ARCH. DE ZOOL. EXP. ET QÉN. — 2« SÉRIE* — T. H
o78 YVES DELAGE.
pattes thoraciques de la Gypris achèvent de se former. A la fin delà journée, au lieu de moignons presque informes, elles constituent de petits appendices bifides, dont les segments terminaux, ovalaires, sont pourvus, le long de leur bord interne, de quatre petites encoches, 4ans lesquelles s'insèrent autant de fortes soies chitineuses (fig.fS). Enfin, au matin du cinquième jour, la Gypris tout à fait reconnaissable, avec ses caractères définitifs, s'agite sous la carapace du Nauplius, et une quatrième et dernière mue a lieu, qui la met en liberté.
Pour bien comprendre comment une Gypris, si différente de forme d'un Nauplius, peut sortir du moule de celui-ci, il est nécessaire de bien expliquer quelle position elle occupe dans sa prison.
Par sa forme générale, la Gypris est un être plat, comprimé d un côté à l'autre. Le Nauplius est plat aussi, mais c'est du dos au ventre qu'il est comprimé. Eh bien, tant qu'elle est contenue dans le Nauplius, la Gypris est, comme lui, comprimée d'avant en arrière.
Le Nauplius est entouré de tous côtés uniformément par sa carapace. La Gypris, au contraire, n'est revêtue par elle que surledos et sur les côtés. En avant, elle est ouverte dans toute sa hauteur. Tant qu'elle est renfermée dans le Nauplius, eUe a sa carapace étalée, et sa face antérieure, qui plus tard sera réduite à une simple fente, est aussi large que son dos. Les bords libres droit et gauche de sa carapace sont écartés et répondent aux côtés homonymes de celle du Nauplius. La force qui la maintient ainsi déformée, malgré l'élasticité de ses tissus qui tend toujours à lui donner sa forme normale, n'est autre que l'inflexibilité du moule où elle est née. Aussi, dès que la mue a eu lieu, en un clin d'œil, la Gypris revient sur elle-même et prend la forme qui lui est propre.
Ges phénomènes remarquables ont été déjà bien compris et bien décrits par Fritz Mueller (XXIU); mais personne autre que lui ne les a vus, et l'on ne semble pas leur avoir accordé toute rattention qu'ils méritent.
Avant de passer à la description de la Gypris, il «st nécessaire 4*indiquer comment se font les mues du Nauplius.
Ainsi que je l'ai fait remarquer, l'animal diminue de volume à chaque mue nouvelle, en sorte qu'au lieu de faire éclater son enveloppe en la distendant, il se rétracte à son intérieur, et c'est d'une tout autre façon que la mue a lieu.
Les mues sont si rapprochées que l'animal est toujours en train d'en préparer une. Il n'y a pas plus de quelques heures qu'il a mué, que l'on voit déjà sa carapace doublée en dedans par la couche chitineuse qui formera la nouvelle. L'animal se rétracte lentement, pi peu à peu un intervalle appréciable se montre entre l'ancien tégument et le nouveau. Cet espace augmente, les appendices se dégagent, et bientôt le Nauplius est libre dans sa prison. Ces phé*nomènes se passent toujours facilement, mais c'est à ce moment que les difficultés commencent. Le Nauplius, qui, jusque-là, nageait, s'arrtte; ses mouvements ressemblent à des accès convulsifs pendant lesquels il se secoue énergiquement sans se déplacer. Quand l'issue ne doit pas être favorable, ces mouvements finissent par répuiser, et il meurt sans avoir pu se dégager. Dans d'autres eas, il résiste, prépare une deuxième, une troisième mue sans pouvoir se débarrasser de ses dépouilles successives, et il m'est arrivé de rencontrer des Gypris parfaitement reconnaissables sous trois carapaces emboîtées de Nauplius.
Quand la crise doit avoir une issue favorable, on voit tout à coup la carapace se fendre en travers le long du bord supérieur de la tête, presque d'une corne frontale à l'autre. Une large ouverture est ainsi produite. Le Nauplius s'agite de plus en plus fort, il finit par dégager peu à peu sa tête, puis, lorsque le rostre a franchi l'ouverture, d'un seul bond, il achève de se mettre en liberté. C'est donc par la tête qu'il sort de sa prison. La fente de la carapace est produite sans doute par les tiraillements qu'il lui fait subir en s'agitant, en un loetÂs minorù resntantim. Aassilbt libre, il nage Vers la lumière, mais, sous peu, il lui faudra traverser une nouvelle crise. ' '
La quatrième et dernière mue surtout est intéressante. J'ai expliqué comment la Gypris, étalée à plat dans son enveloppe nauplienne , se referme aussitôt après sa sortie. Il m'est arrivé d'en rencontrer une qui, pour une raison inconnue, n'avait pu se refermer ainsi et se montrait aplatie comme un Nauplius. Ces cas monstrueux doivent être rares.
Cette dernière mue se fait, comme les autres, par la tète. Mais les mouvements énergiques des pattes de la Cypris facilitent singulièrement la délivrance.
J'ai expliqué comment les pattes biramées thoraciques se forment, comment les antennes de la Cypris se développent des antennes du Nauplius. Mais que deviennent les pattes biramées de celui-ci? On sait que la Cypris n'a pas de membres qui leur correspondent. Lors* qu*approche le moment de la dernière mue, ces pattes se flétrissent peu à peu, leur contenu mou se rétracte, et il semble qu'une partie doit rentrer dans le corps. Mais ce n'est pas la totalité. Le reste s'atropbie plus ou moins, et ce qui reste en dernier lieu, au moment de réclosion de la Cypris, tombe avec la dernière dépouille.
Fritz Mueller (XXllI) avait déjà vu le fait. Je Tavais observé moimême avant d'avoir connu sa découverte, et je l'avais formellement constaté par l'examen de la dépouille abandonnée. Cependant je dois dire que, quelques fois, la dépouille m'a paru entièrement vide.