I . Morphologie générale du parasite
Saur Tabsence complète de bouche, d'anus et de tube digestif, le Nauplius de la Sacculine est construit sur le modèle habituel des larves d*Entomostracés. Il ressemble particulièrement à celles des Girripèdes par ses cornes frontales et les glandes qui leur sont annexées et par le double appendice qui termine Tabdomen. La Cypris qui dérive de ce Nauplius se rattache aussi sans difficulté à celle qui provient de la larve nauplienne des Girripèdes normaux. L'absence de ventouses et d'appareil digestif, le développement énorme de Tovaire ne sont pas des caractères suffisants pour empêcher les deux êtres de se superposer. Ils diffèrent, mais ils sont construits sur le même plan.
Mais, à partir de ce stade, les différences s'accentuent, les développements divergent au lieu de rester parallèles, et la comparaison de formes adultes montre des différences fondamentales. Le Girripède adulte normal, Anatife ou Balane, dérive de sa larve par des métamorphoses graduelles, et à la suite de chacune d'elles l'animal ressemble un peu plus à ce qu'il doit être à la fin. La filiation est directe dans ses moindres détails. Non seulement le corps entier de l'adulte provient du corps entier de la larve, mais les organes, les systèmes et les tissus de celle-ci se transforment respectivement en les organes, les systèmes et les tissus de celui-là. Chez la Sacculine, rien de pareil. Le corps entier de l'adulte représente seulement une région du corps de la Gypriset, sauf l'ovaire, aucun organe, aucune partie de Torganisme ne provient directement des parties homologues de laGypris. Tous les tissus se fondent à un certain moment, et le développement recommence pour former un édifice entièrement nouveau dont' la Gypris a fourni seulement les matériaux.
Nous' avons vu que le corps du Nauplius se compose de trois régions : une supérieure, qui se termine en rostre et porte trois
paires d'appendices, les deux premières représentant les antennes, la troisième correspondant ans mandibules : c'est la tête; une inférieure, qui commence au rostre et qui n'est formée au début que de cellules : c'est le thorax^ contenant en puissance la troisième région, Yabdomen. Jamais, dans le cours des transformations qui donneront naissance à la Gypris, il n'y aura intercalation d'anneaux nouveaux entre les appendices céphaliques. La tête ne s'augmentera pas : mais la masse cellulaire située au-dessous va se segmenter et donner naissance à un thorax formé de six anneaux portant six paires de membres locomoteurs, et à un abdomen réduit à un petit moignon muni de deux appendices.
Une particularité remarquable est à signaler chez la Gypris de la Sacculine : la cavité du corps ne s'étend pas dans le thorax. Celui-ci est formé d'une masse compacte constituée par les muscles moteurs des membres et par les pièces chitineuses qui leur servent de soutien. Il en résulte que les viscères, qui trouvent place d'ordinaire dans la cavité thoracique, sont ici refoulés dans la tête.
Chez les autres Girripèdes, pareil fait arrive pour l'ovaire ; mais l'intestin et la chaîne ganglionnaire trouvent place dans le thorax. Chez la Sacculine, qui n'a ni chaîne ganglionnaire ni intestin , il ne reste rien dans le thorax. L'ovaire, énorme, est refoulé dans la tête. G'est aussi de la tête seule que dépend le bouclier protecteur du corps. Ge bouclier recouvre le thorax, mais ne lui est point attaché.
Gela posé, examinons ce qui va se passer.
Après la fixation, nous avons vu que le thorax se détache et tombe, entraînant l'abdomen avec lui. La tête reste donc seule, et, quelles que puissent être les modifications ultérieures, la Sacculine ne peut provenir que de la tête de sa larve et représente uniquement une tête de Gypris ou de Nauplius.
A la vérité, il pourrait se former plus tard d'autres anneaux par une sorte de bourgeonnement; mais le fait n'a pas lieu, et nous pouvons écrire :
ARCH. DS lOOL. IZP. BT OÂN. —S* SArIE. -- T. H. 1884. Kk
090 YVES DEUQB.
i • féU Saeculine adulte représente $eulement une tête de Crustaeé pri" vée de ses appendices.
Ajoutons que^ dans cette tête^ s'est réfugié un organe qui régulièrement appartient au thorax, Vovaire. Quant aux membres, nous avons vu que la deuxième paire d'antennes et les mandibules sont tombées au moment de la transformation du Nauplius en Gypris, et que la première paire d'antennes est rentrée dans le corps à la première miie de la Gypris.
J'ai montré comment, pendant la formation du sac et avant sa fermeture, le corps de la larve s'épure, comment son œil, son vitellus nutritif, la majeure partie de son pigment sont éliminés, comment ses muscles, son tissu conjonctif, son ganglion nerveux, en un mot, tout ce qui était organisé en tissu, se fond et s'écoule au dehors, pour ne laisser autre chose que des éléments anatomiques lion différenciés, qui sont : l'enveloppe cellulaire extérieure représentant Veetodermej Vovaire y amas de cellules d'origine probablement mésodermique, et sans doute aussi quelques éléments mésodermiques non groupés. A part Tovaire, il n'y a plus d'organes.
9. Après rinoculoHon du parasite, le développement doit recommencer au moyen d'éléments cellulaires à peine plus différenciés fue ne sont ceux qui constituent le blastoderme de fcsuf immédiatement après la segmen-talion.
L'épuration du corps de la larve avant la fermeture du sac n'est peut-être pas sans analogie, au moins physiologique, avec l'expulsion des globules polaires de Tœuf^ et rend ainsi la ressemblance encore plus frappante.