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SUR UN INFUSOIRE FLAGELLÉ ECTOPARASITE

animaux que Stein a figurés sous le nom da Bodo caudatuê^ Btaini Ampàimonas caudata^ Duj., et qu'il a vus souvent fixés sur des Infu^^ soires plus gros^ Mais le Bodo de Stein n*a que deux flagellums, tandis que le parasite des Poissons en a trois. II se peut que Stein n'ait pas vu le troisième flagellum qui est très grêle. Du reste, le genre Bodo est mal connu, et Saville-Keut' range dans ce genre des Flagellés appartenant à la famille des Gercomonadiens et oaraotériiés par la présence d'un seul flagellum et d'un filament caudal non rétractile. Il donne au Bodo de Stein le nom de Diplomastix caudata. Si le Flagellé de la Truite n'est pas un genre nouveau, et s'il peut à la rigueur se rapporter au genre Bodo de Stein, il n'en constitue pas moins une espèce nouvelle par sa forme et surtout par soa genre de vie particulier; on peut lui donner provisoirement le nom de Bodo necator.

On connaît depuis longtemps des Flagellés qui vivent en parasites, à l'état libre, dans l'intérieur d'autres animaûi {C9rçomona$ int^êUna/û, Trichomonas vaginali$^ Hexamùa^ Lophiomonoêf etc.) ; mais jusqu'ici on n'avait pas décrit de Flagellés ectoparasites* Le Bodo eaudaim Stein peut, ainsi que je l'ai déjà dit, se fixer sur d'autres Infusoires et les dévorer, mais le fait est accidentel, et l'animal mène une vie libre dans les infusions i le Bodo mcator, au contraire, est un véritable eotoparasite qui ne peut vivre en dehors de son hôte.

L'existence de Flagellés sur des Poissons malades ne suffisait pas à prouver que ces animaux sont la cause de la maladie ; pour le démontrer, j'ai mis quelques alevins malades avec d'autres parfaitement sains; au bout de deux jours presque tous les petits Poissons étaient morts, et ils étaient tous couverts de Flagellés. On comprend facilement que la présence d'un imssi grand nombre de parasites sur toute la surface du corps gène considérablement les fonctions de la peau et amène une irritation qui retentit sur tout l'organisme*

1 ariiN, Der Orgafiûmi» der Infutionsthiêrê; Fiag9ttatên, 1171. « Savills-Kbnt, Manualofthê infuioriû, lSli-l|9l.

408 L.-F. U£NNËGUY.

J'ajouterai qu'un certain nombre de Bodo se fixent aussi sur les

branchies, ce qui entrave l'hématose.

Quand on examine Tépithélium cutané d'un jeune alevin de Truite indemne, on constate qu'il est transparent et qu*un grand nombre de cellules présentent des figures karyokinésiques, ce qui indique que cet épithélium est en pleine activité ^ Au contraire, la peau des individus malades présente une teinte opaque et n^offrant pas de divisions de cellules: beaucoup de celles-ci sont altérées, et sont remplies de granulations graisseuses.

J'ai examiné avec soin la peau des Truites adultes et des Saumons qui vivent dans les bassins du Collège de France, alimentés par les mêmes eaux que celles dans lesquelles étaient les alevins malades; je n'y ai trouvé aucun BodOy et je n'ai pu réussir à infecter les Poissons adultes par contact direct avec les jeunes alevins. Cette immunité des gros Poissons s'explique par la présence des écailles, qui empêchent llnfusoire de s'implanter dans les cellules épidermiques. J'ai cherché alors à faire vivre le Bodo necatùr^xxv les larves des Batraciens, têtards de Grenouilles et jeunes Salamandres: malgré un séjour prolongé au milieu des alevins malades, ces larves sont restées parfaitement indemnes.

L'épidémie, qui avait commencé dès les premiers jours de février, s'est prolongée jusqu'à la fin de mai ; elle a duré tant qu'il y a eu des jeunes alevins; tous, au nombre de plusieurs milliers, ont succombé. Toutes les tentatives faites pour enrayer le mal ou pour guérir les jeunes Truites ont échoué. On a d'abord isolé les alevins malades dans des bassins bien nettoyés, avec de l'eau filtrée sur des éponges: aucune amélioration ne s'est produite. La maladie a fait successivement son apparition dans tous les bassins renfermant des jeunes Truites, et a continué ses ravages. On a essayé de placer pendant quelques instants les alevins dans de l'eau salée, ou dans de l'eau faiblement alcoolisée, ou iodés, pour tuer les Flagellés ; mais les

< Voir sur ce sujet Henneouy, De Cimportancé des figures karyokinéiiquêt en embryologie (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1882).

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alevins ont succombé plus rapidement ; ou, s'ils ont résisté au traitement, les parasites ont résisté également et ont continué ensuite leur œuvre de destruction. On a donc dû abandonner les jeunes Poissons à eux-mêmes et tout le frai de Tannée a été perdu.

A quelle cause peut-on attribuer le développement de la maladie? D'où viennent les Bodo qui ont ainsi attaqué cette année les alevins de Truite? Jusqu'à présent, je n'ai pu résoudre cette intéressante question.

Depuis plus de trente ans on fait, chaque année, des fécondations artificielles de Salmonidés au Collège de France, et c'est la première fois qu'on observe un pareil désastre. Dans chaque élevage, il y a quelques jeunes alevins qui meurent sans qu'on sache au juste pourquoi; mais ceux qui meurent ainsi sont toujours en petit nombre. L'eau qui alimente les bassins de pisciculture a été pendant quelques années fournie par la Vanne ; cette année, elle avait été remplacée par l'eau de la Seine ; c'est probablement avec cette eau que s'est introduit le Bodo necator. Mais ce n'est pas la première fois que Feau de Seine arrive dans les bassins; par conséquent, son introduction ne suffit pas à expliquer l'apparition de l'épidémie nouvelle.

J'ai signalé les principaux faits que je viens d'exposer dans une communication préliminaire insérée aux Comptes rendus de l'Académie des sciences du 5 mars 1883. Depuis cette époque, M. Hubert Boens a publié, dans l'Art médical de Bruxelles \ une note dans laquelle il dit M avoir suivi, depuis plusieurs années, sur des Poissons d'un petit étang qui occupe le centre de son jardin, les diverses phases du développement de certains Infusoires ectoparasites, plus ou moins semblables aux Flagellés de la Truite, et être parvenu à ce triple résultat : à déterminer la cause qui les produit, à provoquer ou à enrayer à volonté leur multiplication, à guérir les Poissons qui en sont affectés ».

> Cette note a été reproduite par le Journal de micrographie du mois d'octobre 1883.

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Pour M. Boens, les Flagellés u'attaqueraient que les Poissons malades et ne seraient pas la cause de la maladie. Celle-ci se développe dans les saisons chaudes et humides ; lorsque Teau s'est dépouillée d'une partie de ses matières salines ou calcaires, les Poissons s^affaiblissent et peuvent alors être attaqués par les Infusoires, qui se développent en grande quantité dans Teau. Ainsij d'après M. Boens, il suffirait, pour guérir les Poissons, « de saliner de temps à autre les eaux de son étang, rien qu'avec de petites quantités de sel de cuisine », ou de saupoudrer les Poissons eux-mômes avec du sel et de les replonger dans Feau.

Je ne veux pas discuter ici Téternelle question de la cause et de Teffet dans les maladies, mais je ferai remarquer que, pour les Poissons du Collège de France, il ne peut y avoir de doute sur le r6Ie des parasites dans l'épidémie. Mes expériences d'infection, faites sur des alevins très bien portants, ont prouvé, en effet, que le Bodo amenait par sa présence la mort des animaux en moins de deux jours. De plus, les Poissons sains et malades étaient dans une eau très propre et courante, chacun des robinets qui alimentent les bassins débitant 10 000 litres d'eau par vingt-quatre heures. Il ne saurait donc être question ici d'infection de l'eau par la décomposition de matières organiques, car les bassins étaient tenus très proprement comme les années précédentes, et l'on avait soin d'enlever chaque jour les animaux morts ; ni de changement dans la composition chimique de l'eau, celle-ci ne séjournant pas dans les viviers. Il est très probable que les Infusoires observés par M. Boens n'étaient pas des Bodo necator^ mais bien quelques-uns de ces nombreux Flagellés qui vivent dans les infusions et pouvant attaquer les Poissons rendus malades par l'altération de l'eau de l'étang de l'auteur belge. Je ne crois pas que l'observation de M. Boens puisse éclairer la pathogénie de l'épidémie que j'ai étudiée sur les Truites, les conditions dans lesquelles étaient placés nos Poissons étant tout à fait différentes. Quant au traitement par l'eau salée, j'ai déjà dit qu'il avait été essayé ainsi que plusieurs autres, et qu'il n'avait donné aucun

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