SUR UN NOUVEL INFUSOIRE CILIÉ
Un des Infusoires que j'ai examinés présentait un petit tube transparent surmontant Torifice de la loge chitineuse (pi. XXI, fîg. 13 t) ; un tube semblable s'observe souvent chez les Fréta.
Le grand axe de la loge chitineuse mesure en moyenne O'^^jââ ; son plus grand diamètre transversal est environ moitié moindre.
La forme de l'animal qui habite la loge chitineue rappelle celle
d'une Bursaire. Le corps est asymétrique, aplati latéralement et tronqué obliquement à sa partie supérieure*. A l'état de repos, l'Infusoire présente une extrémité inférieure, arrondie, une partie moyenne légèrement rétrécie, et une partie supérieure portant un péristome irrégulier surmonté postérieurement par une saillie proboscidiforme (pi. XXI, fig. 11 et 12). Le péristome est largement ouvert en entonnoir ; il occupe environ les deux tiers de la face supérieure ; son bord droit est rectiligne ; son bord gauche présente une grande échancrure située au-dessous de la saillie qui surmonte l'ouverture. Le pourtour du péristome est garni de grands cils, qui sont un peu plus courts au niveau de l'échancrure. Dans la partie la plus déclive du péristome s'ouvre un pharynx qui se dirige vers la face antérieure de l'animal et qui est garni de cils vibratiles très fins.
La surface du corps est sillonnée de bas en haut par des lignes parallèles qui sont identiques à celles que les auteurs considèrent comme les éléments contractiles chez d'autres Infusoires; elle est recouverte dans sa partie supérieure et moyenne par des cils vibratiles courts et très fins; la partie inférieure en est dépourvue.
L'intérieur du corps est constitué par un protoplasma vacuolaire, légèrement teinté en bleu et très transparent. Je n'ai pu déterminer exactement l'existence d'une vacuole contractile, n'ayant constaté aucun changement de forme dans les vacuoles pendant la durée de mes observations ; quelques grandes vacuoles nettement délimitées renfermaient souvent des fragments de corps étrangers, entre autres
1 Pour faciliter la description, nous supposons l'animal placé verticalement et le péristome situé à la partie supérieure; la face antérieure est celle vers laquelle est tourné le péristome.
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d'algues microscopiques ingérées par Plnfusoire. Sur quelques individus, J'ai trouvé dans le voisinage du péristome de grandes lacunes dépourvues de granulations et traversées par des traînées de protoplasma reliant les parois du corps à Tendosarque; cette disposition n étant pas constante, il se pourrait qu'elle fût le résultat de quelque altération pathologique (pi. XXI, fig. 12).
L'endoplaste occupe la partie inférieure du corps; il est subarrondi, homogène et très réfringent, ce qui le rend visible à l'étal frais sans le secours d'aucun réactif; il mesure 0°",035 de long sur GF^fi^ de large. Cet endoplaste, comme celui des autres Infusoires, se colore facilement par le carmin, le vert de méthyle, etc. Je n'ai pu trouver un endoplastulç sur aucun des Infusoires que j'ai examinés. L'un des individus que j'ai observés possédait un endoplaste réniforme et présentant une encoche due probablement à un commencement de division (pi. XXI, fig. li).
Une particularité intéressante de Tlnfusoire, c'est la lenteur du mouvement de ses cils vibratiles. Les cils courts qui recouvrent une partie du corps sont animés d'un mouvement d'ondulation continu, mais assez lent; il en est de même de ceux qui tapissent le pharynx. Les grands cils du péristome sont ordinairement immobiles ; de temps en temps, ils s'abaissent et se relèvent d*une manière lente et îrrégulière. L'animal reste immobile dans sa coque durant un temps très long; J'ai pu observer des individus pendant plusieurs heures sans les voir changer de forme. Le corps est cependant contractile; il peut devenir plus ou moins globuleux ou s'allonger de manière à amener la saillie qui surmonte le péristome jusqu'à l'ouverture de la coque chitineuse. Je n'ai jamais vu l'animal sortir ou envoyer un prolongement au dehors de sa coque ; je ne crois pas, du reste, que la chose soit possible, étant données, d'une part, l'étroitesse de l'ouverture de cette coque et, d'autre part, la forme de l'animal.
La partie postérieure du corps est fixée au fond de la capsule chitineuse par des filaments grêles, dont je n'ai pu déterminer la nature.
SUR UN NOUVEL INFUSOIRË CILIË. 4iS
L'Infusoire que je viens de décrire, appartient, pïir l'existence de ses deux ordres de cils, au groupe des Hétérotrichés de Stein. Par son mode de vie, il est très voisin des Freia ou Folliculina, avec lesquelles il a aussi de commun la forme et l'apparence de son noyau, mais il en diffère par Tabsence de lobes membraneux sur les parties latérales du péristome. La forme du corps et celle du péristome se rapprochent au contraire de celles des Bursaria^ qui, par contre, vivent librement et ont un noyau rubané. Cet Infusoire peut donc être considéré comme une forme de passage des Bursaria aux Freia. Il constitue un genre nouveau auquel je propose de donner le nom ù-'Ascobim (icH^ç, outre, ^Ceç, vie) avec le nom spécifique de lentus^ pour rappeler la lenteur des mouvements de ses cils.
VAscohius lenius vit dans Teau douce et ne paraît habiter que les eaux propres. Le bassin dans lequel je Tai trouvé est au-dessous d'une fontaine dont l'écoulement est très lent, mais qui suffit à renouveler l'eau du bassin. Je n'ai pu conserver longtemps les Ascobius en captivité. Dès que l'eau dans laquelle je les avais placés commençait à se transformer en infusion et que d'autres Infusoires y apparaissaient, les Ascobitis mouraient dans leurs coques. Je n'ai pu, pour cette raison, étudier le mode de reproduction de ces Infusoires.
41fi L.F. HENNEGUV.
EXPLICATION DE L.\ PLANCHE XXL
FiG. 1. Lambenu d'épiderme déjeune alevin de Truite, sur lequel sont implanlés des Bodo necator. c, cellules calloiformes de l'épiderme (gross., S50).
2. Bodo fueator au repos, fortement froissé, n, noyau; vc^ vésicule con-
tractile.