‹ Archives de zoologie expérimentale et généraleChapitre 105 sur 154 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La nature s'observe; elle ne se devine pas I Les hypothèses les plus séduisantes, les théories les plus rationnelles, les inductions les mieux conduites n'ont pas la valeur d'un seul fait bien positif. Tout le monde est d'accord sur ce principe, mais l'application en est souvent fort embarrassante.

Faut-il, sous prétexte de rigueur scientifique, s'interdire toute généralisation? Quand les êtres nous montrent dans leur organisation tout entière une conformité évidente qui est le résultat et la preuve d*une origine commune, devons-nous négliger d'en tirer parti ? Non certes, mais où s'arrêter? Où cesse la généralisation légitime, où commencent les écarts d'imagination? — Dans la hiérarchie des caractères anatomiques et embryogéniques, chacun sent que certains peuvent être étendus sans crainte à la famille, à l'ordre, à la classe même, dès qu'on les a vérifiés dans un nombre de types suffisant ; pour d'autres, au contraire, on se sent tenu à plus de réserve. — Mais, dans tout cela, rien de précis; point de critérium, point de guide autre que le sens intime et la sagacité de l'observateur. Aussi, malgré les efi'orts les plus sincères pour s'en tenir à des généralisations prudentes, le chercheur tombe-t-il parfois dans l'erreur lorsqu'il s'adresse à des types anormaux.

La Sacculine semble précisément un de ces êtres fails pour refroidir les imaginations aventureuses.

Ce singulier parasite, réduit à un sac contenant des glandes génitales, a été longtemps ballotté par les zoologistes d'une classe à l'autre du règne animal. Mais la découverte des larves et de leurs premières transformations démontra que c'était un crustacé du groupe des Cirripèdes. Dès lors le champ des hypothèses se trouva restreint. On connaissait le point de départ, identique à celui de TAnatîfe; eh le torturant un peu, le point d'arrivée se laissait ramener au type du même animal : il n'était pas difficile de combler la

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lacune des transformations intermédiaires en calquant le développement de la Sacculine sur celui des Girripëdes normaux. M. Kossmann avait môme imaginé le détair des faits d'une manière si ingénieuse que ses hypothèses avaient rallié tous les zoologistes. Dans les livres classiques mêmes, on admettait sans discussion sa manière de voir.

Or il se trouve que rien de tout cela n'est vrai ; que les homologies établies entre les parties du corps de ladulte et celles du Cirripède normal sont, à peu près toutes, inexactes, et que le développement ne ressemble en rien à ce que Ton avait imaginé.

De pareils exemples abondent : bien peu sont plus frappants que celui-là.

Hélas ! il ne nous donne pas le critérium cherché, mais il nous montre, une fois de plus, que l'on ne saurait être trop circonspect dans la généralisation ; que Tadulte ne porte pas toujours en lui les caractères nécessaires pour discerner, les homologies véritables de ses organes ; que les rapprochements faits entre les êtres considérés à l'état parfait, si vraisemblables qu'ils paraissent, sont toujours artificiels; et que l'Embryogénie est la seule base solide de la Morphologie.

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