Melania tuberculata Miill.

Les Lamellibranches sont particulièrement répandus : les Spatha surtout, très nombreux en espèces, doivent vivre en colonies fort- populeuses dans presque tous les cours d'eau. Ils présentent d'ailleurs une aire de dispersion considérable et c'est avec raison que les anciens auteurs indiquaient à la fois l'Egypte et le Sénégal comme patrie au Spatha rvbena. Les MtUela et les Mutelina sont également communs, mais le nombre de leurs espèces est fort restreint. Par contre, les Pliodons du sous-genre Cameronia sont principalement répandus dans les lacs (1) et le bassin du Nil, tandis que les Pliodons vrais préfèrent le Congo et le Sénégal. Le curieux genre Chelidonopais Ancey ( =Cheli' donura de Rochebrune) est, jusqu'ici, spécial au Congo ; il est probable qu'il se retrouvera ailleurs et, notamment, dans le Chari. Les 8phasrium, les Eupera et les Corhicula, peu variés en espèces, vivent partout en abondance. Enfin les -Athènes, dont il n'existe qu'une seule espèce, sont très rares dans les lacs, mais fort communs en certains points du Sénégal et du Chari, où elles constituent des bancs épais, largement exploités par les indigènes pour la fabrication de la chaux.

Un examen comparatif détaillé, que je résumerai dans le tableau suivant, permettra de saisir les analogies qui existent entre les faunes fiuviatiles des bassins du Haut-Nil, du Chari et du Congo.

(1) SnrtoBt dans le lac Tanganilu et le Imo Tehad.

LoUlS ÔERJfAlN

BASSnf DU OHARI

BASSIN DU OONOO

BASSnr DU BAUT-HIL

— kumeroêa Mitft.

— africcma Bupp.

Phyêa Forikahli Bhr.

PAyfa Fonkahli Bhr.

PAytaJ'ofttaJIKBhr.

— Dtm*m- Oerm.

— DimJrm Germ.

— Dunkeri Oerm.

Planorbû mdanicui Mart.

— adowetuit Bourg:!.

— Bridowei Bonrgt.

— Briiioim Bonrgt

Vivipara unieolor OUv.

FiWpara iinicotor OUv.

Fivipofw unieolor OUv.

— MweruêHtU Smith.

Clêopatra Mwerumuis Smith.

— Broeeki Pntiejrs.

Bytkinia Neunumni Martens.

Bythinia Neumanni Martens.

AmpuUaria tpeeioêa Phil.

.impu/lflfia êpêdoêa Ph.

— ChewUiêri Qerni.

— Wem»i PhlI.

— WemH PhU.

— Kordofana Parr.

— /u«tfa Pair.

— oMto OUy.

— ovata OUv.

— oiHita OUv.

— ^riMlato Smith.

— RwhiH BUlotte.

Laniêtei BoUmianui ChemniU.

— orum Peter».

— ovum Peters.

— Miptieuê Mart.

— eUiptieui Mart.

~ 9n»tnatii0n«<« Oerm.

MOania tuberculata MûU.

JVftonto tuberculata Mûll.

rn<o mquatoria Korelet.

— CWw« Germain.

— LaeoUti Germain.

- - œgyptiaca de Fénim.

— ŒffvP^iaea de Fénuw.

Unio œgyptiaca de FémM.

iff<A«ria MipUea de Lam.

Mtkêria elliptka de Lam.

Spaiha ruben» CaiU.

SjKitAa ruftent CaUl.

Spatha rubem CaiU.

— roft.var.foIttfufateMart.

~ ftifr.var.Cail/imMiiBCart

— Chaixiana Bang.

— eryptoraditUa Putseyi.

— BourçiUçnati Ancey.

— dûmrieata Martens.

Mutêla ançu$tata Sow.

— CheoalieH Germ.

Mutêlina rottrata Bang.

— rompUmata JonM.

— JouMni Germain.

Bupêra paroiUiea Parr.

— eryptoradiata Putzejn.

— BouTQuigruUi Ancey.

— divaricata Mart.

MuUla «mçutiata Sow.

Mvtêlina rotirata Bang.

Chêlidonoptia ariêHna Boch .

Bupêra pmratiHea 'Bit.

— m», var. CaiUiaudi M.

— Botirgiii^furfi Ancey.

Muiêla nikttiea.

— angutUda Sow.

Bwptira pmrntUiea Pair.

La Malacographié de L'A^RIQUE EQUATORIALE \\1

On voit, par le simple examen de ce tableau, que les analogies ne s'arrêtent pas aux genres, mais se i)oursuivent jusqu'aux espèces. Les Mollusques qui, jusqu'ici, paraissent spéciaux à l'une des trois régions doivent être, en général, considérés comme les espèces représent-atives de-s formeii corresx>ondantes du bassin du Nil.

Enfin, un certain nombre d'espèces du bassin du Chari se retrouvent, soit au Oabon, soit surtout au Sénégal. Telles sont : Physa (Pyrgophyaa) Dunkeri Grermain ( ^Physa scalaHa Dunker). Vivipara unicolor Oliv. ; Melania tuberculata Mull. ; Mtheria elliptica de Lamarck ; SpcUha ruhens Cailliaud, et ses nombreuses variétés, 8p. Chaiziana Rang, Sp. Tawai Rang, 8p. Pfeifferi Bernardi ; Mutelina rostrata Rang, Mutelina complanaia Jousseaume, etc.

La faune fluviatile des grands lacs (Nyassa, Tanganika, Victoria-Nyanza, Albert-Nyanza, Rodolphe, Tchad) présente la môme homogénéité. H faut pourtant faire une exception pour le Tanganika, dont une partie de la x>opulation malacologique est sx>éciale. Les premiers auteurs qui se sont occupés de la question (1) ont en effet remarqué, à côté de Mollusques fluviatiles normaux par leurs caractèrei^, toute une série d'espèces présentant un aspect marin parfois remarquablement accentué. Ces espèces, dites thalassoïdes par Boueguignat (1885a, p. 9), ont été réunies par Moore (1898a, p, 166), sous le nom d' « haloîimnic group ». On x>ossède maintenant des données assez étendues sur leur anatomie et leurs affinités. Aussi leur cla&sification peut-elle être résumée de la manière suivante :

Le genre Spékia Bourguignat, appartient à la famille des Naticidœ ;

Le genre Tanganikia Crosse, à celle des Planaxidœ ;

(1) WOODWABD (18M. p. 340) ftvait déjà remarqué l'aspect marin des Paramelania fuuêa et Sptkia totuUa.

Les genres Paramelania Smith, Lamgeria Bourgnignat ( =NaS' sapais Smith) et Bythocerds Moore, rentrent dans la famille des PnrpuHnidœ ;

Le genre Chytra Moore est le seul représentant d'eau douce, actuellement connu, de la famille des Xenophoridœ ;

Enfin les genres Tiphobia Smith ( =Hylacantha Ancey), BcAhanalia Moore et Limriotrochus Smith, constituant la nouvelle famille des Tiphobiidœ de Mookb (1898, p. 307).

C'est cette classification (1) que j'ai suivie dans mon étude sur les Mollusques du lac Tanganika recueillis par le regretté voyageur français Ed. Foa (Germain, 1907).

Le faciès marin des Mollusques, ou mieux des Prosobranches fiuviatiles, du lac Tanganika, fit naître, surtout en Angleterre et en Allemagne, des hypothèses assez nombreuses. On pouvait tout d'abord considérer le groupe halolimnique comme provenant d'une modification, due au milieu de la faune lacustre ordinaire. H était également possible de voir, dans les Mollusques thalassoïdes, les représentants d'une ancienne faune lacustre en voie de disparition. Cette opinion, soutenue par Taush (1884) en Europe et par Whtte (1882) en Amérique, repose principalement sur la ressemblance des Paramelania du Tanganika et des PyrguUfera des couches lacustres du supra crétacé. Elle ne saurait soutenir l'examen puisqu'il existe, sur les bords des lacs Nyassa et Tanganika, d'anciens dépôts lacustres fossilifères dans lesquels on trouve abondamment les espèces fiuviatiles actuelles à l'exclusion de toute forme du groui)e halolimnique (Moore, 1898a, p. 174).

On a enfin supposé que le lac Tanganika, autrefois réuni à l'Océan Indien, s'en était séparé à une époque relativement récente. Il se peupla peu à peu d'animaux d'eau douce, à mesure que la salure de ses eaux diminuait, mais garda une partie de

(1) Je n'ai pas tenu compte ici des genres Symoloptig Smith et CHraudia Bourgnignat pour lesquels Bourguignat (1890, p. 130 et p. 147) a créé les familles des Symoloptidœ et des (HrawHdœ. On ne saurait rien préjuger de la position systématique de ces genres puisqu'on ne possède aucune notion sur leur anatomie.

LA MALACOGRAPHIÊ DE LWPRIQUE EQUATORIALÉ Hd

son ancienne faune marine aujourd'hui représentée par le groupe halolimnique. Cette théorie fut surtout soutenue par Moobe (1899). Cet auteur, se fondant à la fois sur les documents géologiques qu'il recueillit au cours de son expédition de 1899 et sur l'analogie des Prosobranches du Tanganika avec certains fossiles marins, fit remonter l'origine de la faune halolimnique à la période jurassique. Cette hypothèse prend une nouvelle force par suite de la coexistence, avec les G^astéropodes thalassoïdes, d'une Méduse d'eau douce (Limnocnida tanganicœ Bôhm. et d'un Bryozoaire gymnolème auquel Moore (1908, p. 295) a donné le nom de Araehnoidia Rey Lankesteri pour rappeler ses affinités avec le genre marin Arachnidium. Il est, en effet, impossible de faire dériver de tels animaux d'une faune purement lac!ustre. Mais, contrairement à l'opinion de Moore, le Tanganika n'est pas le seul lac qui ait donné lieu à des découvertes de ce genre. Ch. Geavier (1908, p. 347) a fait connaître l'existence du Limnocnida tanganicœ dans le lac Victoria-Nyanza, oix il a été recueilli, sur la côte orientale, par le voyageur français Alluaud. J. Kennel (1890, p. 282) a décrit une autre Méduse d'eau douce, VHalmonises lacvstris, qui habite les rivières de la Trinité. Le lac Baïkal est habité par quelques animaux marins. On observe enfin, chez certains Polychètes, une adaptation complète à la vie fluviatile. C'est ainsi que A. Giard (1898, p. 473) a décrit un Sabellide (Caobangia Billeti) vivant sur la coquille d'une Mélanie commune dans les rivières du Tonkin. Tels sont encore les Polychètes d'eau douce découvei'ts à la Guyane française par Geay et si bien étudiés par Ch. Gravier (1901, 1906).

Si la Méduse des grands lacs et le Bryozoaire du Tanganika sont incontestablement des animaux d'origine marine, les Mollusques semblent, à ce point de vue, bien différents. Moore (1898, p. 306-307) rapproche, de la manière suivante, les Prosobranches du Tanganika d'un certain nombre de fossiles du Jurassique marin :

ARCH. DE 200L. EXP. BT OÉN. — A* SÉRIE. — T. VI. — (it). 9

m LOUtS GERMAtN

LAO TANOAiriKA

JXTRASSIQUB HARIK

Noêêopêii noua (1)

AmberUy «p

LtttoHma ttileoto

Chytra Kirki

Onuêhu êp

Spekiatonata

Nêrtdomui êp

TiphoMa^r

CeritMum tubtealariforme

Remarquons tout d'abord, avec Smith (1904, p. 79), que e4\s analogies sont beaucoup plus apparentes que réelles. Os coquilles ont bien, si Ton veut, un « air de famille », mais elles diffèrent toutes par des caractères faciles à apprécier. C'est ainsi, par exemple, que le Bathanalia Howesi est ombiliqué, tandis que les Amherleya sont imperforés ; que les Chytra et le.s Onustus diffèrent non seulement par leur sculpture, mais encore par les caractères de leur opercule, etc. H est donc fort exagéré de dire, avec Moore (1908, p. 349), que les Prosobranches thalassoïdes du Tanganika sont « pratically indistinguishable » des fossiles jurassiques correspondants.

On connaît d'autre part, en dehors du Tanganika, dé très nombreux Mollusques à faciès marin. Tous les Mélaniens sont très voisins des Cérithidées non seulement par leur coquUle, jnais encore, ainsi que l'a montré Bouvier (1887, p. 362, p. 386, p. 487, etc.) par leur organisation. Le Tiphobia Horei Smith du lac Tanganika n'a pas un aspect marin plus accentué que le Pleurocera (lo) spinosa Lea de l'Amérique du Nord. Les Lacunopsis du Cambodge ont un faciès qui se rapproche beaucoup de celui des Spekia, La famille des Littorinidées elle-même renferme actuellement deux représentants d'eau douce : les Cremnoconchus Blanford ( =Cremnobateii Blanford) qui vivent sur le^ rochers mouillée* par le« eaux douces de la chaîne des Grathes (Inde) et les Psetidogibbula décrits par Dautzenbebg (1890,

(1) Cette coiiuille n'est paA le Paramelania ntuna de Woodwabd (1869, p. 349. pi. XL VIT flg. 4) {Melania noua) main bien le Larigeria coronaia de Bourgcionat (IMO, p. 180, pi. XIIl] lig. 18-14).

La MALACOGRAPHÏÉ de L*AFRIQIJE EOUATORLVLE 421

p. 570, pi. I, fig. 2-6). Ces derniers Mollusques qui, par leur forme générale, ressemblent d'une manière surprenante au Oibbula tumida Montagu des mers d'Europe, vivent en grand nombre sur les rochers de gneiss amphibolique qui encombrent le cours du Congo aux environs de Vivi.

Comme Mogre le fait lui-même remarquer, si une espèce unique de Mollusque du Tanganika présentait des caractères thalassoïques, le fait n'aurait que la valeur d'une coïncidence curieuse. Ce qui est réellement intéressant, c'est la réunion, en un seul point, d'un aussi grand nombre de Cîastéropodes à faciès marin. Cependant, ce cas lui-même n'est pas aussi isolé qu'on a bien voulu le croire. Certaines contrées de l'Amérique du Nord, oti les Pleurocera sont si nombreux qu'ils recouvrent presque complètement le lit des rivières, présentent également ce caractère. Le lac Nyassa nourrit toute une faune mélanienne dont l'aspect thalassoïque a été mis en relief par Boubguignat (1889a). Une grande partie du sud de l'Asie orientale (Inde, mais surtout Annam et Cochinchine), possède, avec ses Lacunopsis, ses Jullienia, ses Paohydrobia et ses Paludines ornées toute une faune malacologique dont le faciès marin est indéniable. Mais tous ces faits s'expliquent d'eux-mêmes lorsqu'on examine avec attention les milieux oh vivent ces Mollusques spéciaux. Il ne saurait en être autrement en Afrique. Le Tanganika est un de» plus grands lacs de la terre, en tout comparable à la mer : ses rivages présentent de hautes falaises alternant avec des plages plus ou moins étendues ; ses eaux, fort agitées, rendent la navigation parfois dangereuse surtout à l'époque oti « les brises du sud, qui soufflent pendant six mois de Tannée, prennent le lac d'enfilade et y soulèvent des lames que je comparerai volontiers à celles de l'Océan ». (Gibaud, 1886, p. 27.) H est, dès lors, tout naturel que les Mollusques se soient adaptée et que, par un phénomène de convergence remarquable, ils aient pris les caractèreii des Mollusques marins qui vivent dans un milieu analogue. J'ajouterai, pour rendre l'analogie plus frappante, que tous les Gastéropodes du groupe halo-

in LOUIS GERMAIN

limnique vivent à une profondeur considérable, certains même, comme les Tiphohia et les BiUKcmaUa ne se rencontrent qu'entre 260 et 400 mètres (1), et qu'ils sont surtout localisés, d'après le témoignage des voyageurs (Pblsbneer, 1886, p. 116) dans les endroits oti les eaux sont le plus agitées.

En ce qui concerne les Mollusques, je crois donc qu'il faut abandonner la théorie de Mookb. Bien entendu, comme tous les animaux, les Prosobranches tbalassoïdes du Tanganika dérivent de faunes primitives marines, mais seulement au même titre que les autres Oastéropodei^ fluviatile^, c'est-à-dire que leurs ancêtres se sont détachés d'une souche marine bien avant la formation des espèces vivant maintenant dans le lac. Quant à leur aspect marin actuel, il provient uniquement d'une adaptation que les conditions de milieu expliquent suffisamment.

Les Mollusques de« grands lacs africains ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui habitent soit le Congo, le Chari et le Haut- Nil, soit les tributaires de ces fleuves. On ne peut que signaler quelques particularités intéressantes.

Certains groupes d'Unionidœ, surtout répandus dans les lacs Victoria-Nyanza et Tanganika, présentent un faciès particulier dû à la sculpture tràs développée de leur test. C'est pour l'un de ces groupées que Boubguignat (1885, p. 1) a créé le genre Orandidieria que l'on ne saurait considérer comme distinct du genre Unio. Plus abondants dans le Tanganika que partout ailleurs, ces Grandidieries se retrouvent aussi bien dans le Tchad (2) que dans le Eodolphe (3).

(1) Je, donne ces Indications d'apré* Moore (1M8 a, p. 170). Il est également Intéremant de remarquer que. parmi les Mollusques non thalassoldes, ce sont les Mélanien* qui vivent aux plus (n'andes profondeurs. On les rencontre jusqu'à 100 mètres, toujours d'après Moore (1M8 a. p. 170. graphique).

(2) Mautkns (1908. p. 5) a décrit VUnio {Granéidieria) dadianus qui est la seule espèce de ce groupe actuellement connue dans le lac Tchad.

(3) NKUVII.LB (H.) et ANTHONY (R.) (1906, p. 408). out signalé deux espèces de ce groupe dans le lac Rodolphe, les : Unio (Orandidieria) RoUuehildi Neuv. et Antb. et U. iOrand.) Chef, neuori Neav. et Anth.

LA MALACOGRAPHTE DE L'AFRIQUE EQUATORL\LE 423

Le Victoria-Nyanza est remarquable, eu dehors de sa fauue mélauienne, par la petite taQle des Mollusques qui y vivent. Presque toutes les espèces y constituent des variétés minor et les Acéphales eux-mêmes n'y atteignent que de faibles dimensions. Ce fait tient uniquement à la grande crudité des eaux du lac, presque dépourvues de calcaire.

Le lac Tchad est habité par des colonies extrêmement populeuses de Physes, de Planorbes de Planorbules et de Vivipares. Les Acéphales y atteignent parfois de très grandes dimensions et si les Vnionidœ sont peu nombreux, si les Spatha semblent absents, on y trouve, comme dans le lac Tanganika, des Pliodons appartenant au sous-genre Cameronia, (Pliodon (Cameronia) Hardeleti Grermain ; PL (Cam.) tchadiensis Germain). Bien qu'on ne connaisse encore que très peu d'exemplaires de ces derniers Lamellibranches, . ils doivent être communs dans le Tchad, puisque les indigènes les ont baptisés du nom de Gofoui (Dbstbnavb, 1908, p. 726).

Les tableaux ci-après résument, en les précisant, les analogies et les différences qui existent entre les faunes des six principaux lacs. En outre, par comparaison avec ceux donnés précédemment, ils montrent que toute l'Afrique équatoriale appartient, en ce qui concerne la population fluviatile, à la même province malacologique.

iU

LAO NYA88A (1)

TÀmnea naUUetms KrausR.

PlanorbU $p- indet.

Physa nva$$ana 8mith.

— tuceinoidet Smith.

Phif9op9ii africana Krauss.

Ancyluê 9p. ind, Viwpwra unicolor Olivier.

— eapUUUa Frauenfeld.

— Robêrtsoni Frauenfeld.

LAO TAKGAMIKA (2)

Limnm noMmsis Krauas.

— africana Ruppell.

— Alêxandfifut Boorgt.

— 'Debaizei Bourgt.

— Jouberti Bourgt.

— LawwiH Bourgt.

PlanorbxB iudanieuM Martens.

— adoumuû Bourgt.

— Bridoucei Bourgt.

— Foai Germain.

— ehoanompkalui Mart.

Planorbula tanganikana Bourgt.

Seçmentina Ch^valieri Germain.

Phyga Coulboin Bourgt.

— Randabtli Bourgt.

Buthmia Stanleyi Smith.

— Nyoêêana Bourgt.

— humeroia Mart.

AmpuUaria gradata Smith.

lAmiiUê purpureui Jonas.

— affiniê Smith.

— iolidu» Smith.

— nifouanut Dohm.

— ovum Peters.

Phyoptii tanganikatui Mart.

Vivipara unicolor Olivier.

— roHulata Mwt.

— Foai Germain.

— Bridouxi Bourgt.

— BrincaUana Bourgt.

Bythinia muUitulcata Bourgt.

Cléopalra GuUlemdi Bourgt.

— trituleata Germain.

Ampullaria gradata Smith.

— ovata OUv.

— Bridouxi Bourgt.

Lanistes siniittrorsuê Lea.

— ellipticuê Pfeiff.

-^ Jouberti Bourgt.

LAC ALBERT-NTAH&A (3)

Planorinê »dowê$ui$ Dourgi — aperiu» Martnu.

Vivipara rubieunda Martini.

Bythinia Alberti Smith.

— Walleri Smith.

Cleopatra Pirothi JickeU.

Ampullaria StuMlmanm Mart

(1) Smith (B.-A.) (1877) ; — Bourouiosat (J.-R.) (1888 a).

(2) Smith (E.-A.) (1880. 1881 et 1904) ; — Boirquign.'T (J.-R.) |1886 a, 1886 6. 1888 et INP : — MooRE (J.-E.-8.) (1908) ; — Germain (Louis) |1907a|. (»n trouvera, dans ce dernier mérooÉre, une bibliographie complète du sujet.

(8) Smith (E. A.) (1888).

LA MALACOGRAPHIE DE L'AFRIQUE EQUATORIALE 125

LAC TIOTOEU-MTÂMIA (1) "^

LAO BODOLPHB (2)

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