FIG. 12. FIO. 13. FIO
Fonnes particulières des courbes de croimance dues aux positions diyenes
du point d'inflexion par rapport à l'origine.
58 courbes ne s'appliquent pas seulement aux poules, ni e aux oiseaux. Par exemple des mesures faites en mer avec iode et ingéniosité ont permis de tracer pour la croissance k plie (Pleuronectes plaiessa), qui est un poisson pleuronecte, îourbes exactement semblables (1).
lez certains mammifères peu différenciés, il en va de même à fait. Mlle Stéfanowska (2) a obtenu pour la souris des bes semblables aux miennes, mais à point d'inflexion rela-
k. CUONT. — Croissance de la Plie {Annaleê de la StoHan aqmeoU de Bculopte-tur-
rouv. série. T. I. 1906, p. 115).
iTfiVANOWSJLA. — Note sur la croissance de la Souris blanche (C. R. Ac. Se., 190S).
tivement précoce. La croissance de Thomme se fait suivant une courbe à concavité toujours inférieure. Le point d'inflexion est en deçà de l'origine et parait, d'après les données que l'on possède sur les poids du foetus, se placer au septième mois de la vie utérine (1).
Et non seulement la loi se vérifie -pour les formes entières mais aussi pour la croissance des organes étudiés séparément, ainsi que le montrent les graphiques construits par Mxthlmaiyn (2) avec des moyennes et s'étendant, pour l'espèce humaine, depuis la naissance jusqu'à 90 ans.
Sur les animaux inférieurs, je ne connais pas de documents ; mais je suis convaincu que la croissance doit s'accomplir d'une façon identique. Si toutefois des exceptions graves, autres que des flexions de différenciation, analogues à celles dont je vais parler tout à l'heure, venaient à se présenter, elles poseraient certainement de curieux problèmes en physiologie comparée.
S'il est bien vrai, comme nous en avons émis l'idée, que la forme des courbes de croissance n'est que la traduction de l'intoxication normale des organismes métazoaires, tout accroissement de l'intoxication doit avoir un retentissement sur les coordonnées du point d'inflexion, qui est la plus manifeste caractéristique de ces courbes. C'est exactement en effet ce qui se produit ainsi qu'en témoigne le tableau suivant.
POINT d'inflexion POINT d'iNFLEXION DES MALES DES FEMELLES
Génération granivore 145* jour 104* jour
l** Carnivore » »
2» Caniivore 110« joui 90 jour
3» Carnivore 105» — 79 —
4» Carnivore 100» — 69 —
5» Carnivore 95» — 64« —
(1) Voir Iflt grmpUqaeB de 0. Huntr et L. Bastun {Aaoe. frmç. powr raw»netmmd dt$ Seimetê. Congrès de Grenoble 1004. p. 798).
(2) MÎTHLMANir. — Dm Wachttam und daa Alter {Biolog. CêninlblaU, IMl. p. 814).
Je n'ai pu utiliser pour cet objet mes deux premières courbes (flg. 4 et 6) dont la courbure initiale est tracée après coup, sans prétendre à aucune précision et seulement i)our inspirer le sentiment de la forme générale. J'ai donc pris pour la génération granivore le point d'inflexion sur la courbe construite avec les pesées de Féké ; tous les autres nombres viennent des courbes faites sur mes données.
Ces résultats sont hautement démonstratifs et ne laissent pas la moindre place au doute.
Cependant, avant de retirer une conclusion de cette importance il faut être bien certain qu'il ne saurait y avoir aucune hésitation sur la place du point d'inflexion.
H est d'abord tout à fait remarquable que ce point trouve place rigoureusement au même jour xK)ur tous les mâles d'une même génération et, pour les femelles, à un autre jour qui' est aussi le même pour elles toutes.
Pour les mâles, on peut voir (flg. 7) les courbes qui figurent la croissance de trois de ces animaux présenter toutes un petit plateau au 110® jour. Sans doute, chacune montre çà ou là un autre plateau ou même une petite dépression ; mais c'est le seul endroit où le fait se manifeste à la fois, c'est-à-dire sur une même ordonnée i>our les trois courbes. Et comme d'autre part ces plateaux sont dans la région que le sentiment de la continuité désigne pour contenir le point d'inflexion, les deux circonstances déterminent celui-ci d'une façon parfaite.
Il en est de même (flg. 8) oil les courbes de deux coqs présentent toutes deux un accident net dans la région du i>oint d'inflexion.
Les indications précises ne sont pas toujours aussi complètes et, par exemple (flg. 9) deux coqs seulement sur trois montrent avec évidence le point d'inflexion, sans du reste que la troisième courbe y contredise. Il en est encore ainsi (flg. 10) ou un coq sur deux accuse nettement un point d'inflexion, qui satisfait aussi à la deuxième courbe.
Four les femelles, il est un peu plus difficile de dégager la
continuité d'ensemble des petites flexions accidentelles. H convient de mettre d'abord hors de cause un grand relèvement marqué AB, A„ B„ sur les courbes de femelles. On le voit sur toutes sans exception, mais il n'est pas rigoureusement fixé à une date unique i)our toutes les femelles d'une même génération ; il y a de légères variations individuelles. Quoi qu'il en soit, ce relèvement général qui détermine deux points d'inflexion accessoires traduit la préparation de la ponte.
Avant qu'il ne se produise, la courbe a déjà une concavité inférieure. Le x>oint d'inflexion principal de la croissance est donc déjà franchi ; il faut le chercher plus à gauche et faire abstraction en ce moment de la déformation due à la différenciation brusque et considérable d'une ponte exagérée progressivement depuis des siècles par la domestication. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question de la x)onte et n'en parlons ici que dans la mesure convenable pour en dégager les phénomènes normaux de la croissance.
Ces précautions prises, on arrive à trouver le x>oint d'inflexion des femelles avec autant de sûreté que celui des mâles et on rencontre facilement parmi les accidents qui appellent l'attention celui qui convient à toutes les courbes à la fois.
Résumons brièvement nos conclusions les plus générales :
Les courbes de croissance typiques contiennent un point d'inflexion remarquable et leur forme est due à l'auto-intoxication absolument générale chez les organismes métazoaires.
Une auto-intoxication plus accentuée a x)Our effet, ainsi que le montrent avec précision les mesures, de rapprocher le point d'inflexion de^ l'origine.
On x>eut raisonnablement conclure qu'un point d'inflexion tout près de l'origine, ou à l'origine même et, a fortiori, en deçà de l'origine, indique une auto-intoxication plus accentuée encore. Oelle-ci se traduit sur la croissance, dans le cas ultime, par une courbe à concavité toujours inférieure. Un chapitre ultérieur nous apx>ortera des concordances avec cette prévision.
CHAPITEB ni
VARIATIONS DE L'EXCBËTION VBINAIRE ET DU BEIV VARIATIONS DU FOIE ET PRODUCTION DE MÉLANINE
SoMMAïKi. — L'excrétion uriiutire chei les oiseaux. — L'uote des excrète solnbles pris comme iigne de la fonctton. — Croiisanoe progressive pois décroissance de ces produits. — Courbes de variation des excréta azotés solubles aux diverses générations. — Caractères généraux de ces courbes ; modification de ceux-ci. — Variation de l'organe rénaL — Croissance et régression. — La loi de croissance poursuivie conduit au type Carnivore. ~ Variation du foie identique à celle du rein. — Les réserves graisseuses. — Production de mélanine dans le péritoine et variation de ce pigment. — Continuité ou discontinuité de l'évolution. — Intoxication expérimentale, résistance des espèces dans la nature.
Nous avons admis, conformément an reste à l'opinion courante, qu'un régime Carnivore substitué à un régime granivore accroit l'auto-intozication. Nous allons maintenant en donner des preuves directes.
Dans une expérience portant sur un changement de régime, l'étude de l'excrétion doit certainement être au premier plan. Bien que mon but fût surtout de rechercher les variations morphologiques capables de faire comprendre les changements de forme dont l'ensemble a constitué l'évolution, je n'ai pas pu me désintéresser de la modification des fonctions.
L'étude de l'excrétion urinaire chez les oiseaux est x^uticulièrement difficile et ne peut être faite avec une entière précision que par un physiologiste professionnel doublé d'un chimiste. Aussi n'ai-je pas songé à traiter intégralement le sujet. J'ai voulu seulement suivre un phénomène facile à mesurer et qui fût comme un signe de la fonction, assez semblable à lui-même d'ailleurs pour traduire suffisamment, quoique partiellement, l'état de l'organisme au point de vue excréteur.
L'urine des oiseaux, émise avec les excréments, est, comme on le sait, très riche en acide urique et en urates ; elle contient en revanche très peu d'urée et de sels ammoniacaux. S'il est facile de déceler l'acide urique et les urates, il est long et difficile de les doser avec certitude et je ne pouvais guère songer à l'analyse de ces produits surtout pour la répéter 160 fois, ce qui est le nombre des mesures que j'ai effectuées sur l'excrétion.
Pour suivre la variation il s'agissait moins, en effet, d'avoir des analyses complètes que des analyses nombreuses, à la condition bien entendu que la partie choisie pour l'analyse demeurât comparable à elle-même.
J'ai opéré de la façon suivante. Les i)oules étant le soir remontées sur leur perchoir, je faisais disposer au-dessous de larges plaques de verre bien horizontales. Les excréments de la nuit s'y accumulaient ; très secs pour les i)oules granivores et ne laissant couler aucune goutte du liquide qui les imbibait, ils étaient beaucoup moins consistants chez les oiseaux carnivores et s'entouraient d'une zone liquide, d'un jaune doré, qui souvent même coulait en rigoles. Les substances reprises sur chaque plaque par 200 ce. d'eau distillée étaient remuées puis filtrées. On recueillait un liquide jaune ressemblant pour la pigmentation à l'urine des mammifères et d'ailleurs plus foncé chez les carnivores que chez les granivores.
J'obtenais ainsi les produits solubles et filtrables et, parmi eux, l'urée qui pouvait exister et les sels ammoniacaux, très peu d'acide urique, en raison de la faible solubilité de celui-ci. Je faisais ensuite agir sur la solution l'hypobromite de soude qui décomposait l'urée certainement et les sels ammoniacaux dissous en même temjMS. Le dosage de l'azote donnait une mesure des produits excrétés solubles ; c'est la variation de cette mesure que j'ai suivie. La faible quantité d'acide urique dissous, si toutefois elle intervient i)our donner un peu d'azote, est une constante dont il n'y a pas à se préoccuper dans une étude de variation ; il s'agit toujours en effet de la même petite quantité capable de saturer à froid 200 ce. d'eau. Les albuminoïdes provenant des résidus du tube digestif ne cédaient pas leur azote par l'hypobromite et ne troublaient pas les mesures malgré leur présence probable.
Lee analjrses étaient faites d'abord de temx>s en temps, sans roulante ; puis, quand je m'aperçus des larges variations dont était susceptible l'émission de ces produits azotés solubles chez un même groupe d'animaux, suivant l'époque de la vie, je les
F. HOUSSAY
effectuai régulièrement tous les 15 jours. Les nombres mesurés se trouvent réunis en tableaux àrappendice; j'en extrais pour le moment les résultats généraux suivants.