Stade Cypris. (PI. XXHI
Il,est facile de concevoir que des êtres obligés de traverser autant de phases critiques ne sont pas faciles à élever. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point.
A. Historique. — Fritz Mueller (XXIII) est le premier qui soit arrivé h ce résultat, et il a donné de la Cypris une description très substantielle, mais malheureusement un peu brève.
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M. KossMANN (XXXIII) a parlé aussi de ces larves d'après une pré-* paration mal conservée dans le baume qu'il tenait de Semper. Aux faits reconnus par Fritz Mueller, il n'a apporté qu'une modification. Il affirme que les Gypris ont deux yeux. C'est une erreur, elles n'en ont qu'un.
Que M. KossMANN ait commis une erreur d'interprétation en jugeant d'après une mauvaise préparation, la chose n'est pas surprenante ; mais ce qui a lieu de nous étonner „c'est qu'il ait cru pouvoir opposer une observation faite dans des conditions si défavorables à toutes celles que Fritz Huelier avait faites sur des animaux vivants.
Voilà pourtant l'homme qui reproche si durement à M. Hesse la légèreté de ses jugements.
Enfin M. Giard (XXXV) a obtenu aussi des Gypris, mais il n'a donné aucun renseignement sur l'organisation de ces larves ; en outre, ce qu'il dit de la durée des transformations montre qu'il n'a jamais eu des éclosions tout à fait normales.
B. Éducation des larves. — Le problème de l'éducation des Gypris est assez difficile à résoudre pour qu'il ne soit pas déplacé de donner quelques indications sur les moyens qui m'ont réussi. M. Giaed, ce* pendant, trouve la chose facile et estime qu'il suffit de couvrir les cuvettes et d'élever de temps en temps le niveau de l'eau. En agissant ainsi^ sans autres précautions, on se ménage de nombreux insuccès. M. Giard a pu réussir par son procédé à obtenir par hasard des Gypris, mais je crois pouvoir assurer qu'il n'eu a pas obtenu à volonté.
J'ai naturellement employé son procédé, mais j'ai obtenu beaucoup plus d'insuccès que de réussites. Pensant alors que les Nauplius avaient peut-être besoin d'une eau plus fraîche ou plus aérée, ou d'un fond de sable, ou de l'obscurité, ou du soleil, etc., etc., je variai à l'infini mes procédés. Tantôt j'aérais, par injection d'air, l'eau où ils. vivaient sans la renouveler; tantôt je plaçais parmi eux des algues vertes qui leur fournissaient de (l'oxygène ; tantôt je les plaçais dans le parc du laboratoire, c'est-à-dire, en
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pleine mer, au milieu d'une eau courante absolument pure, dans de grands cylindres de cristal ouverts aux deux bouts et fermés par une fine étamine de soie, etc., etc. Jfe n'en finirais pas si je voulais décrire les procédés variés que j'ai employés tour à tour. J'obtenais bien çà et là des Cypris, parfois môme en nombre, mais jamais à coup sûr; et ce qui me désespérait, c'est que les expériences réussies paraissaient avoir été conduites absolument de la même manière que d'autres où je n'obtenais que des déceptions. Enfin, à force de noter les circonstances môme les plus futiles en apparence, je parvins à dégager Tinconnue. Je suis en mesure aujourd'hui d'obtenir presque à coup sûr des Cypris, et tous ceux qui voudront suivre mes indications pourront être aussi heureux.
La chose importante, ce n'est pas la qualité de Teau, ce n'est pas la nature des vases^ ce n'est ni l'aération, ni la température, ni la lumière, ce n'est rien de tout cela, c'est la qualité des Nauplius.
Vous allez à la grève, vous cherchez des Crabes porteurs de Sacculines bien violettes, presque noires, par conséquent dont la ponte est aussi mûre que possible; vous en rapportez cinq, six, dix; vous les mettez dans des cuvettes pleines d'eau de mer et vous attendez rémission des Nauplius. Évidemment, toutes ces Sacculines ne sont pas exactement au môme degré de maturité, et cependant il leur arrivera le plus souvent d'émettre toutes leurs Nauplius en quelques heures. C'est ce fait qui éveilla le premier mon attention. Cela semble indiquer que le changement dans les conditions extérieures, si faible qu'il soit en apparence, influence fortement la Sàcculine et la détermine à émettre ses larves plus tôt qu'elle n'aurait fait dans les circonstances normales.
Eh bien, toutes ces émissions prématurées sont des avortements. Les larves pourront être en apparence pleines de vie, mais vous aurez beau les entourer des soins les plus assidus, elles n'arriveront pas à bien. Or, sur vingt émissions de Nauplius obtenues expérimentalement, dix^neuf seront dans ce cas. Il est donc absolument néceslaice de savoir reconnaître les bonnes».
Pour multiplier les chances d'en obtenir, voici le moyen que je conseille : Cherchez à la grève des Sacculines aussi violettes que possible, et, quand vous en aurez recueilli trois ou quatre, hàtezvous de rentrer, car c'est surtout le ballottement de la marche qui parait provoquer Favortement. Mettez-les dans Teau bien pure, cou* vrez d'un verre et surveillez rémission des Nauplius. Celles qui se feront vite, en quelques contractions du manteau, rejetez-les. Voilà une première épuration. Parmi celles qui se feront lentement, examinez avec attention le produit. Si, outre les larves en apparence bien vigoureuses, vous apercevez quelques débris de tubes ovigères, rejetez le tout ; si quelques Nauplius se reposent au fond, rejetez le tout ; si l'ensemble a une teinte rougeàtre, rejetez le tout. 11 ne vous servirait de rien de triller les larves les plus vigoureuses pour les élever à part. Elles n'ont de sain que l'apparence.
Ne gardez que les cuvettes où les Nauplius, bien séparés les uns des autres, nagent tous dans Teau^ ont une teinte générale grise et se montrent très actifs.
Si, au bout de quelques heures ou le lendemain, se montre un des symptômes de mauvais augure qui ont été signalés^ rejetez le tout.
Par une sélection méthodique habilement conduite, vous arriverez à ne garder que les essaims vraiment bien portants. Il faudra en sacrifier beaucoup pour cela. Mais les Sacculines sont si abondantes que cela a peu d'importance. '
Après quelques essais, on arrive à reconnaître du premier coup d'œil les bonnes émissions des mauvaises à un je ne sais quoi que je ne puis décrire, mais qui se sent fort bien et que tout le monde peut arriver à reconnaître avec l'habitude.
Un essaim vraiment bon, né h point dans des conditions normales, est très facile à élever. U suffit de tenir la cuvette couverte. La précaution d'élever le niveau de Teau m'a paru plus nuisible qu'utile.
Dans ces conditions, les Nauplius ne tombent jamais au fond de l'eau, môme pour muer, ou, du moins, ils le font isolément, et le
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gros de Tcssaim nage nuit et jour. La nuit, il se répand au hasard dans la cuvette; le jour, il se rassemble du côté de la lumière.
La durée totale des transformations est alors de quatre jours seulement. Lorsqu'elle s'élève à cinq, et surtout à six ou sept jours, révolution n'a pas été tout à fait normale, et les Gypris sont bien moins actives. C'est alors surtout qu'elles s'unissent les unes aux autres et forment des îlots flottants à la surface du liquide, et c'est ce qui me fait dire que M. Giard n'a sans doute jamais eu d'éclosions de Gypris tout à fait saines.
G. Description de la Cypris (pi. XXIll, fig. 13 à 19). — Avant d'aborder l'étude détaillée des différentes parties^ je crois utile de décrire rapidement la conformation générale de la larve.
a). Conformation générale. — La Gypris venant denaître(flg. I3}mesure 2 dixièmes de millimètre de long sur 8 centièmes de millimètre dans sa plus grande largeur de droite à gauche et autant ou un peu plus d'épaisseur, c'est-à-dire d'avant en arrière. Sa forme rappelle celle d'un jambon. Son bord dorsal ou postérieur est régulièrement convexe ; son bord ventral est fortement convexe au niveau du tiers moyen, rectîligne en haut et concave en bas. Il rejoint le bord dorsal sous un angle presque droit en haut, très aigu en bas. Un simple coup d'œil sur la figure 13 en dit plus que toutes les descriptions.
Elle est revêtue d'une carapace formée de deux moitiés symétriques, continues et non articulées sur le dos. En avant, le bord libre des deux valves est séparé par un intervalle plus large en haut et surtout en bas qu'au niveau de la plus forte convexité. Entre ces deux valves, on voit sortir en haut deux antennes (i4), en bas, six paires de pattes biramées (/) munies de soies, et, tout à fait à l'extrémité, une petite queue bifide (D).
Le corps est composé de trois segments : 1® une tête indivise, portant les antennes et formant au moins les deux tiers du volume total ; 2*» un thorax articulé avec la tête et composé de six articles
ÉVOLUTION DE Lk SÂCCUUNË. S8îr
munis chacun d'une paire de pattes natatoires biramées; 3^ enfin un abdomen tout à fait rudimentaire et soudé à l'extrémité du thorax dont il ne semble former qu'un appendice.
b). Tête. — La tête (fig. iS) est de beaucoup la partie la plus importante. La cavité du corps est tout entière creusée exclusivement dans le segment cépbalique, en sorte que la tète contient tous les viscères de l'animal, tous ses organes essentiels : le reste de la réserve vitelline (F), les glandes frontales (G), l'œil (0), l'ovaire [Ov] et tout l'appareil musculaire et tendineux, qui sert à mouvoir les antennes et l'ensemble du thorax. En outre, la carapace est tout entière une dépendance du segment céphalique seul.
a). Carapace et loge thoracique. — Cette carapace revêt, en effet, toute la tête et lui adhère dans toute son étendue. En haut et en avant^ellene dépasse pas ses limites; mais, du côté inférieur, elle se prolonge en arrière comme les pans de l'habit connu sous le nom de frac et circonscrit une cavité ouverte en avant où se loge le thorax. Cette cavité est limitée en haut par une surface plane inclinée en bas et en avant, dans toute l'étendue de laquelle le thorax s'articule avec la tête, en arrière et sur les côtés par le prolongement de la carapace. Elle est ouverte en avant dans toute sa hauteur, et c'est par cette ouverture que passent les pattes biramées et même le thorax entier dans certains mouvements qui seront décrits plus loin. Large en haut, elle se termine en pointe vers le bas. Le thorax n'est relié en aucun point à ce prolongement de la carapace ; ses parties latérales et postérieure sont en rapport avec elle et la touchent, mais sans jamais s'unir à elle, et c'est ce qui permet de rapporter la carapace tout entière au segment céphalique seul.
P). Antennes. — Chaque antenne {A dans toutes les figures) est composée de trois articles. Le troisième ou article terminal, à peu près conique^ est convexe en dessus et muni en dessous d'une encoche accentuée encore par la présence d'une sorte de talon situé audessous d'elle, tout près de rarticulation avec le segment précédant
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(fig. 13 €t 14). Dans cette encoche s'insèrent trois appendices. Le plus élevé {b) est biarticulé. 11 est formé d'un article basilaire cylindrique, surmonté d'un petit segment terminal en forme de flamme de bougie. Le second (f) est uni-articulé, formé d'une grande feuille ovalaire sessile. Il est extrêmement délicat, si mince et si transparent qu'on ne le distingue que par son contour et par. quelques rares granulations éparses au milieu. Le troisième {s)esi uni*articulé éga* lement; il a la forme d'une sorte d'ergot recourbé. Il est, d'ailleurs, plus terrible en apparence qu'en réalité, car il n'est guère plus solide que l'appendice lancéolé. U est souple, se plie et se retourne facilement. Ce n'en est pas moins un organe d'adhésion, mais parfaitement incapable de faire une blessure quelconque à des tissus un peu résistants. U est probable que Tappendice foliacé et celui qui est biarticulé sont de simples organes tactiles. Les dimensions sont 45 [x pour l'appendice biarticulé, 18 {jl pour le foliacé et 30 (jl pour celui en forme de sabre ou d'ergot.
Le deuxième ou moyen article de Tantenneest allongé. Son bord supérieur ou postérieur (selon que l'antenne est dirigée en avant ou en haut) est convexe; son bord inférieur (ou antérieur) est légèrement excavé. Sa surface est chitinisée dans toute son étendue.
Le premier article ou article basilaire est conique, très évasé à la base, tronqué à son sommet par lequel il s'unit au précédent. U n'est protégé qu'en avant par un tégument chitinisé. Le reste de ses parois est membraneux, et cette membrane se continue avec celle, tout aussi molle, qui revêt la face antérieure du corps entre les deux valves. Elle n'est pas, k proprement parler, articulée avec elle. Cet article est très évasé à la base ; comme je Tai déjà dit, son bord postérieur ou supérieur très court se relève presque aussitôt pour se perdre dans les téguments du corps; son bord inférieur ou antérieur, au contraire, est relativement très long. A sa base, au point où il s'insère sur le corps, il donne attache à un ligament qui se porte sur une pièce chitineuse en forme d'il (A) que l'on voit très facilement à travers la paroi du corps. Cette pièce est contenue dans l'intérieur du corps.
C'est une sorte de ligament chitineux , homologue de celui qua Fritz Mueller (XXIII) a vu chez goa Lemœodiscus. Il est formé de deux branches longues parallèles réunies par une. branche courte transversale« La longue branche supérieure est libre. en avant, et s'unit par son extrémité postérieure à celle du côté opposé. Les deux antannés prennent ainsi appui Tune sur l'autre. La longue branche inférieure s'insère en avant à la portion chitinisée des téguments du premier article de Vantenne par Tintermédiaire d'un court ligament, comme je Tai expliqué plus haut; par son extrémité postérieure, elle donne naissance à un second ligament plus long, qui se porte en haut et en arrière et s'insère à la carapace. Le point précis de cette insertion est marqué par une petite dépression anguleuse, située, près du bord dorsal, au-dessus de Todil. Il y a là, de chaque côté, une petite apophyse d'insertion, qui se trouve masquée dans la figure 13 par le pigment, mais que Tonlvoit bien en a dans les figures 21 et 2â«
Entre ses deux extrémités, la longue branche inférieure du tendoi^ chitineu}^ en H donne insertion, dans toute sa longueur, à un muscle large et plat (r) qui va s'insérer, d'autre pa^t,en arrière et beaucoup^ plus bas à la carapace. C'est le muscle réiracteur de l'antenne. Il est nettement strié. Une longue fibre musculaire {m") traverse toute la longueur de l'ant/enne et va s'insérer au sommet de l'article terminal qu'elle est chargée de mouvoir.
Les antennes sont sans cesse en mouvement comme pour saisir quelque objet. Je n'ai pas trouvé de muscle protracteur, il me paraît peu probable cependant que la protraction soit simplement l'état naturel, causé par l'élasticité des parties entrant en jeu dès que 1q niusçle rétracteur cesse de se contracter. En tout cas, elle n'est pas énergique. La rétraction, au contraire, est très puissante. C'est le mouvement important pour la larve^ car elle doit s'accrocher à sa victime après Tavoir trouvée.
y). Filaments senBoriels. — Lorsqu'on examine avec soin une Cypris couchée sur le flanc» on voit parfois sortir de la carapace, au-dessous de chaque antenne, un filament (/')minceet si délicat qu'il est àpeine
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Tisible. CSes filaments ont des contours si peu accentués, qu*on ne peut jamais voir h travers la carapace, à quel point ils se rendent pour s'insérer au corps. Fritz Mueller (XXIII) les a bien vus et les con* sidère comme dérivés des filaments frontaux du Nauplius. La chose paraît probable. Cependant j'ai pu une fois les observer en entier, et ils m'ont paru avoir des rapports étroits avec les antennes. Ils semblaient s'attacher à elles, au point où le bord antérieur se perd dans les téguments de la face ventrale. Leur longueur totale est de 4 centièmes de millimètre. Chacun d'eux est formé d'une partie basilaîre plus solide et d'un filament terminal extrêmement délicat. C'est sans doute un organe d'olfaction, tandis que les appendices sensoriels du bout de l'antenne sont des organes de tact.
On ne voit aucune trace des membres biramés du Nauplius.
L'organisation intérieure ne peut être reconnue par le seul examen par transparence. Il faut l'étudier^ en outre, au moyen des coupes (V. p. 572).
8). Ectoderme. — Dans toute la région céphalique du corps, la carapace chitineuse est doublée d'une couche continue de cellules qui représentent certainement Tectoderme (e, fig. 16 et 17). Cette couche n'est plus, comme chez le Nauplius venant d'éclore, interrompue du côté dorsal, en arrière des globules vitellins. Elle est partout présente. Elle est formée de petites cellules cubiques nucléées de 5 iJL environ de diamètre. Le prolongement de la carapace qui forme la paroi de la loge thoracique est également doublé plus ou moins loin par cette assise cellulaire. Il est formé naturellement de deux lames chitineuses rapprochées. Vers le bas, ces deux lames ne sont point séparées par un intervalle appréciable, mais au voisinage de la tête il y a un certain espace entre elles et là se réfugient souvent des granulations pigmentaires ou des globules vitellins.
e). Œil. — L'œil est Torgane intérieur qui s'aperçoit le plus facilement. C'est une tache foncée, de forme irrégulière située près du dos, beaucoup plus bas que chez le Nauplius. Il) est médian et unique, quoi qu'en ait dit M. Kossmarn (XXXIII). Sur les coupes
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on reconnaît (fig. 18) qu'il est formé d*une masse pigmentaire dans laquelle sont noyées deux lentilles hémisphériques incolores tournées Tune à droite, Tautre à gauche.
Ç). Vttellus et pigment. — On voit avec la plus grande facilité un certain nombre de vésicules réfringentes ( F), dernier vestige de Tabon* dante réserve vitelline du Nauplius. On en trouve un groupe de grosses, sur les côtés, en dehors de l'ovaire, au-dessus du thorax. Un autre groupe, plus petit, se voit plus haut, près du bord antérieur. D'autres, de moindre importance, se rencontrent vers le bas dans répaisseur des bords latéraux de la carapace très mince cependant à ce niveau. Elles sont noyées dans un pigment brun et terre de Sienne (p); souvent on trouve là une gouttelette réfringente d'un beau jaune d or. Cette traînée pigmentaire se prolonge le long du bord libre de la carapace jusqu'à Forifice des glandes frontales. Une autre occupe le haut du bord dorsal.
1}). Glandes frontales. — Les glandes frontales (6) sont semblables à ce qu'elles étaient chez le Nauplius ; mais, au lieu d*aboutir à un prolongement en forme de corne, elles s'ouvrent au ras des téguments, près du bord libre, à la réunion du tiers moyen avec le tiers supérieur, de chaque côté par deux petits oriQces ovales, contigus, très nets {g). Je ferai, au sujet de ces prétendues glandes, les mêmes réserves que plus haut chez le Nauplius (p. 560).
En arrière et un peu au-dessous d'elles, on voit souvent un amas réfringent en forme de rosace irrégulière. Ce n'est là rien autre chose, à ce que je crois, que de la matière grasse vitelline qui a pris une forme bizarre (fig. 13, F, celui du haut).
0). Ganglion nerveux. — Entre les antennes, au-dessus de l'œil, j*ai aperçu plusieurs fois une masse d'apparence cellulaire, pas très bien délimitée, qui m'a paru être le ganglion nerveux; mais je n'ose rien affirmer parce que je ne l'ai pas retrouvée sur les coupes.
t). Ovaire. — Entre les glandes frontales en haut, le thorax en bas, les muscles rétracteurs des antennes en arrière» le bord libre du corps en avant, il reste encore dans la cavité céphalique un vaste
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espace à peu près arrondi. Cet espace est occupé par une masse cellulaire plus ou moins sphérique qui est l'ovaire (Or, fig. 43, 16 et 17). G*est cette même masse que j*ai décrite plus haut chez le Naupliûs et qui a passé dans la Gypris. Ses cellules s'entrevoient par transparertce sur la Gypris vivante lorsqu'on l'examine avec un bon bbjéctif à immersion; mais, sur les coupes, on la reconnatt aveo la dernière évidence. On constate qu'elle est composée de petits corps arrondis, munis d'un point central foncé, qui sont, à n'en point dou* j
1er, les noyaux nucléoles de cellules dont le corps protoplasmique |
est très réduit. Une membrane très fine, mais partout distincte^ |
^enveloppe le tout, et c'est là principalement ce qui permet de con* |
sidérer l'ensemble comme un organe particulier et non comme un '
amas de cellules mésodermiques sans signification spéciale. D'ail* leurs, de pareilles cellules mésodermiques se voient sur les coupes, entre Tectoderme et l'ovaire, mais en dehors de la membrane de celui-ci. Quant à la désignation d'ovaire que je donne à cet organe, on verra plus loin comment je la justifie.
c). Thorax. ^L& thorax (F, fig. t3, 16 et 17) est une masse pleine. La cavité du corps ne se prolonge pas à son intérieur. Il, est divisé en six segments représentant autant danneaux et qui portent chacun une paire de membres biramés. Les six segments sont séparés les uns des autres par des lignes très nettes/ mais ils ne sont pas articulés entre eux. Ils forment un tout solide, très mobile dans son ensemble, mais inflexiblement lié dans ses diverses parties.
Il s'unit par sa face supérieure large et plane, oblique en bas et en avant, à la face inférieure de la tète et forme avec elle une artieulation très mobile. Son sommet, tourné en bas et en avant, donne insertion à l'abdomen (//). Sa face antérieure, plane, donne attache aux six paires de membres biramés (/}. Ses bords dorsal et latéraux sont libres dans la loge formée par le prolongement de la carapace.
Il est formé de six segments superposés qui vont en diminuant de taille de haut en bas. Le premier est celui qui s'articule avec la tète.
et il a toute la largeur de cette surface d'insertion , soit 7 centièmes à 8 centièmes de millimètre. Le second arrive au même niveau en avant, mais il est en retrait du côté dorsal sur le précédent. Les suivants se comportent de môme, chacun par rapport à celui qu'il suit, et le dernier n'a pas i centième de millimètre de largeur. Leur hauteur presque égale pour tous est de 8 à 9 [a. Chacun est formé de deux faisceaux divergents de fibres musculaires parallèles (m'), très nettement striées, qui prennent insertion à la partie supéro-dorsale du segment, descendent parallèlement à seis faces et ae fixent en bas'sur les membres biramés de la paire cor-
respondante qu'ils sont chargés de mouvoir. Les segments sont séparés les uns 'des autres par des intersections chitineuses qui servent à l'insertion des muscles et qui dessinent à l'extérieur les limites des anneaux.
 la partie la plus élevée. de la face par laquelle il s'articule avec la tôte^ le thorax donne insertion à un faisceau musculaire strié visible par transparence, mais qu'on ne distingue bien que sur les coupes. Fritz Hueller (XXII) l'avait déjà signalé sut son Lemœodùcus. Ce fais* ceau monte obliquement en haut et en arrière dans la cavité cépha* iique et va s'in&érer à la face dorsale de la carapace en arrière de rœil. C'est le muicle rétracteur du thomx {r\ fig. 13 et 16) dont nous étudierons un peu plus loin les fonctions.
Membres Ihoraciques. — Les six paires de pattes (fig. 15, et /, fig. 13) que porte le thorax sont disposées sur deux rangées symétriques. Chacune est formée d'une partie basilaire simple et de deux rames terminales.
La portion basilaire simple est formée d'un seul article dont le contour sinueux est agrémenté d'encoches et d'apophyses dont la figure 15 donne l'idée plus aisément qu'une description. KUe est surmontée de deux rames articulées avec elle et composées chacune de deux articles placés bout à bout. De ces deux articles le premier, élargi aux extrémités, rétréci au milieu, est surmonté d'une forte
soie rigide dirigée sur son prolongement. Cette soie n'existe qu^à-la rame externe. L'article terminal est ovalaire> convexe en haut, rectiligne ou un peu concave en dessous et orné sur ce bord inférieur de quatre encoches profondes. Au fond de chacune d'elles sMnsère une longue soie chitineuse. Les deux rames sont identiques sauf les dimensions un peu moins grandes de l'interne et Tabsence de la forte soie rigide sur son article basilaire.
Il y a donc en tout six paires de ces soies ou plutôt de ces épines immobiles et vingt-quatre faisceaux de chacun quatre longues soies souples, mobiles avec les articles qui les portent et toujours dirigées parallèlement.
La longueur des membres est 2 centièmes de millimètre; celle des épines rigides un peu moins, et celle des longues soies 5 centièmes de millimètre ou un peu plus.
Outre ces membres, il m'est arrivé une ou deux fois de voir, sur des Gypris très étendues, au-dessus de la première paire de pattes thoraciques, une paire de petits appendices courts très rapprochés de la ligne médiane. — Je n'ai jamais pu les voir assez longtemps pour les dessiner. Un mouvement de l'animal les dissimulait aussitôt. Chez le Nauplius, après les premières mues, j'ai vu quelque chose de pareil. II y a là certainement quelque appendice, mais ce que j'ai vu est trop vague pour que je puisse en parler aujourd'hui plus nettement.
Les mouvements du thorax et des membres sont très remarquables. Lorsque le muscle rétracteur du thorax est contracté, ce qui est fréquent lorsque la Cypris est au repos et obligatoire lorsqu'elle nage, le thorax est retiré dans sa loge qu'il emplit complètement (comme dans la figure 13). Mais, parfois, quand la Cypris est au repos, on voit le thorax basculer en haut et en avant en tournant lentement sur son articulation avec la tête et faire saillie au dehors. Dans ce mouvement, la face qui porte les pattes et qui est normale»
ment tournée en avant devient presque horizontale et regarde en haut. C'est là un mouvement naturel et assez fréquent. Quand la Gypris veut nager, elle commence par faire rentrer son thorax dan^ sa loge. Les membres biramés font seuls saillie hors de la carapace. Alors les muscles des segments thoraciques se contractent rythmiquement avec énergie, les rames battent l'eau toutes ensemble avec un accord parfait, et les soies, mues par elles, font progresser vivement ranimai.
La Gypris est beaucoup plus vive que le Nauplius et a une allure toute différente. Tandis que celui-ci nage par petits bonds fréquemment répétés, soit sur le ventre, soit sur le dos, la Gypris nage sur le côté et parcourt de longs espaces d'un trait. Un seul coup de ses vingt-quatre rames suffit pour lui faire parcourir plusieurs fois la longueur de son corps.
d). Abdomen. — La tête et le thorax ont été décrits, je n'ai plus à décrire que l'abdomen {D, fig. 13). Très rudimentaire, il forme à l'extrémité du thorax un simple appendice médian. Son volume n'est pas supérieur à celui d'un des membres thoraciques.il est invariablement soudé au thorax, suit tous ses mouvements d'ensemble, sort avec lui de la loge de la carapace et y rentre avec lui. Il n'a pas de mouvements propres. Il a la forme d'un court prolongement conique, mais un peu étranglé au milieu. L'extrémité forme le sommet tronqué et porte une paire de petits appendices parallèles ou légèrement divergents, munis chacun de deux longues soies recourbées.
Il n'y a ni bouche, ni anus, ni tube digestif.
Telle est l'organisation de la Gypris des Sacculines. L'interprétation que j'ai adoptée relativement à la détermination des segments du corps n'est pas celle qu'avait préférée Fritz Muellbr (XXIII). Ce savant comparait ce que j'ai appelé abdomen au tebon des crustacés