PAR LE D' CAMILLE VIGCIBR
SUR L*EXOGONE GEMMIFERA {Pagbnstecber) ET QUELQUES AUTRES SYLLIDIENS A GESTATION
Toutes les Annélides dont j'aurai loccasion de parler au cours de ce travail vivent à Alger parmi les petites algues calcaires^ les bryozoaires de petite taille et les polypes bydraires qui croissent sur les blocs servant d'assise à la jetée du Nord. Pour me procurer des sujets, j'allais prendre quelques-unes des pierres détacbées que Ton trouve sur ces blocs. Celles qui présentaient un aspect uniformément et finement villeux donnaient la meilleure récolte. Inutile, du reste, de cbercber nos sujets dans .ce velours animé : leur petite taille et leur couleur les dissimulent absolument. Mais si Ton abandonne la pierre dans une cuvette, on ne tarde pas, dès que Teau commence à se corrompre un peu, à voir émigrer sur le bord du vase, surtout et presque uniquement du côté éclairé, tous les animaux qui s'abritaient dans ses anfractuosités microscopiques. C'est dans cette population, où dominent les petits crustacés, que les Annélides à gestation se distinguent assez aisément, grâce à la couleur foncée de leurs œufs ou de leurs petits. Elles sont au reste peu communes; et tous mes soins ont été impuissants à les faire
vivre en captivité *• Il m'était donc absolument impossible de snivre le développement sur le même sujet; et comme tous les œufs, ou toutes les larves, que Ton trouve sur une mère, sont à peu près exactement du môme âge, on voit qu'il faut un nombre considérable d'animaux pour arriver à reconnaître les diverses phases du développement.
Aussi, presque tous les auteurs qui se sont préoccupés de ces Annélides à gestation, et dont je vais tout à l'heure rappeler les travaux, n'ont-ils pu figurer que quelques-unes de ces phases. De môme qu'eux, je n'ai vu que de rares exemplaires de la plupart de ces types; et je n'aurais que peu de chose à en dire, si d'heureux hasards, aidés par une recherche obstinée, ne m'avaient permis d'ob server et de dessiner la série presque entière des phases du développement chez Y Exogone gemmifera. Encore, cette série présente-t-elle une petite lacune, puisque, sur le grand nombre de ces animaux qui ont passé sous mes yeux, je n'en ai rencontré aucun entre les phases représentées figures 25 et 26.
Il est d'autant plus heureux, toutefois, que mes observations aient principalement porté sur ce type, que c'est à son sujet que l'imagination s'était le plus librement donné carrière. M. Pagenstecher qui n'a eu, nous dit-il, que quatre de ces animaux, dont un seul chargé de petits, et paraît, d'après ses dessins et sa description, n'avoir observé celui-ci que comprimé à outrance, n'en a pas moins publié sur leur compte un assez long travail, où malheureusement les théories tiennent plus de place que les faits, souvent eux-mêmes mal observés •. On aurait sans doute mauvaise grâce à critiquer trop sévèrement des erreurs qu'expliquent assez les difficultés d'étude et le petit nombre des sujets; mais on ne peut s'empêcher d'être surpris du ton d'assurance avec lequel s'exprime l'auteur : « J'ai jugé à propos de lui assigner le nom A*Exogone gemmifera; car des recherches
1 GErsted paraît cependaDt avoir été plus heareuz.
« Unlersuchungen Uber nied$re SeelhUre aus Celte ;l. Exogone gemniifera,.ttJirf êinige verwandte SyUideen {Zeitschrift fUr Wissenschaftliche Zoologie, t. XII, p. î67).
ANIMAUX INFÉUIËURS DE LA BAi£ D'ALGER. 71
exactes {genauere Untersuchung) ont montré chez elles un mode de reproduction asezuelle, entièrement nouveau chez les Vers, du plus haut intérêt par comparaison avec d'autres parties du règne animal, et qui, bien que vu, n'avait cependant pas été compris \ »
En réalité, de tous les auteurs qui se sont occupés du sujet, c'est évidemment lui, nous le verrons, dont les observations sont le moins satisfaisantes. Mais, au lieu de faire tout d'abord une revue générale de tout ce qui a été publié sur les Annélides à gestation, et de donner ensuite les résultats de mes études, je crois préférable de faire celte petite revue historique pour chacun des types que j'ai vus, en la faisant suivre aussitôt de mes observations personnelles. Les conclusions générales seront ensuite faciles à tirer.
Je commence donc par le type de M. Pagenstecher.