V. REMARQUES
La manière dont j'ai interprété les résultats de mes expériences me semble la seule rationnelle.
Si, en effet, comme d'autres expérimentateurs seraient peut-être tentés de le faire, on recherche l'une des valeurs suivantes :
i"* Rapport entre le poids soutenu et le poids du Mollusque entier (colonne G du tableau VIII) ;
a*» Rapport entre le poids soutenu et le poids des parties charnues (Mollusque débarrassé de la coquille) (colonne E) ;
3' Rapport entre le poids soutenu et le poids des muscles adducteurs en action (colonne G) ;
4<* Poids que soutient 1 kilogramme de chair de Lamellibranche (colonne H);
6* Poids que soutient 1 kilogramme de muscle adducteur (colonne I); on arrive toujours à des nombres qui, bien que vrais d'une façon absolue, sont cependant de nature à donner de véritables illusions.
Une courte explication suffira pour montrer que les calculs qui
m'ont permis de dresser le tableau VIII étaient parfaitement inutiles.
Col. G. du tableau VIII: Rapport entre le poids soutenu et le poids
du Mollusque entier. Il suffît évidemment, toutes choses égales d'aile
* COUTANGB, Op. cit., pi. II, (ig. 15, 16 et 17.
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leurs, que la coquille soit proportionnellement épaisse et lourde pour que le rapport calculé soit faible.
Ici, Ton me fera probablement observer que c'est précisément sous cette forme que j'ai présenté jadis les résultats de mes recherches sur la force musculaire des insectes *, travail dans lequel on lit que le Hanneton tire quatorze fois son propre poids, etc.
Je suis le premier à reconnaître aujourd'hui que cette manière d'interpréter les expériences est fautive. Je reviendrai, du reste, sur ce sujet dans mon Mémoire sur la force absolue des muscles des Crustacés.
Col. E : Rapport entre le poids soutenu et le poids des parties charnues,
— Remarque analogue : les adducteurs étant supposés de même force, le rapport cherché sera le plus petit chez l'animal dont certaines parties molles, comme la masse viscérale, le pied, le siphon, etc., présentent un poids un peu élevé.
Col. G : Rapport entre le poids soutenu et le poids des muscles adduc^ teurs en action. — Le poids des muscles adducteurs dépendant en partie de leur longueur, longueur qui n'a pas d'influence sur le nombre de grammes soutenus, le rapport en question n'a pas de signification utile.
Col. H : Poids soutenu par 1 kilogramme de chair de Lamellibrancke.
— Le point de départ des calculs étant le rapport entre 1000 grammes et le nombre de grammes que pèse Fanimal extrait de sa coquille, et cette dernière valeur dépendant, ainsi que jeTai déjà fait observer, du développement d'organes qui n'ont aucune action sur l'occlusion de la coquille, les résultats n'ont pas plus d'importance que ceux de la colonne E. Il est môme facile de démontrer qu'ils ne peuvent être que la répétition des nombres de cette colonne.
P. Regnard et mon savant ami R. Blanchard^ dans le travail où ils rendent compte de leurs intéressantes expériences comparatives sur la force des muscles masséter et temporal du Chien et ptérygoïdien
< Bulletins de l* Académie royale de Belgique, 2« série, t. XX, n» 11, 1865, et t. XXII,
FORGB ABSOLUE DES MaSCLBS DES tNVERTËBRÊS. i60
du Crocodile ^ me paraissent ôtre tombés dans une erreur du même ordre. Ces physiologistes considèrent le Crocodile comme plus fort qae le Chien parce que, divisant le poids que chacun de ces animaux peut soulever en rapprochant ses m&choires par le poids du corps de l'animal même, ils trouvent que I kilogramme de Chien produit 8^25 de force temporo-massétérine, tandis que 4 kilogramme de Crocodile produit 12*,8 de force ptérygoïdienne.
Je regrette que les auteurs n'aient pas fait leurs calculs d'après la surface de section des muscles en action. J'ai eu Toccasion de faire disséquer un grand Alligator provenant du jardin zoologique d'Anvers, et je me rappelle parfaitement que le muscle ptérygoîdien de ce crocodilien offrait une surface de section énorme.
Col. I : Poids soutenu par i kilogramme de muscle adducteur. — La valeur qui sert de point de départ étant ici le poids du muscle, les résultats sont entachés de la même cause d'erreur que ceux de la colonne 6.
Je le répète, les nombres inscrits dans les colonnes C, E, G, H, I, dont la plupart conduisent à cette conclusion erronée que la force musculaire des Lamellibranches est considérable et de beaucoup supérieure à celle des Vertébrés, sont l'expression de raisonnements faux.
Les grandes dimensions relatives des surfaces de section des muscles adducteurs expliquent immédiatement pourquoi Técartement artificiel des valves exige des poids qui nous paraissent extraordinaires à première vue.