TRIVIA EUROPE A
Si Ton conserve ces petits Gastéropodes dans un bocal rempli d'eau de mer, ils s'élèvent le long des parois, et, dans ces conditions, on peut examiner très facilement la face ventrale du pied qui s'applique contre le verre.
Sur le bord antérieur^ on voit toute une bande de glandes de couleur jaune-orange, plus ou moins foncée, suivant les individus. Il est à remarquer que la teinte devient beaucoup plus claire lorsque ranimai commence à dépérir que lorsqu'il est en état de santé. Cette bande glandulaire occupe toute l'arête qui sépare la sole ventrale du pied de la partie de cet organe qui va seA'attacher à la tète.
Un peu plus bas, sur la ligne médiane, environ au quart de la longueur totale, en partant de la partie antérieure, on remarque une petite tache de la même couleur jaune-orange (pi. XIV, fig. 4, o), et, au centre de cette petite tache, se trouve un orifice plus sombre, bordé d'un petit bourrelet qui constitue une sorte de lèvre. Pendant les mouvements de l'animal, cet orifice devient alternativement plus ou moins large, par des systoles et des diastoles, qui n'observent d'ailleurs, dans leur allernance, aucun rythme.
Cet ensemble glandulaire parait, d'après ce qu'on^en voit au
OPERCULE ET GLAiNDES DU PIED DES GASTÉROPODES. Î73
dehors, être tout à fait conforme au type ordinaire des glandes pédieuses. U en diffère cependant assez profondément, au moins en ce qui concerne la cavité plissée, qui devrait exister derrière le petit pore que nous venons de signaler, et qui trouve son homologue dans un organe un peu autre.
Sur une coupe longitudinale, passant par le milieu du pied, on peut voir en a (pL XIV, fîg. 2) la coupe de la partie antérieure de la glande, qui ressemble à ce qui existe toujours en pareil cas ; puis, au-dessous, commence immédiatement l'épithélium du pied. A là hauteur du pore pédieux o, cet épithélium s'interrompt brusquement pour faire place à un petit enfoncement qui est revêtu de cellules d'une autre nature. Après ce pli épidermique assez profond, on rencontre, en continuant à suivre le contour de la face ventrale du pied, un bombement de structure spéciale (pi. XIV, fig. 2), b, recouvert du même épithélium que le plissement qui précède ; puis, en e, l'épithélium du pied reprend les caractères qu*il avait au-dessus de cet accident de surface.
Etudions de plus près la structure de ces différentes parties. La glande pédieuse antérieure est composée d'une gouttière creusée sur l'arête antérieure du pied, et descendant sur les côtés presque jusqu'au plan horizontal qui passe par le pore pédieux ; au milieu de cette gouttière vient se déverser un petit canal qui descend, suivant l'axe du pied, jusqu'un peu au-dessus du pore o. Ce petit canal, tapissé d'épithélium vibratile, est entouré d'un épais manchon de glandes, ainsi, d'ailleurs, que le reste de la gouttière située sur Tarète antérieure. De façon que, sur une coupe transversale faite entre l'extrémité du pied et ce point o, se trouvent (pi. XIV, fig. H) la section c du canal médian entouré de sa glande et les sections Iqï t des parties descendantes de la gouttière frontale. 11 est à remarquer que, dans cette espèce, les glandes latérales et médianes occupent une large place dans la surface totale de la coupe du pied.
Les cellules glandulaires sont absolument identiques à celles que nous avons décrites dans les Nasses et les Ghenopus. Elles sont légo-
ARCH, DB ZOOL. EXP. ET OÊN. — 2« Sl'^niE. ^ T. II. 1884. 18
m FRÉDÉRIC HOUSSAY.
rement colorées en bleu pUe par le vert de métbyle, et elles possèdent un petit noyau auquel le carmin donne une coloration rouge vinenx (pi. XlVy fig. 8); leur contenu est formé de granulations extrêmement fines. La forme de ces cellules est généralement ovale ; mais elle peut être modifiée par la pression qu'elles exercent les unes sur les autres.
La troisième partie de l'appareil se traduit, à la première inspection des coupes, par la différence de deux épithéliums, du point a au point 0 (pL XIV, fig. I).
Les cellules de Tépithélium se présentent sur deux ou trois rangs (pi. XIV, fig. 7). Elles sont très allongées, colorées en vert-émeraude très vif par le vert de métbyle, et leur contenu est formé de grosses granulations arrondies et très réfringentes. En arrivant au point o (pi. XIV, fig. 1), les cellules de Tépitbélium ne constituent plus qu'une seule rangée qui borde renfoncement o, homologue de la cavité plissée des autres Gastéropodes. Ces cellules sont d'ailleurs beaucoup moins allongées que les précédentes; elles sont plus larges, et le vert de métbyle leur donne seulement une coloration bleu pâle ; elles possèdent d'ailleurs un petit noyau (pi. XIV, fig. 5), toujours situé du côté interne de la cellule. Pour bien l'apercevoir, il faut faire varier à la fois le point du microscope et l'incidence de la lu* mière éclairante.
Le bombement qui fait suite à ce pli est tapissé du même épithélium. Au-dessous de ce revêtement se trouvent d'autres cellules plus petites g, analogues à de petits glomérules, colorés en bleu-indigo très foncé par le vert de métbyle. Un sont irrégulièrement disposés en plusieurs assises, tant au-dessous de la surface de l'élévation b qu'autour des parois du pli o.
En définitive; quoique différant par le détail, cette glande se laisse ramener au type commun. Elle produit une quantité considérable de mucus. Lorsque les Trivm cheminent sur la partie du bocal située au dehors de Teau, elles ne tardent pas à Tavoir revêtu d'un épais dépôt de mucus glaireux^ très transparent et très gluant, qui
Ot>£RCUL£ ET GLANDES DU PIED DES GASTÉROPODES. 27» peut, à la Térité, provenir en partie des cellules épilhéliales elles* mômes ; mais je pepse que ces glandes y contribuent pour une large part.
PUaPURA LAPILLUS.
Dans le pied de laPourpre, il existe une glande peu développée, mais très curieuse. ËUe est située tout à fait à la partie antérieure du pied. Tout le long de l'arête qui termine le pied à la partie antérieure, arête formée par la rencontre de la sole ventrale du pied et du plan qui descend obliquement de la jonction du pied et de la tête, existe un sillon étroit et d'une profondeur d'environj millimètre ou i millimètre et demi. Des deux côtés de ce sillon s'étendent deux masses glandulaires (pi. XIV, flg. 6, r*j).
Cette gouttière transversale est tapisséoide^cellules différant beaucoup de celles qui forment le revêtement^ ordinaire du pied. Elles sont plus petites, de forme carrée, ne ilxant pas le vert de métbyle et légèrement colorées par le carmin, le noyau est très apparent; je ne crois pas qu'elles aient de cils vibratiles.
Les deux parties de la masse glandulaire ne se comportent pas de la même façon aux réactifs colorants. La masse inférieure {j) fixe fortement l'acide picrique et est colorée en jaune, la supérieure (r) iixe le carmin, et, après traitement par le picrocarmin, elle a une coloration rouge intense.
Les cellules de la glande inférieure sont petites, arrondies ou ovales ; elles sont remplies ^de granulations très réfringentes, et l'on ne peut distinguer de noyau. Dans la partie qui avoisine la gouttière, ces ceUules sont très pressées les unes contre les autres ; puis, à mesure qu'elles s'écartent de ce point, elles sont moins serrées ; et finalement on n'en voit plus qu'une çà et là.
La partie supérieure de la glande est formée de cellules plus volumineuses, allongées presque toutes perpendiculairement à la direc* tien de la gouttière ; les granulations y sont plus fines et moins réfringentes. On n'y voit pas non plus de noyau. Ces cellules ne sont
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pas en contact, mais éparses. Entre les cellules granuleuses de Tune et l'autre glande se trouve un parenchyme conjonctif ; les cellules qui le constituent ont un noyau, fort visible et beaucoup plus coloré que le reste de la cellule, faiblement teinté en rose tendre par le carmin.
Je ne saurais rien indiquer de la fonction de cette glande. La manière dont elle se comporte aux réactifs est très particulière, ainsi que sa disposition. Elle représente à coup sûr la gouttière transversale des Gastéropodes, que nous venons d'examiner, avec absence du canal médian ; mais elle doit en différer au point de vue de la Jonction.
L'épithélium qui recouvre tout le pied est formé de cellules allongées, granuleuses, colorées en vert-éraeraude. En un point de la ligne médiane, il est interrompu par un petit renfoncement peu profond et portant des plissements secondaires en manière de petites ramifications ; on ne peut le confondre avec un pli de Tépithélium exagéré par les contractions de Tanimal, car, tout autour de lui, les cellules sont différentes de celles de la face du pied., Elles sont plus petites et ne sont que très légèrement teintées de bleu par le vert de méthyle. C'est, à n'en pas douter, l'homologue de la cavité plissée.
De façon que la Pourpre possède un représentant très net, quoique réduit de l'appareil gUindulaire pédieux du type ordinaire.
POMATIAS OBSCURUM.
Ce petit Gasléropode est fréquemment suspendu aux objets qui l'environnent par un cl plus souvent deux petits fils muqueux très fins et qui se durcissent à l'air. Dans les flacons ou dans les tubes où on le conserve, il se fixe constamment, et quand il s'attache au verre, on voit très nettement à la loupe les deux fils qui ressemblent k des fils d'araignée et entrent dans la bouche de la coquille pour disparaître derrière l'opercule. La glande qui produit ces petites amarres
OPJiRGULE ET GLANDES DU PIED DES GASTÉROPODES. 277
est une modificatioa des glandes pédieuses que nous étudions.
Chez ce Gastéropode, l'appareil se compose de la gouttière lrans« versale située sur Tarôte antérieure du pied et du canal longitudinal médian qui débouche au milieu et au fond de cette gouttière. Ces deux organes sont entourés d'une glande très développée. Il ne manque donc ici, pour que l'on ait le type dans toute sa complication, que la cavité plissée du milieu de la face ventrale du pied ; mais, au point de vue du volume occupé dans le pied par la masse glandulaire, il y a plus que compensation, par suite de la très grande masse des parties qui existent.
Si Ton fait une coupe longitudinale passant par le milieu du pied, on y voit la coupe du canal médian dans toute sa longueur. Il est extrêmement développé et arrive par sa partie inférieure presque jusqu'au milieu du pied. Ce canal est entouré d'une glande volumineuse qui refoule le muscle columellaire (pi. XIY, fig. 12) et les parties musculaires de la face ventrale.
L'épithélium du canal c est formé de petites cellules quadrangulaires, comme à l'ordinaire.
Les cellules de la glande sont grosses» granuleuses, de forme peu régulière et pourvues d'un noyau assez volumineux. Elles ne se colorent que faiblement par le vert de méthyle (pi. XIV, fig. 13).
BiTHY.MA TE.NTACULATA.
L'appareil glandulaire pédieux oifre dans cette espèce une réduction considérable. Il est encore moins développé que dans la Pourpre et le Pomatias. Il se compose simplement de la fente qui se trouve sur l'arête antérieure du pied. Le canal médian qui part de cette fente pour s'enfoncer suivant l'axe du pied dans la masse musculaire n'existe pas, pas plus que la cavité plissée.
Les glandes de la face ventrale du pied ont, par contre, un développement très considérable, elles forment deux bandes larges et profondes colorées par île] vert de méthyle de part, et d'autre de
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la ligne médiane du pied, et elles font 'défaut sur cette ligne.
On sait que les Bitbynies se suspendent par un fil muqueux aux plantes aquatiques. Lorsqu*il est dans cet état, qui constitue pour lui un état de repos, l'animal est rentré dans sa coquille et l'opercule est fermé. Entre la 'coquille et l'opercule passe le filament qui va s'accrocher 'aux plantes flottantes. Ce filament de mucus part évidemment du pied ; mais quand il s'agit de déterminer exactement son point d'attache, cela devient fort difficile, car, lorsqu'on sort l'animal de l'eau, comme il n'est plus soutenu par le liquide ambiant, il arrive que le fil se rompt et qu'on ne peut le suivre. Cependant, en enlevant avec précaution un animal avec la branche qui le soutenait, et en faisant sécher le fil à une douce chaleur, j'ai cru voir qu'il sortait de la partie antérieure du pied.
La gouttière frontale a identiquement la même structure que chez les autres Gastéropodes : elle est assez profonde. C*est le seul représentant de la glande du pied que nous avons vu ailleurs atteindre une structure assez compliquée. Dans le tissu conjonctif qui l'entoure, on peut voir quelques cellules beaucoup plus grosses et plus granuleuses qui représentent la glande.
BtTBTNIA IMPURA.
La glande du pied est constituée sur le môme type d'extrôme réduction. C'est une gouttière frontale non continuée par un diverticule médian. Les cellules voisines du sillon médian se rapprochent davantage des autres cellules] glandulaires que nous connaissons. Elles sont grosses, assez granuleuses et pourvues d'un petit noyau (pi. XIV, fig. 9).