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IV. GRUBBA LIMBATA (aAP

La dernière espèce dont j'aie observé la gestation est, je pense, la Grubea limbaia, décrite par Glaparède dans les Annélides chétopodes \ et qui me parait voisine de la Grubea fusifera de M. de Quatrefages * et surtout de la G, tenukirrata, décrite par le savant genevois, dans 8es Glanures (p. 547), sous le nom de Sphœrosyllis tenuicirrata. Toutefois, en analysant ce travail (/oc. c//., t. II, p. 646], M. de Quatrefages ne fait aucune remarque au sujet de cet animal. La distinction que veut établir Glaparède entre sa ff . tenuictrrata et sa G. limbata ne me paraît pas bien justifiée. Du moins, les sujets que j'ai observés présentaient-ils des caractères intermédiaires, comme la grande longueur du premier cirre dorsal (caractère de la G. tenuicùrata) et la situation fort antérieure de TaiguilUn de la trompe (caractère de l'autre espèce). Je a'ai eu que de rares échantillons de cette Grubée qui, d'après ce que nous disent MM. Marion et Bobretzky {lo€. cit., p. 44), est également fort rare à Marseille. Ges auteurs se bornent du reste à signaler sa présence sur les fonds coralligènes de la côte est de Pomègue.

Je n'ai point vu les mâles, décrits par Glaparède pour ses deux espèces. Il n'a pas connu les femelles de sa G. limbata. Quant à celles de la G. tenuicirrata, il en a rencontré quelques-unes, avant la ponte et, dit-il, a elles sont semblables aux miles; toutefois je les ai toujours trouvées dépourvues de soies filiformes, sans que j'ose décider

« Hisl.jnat. dês AnneUt, t. 11, p. hS, pi. VII, flg. t6-21.

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si celles-ci ne s'étaient point encore formées, ou si elles avaient déjà disparu, ou enfin si les femelles n'en possèdent jamais». Sur ce point, je suis d'accord avec lui; aucun de mes sujets n'en était pourvu. Les œufs sont bien, comme il le dit> « rouge&tres, relativement petits et nombreux », mais c'est sans doute une faute d'impression qui lui fait dire qu'ils remplissent tous les segments, du dixième au quatorzième; c'est vingt-quatrième qu'il faut lire. En tous cas, il n'a vu des femelles qu^avec les œufs à l'intérieur ; et, comme elles présentent un singulier aspect lorsqu'elles sont chargées de leur ponte, j'en donne une figure générale qui ne fera pas double emploi avec celles publiées jusqu'ici.

M. de Quatrefages, lui, a observé son espèce chargée d'œufs ; mais voici tout ce qu'il nous en dite

« La Grubée fusifère porte ses œufs sur son dos jusqu'à éclosion, comme les Exogones et les Branies. Ceux-ci sont attachés au-dessus et à la base du cirre supérieur, à l'aide d'une sorte de pédicule, lequel semble formé par une matière qui revêtirait l'œuf entier comme un vernis très mince, et ne prendrait que là un peu plus d'épaisseur. Ces œufs sont d'une couleur jaunâtre. » Tout ceci est fort exact, ainsi que la figure 18 du savant professeur du Muséum. Les œufs> attachés par paire à chaque cirre dorsal, finissent par constituer quatre rangées longitudinales qui chevauchent parfois un peu, comme on le voit sur ma figure 44.

Quoique M. de Quatrefages nous dise que la Grubée porte ses œufs jusqu'à éclosion, il était intéressant de vérifier cette assertion, émise du reste sans aucune explication. Bien que je n'aie pu observer, ainsi que je le disais^ qu*un très petit nombre de ces animaux, j'ai eu la chance de tomber sur Tun d'entre eux qui portait des œufs parfaitement développés. Ici, nous avons bien afl'aire à quelque chose d'absolument difTérent de ce que nous avons vu chez VExogone et le Syllides, La jeune larve, complètement développée, est repliée sur elle-même dans l'œuf, comme le montre la figure 46 ; et, lorsque ses mouvements violents en ont déterminé

ANIllÂUX INFËRIBURS DE LA. BÂtE DÂLGER. i05

la rupture^ la coque reste adhérente au dos de la mère^ Quant à la larve, au moment où elle quitte Tœuf, elle est exactement au même degré de développement que celles de YExogone au moment où elles abandonnent leur mère *, sauf pourtant qu^elles ne comptent que trois anneaux sétigères ; et^ à les voir à ce moment, il serait difficile de deviner la différence remarquable des phénomènes embryo* géniques. N'ayant réussi à faire éclore par compression qu'une seule larve^ je ne garantirais pas absolument Tabsence de cirre dorsal sur la deuxième rame. En tous cas, cet appendice existe chez ladulte. Le moi éelosion^ employé par M. de Quatrefages, est donc parfaitement exact; et M. Pagenstecher lui-môme ne saurait douter que nous avons bien affaire à des œufs. Or M. de Quatrefages ne nous parle pas de soies grêles; et pas plus Glaparède que moi n'avons pu en constater, ainsi que je le disais tout à l'heure'.

On voit que Ton ne saurait trop se garder des généralisations hâtives.

De ce que YExogone et la Sphœrosyllù portent leurs œufs aux cirres ventraux, il ne s'ensuit pas que le Syllides et la Grubea doivent avoir les leurs dans la môme position. Eniin, de ce que chez VExO'gone^ et sans doute aussi chez le Syllides, la membrane vitelline de<

1 VBxogam cirrala de Kolliker possède saos doute le même mode de dôvelop^ pement, et, poar celte raison, me semble devoir être une Grubée dont l'antenne médiane aurait été méconnue.

« Voir flg. 47.

> En corrigeant les épreuves de oe mémoire^ dont Timpression a été retardée par tes nécessités de la publication des Archivés, je trouve dans le BulMin de la Société phUomathique pour 1883, p. 35, une assez longue note de M. Robin. Les sujets, qu'il rapporte également avec doute h la Grubea limbala do Glaparède, avaient aussi l'anneau buccal parfaitement distinct^ comme on le voit sur ma flgure. Il y a quelques difTérences pour les cirres, mais la description des pieds concorde bien. M. Robin n'a jamais non plus rencontré de soies capillaires. Sur ses sujets, il n'y avait généralement qu'un œuf sur chaque pied. L'opacité de ces œufs Ta empêché de suivre le développement. La description qu'il donne du jeune concorde absolument avec ma figure 47; seulement, ce qu'il appelle premier segment apode est sans doute le segment buccal, qu'il croit confondu avec l'anneau céphalique, et dont il n'a pas vu les cirres.

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vient de très bonne heure la cuticule de la larve, on aurait tort de conclure qu'il en est de même chez la Grubée^ où la coque de l'œuf est très certainement rejetée.

Tout le tort du savant allemand, dont j'ai eu à critiquer le travail, réside précisément dans une généralisation trop hâtive, malheureusement appuyée sur des observations imparfaites.

Au reste, les idées de M. Pagenstecher ne furent point acceptées sans conteste. M. de Quatrefages, il est vrai, les enregistra sans rien dire '; mais M. Mecznikow se tint sur la réserve *, et Glaparède, nous l'avons dit, en confirmant les observations de Krohn, se permit à son tour de douter de celles de M. Pagenstecher'.

M. L. Vaillant accepte pleinement, au contraire, les idées de cet auteur*; et les cite à l'appui d'un autre fait de gemmation encore plus bizarre. Peut-être cette surprenante observation, comme rappelle Glaparède, a-t-elle contribué à faire admettre par M. de Quatrefages, qui la cite également, l'exactitude de celles de M. Pagenstecher. Quant à moi, je ne me déclare point convaincu ; mais la critique du savant genevois est trop vive, et appuyée de trop bonnes raisons pour qu'il me semble utile de revenir sur ce point.

En laissant de c6té cette observation si contestable, nous voyons que rien jusqu'ici n'autorise à supposer chez les Annélides une dérogation à la loi générale, d'après laquelle les bourgeons se développent toujours dans le sens longitudinal chez les animaux qui mènent une vie errante. Geci est d'une importance majeure au point de vue de la théorie des colonies animales, telle que l'a exposée M. Perrier.

Quelque invraisemblables que fussent les observations de M. Pagenstecher, surtout depuis les nouvelles études de Glaparède, il m'a paru bon de publier Tétude détaillée du type même qui avait servi

1 Bist, nat. des Annêlés, vol. I, p. 123, et vol. II, p. 62.

s Beitràge lurKenntniss der Chœtopodm (Zettsekr, f. Wiss. ZooL^ vol. XV, p. 89.) * GlanureSf p. 541*

^ Sur un nouveau cas de reproduction par bourgeonnement ches les ÀnnéUdes (in* naUs des se, nat,, 1865, t. III, p. 243).

de base à la théorie des bourgeons latéraux^ et qui, bien que retrouvé par le savant genevois, n'avait cependant pas été reconnu par lui.

En résumé, on voit que :

i« On ne saurait tirer des arguments valables de l'absence ou de la présence des faisceaux de soies capillaires ;

¥ La position des œufs ou des larves n'est pas la même chez tous les Syllidiens à gestation. Ventrale chez VExogone et la Sphmrosyllis^ elle est, an contraire, dorsale chez le Syllides et la Chnibea ;

3* Le développement embryogénique peut présenter une différence remarquable chez des espèces fort voisines; l'enveloppe de l'œuf devenant la cuticule de la larve chez VExogone et le Syllides, au lieu qu'elle est définitivement rejetée chez la Grubea.

Alger, juillet 1883.

EXPLICATION DES PLANCHES

Sur toutes les planches: a^ antenne; c/, cirre tentacnlaire ; ed, cirre dorsal; cir^ oirre ventral ; ca, cirre anal ; p, palpes ; y, yeux; pr^ proventrioule ; î, intestin ; 0, œuf; r, rame; ac, aoicule.

PLANCHE m.

Toutes les figures de la planche se rapportent à l'Ea^o^oit^ gemmifêra (Pag.).

Pio. 1. Extrémité antérieure, vue par la face dorsale. 180 diamètres, gc, partie supérieure du collier œsophagien; fv, fossette vibratile; gl, glande jaune; vd, vaisseau dorsal; ia, interruption annulaire du pigment de la trompe.

t. Extrémité postérieure, face dorsale. 180 diamètres, a, anus ; s, concrétion (?) réfringente.

3. Extrémité antérieure de la trompe, vue du côté droit. 500 diamètres.

(• Moitié gauche de la lèvre postérieure, vue un peu obliquement pour montrer la fossette vibratile fi>, 180 diamètres.

3. Portion du segment cêphalique, vue en dessus, pour montrer la position

iOS CAMILLE VIGUIER.

des glaades cutanées que Ton trouve ordinairement placées ainsi. 480 diamètres.

Fio, 6. Trois glandes cutanées. 600 diamètres, or, leur oriflce.

7. Une rame d'un individu muni desoies longues, s^^ bourse des soies grêles.

500 diamètres.

8. Extrémité des diverses soies. 800 diamètres. (Voir le texte, p. 80.)

9. Longueur des soies grêles proportionnellement aux soies do la rame nor-

male (dans deux cas extrAmes). 200 diamètres, ç, longueur maxima observée ; i|, longueur minima.

tO. Extrémité antérieure de Tantmal vue par le côté gauche. 100 diamè* très.

it. Trois anneaux d'uu mâle, pourvus de soies grêles, face dorsale. 180 diamètres. Le premier des trois (huitième rame du corps) est libre de produits sexuels (il avait à tort été pointillé par le graveur, qui n*a pu corriger entièrement cette faute) le second est rempli de spermatozoïdes ; mais ce n>st qu'au suivant que Ton voit commencer les poches séminales. Ce n'est aussi qu'à ce dernier anneau que commencent les soies grêles. On voit l'intestin, normal dans le premier anneau, fortement comprimé dans les deux autres.

li. Bord droit du dernier anneau de la figurn précédente, vu en dessous. 500 diamètres, or, oriflce delà poche; 6, corpuscules bacillaires.

13. Spermatozoïdes et Tune des cellules productrices. 1050 diamètres.

14-16. Trois anneaux d'une femelle, vus en dessous, pour montrer les diverses phases de la croissance de l'œuf. 130 diamètres.

17, 18. Deux phases de la sortie de l'œuf (par compression). 130 diamètres.

19. Un anneau portant deux œufs et vu par la face dorsale, sans aucune

compression. 130 diamètres.

20. Anneau d'une femelle munie de soies grêles, vu par le côté droit (sans

aucune compression), et montrant obliquement sa face ventrale, afin de mettre en évidence le mode de suspension de l'œuf. 130 diamètres.

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