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Les sceaux des métiers, à part ceux de Bruges, Hasselt et Saint-Trond (4) , qui ont déjà été publiés, ne sont pas
(1) Chartes du l«r novembre 1411 el de février 1412 (1413, n. st.), dans la trésorerie des chartes des ducs de Brabant, aux Archives du royaume.
(2) Charte du 12 mai 1455, ibidem.
(5) Collection des matrices originales, ibidem.
(4) Les sceaux de Bruges ont été reproduits dans le Messager des Sciences
communs. Nous n'avons jusqu'ici pu en recueillir que trèspeu de métiers d'autres villes : nous les ferons graver dans la suite de ce travail.
§ 53. Graveurs sur bois et sur cuivre.
Sommaire ; Richard Collin. — J.-Ph. Gramme. — Isaac Alexandcr. — Nie. Dandelcau.
Collin (Richard). — Cet artiste fut un des graveurs des Pays-Bas les plus remarquables de la seconde moitié du XVIIe siècle. Les deux notes qui suivent ont trait à sa nomination, en 1678, comme graveur du roi d'Espagne Charles II, et à plusieurs exemplaires qu'il livra, en 1687, au conseil de Brabant, du portrait gravé par lui du marquis de Gastanaga, gouverneur général des Pays-Bas.
1. « Charles, etc. Pour le bon rapport que fait nous at esté de la personne de nostre cher et bien amé Richard Collin, fameux et rare calcographe ou graveur en taille-douce, résident en Anvers, etc., retenons à Testât de nostre calcographe et graveur en taille-douce sans gages, ains aux honneurs et Iibertez et touttes aultres charges bourgeoises, à charge de venir résider en cette ville de Bruxelles, etc. Donné en notre ville de Bruxelles, le 5e de décembre 1678 (1). »
2 « Betaelt aen Richard Colin, chalcographe van Syne Magesteyt, de somme van xxiiij pont, voor d'exemplairen van het portrait van Syne Excellentie aen den raede vereert, volgens d'ordonnantie in daete 29 meert 1687. »
historiques, 1842; dans l'Inventaire des chartes de Rupelmonde, par M' le baron Jules de Saint-Génois; et par MrF. De Vigne, dans ses Recherches historiques sur les costumes civils et militaires des gildes et corporations des métiers.
Lors d'un voyage que nous fîmes à Saint-Trond et à Hasselt, en 1845, nous eûmes occasion de prendre des empreintes des sceaux des métiers de ces deux villes. Nous les avons données à Mr F. De Vigne pour les insérer dans son curieux ouvrage. Ces sceaux ont pour la plupart aussi été reproduits dans le Moyen âge et la Renaissance, t. 111 [Corporations de métiers], et t. IV [Sigillographie, pi. IV et V].
(1) Archives du conseil prive, liasses, aux Archives du royaume.
Gramme (Jean-Philippe), — était tout à la fois graveur sur bois, imprimeur et libraire. Papillon, dans son Histoire de la gravure sur bois (Paris, 1766; p. 356), dit qu'il « est né en Flandre et qu'il a exercé son art à Bruxelles. » Ce sont là des erreurs faciles à relever. J.-Ph. Gramme habitait Liège, et y mourut selon toute probabilité. En 1710, il publia : Recueil héraldique des bourguemestres de la noble cité de Liège, etc., ouvrage in-folio, de 582 pages, sans la table et quelques feuillets non chiffrés, qu'il orna d'un nombre considérable d'armoiries très-grossièrement gravées sur bois, et en tète duquel se trouve une grande planche représentant six écussons, signée des initiales J. P. G. Sur le litre, on voit un petit fleuron assez finement exécuté, avec le monogramme G. f. au rebours : c'est à notre avis ce que Gramme a gravé de mieux.
Le livre intitulé : Chartes et privilèges des métiers de Liège, autre volume in-folio publié dans celte ville, sans date et sans nom d'imprimeur, et probablement encore sorti des presses de notre artiste, contient trente-quatre planches gravées par lui, dont trente-deux offrent les armoiries en grand des métiers de la cité. En tête on voit un grand écu, signé : Rend. del. Gram. f. aux armes de l'évèque George-Louis de Berg, ce qui prouve que l'apparition de ce livre ne peut être antérieure à 1724. Cette planche est suivie d'une autre, avec six écussons, sur laquelle on lit aussi le nom de l'artiste : GRAM.
Enfin, dans les cinq volumes des Délices du pays de Liège, dont le premier parut dans cette ville, en 1738, on rencontre bien des fois répétée une vignette sur bois, composée d'une corbeille et de fleurons, et qui porte la signature de notre graveur : Gr. f.
Alexander (Isaac), — graveur sur cuivre, inconnu à Mr Ch. Le Blanc, auteur du Manuel de l'amateur d'estam-
pes actuellement en voie de publication, est cité dans un compte de la ville de Breda, de 1761, appartenant à Mr Prosper Cuypers-Van Vellhoven, à propos d'une petite planche aux armes du prince d'Orange.
« Aen Isaac Alexander, voor het inkopersnyden van het wapen van Zynder Hoocheyt den prince van Orangnien : 52 guld. 19 st. 8 penn. »
Dandeleau (Nicolas). — Nous ne sommes pas riches en renseignements sur les artistes du siècle dernier; aussi avons-nous accueilli avec un vif plaisir quelques documents que nous a envoyés Mr Léopold Devillers, attaché à la Bibliothèque communale de Mons, et qui fournissent de curieux détails sur Nicolas Dandeleau, graveur en tailledouce, né dans le Hainaut vers 1749, et qui fut élevé à Ath dès l'âge de trois ans. Nous y lisons entre autres particularités qu'il commença son éducation artistique à l'académie de cette ville, fondée en 1773 (i), qu'il se rendit ensuite à Anvers et de là à Paris, où il fut assez heureux d'être admis dans l'atelier de Charles-Clément Bervic, graveur en renom, qui le prit en affection.
En 1784, ne pouvant suffire à ses besoins, Dandeleau adressa au magistrat d'Ath la requête suivante :
« A Messieurs Messieurs les maire, bourguemaître et échevins de la ville d'Ath. — C'est un être isolé qui a recours, Messieurs, à votre bienveillance. 11 vous doit tout, car dès l'âge de trois ans, élevé dans votre enceinte, j'ai reçu ma subsistance et mon éducation, souvenir qui sera à jamais gravé dans mon cœur, et si mon faible burin peut un jour me mettre à même d'avoir un état, mon désir seroit de pouvoir être utile à mes compatriotes. Mais comment puis-je ambitionner de pareils avantages dans la situation où je me trouve réduit, si je ne suis aidé dans ces instants précieux pour moi, où le sieur de Bervic, l'un des plus habiles graveurs de Paris, veut bien me favoriser à me perfectionner dans le peu de talent que j'ai eu le bonheur
(1) Alex. Pinciiaet, Recherches sur l'histoire et les médailles des académies et des écoles de dessin, de peinture, d'architecture cl de gravure, en Belgique, Bruxelles, 1848, p. 61.
daquérir insensiblement par ma grande application chez vous, à Anvers et à présent à Paris. L'épreuve de l'étude que je viens de finir d'après la gravure de Nanteuil, du portrait de Louis-Henri, comte de Brienne, secrétaire d'État, ici-joint, mis en comparaison avec le portrait du cardinal de Malines, que j'ai gravé en 1779, que j'ai eu l'honnenr de vous présenter, vous prouvera, Messieurs, les progrès que j'ai faits depuis mon départ de votre ville, en juillet 1782, pour Paris. J'eus le bonheur, ou plutôt le ciel me favorisa d'y trouver un patron qui a pourvu à mon logement, à ma subsistance, et en partie à mon entretien; mais hélas ! il m'est ravi, et je me vois au moment de périr au port, et dans la nécessité de devoir me borner à mon foible savoir, dont la faveur de Mr de Bervic me fait concevoir des espérances, et, si j'ose le dire, m'assurer qu'elles seront remplies. Mais sans parenîs en état de me secourir, et sans amis, à qui puis-je recourir sinon à vous, Messieurs; aussi je le fais avec la plus grande confiance, vous suppliant de m'aider de quelques secours qui me sont absolument nécessaires pour suivre la carrière qui m'est ouverte; je m'engage, si mes talents peuvent acquérir la perfection à laquelle je vise, si vous me le permettez, à remettre les avances que vous voudrez bien me faire pour cet effet. Ce sont deux années d'épreuve à soutenir qui doivent décider de mon sort : qu'elles seront chères à mon cœur si j'ai le bonheur d'y réussir en touchant vos âmes bienfaisantes ! Je ne cesserai de rendre grâces au ciel de cette faveur, et de le prier pour la conservation de vos jours précieux à la patrie et à nos concitoyens. »
Le magistrat d'Ath, qui avait va avec satisfaction les progrès rapides du jeune artiste, fit une démarche en sa faveur auprès des états du Hainaut, et leur envoya, le 27 mars, avec sa propre requête, dans le but de lui faire obtenir un subside, la lettre que voici, et deux portraits dus à son burin, l'un du comte de Franckenberg, cardinal archevêque de Malines, gravé en 1779; l'autre de Louis- Henri, comte de Brienne, copié d'après la gravure de Nanteuil :
« Nosseigneurs, les magistrats de la ville d'Ath ont l'honneur de mettre sous les yeux de vos révérences et seigneuries le placet ici-joint que leur a adressé N. Dandeleau, leur citoïen, jeune homme âgé de vingt-cinq ans environ, intéressant par ses heureuses dispositions pour la gravure et d'une conduite peu commune, actuellement à Paris pour se perfectionner, nous demandant des secours.
» Ses besoins nous sont connus et tels qu'il les déclare dans son placet; si nous avions des inoïens et qu'il nous fût permis, on lui feroil des avances qu'il sollicite pour concourir à son bonheur, et nous croirions, y contribuant, nous procurer l'avantage d'avoir donné à la province un habile artiste pour y faire des élèves.
» Touchés de ces motifs, et persuadés que vos révérences et seigneuries daigneront y faire attention par leurs vues toujours bienfaisantes à accorder les secours nécessaires aux talents, et à seconder celles que Sa Majesté a pour la perfection des arts quelconques dans ses Etats, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de nous intéresser vers vos révérences et seigneuries pour ledit Dandeleau qui donne les plus grandes espérances. Le portrait de Son Excellence le comte de Franckenberg , cardinal et archevêque de Malines, qu'il a gravé en 1779, et le portrait de Louis-Henri, comte de Brienne, secrétaire d'État, gravé par Nanteuil, qu'il vient d'avoir copié, en sont la preuve, et en même temps de ses progrès; nous en avons chargé nos députés pour vous les présenter, Nosseigneurs.
» II joint à ses talents des sentiments qui nous assurent de sa reconnaissance et du zèle qui le porteront à mériter les bontés que vos révérences et seigneuries voudront bien avoir pour lui. Un secours de cinq ou six cents livres ou telle somme qu'il leur plaira arbitrer pour la première année, paroît de peu de conséquence pour l'État, si l'on considère le bien à en résulter pour l'encouragement des arts libéraux dans la province.
» Ces raisons nous font espérer que notre représentation en faveur dudit Dandeleau sera accueillie favorablement. »
Dans leur séance du 2 avril 1784, chacun des trois membres composant les états conclut à accorder la somme de 400 livres au pétitionnaire (t). Au commencement de l'année 1786, Nicolas Dandeleau revint à la charge et joignit à sa nouvelle demande des certificats de Bervic, son maître, et du grand astronome de Lalande, qui lui font le plus grand honneur. Ce dernier lui avait confié pour le graver, un tableau peint, trois siècles environ auparavant, par le célèbre Copernic, qui s'adonna à l'étude du dessin et de la peinture avant d'entreprendre sou voyage en
(1) Registre aux actes des états, aux Archives de l'État, à Mons.
Italie, où il acquit tant de réputation. Nous croyons devoir reproduire le texte de ces deux certificats :
1. « Je soussigné certifie que le sieur Nicolas Dandeleau m'ayant paru mériter des soins par ses dispositions et par son application au travail, j'ai bien voulu le prendre gratuitement chez moi et lui donner mes avis, étant fort aise d'accueillir favorablement tout jeune artiste de quelle nation qu'il soit qui annonce un grand talent. Le succès ayant répondu à mes espérances, j'atteste avec satisfaction que le sieur Dandeleau a fait de grands progrès par un travail assidu dans l'art de la gravure en taille-douce, et qu'il s'est rendu digne par son zèle et sa bonne conduite d'être honoré de la bienveillance des états du Ilainaut autrichien, et qu'il mérite à tous égards la continuation des bontés des seigneurs desdits états et leur secours pour se perfectionner dans cet art et s'y distinguer, à quoi j'ose assurer qu'il parviendra. En foi de quoi, j'ai signé la présente attestation, à Paris, le 2 de janvier de l'année 1786.
Bervic, graveur du roi, demeuraut aux galleries du Louvre. »
2. « Je déclare que c'est d'après la bonne opinion que j'ai des talents et de
l'application de Mr Dandeleau, que je me suis déterminé à lui confier un
tableau unique de Copernic pour le graver, désirant de pouvoir encourager
par là ses heureuses dispositions et le mettre à portée de faire un ouvrage
capable d'augmenter sa réputation, en faisant connaître ses talents. Fait au
collège royal, le 3 janvier 1786.
De la Lande,
Professeur royal d'astronomie (1). »
Malgré ces témoignages si flatteurs pour Dandeleau, les états, dans leur séance du lo janvier, « furent d'avis » d'éconduire le suppléant. » Nonobstant l'insuccès de sa requête, il s'adressa encore à eux l'année suivante, et fut plus heureux cette fois. Le 50 novembre, les députés des étals lui accordèrent un subside de 600 livres (2).
Mr Ch. Le Blanc ne donne aucun détail sur Nicolas Dandeleau (il ignore même son prénom), et ne cite de lui (3)
(1) Archives de l'État, à Mons.
(2) Ibidem.
(5) Manuel de l'amateur d'estampes.
que le portrait de Copernic : il s'agit peut-être du tableau dont i! est question plus haut.
§ 34. Relieurs et reliures.
Sommaire : Jean Veldener. — Antoine de Gavere. — George de Gavere. — Nie. de Grève.
Veldener (Jean). — Le nom de ce célèbre imprimeur se lit sur la couverture en veau frappée et ornée d'aigles, de chimères, de lions, de fleurs-de-lis, etc., d'un exemplaire de l'édition publiée par lui à Louvain, en 1476, du Fasciculus temporum, que possède la Bibliothèque royale de La Haye. Sur la reliure d'un exemplaire incomplet des Gesta Romanorum, sorti des presses du même imprimeur, en 1473, alors qu'il était encore établi à Cologne , et que conserve le même établissement, on voit un petit écusson à une fasce, avec deux doux appointés séparés par une croix en chef, et un autre clou en Champagne. Le nom de Joli Fabri, qui pourrait être celui du relieur aussi bien que celui du premier propriétaire de ce livre, se lit au-dessus de l'écu.
De Gavere (Antoine). — Grâce à l'obligeante communication de Mr Hollrop, bibliothécaire en chef, et de Mr Campbell , bibliothécaire adjoint, à La Haye, nous avons encore vu dans le dépôt dont ils ont la direction, une autre reliure qui nous intéresse. C'est un livre d'Heures de Philippe le Bon, écrit sur parchemin, et enrichi de magnifiques vignettes en grisaille, de plusieurs artistes différents, croyons-nous. Sur chaque plat de la couverture est appliqué trois fois un fer composé d'arabesques et encadré de l'inscription suivante : 2lttt!)0ttiU0 îre <B(Wtxe ab laufcm Cijrtsti Ubntm tyunc recte Ugatit.
Nous rappellerons que nous avons déjà parlé de ce" relieur de l'archiduc Philippe le Beau au § 10.
De Gavere (George). — La Bibliothèque royale de La Haye est encore riche d'une reliure de George (Joris) de Gavere, relieur, fixé à Gand dans la seconde moitié du XVe siècle, et le même certainement que celui que Mr le baron Jules de Saint-Génois appelle à tort Josse (Voy. §10). Elle orne les deux volumes de l'ouvrage intitulé : Angeli Politiani operum, imprimé à Lyon en 1528. Le fer dont on se servit est répété deux fois sur chaque plat : il se compose de six petits anges jouant de divers instruments, et formant six médaillons entourés de rinceaux; le tout encadré par la légende suivante : 3ortô. îïe. flttuere. me. Hgamt. ht. ganton. oxics. sctt. agelt. et. ardjagelt. fret Orate. pro. itûbtâ. Chaque plat est séparé de l'autre par une bordure formée d'un porc, d'une licorne, d'un lion, d'une chimère et d'un cerf.
De Grève (Nicolas). — Nicolas de Grève fut tout à la fois relieur et imprimeur à Anvers. Il obtint, le 5 janvier 1512 (n. st.), un octroi qui lui permettait d'imprimer tous les ouvrages qui n'avaient point encore été édités par ses confrères.
« Van eenen consente voer Claese de Grève, printere, boeckbindere ende woenende t'Antwerpen, om den tyt van sesse jaren van der daten van desen op te moegen stellen ende printen aile nyeuwe volumina die men in Brabant noeh nyet geprint en heeft, sonder dat andere prinlers die selen moigen nae printen etc. , blyckende by der copien hiermede overgegeven , de data v januarii a° (xvc) xj° (1). »
(1) Registre n° 20785, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
| 55. Géographes.
Sommaire : Jacques et Jean de Surhon. — G. Mercator.
Jean et Jacques de Surhon, — auquels nous sommes redevables de plusieurs cartes de géographie de différentes parties des Pays-Bas sous Charles-Quint et Philippe II, sont natifs de Mons : Jacques y exerçait la profession d'orfèvre. On voit par le document suivant que ce dernier acheva, en 1548, la carte de Hainaut, dont il livra trois exemplaires au duc d'Arschot, grand bailli de Hainaut. Ce document contient à l'égard des précautions prises pour empêcher l'auteur d'en faire d'autres copies partielles ou totales, des dispositions très-curieuses.
« Charles, etc., mandons par ces présentes que par nostre amé et féal conseiller et receveur général de noz finances, vous faicles païer comptant à Jacques de Surhon, orfèvre, demourant en nostre ville de Mons, la somme de iijc 1 florins carolus que luy avons donné et otlroyé prendre de nous en récompence de ses paines, labeurs et dilligences d'avoir fait la carie et description de nostre pays et conté de Haynnau selon l'art de géographie, contenant la situation et différence des villes, baronnyes, villaiges, cloistres, abbeyes, rivières, bois et aultres lieux, les ungz des aultres avecq les frontières des aultres pays et quartiers y joindans, à condition qu'il sera tenu faire à ses despens deux aultres semblables cartes jusques à trois, qu'il baillera es mains de vous nostre cousin duc d'Arschot, lieutenant capitaine général et grant bailly de Haynnau, pour l'une d'icelles cartes estre baillée à nous, la seconde à nostre seur la royne, et la troisième estre gardée par vous, sans à jamais en povoir faire d'aultres, pourveu aussi qu'il ne pourra monstrer, communiquer ny bailler exemple d'icelles cartes ny en laisser prendre extraict quelconque à cui que ce soit, et en oultre que ayant achevé l'ouvraige desdictes cartes, il sera tenu bailler et délivrer à vous nostre cousin toutes les pièces, visitations, recueilz et desseingz qu'il en a, sans riens retenir soubz luy ne aultruy, dont et d'ainsi le observer il sera tenu faire le serment pertinent es mains de vous nostredict cousin, etc. Donné en nostre ville de Bruxelles le xiiije jour d'octobre l'an de grâce xvc quarante-huit (1). »
(1 ) Collection des acquits des comptes de la recelte générale des finances, aux Archives du royaume.
Jacques de Surhon, pour se conformer à ces ordres, prêta serment dans les mains du grand bailli, le 28 octobre : il reçut le lendemain 350 florins carolus à compte sur le prix de son travail, et toucha encore de ce chef, au mois de mai 1549, une somme de 400 livres (i). En novembre 1550, il se rendit par ordre dans les Ardenues, pour y dresser la carte des environs de Saint-Hubert (2) : à cette époque l'empereur Charles-Quint et l'évêque de Liège étaient en procès pour la souveraineté de celte terre (3). Jacques de Surhon fut ensuite chargé de dresser la carte du Luxembourg, pour laquelle on lui paya en diverses fois plus de 500 livres de Flandre (4). II lui avait été délivré afin de l'aider dans cette mission, une ordonnance datée du 15 avril 1551 (n. st.), enjoignant à un chacun de lui prêter assistance (s). Il jouissait, en 1555, d'une pension que lui avait faite Charles-Quint (g).
Les cartes, au nombre de trois, l'Artois, le Hainaut et le Luxembourg, que l'on connaît de ce cartographe, parurent d'abord, en 1579, dans le Theatrum orbis d'Abr. Orlelius. Elles ont été maintes fois reproduites dans les différentes éditions de cet atlas, et par les géographes et éditeurs qui l'ont suivi (7). Il est à remarquer que dans certaines éditions, la carte d'Artois est faussement attribuée à Jean de Surhon.
« A Jacques de Surhon, orfèvre à Mons, cliij livres sur ce que a esté convenu
(1) Registre n» F. 229, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° F. 250, ibidem.
(3) Voy. dans la collection des cartulaires et manuscrits, aux Archives du royaume, plusieurs volumes d'enquêtes relatives à cette affaire.
(4.) Registre n» F. 250, cité.
(5) Inventaire des placards de l'audience de 1513-1601, aux Archives du royaume.
(6) Registre n» F. 255, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(7) Lelewel, Histoire de la Géographie du moyen-âge, t. II.
avec luy pour faire la carte de Luxembourg, oullre et par-dessus autres li je i livres par luy reçus à la cause dicte (1). »
«Je Jacques de Surhon, carliste de Wons, confesse avoir receu la somme dexj livres viij solz, de xl gros, que Sa Majesté m'a accordé en don pour la diligence que j'ay faict à faire la charte de Luxembourg, et ce oultre la somme dont Ton est convenu avecq moy pour la fachon de ladicte carte, le viije d'octobre xvc Ij (2). »
En même temps que Jacques vivait à Mons* Jean de Surhon, de la même famille sans aucun doute, et qui, comme lui, s'appliqua adresser des cartes : trois de celles-ci sont parvenues jusqu'à nous : le Vermandois, la Picardie et le Namurois. Abr. Ortelius, dans la première édition de son Theairum orbis (1570), dit que le Vermandois parut chez Chr. Planlin, à Anvers, en 1558. Dans l'édition du même ouvrage de 1592, Ortelius lui attribue les deux autres cartes. Ce savant géographe les a fait copier pour compléter son Theairum orbis. Elles ont été republiées dans les recueils édités à Amsterdam, par P. Kœrius, Hondius, Blaeu et Visscher, au XVIIe siècle. Il existe aussi une copie du Vermandois, faite en France, et gravée par Jean le Clerc, sous le règne de Henri IV.
Nous avons trouvé mention en ces termes de ce même Jean de Surhon à propos d'une mission secrète en Angleterre confiée, en 1557, au comte de Hornes, qu'il accompagna dans ce voyage :
« A maistre Jehan de Surhon , la somme de xl livres , pour son voïage que, le xe jour de may xv« lvij, il alloit faire doiz la ville de Bruxelles avecq et soubz Mr le comte de Hornes vers Angleterre pour affaire dont n'est besoing de déclaracion (3). »
(1) Registre n° F. 251, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Collection des acquits des comptes dé la recelte générale des finances, citée.
(3) Registre n° 1928, f° jc iiijxxxix, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
Jacques de Surhon, qui fut maître particulier de la monnaie de Mons en 1581 et 1582, et de la monnaie de Tournai de 1583 à 1609 (î), doit être le fils de l'un de ces deux géographes. Vincent de Surhon, fils de ce fonctionnaire (2), a été anobli par lettres patentes du 50 juin 1623 (3). Il était alors conseiller et avocat fiscal du bailliage de Tournai, et paraît avoir rempli plus tard quelque charge au conseil de Malines.
Mercator (Gérard). — En 1552, selon Gualter Ghymmius (4), en 1559, suivant d'autres, Mercator se retira à Duisbourg, au duché de Clèves, et c'est dans cette petite ville qu'il mourut vers la fin de l'année 1594. Notre pays était alors si plein d'agitation, qu'il est facile de comprendre qu'un homme d'étude comme lui ait cherché à vivre loin du théâtre de la guerre. On a avancé, avec quelque fondement peut-être si l'on se rappelle les faits dont nous avons parlé au § 7, que le savant géographe abandonna les Pays-Bas pour opinions religieuses. Cependant si tel avait été le véritable motif de son expatriation, nous comprendrions difficilement que les conseillers du duc de Clèves se fussent permis d'envoyer, en 1585, au duc de Parme la lettre que nous publions. Ils disent dans ce document que Gérard Mercator leur a fait connaître qu'il avait préparé une nouvelle édition de son grand atlas, pour la publication duquel il avait obtenu de l'empereur un privilège de dix ans; et qu'il s'était adressé à eux pour les prier
(1) Voy. le t. IM de l'Inventaire des Archives des chambres des comptes.
(2) Registre»» 18220, f»xix r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(3) Recueil de la noblesse, etc.; Lille, 170b, p. 24M. Toutes les pièces relatives à la demande d'anoblissement se trouvent dans le t. Il des registres intitulés: Anoblissements, collection des Papiers d'Etat et de l'audience, ibidem.
(4) Dans la biographie dont il a fait précéder l'Atlas sive cosmographicœ meditaliones.
d'écrire au duc, en sa qualité de gouverneur général des Pays-Bas, afin de lui accorder au nom du roi d'Espagne un autre privilège particulier émanant de la chancellerie de Brabant. Ils font valoir à l'appui de cette demande les services que Mercalor a rendus au monde par ses utiles travaux, et joignent à leur missive des exemplaires gravés des cartes qui devaient faire partie de la nouvelle publication.
« Durchleuchtig hochgeborner Furst, E. F. G. sein unsere bereitwillige Dinsten sletz zuvor. Gnediger Herr, in Abwesen des auch Darclileuchtigen Hochgebornen Fursten und Herren , Herrn Willielms Herzogen zu Cleve, Guiich und Berge, unsers gnedigen Fursten und Herrn, hat uns Irer F. G. Undersass und Diener, Gerbardus Mercalor, furpracht, wie er vor etliehen Jhare eine neuwe Geographiam lolius orbis zu machen angefangen, und numehr zwey Teill davon , nemlich Galliara und Germaniam, verfertigt, mit Bit, dweill ime auf dis Werck, neben seiner uberswinglicher Arbeidt grosse Kosten gangenn, unnd ebr billigh die Fursorgh tragh, das ihme durch Nachtruck grosser Schaden unnd Beswehr zugefugd werde; derwegen ehr dan albereidl von der Bôm. Kays. Ml.,unsern allergnedigsten Herren, ein Privilegium dis Werck in zelien Jahren nil nacblzulruckenn, bei Vermeitung hober Peen, auspracht : das wir bei E. F. G., als der Kon. W. zu Hispanicn Generall Gubernatoren derselben Nider-Erblanden , bestes Fleis befurdernn woltenn, das ihme von hochstgedacbter Kon. W., neben solich Generall Privilegium, als er albereindt von derselben erlangelt, ein derglcichen Privilegium aus irer Brabanlischen Cantzley gnedigst milgeteilt werden muchle. Derhalben, und damit E. F. G. berurler seiner Arbeit Gestalt unnd Nutz selbst vermercken mogenn, er uns dan ein Exemplar der zweier Stuck Gallien und Germanien zukommen lassen, dieselbe Exemplar E. F. G. zu uberschickenn.
» Sintemalh wir nun vernpmmen, das es sunderlich fur grossen Herren ein hocbnutzlich unnd kunstreich Arbeidt sey, dergleichen bey nnseren Zeiten nit am Tagh kommen, dessen Author, gemelter Gerliardus Mercalor, seiner Tugendt, Kunnst und grosser Erfarung halben bei vast allen Nationen weit berumd unnd bekendt, und derwegen aller Gnad unnd hilfliger Befurderungb wirdigh : so thun wir demnach E. F. G. angeregl Exemplar bieneben undertheniglich ubersendenn , unnd in Namen unnd von wegen hocbgedachlen unsers gnedigen Fursten und Herren begeerenn, einer solichen berlichen Kunst zu Ehren, unnd ermeltem Autbori unnd dem gemeincm Nutz zu Gulen, die gnedige Anordnung und Versebung thun woltenn, das ein
solich tlurch ihn gepetten Privilegium , nemblich dise ausgangene zwey Theilen oderThomosdie negslen zehen Jharen bei einer sweren Peen nit naehzutruckenn, noch anderswo getruckt daselbst zu verkauffenn, in Namen derselben Kon. W. aus Irer Brabanlischen Cantzley in notiger Form am Furderligsten verfertigt unnd ihme gefolgt werde.
» Des wollen zu E. F. G. wir uns also dinstlieh getrôstenn, unnd hinwider aller Gebur gern verschuldenn, gnedige Antwordt bei Zeigeren dises erwartendt. Datum Cleve, am 13en Decembris anno 1585.
» E. F. G. Dinstwillige Hocbgedachten unsers gnedigen Fursten und Herrn Hertzogen zu Cleve, etc., Rhete (1). »
§ 36. Peintres et Graveurs de cartes géographiques.
Sommaire ; J . Van Crickembourg. — J. de Pape. — Carte des frontières de France et de l'Empire. — F. Bart. — P. Claeys. — Plan d'Oslende et de l'Écluse. — G. de Jode. — Cartes du pays d'Artois et de la principauté d'Orange. — G. Van Veen. — Carte des frontières du Luxembourg et du Barrois. - S. de Swaeff. — Carte de Zantvliet.
Van Crickembourg (Jean), — peintre, à Gand, dessina, en mars 1 506 (n. st.), une carte des frontières de la France et de l'Empire à propos d'un procès pendant au parlement de Paris, où les droits de Philippe le Beau étaient contestés par les officiers de Charles VIII, roi de France. Ce peintre ne figure pas dans la liste publiée par MM. E. De Busscher et F. Devigne.
« A Jehan Van Crickembourg, paintre, demorant à Gand, pour la fachon d'une figure par lui faicte faisant séparacion des limites de Franche et de l'Empire, mesmement des quartiers du pays de Waes, des Qualre-Mestiers et d'Alost, pour icelle figure produire en certain procès que monseigneur le roy [de Caslille] avoit pour ceste cause en parlement de Paris à l'enconlre des gens du roy de Franche, pour ce par ordonnance du vje de mars xvc cinq (2). »
(1) Archives de la secrélairerie d'État allemande, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° 21456, fo iiijxx ij v°, de la chambre des comptes, ibidem.
De Pape (Jean), — peintre, à La Haye, fait, en 1527, deux cartes sur parchemin, par ordre du procureur général du grand conseil de Malines, à l'occasion d'un procès que celui-ci soutenait au nom de Charles-Quint, devant la cour de Hollande, contre la ville de Ziericzee.
« A Jehan de Pape, paintre, demourant à La Haye, la somme de xix livres x solz, à lui deue pour, à l'ordonnance de procureur général, avoir fait deux quartes en painture sur parchemin, l'une pour le faire servir au procès que ledicl procureur général a pendant, ou nom de l'empereur, contre cculz de la ville de Zeericxee, louchant le Roempot, et l'autre pour le débat à cause des adjeclz de Zuyt-Hollant, dont marchié a esté fait par le procureur général avec le susdict Jehan de Pape, paintre (1). »
Bart (Ferdinand). — Claeys (Pierre). — Ces deux peintres de Bruges tracèrent chacun une carte d'Ostende et une autre de l'Écluse et des environs de cette ville, Bart en 1583 ou 1584, Claeys en 1585 ou 1586, par ordre et aux frais du magistrat du Franc. Les dernières, qui avaient exigé beaucoup plus de travail, furent offertes au seigneur de la Motte, gouverneur de Gravelines, commandant alors un corps de troupes campées dans les environs de Bruges.
1. « Fernande Bart, schildere, over liet schilderen ende afzelten van twee kaerten van der slede van Oosthende ende van Sluus mette omligghende platsen : xiij ponden (2). »
2. «Pieter Claeys, schildere, over zynen sallaris van dat hy, by laste van den collegie, vutghetrocken ende geschilderl heeft de chaerten van de steden van Oosthende ende Sluus, omme dezelve te presenteren an mynenheere Van der Mote, gouverneur van den stede ende casteele van Grevelynghe, ende commanderende over 't volck van oorloghe ligghende omtrent Brugghe, dewelcke dezelve begheert hadde om den dienst van Zyne Majestcyt : lxviij ponden viij st. (3). »
(1) Registre n° 21470, f" 1 v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Registre n« 52840, f» lxxv v°, ibidem,
(3) Registre n° 32842, f° lviij r°, ibidem.
De Jode (Gérard), — graveur en taille-douce et l'uu des plus féconds éditeurs de cartes du XVIe siècle, ainsi que l'a établi Mr Lelewel, dans son savant livre : Géographie du moyen-âge (i), s'adressa, en 1579, par requête, selon l'usage du temps, à l'archiduc Matthias, pour obtenir un octroi, aûn de pouvoir mettre en lumière des cartes représentant le pays d'Artois et la principauté d'Orange. La première est, sans aucun doute, la carte de Jacques de Surhon, dont nous avons parlé au % 35, La requête de G. de Jode fut apostillée favorablement le 2 novembre.
« A Son Altèze, remonstre en toute humilité Gérardt de Jode , tailleur de lettres, bourgeois d'Anvers, comment à ses grands despens et travaulx il a fait mettre en lumière et taillé deux cartes de descriptions, l'une du pays et comté d'Artois, et l'autre du pays et prineipaulté d'Orenges, le tout en trèsample forme, n'ayants jamais par cy-devant esté mises en lumière : et affin que ledict suppliant s'en peut d'autant mieux rembourser de ses grands despens et travaulx à cest effect employez, supplie très-humblement Vostre Altèze qu'il plaise à icelle luy donner ses lettres d'octroy et privilège , eu forme, pour pouvoir imprimer et vendre lesdictes deux cartes, pour l'espace de quatre ans, avec interdiction à tous aultres de les contrefaire, imprimer ou vendre dedans ledict temps, sans exprès consentement dudict suppliant. Quoy faisant, etc. (2). »
Van Veen (Gilbert, Ghysbrecht), — peintre et graveur sur lequel nous publierons prochainement quelques détails, reçut, en mai 1602, une somme de 25 livres o pour » deux cartes de terres communes entre Leurs Allèzes [les » archiducs], comme ducqs de Luxembourg, et le duc de » Lorraine, comme duc de Bar, qu'il avoit livré sur par- » chemin (3). »
(i) T. II, p. 221.
(2) Dépêches des rebelles, aux Archives du royaume.
(3) Registre n° F. 285. de la chambre des comptes, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille.
Carte de Zantvliet. — La note suivante mentionne un payement de 6 florins carolus, fait, en 1627, par ordre du magistrat de Berg-op-Zoom, à maître Samuel de Zwaeff, pour des cartes de Zantvliet et de ses dépendances. Était-ce un peintre on un graveur? des recherches ultérieures nous l'apprendront.
« Heeren rentnieesters, betaelt meester Samuel de Swaeff, over dat hy de heeren van de magistraet vereert heeft met de carten van Santvliet ende de gelegentheden van dien, de somme van ses carolus. Actum 27 septembres 1627 (1). »
§ 57. Écrivains et Savants.
Sommaire : A. Perremin. — J. Van der Heyden, alias de Myrica. — Josse Lambert. — M. Coignet. — J.-B. Vrient. — S.-B. Van Espen.
Perremin (Antoine), — était clerc de Louis Barangier, conseiller et premier secrétaire de Marguerite d'Autriche. Cette princesse lui donne, par lettres patentes du. 21 janvier 1521 (n. st.), une somme de 12 philippus d'or, de 50 gros de Flandre la pièce, « en faveur de certain recueil » du triumphe de l'entrée d'Aix et coronement de l'empe- » reur, nostre seigneur, qu'il lui a présenté, et ce par-des- » sus aultre xvj philippus, dudict pris, dont icelle dame par » aullres ses lettres patentes luy a fait don (2). » Il reçut encore d'elle, vers la même époque, 60 sous de Flandre de gratification « pour aucunement le récompenser de certaine » menue despense qu'il avoit fraïée à une mommerie qu'il » feit devant elle en la maison du trésourier général de » l'empereur, maistre Jehan Ruffault (3). »
(1) Archives communales de Berg-op-Zoom.
(2) Registre n» 1797, f° vjxx j v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(5) Ibidem, f° iiijxx xvj v°.
Van der Heyden (Jean), — dit de Myrica, de Louvain, dont les biographes ne parlent point, adressa, vers 1520, croyons-nous, la lettre suivante à Chrisliern H, roi de Danemark, époux d'Isabelle d'Autriche, sœur de Charles- Quint, princesse qui favorisa beaucoup les habitants des Pays-Bas assez entreprenants pour aller s'établir dans les états de son mari.
« Serenissïme, excellentissime, potentissime rex. Prospère felicitatis augmentum loco salutis. Legati Vestre Majestatis apud illustrissimam dominam Sabaudie prineipera, gubernatricem, etc., existentes, michi ex florido Lovaniensi gymnasio accersito aperuerunt Serenitatem Vestram virum aliquem deposcere, cujus opéra et consilio in suis rébus uteretur, meque summopere hortati sunt ut hanc subire vellem provinciam, futuram michi et honorificentissiraam nec minus utilem, florenlissime princeps , etsi non tantum michi arrogem vel tribuam ut me aut tanta vestra clemenlia dignum, aut huic oneri parem existimem, non potui tamen eis negare obsequium meum Vestre Majestati devovendum et offerendum , si modo necessitati mee pro vestra munificientia consolatio aut aliud fato vel alias eveniat, ac seu ea mea sit félicitas ut gratus essemerear, quod si accident, Jesu Christo duce, navabo operam ut si ab omnibus industria, a nemine profecto fide, diligentiaque vincar, ipso Jesu Deo omnium oplimo Maximo adjutore, qui Vestram Majestalem perpetuo servit incolumem.
»E V. M. bumillimus, obsequentissimusque servitor, Johannes de Myrica, Lovaniensis (1). »
Lambert (Josse). —Voisin a consacré dans le Messager des Sciences historiques de 1842 (2), un long et intéressant article à Josse Lambert, qui fut en même temps grammairien, poëte, imprimeur et graveur sur bois et de caractères, et ce à propos d'un petit livre excessivement rare qu'il composa et publia en 1544(5). L'estimable écrivain
(1) Nous devons la communication de cette pièce à Mr J.-J. Altmeyer, qui en a pris copie aux Archives de l'État, à Copenhague, fascicule n° 51 de la collection Reedtz.
(5) Sur le titre se trouve la date 1545, mais c'est celle du vieux style.
s'est livré à beaucoup de recherches pour donner la liste des ouvrages imprimés par J. Lambert de 1536 à 1552; il décrit l'édition française du rarissime opuscule, à la composition duquel prit part un certain Robert Van de Visscherye, mais il paraît qu'il fut aussi imprimé en flamand, comme semble le dire l'extrait que voici de l'octroi qui fut accordé à Lambert.
« La royne a eu requeste de Josse Lambert, imprimeur, demourant en la ville de Gand, ayant rédigé par escript en ryme les actes et maléfices de Nicolas le Borgne, dit Buy, et l'exécution, pour ce ensuyte luy a accordé et accorde par cestes le povoir imprimer tant en langaige thioy que franchois, et deffend à tous autres faire le semblable sur payne et correction arbitraire. Fait à Gand, le xix« jour de mars 1543 (1544, n. st.) (1). »
Coignet (Michel), — est un savant mathématicien, natif d'Anvers, sur lequel Valère André (2) et Feller (5) ont publié quelques détails biographiques. Le premier donne le 24 décembre 1623 pour la date de son décès; le second avance qu'il mourut à l'âge de 74 ans, ce qui reporte sa naissance à l'année 1549. Il publia divers ouvrages très-estimables pour le temps. Voici l'éloge qu'on trouve de lui dans l'édition de 1582 (4) de la Description des Pays-Bas, par Guicciardini : « Michel Coignet, ieune » homme de grand esprit et sçavant en mathématique, » ainsi qu'il a faicl voir par sa nouvelle instruction dressée a sur l'art de naviger (s), qu'il a mis sous la presse et en » laquelle, oultre plusieurs beaux et utiles instruments par » luy inventez, il enseigne aux pilotes et mariniers le moyen » de savoir prendre au vrai la distance des lieues es
(1) Collection des Papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Bibliotheca belgica, p. 672.
(3) Dictionnaire historique.
(5) Son Traclalus arlis navigandi a paru en 1581 .
» voyages qu'ils font du Levant au Ponent, et au contraire, » du Ponent au Levant, chose qui jusqu'à présent a esté » estimée, n'y ayant en ce voyage aucun but ferme, tel » qu'est le pôle, pour s'adresse en navigantz, non-seule- » ment difficile, ains encor impossible, et pour ce en est » digne de louange et de bonne récompense. »
On lit dans la note que nous publions ici quelques autres détails intéressants. Outre le don de 600 livres de Flandre dont il y est question, il reçut de l'infante Isabelle, au mois d'août 1623, une somme de 500 livres. II est qualifié à ce propos de « maistre mathématicien et ingénieur (î). » Nous avons encore trouvé le nom de Michel Coignet mentionné à l'occasion d'un achat fait par lui, en juin 1603, pour le compte des archiducs Albert et Isabelle, chez Jean-Baplisle Vrient, graveur sur cuivre et éditeur à Anvers, de différentes cartes et de VEpitome Theatri Orteliani que celui-ci avait publié et gravé en 1601 (2).
1, « A Michiel Coignetus, mathématicien, vjc livres, par patenles datées de Bruxelles, le xxij octobre xvc ïiijx^ Xvj, en considération qu'il avoit esté plus de xxiiij ans instructeur et précepteur à plusieurs et divers seigneurs et princes en la science de la mathématique, dont il avoit prins par occasion de composer quelques livres que luy et plusieurs doctes personnaiges trouvoient estre très-nécessaires et singulièrement requis pour redresser l'estude de ladicle science es pays de par-deçà, laquelle, par les troubles passés, a esté négligée et presque anéantie, et pour aucunement subvenir aux despens que luy conviendroit supporter à faire tailler les figures nécessaires ausdictes
(1) Registre n° F. 505, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Mr Lelewel, Géographie du moyen-âge, t. II, p. 223, dit en note que J.-B. Vrient, fils de Gérard et de Jeanne Van Wynterbeke , naquit en 1552 et mourut vers 1615 : il ajoute qu'il fut admis en 1575 dans Ja corporation de Saint-Luc, et se maria, en 1597, avec Claire Van deu Wouwer, dont il eut un fils qui porta les mêmes prénoms que lui. Les Chronica ducum Brabantiœ de Barland, in-folio, imprimés à Anvers, en 1600, sont ornés de 54 gravures dues à son burin, et d'une carte de Brabant portant le millésime de 1599, dont J.-B. Vrient est également l'auteur.
œuvres, à charge toutesfois qu'il donneroit promesse de faire niectre en lumière les susdictes œuvres (1). »
2. « A Jean-Baptiste Vrient, cosmographe, à Anvers, iiijc xxxv livres pour ung livre intitulé : Theatrum orbù lerrarum, en langue espagnolle; deux globes du monde, ung céleste et l'autre terrestre; et une carte contenant la description des dix-sept provinces des pays de par-deçà, par luy présentez à Leurs Altèzes; ensemble quatre cartes des quatre quartiers du monde achaplé de luy à l'ordonnance d'icelles par maistre Michiel Coignet, ingéniaire (2). »
Van Espen (Siger-Bernard). — Mr de Bavay, procureur général à la cour d'appel de Bruxelles, a dans son remarquable discours, prononcé le 15 octobre 1846, examiné la vie et les travaux de ce jurisconsulte et canoniste belge distingué (5). Si l'honorable magistrat avait connu le document que nous publions ci-apsès, nul doute qu'il n'en eût fait usage dans son étude, car il offre un grand intérêt et concerne d'ailleurs un des faits sur lesquels il s'est appesanti à cause de son importance. Notre pièce se rapporte à la condamnation, par sentence du conseil d'État du 12 septembre 1725, de l'écrit de Van Espen connu sous le nom de Réponse êpistolaire, dans lequel il se prononçait pour la validité de l'élection de l'archevêque d'Utrecht, faite par le chapitre, et non consacrée par la cour de Rome. Les suites de cette sentence furent, comme on le voit dans le discours de Mr de Bavay, une persécution qui se termina par l'exil volontaire de Van Espen à Amersfort, où il mourut en 1728, à l'àge«de quatre-vingt-deux ans.
« Sacrée Majesté impériale et catholique, «Dans l'affliction où je me trouvois depuis l'ordonnance surprise au conseil d'État le 12 septembre dernier, ce me fut une consolation extrême
(1) Registre n° F. 279, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° F. 286, ibidem.
(3) Ce discours est imprimé à la suite de la brochure intitulée ! De l'appel comme d'abus dans ses rapports avec la constitution belge.
d'apprendre par les ordres de la sérénissime archiduchesse que Votre Sacrée Majesté aïant eu un égard favorable à ma très-humble supplication au sujet de celte ordonnance, avoit daigné déclarer que sa volonté roïale étoit que je présentasse à Son Altesse Sérénissime toutes mes raisons et moïens ultérieurs de défense.
»J'ai reçu ces ordres, très-auguste empereur, avec la plus profonde reconnoissance, et je viens d'y satisfaire en présentant respectueusement à la sérénissime archiduchesse ma défense ultérieure, J'y aurais plutôt salisfait, si mon âge et l'espérance d'obtenir la communication de mes griefs n'y avoient apporté quelque retardement : j'ose ici joindre un double de cette défense signé de ma main, parce que j'ai appris que le rapport du chef et président sur cette cause serait déjà envoie à Votre Sacrée Majesté.
» Ma juslificalion éloit un petit objet pour un si grand prince : mais Dieu a permis qu'elle fût étroitement liée à des circonstances qui méritent, je l'ose dire, son attention. Elles m'ont forcé de représenter que c'étoit la cour de Rome qui par son ministre m'avoit suscité cette disgrâce pour avoir soutenu les droits de mon souverain et les libertez des églises contre les injustes prétentions de la cour de Rome, qui veut que tous ses décrets aient force de loi pour tous les chrétiens dès qu'ils ont été publiez à Rome; que le pape peut à son gré ériger ou éteindre les évêchez et les chapitres; qu'il est le maître de tous les bénéfices; qu'il a droit de juger de tout, et d'évoquer tout le monde à Rome; qu'il peut même déposer les souverains et absoudre leurs sujets du serment de fidélité.
» On sait que les internonces et les nonces sont les promoteurs de ces prétensions. Us y emploient les caresses et les menaces; ils suscitent des persécutions à ceux qui se déclarent contre leurs entreprises; ils confèrent ou procurent des bénéfices ou des charges à ceux qui leur sont dévouez : on n'en a que trop d'exemples. C'est ainsi qu'ils se sont rendus en quelque sorte les maîtres de l'université de Louvain, en s'asservissant ou intimidant la plupart de ceux qui y sont en place; de sorte que les maximes ultramontaines y prennent racine de plus en plus, et se répandent par tout le païs. J'en puis parler avee quelque asssurance, aïant été depuis plus de cinquante ans du conseil de cette université. Que Votre Sacrée Majesté me pardonne, si je m'exprime si librement : je sçai qu'étant un véritable père de ses sujets, elle veut qu'ils lui parlent avec ingénuité, outre qu'il seroit honteux à mon âge de biaiser en des matières si importantes pour l'Eglise et pour l'Etat. On ne peut parler ainsi sans s'exposer à l'indignation de la cour de Rome; mais la Vérité Éternelle, qui peut seule me délivrer, a établi sur la terre ses minisires, qui, aïant la-puissance souveraine, peuvent délivrer les
foibles Je l'oppression qu'ils souffrent pour la justice : c'est ce qui fait que je n'ai rien à craindre. J'ai le bonheur de parler pour ma défense sous les yeux de mon auguste souverain, dont un seul regard peut dissiper les desseins injustes de ceux qui m'en veulent : Rcx qui sedet in solio Judicis dissipât omne malùm intuilu suo. Je continuerai le reste de mes jours de prier le Tout- Puissant pour l'affermissement du thrône de Votre Sacrée Majesté, et pour la longue prospérité de toute son auguste maison.
» Le P. Van Espen, docteur en droit et professeur des saints canons.
» A Louvain, ce 28 juin 1726 (1). »
§ 38. Histoire des monuments.
Indication des localités: Aix-la-Chapelle, Alost, Anvers, Argenton, Avesnes, Binche, Bourg, Bouvines , Bruxelles, Douai, Flobecq, Gand, Landen, Lierre, Louvain, Maestricht, Malines, Merckem, Merville, Namur, Orval, Ramsdonck, Rotterdam, Salzinne, Sollières , Solteghem , Termonde et Valenciennes.
Abbaye de Notre-Dame et de Saint-Pierre, à Merckem. — Lettres patentes de sauf-conduit, accordées par Philippe le Bon, le 3 juillet 1444, pour les personnes qui par son autorisation parcourront les pays de sa domination dans le but de recueillir des aumônes pour aider à la reconstruction de l'église et des autres bâtiments de l'abbaye, lesquels avaient été détruits par « le feu de mes- » chief, » le 24 juin de la même année (2).
Abbaye de Sollières, dans le comté de Namur. — ■ Don de 70 livres de Flandre, en septembre 1494, aux religieuses de ce monastère « pour emploïer en reffection et
(1) Collection des autographes, aux Archives du royaume.
(2) Archives communales de Courtrai. où sont conservées la plus grande partie des chartes des abbayes de Merckem et de Groningue.
» réparation de l'église, laquelle a durant les dernières » guerres esté destruite et pillée (t). »
Église de Saint- Aubain, à Namur. — Don de 30 livres, en mai 1495, au chapitre de cette église « pour emploïer » en aournemens d'église ou lieu du drap d'or deu par mon- » seigneur l'archiduc [Philippe le Beau] à cause de sa » joïeuse entrée (2). »
Couvent de Sion, à Lille. — Don de 18 livres, aux religieuses de cette maison, en mai 1510, au lieu de six chênes « pour emploïer à la fachon et construction d'un » nouveau cueur en l'église, parce que le vielz est tombé » par pourrelure (5). »
Église de Notre-Dame-de-la-Salle, à Valenciennes. — Don de 300 livres au doyen et au chapitre de Notre-Damede-la-Salle, par lettres patentes du 25 septembre 1516, « pour emploïer en aornement pour leur église, laquelle » en estoit assez petitement fournie (4). »
Abbaye de Salzinne. — Don de 19 livres 18 sous, en août 1520, pour aider les religieuses de ce monastère à restaurer leur église « que lumbe (s). »
Couvent des Dominicaines, à Mer ville. — Don de 6 livres, en août 1520, « en aulmosne pour les convertir à » la réfection de l'église et couvent, lesquelz par feu de » meschief ont esté bruslez (6). »
Église de Saint-Pierre, à Malines. — Gratification de 2 philippus d'or, faite par Marguerite d'Autriche aux maçons qui élevaient les fondements de la chapelle du
(1, 5, 5 et 6) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° F. 182, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Registre n° F. 201, ibidem.
Nom de Jésus dans cette église, dont elle avait fait poser la première pierre en son nom, le 10 mars 1521 (n, st.), par un noble seigneur de sa cour (î).
Église de Notre-Dame-des-Victoires, à Bruxelles. — Cet édifice fut visité, le 7 septembre 1523, par Marguerite d'Autriche, qui donna un écu d'or au soleil de gratification aux« massons et manouvriers besoignans en ladicte » église (2). »
Couvent de Sainte-Brigitte, à Termonde. — Dons de 16 et de 18 livres, en avril et en juillet 1527, « pour aider » à parfaire l'église encommenchée audict lieu » (5).
Autre don de 19 livres, en 1556, pour aider « à rebas- » tir le cloistre bruslé par meschief (4). »
Église de Notre- Dame-de-la-Chapelle, à Bruxelles. — Don de 10 livres aux marguilliers de celte église, en 1540, pour acheter du bois afin de pouvoir reconstruire le chœur du Saint-Sacrement.
« Den prochiaen ende kerckmeesters van dei* Capellen, binnen deser stadt van Bruessele, die somme van x ponden, om daermede te coopen sekere stelhout hen nootlick wesende totter erectien ende constructien van eenen nyeuwen choor oft capelle van den Heyligen Sacramenten in derselver kercken (5). »
Couvent du tiers ordre de Saint-François, à Flobecq. — Voici une requête que les religieuses de ce monastère adressèrent à la reine Marie de Hongrie, en 1550, pour
(1) Registre n° 1797, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Registre n» 1799, ibidem.
(3) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, ibidem.
(4) Registre n° F. 235, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(5) Registre n° 25180, 2°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
obtenir douze chênes, afin de les aider à reconstruire leur couvent qu'un incendie avait entièrement détruit.
« Remonstrent à Vostre Réginale Majesté voz humbles servantes et oratresses les mère, religieuses et couvent de Flobiecque, citué entre Grammont et Renay, du tiers ordre Saint-Franchois, d'avoir pityé de leur excessive fortune et désolation de feu advenut naghaire audiet couvent, car ladicte mayson et couvent est entièrement brulet, sicomme la chapelle, cloistre, dormitoire et aultres édifices, aussy aornementz d'églize et tous meubles jusques aux vestures des povres religieuses, excepté seulement la ciboire où estoit le précieux corps de Nostre-Seigneur; considérant ladicte fortune, vostre trèsnoble plaisir soit leur voloir aulmosne donner et eslargir douze chaînes pour paracever et de nouveau réparer leurdicte chapelle et couvent, etc. (1). »
Couvent des Augustins de Brou, à Bourg. — Don de 100 livres, en 1556, « pour les ouvraiges encores à faire » audicl couvent (2). »
Église du Christ, à Gand. — Don de 600 livres, par lettres patentes du 28 avril 1564, en considération de ce que Charles-Quint « avoit fait démolir l'ancienne esglise » du Saint-Christ, et applicquer les matériaux d'icelle au » chasteau de Gand (3). »
Église paroissiale, à Solteghem. — Don de 600 livres, par lettres patentes du 51 octobre 1564, « en advanchement » de l'église bruslée (4). »
Couvent des Jacobins, à Rotterdam. — Don de 150 livres par lettres patentes du 10 octobre 1565, pour aider ces religieux « à réédiffier et à réparer leur couvent (s). »
Couvent de Notre-Dame, à Avesnes. — Quittance de 1,500 livres, en date du 20 décembre 1565, données à ce
(1) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, citée.
(2) Registre n° F. 235, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3, 4 et 5) Registre aux octrois, dons et grâces de 1559 à 4567, collection des Papiers d'Étal et de l'audience, aux Archives du royaume.
monastère « en considération des grands pertes, dommai- » ges et intéreslz par eulx sonffertz au démolissemenl de » leur monastère, leur bassecourt, leurs censés et aultres » biens par ordonnance de feu l'empereur pour la seurelé » de la ville deBapalmes (i). »
Couvent des Béguines, à Alost. — Don de 20 livres, en 1585, à ces religieuses, « pour ayder à rebastir leur » église et maisons ruynées (?). »
Couvent des Capucins, à Alost. — Don de 100 livres, par lettres patentes du 9 juin 1588, « pour eslre em- » ployez à l'advancement du bastiment et érection de leur » église (s). »
Église de Sainte- G udule, à Bruxelles. — Don de 5,000 livres aux marguilliers de cette église, par lettres patentes du 20 août 1597, « pour estre employées à l'érection » d'ung doxal devant le cœur et pour meilleure décoration » d'icelle églîze, oullre mil livres accordez précédem- » ment (4). »
Abbaye d'Argenton. — (Voy. § 10.) — Don de 50 livres fait, en 1599, aux religieuses de celle communauté, « pour » estre employez à la réparation de leur cloistre bruslé des » ennemys Hollandois (5). »
Autre don de 250 livres, par lettres patentes du 31 octobre 1621, « pour la réédificalion de leur couvent (e). »
(i) Registre aux octrois, dons et grâces de 1559 à 1567, dans la collection des papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° F. 268 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Collection des papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume. (4.) Registre n° 23572, f° 152 v°, de la chambre des comptes, ibidem.
(5) Registre n° F. 282 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(6) Registre n° F. 304, ibidem.
Couvent des Auguslins, à Bouvignes. — Don de 150 livres, par lettres patentes du 7 décembre 1620, pour aider à bâtir leur couvent (i).
Couvent des Cordeliers, à Bruxelles. — Don de 2,000 livres, par lettres patentes du 17 février 1621, pour l'agrandissement de leur église (2).
Église paroissiale, à Binche. — Don de oOO livres, en avril 1621, aux prévôts, jurés et conseillers de la ville de Binche « en avancement du clocher de leur église (5). »
Couvent des Minimes, à Bruxelles. — Don de 750 livres, en mai 1621, pour 0 les fraiz du bastiment de leur » nouvelle église (4). »
Église paroissiale, à Landen. — Don de 200 livres, en juin 1621, aux marguilliers de l'église de Landen, « pour » emploïer à la restauration et fabricque de certaine chap- » pelle de toulle anchieneté fondée des ducqz de Brabanl, » de laquelle chapelle ils se servoient présentement au lieu » de l'église parochiale fort esloignée du lieu (s). »
Couvent des Franciscains, à Bruxelles. — Don de 1,000 livres, en juillet 1621, pour aider aux frais d'agrandissement de leur église (6).
Abbaye de la Paix Notre-Dame, à Douai. — Don de 200 livres, par lettres patentes du 27 juillet 1621, pour l'achèvement et l'agrandissement de l'église (7).
Couvent des Dominicains, à Anvers. — Don de 6,000 livres, par lettres patentes du 16 août 1621, pour achever le chœur de leur église (s).
(1, 5, i, 0, 6 et 7) Registre n» F. 503 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille. (2) Registre n° F. 304, ibidem.
(8) Registre n« F. 305, ibidem.
Couvent des Jacobins, à Anvers. — Don de 0,000 livres, par lettres patentes du 16 août 1621, « en subvention » du baslimenl du chœur de leur église (i). »
Couvent de la Paix Notre-Dame, à Namitr. — Don de 150 livres, par lettres patentes du 17 août 1621, pour aider les religieuses de ce couvent à bâtir un dortoir (2).
Couvent des Annonciades, à Maeslricht. — Don de 250 livres, par lettres patentes du 9 septembre 1621, « pour les emplïer au bastiment de leur nouvelle église » qu'ilz ont commencée, dont l'archiduc Albert at mis la » première pierre (3). »
Couvent des Dames Blanches, à Louvain. — Don de 400 livres, par lettres patentes du 24 novembre 1621, « pour réparer leur cloistre du tout ruiné (4). »
Couvent de Notre-Dame-de-la-Vigne, à Louvain. — Don de 150 livres, en 1621, « pour emplïer au baslimenl et » ragrandissemenl de leur église (s). »
Couvent des Capucins, à Aix-la-Chapelle. — Don de 250 livres, en 1621, « pour satisfaire aux debtes créés à » Téreclion de leur église et couvent (e). »
Abbaye de la Rose, près d'Alost. — Don de 200 livres, par lettres patentes du 21 février 1622, « pour réédifier » leur cloistre entièrement ruiné par dernières troubles (7). »
Abbaye d'Orval. — Don de 6,000 livres, par lettres patentes du 18 avril 1622, pour ragrandissemenl du chœur de l'église (s).
Église paroissiale, à Ramsdonck. — Don de 150 livres, par lettres patentes du 25 août 1623, aux marguilliers de
(1,7 et 8) Registre n° F. 304, cité.
(2, 3, 4, S et 6) Registre n° F. 503, cité.
l'église et aux habitants de Ramsdonck, près de Vilvorde, pour les aider à rebâtir le chœur de l'édifice («).
§ 39. Peintres verriers.
Sommaire: Jean Ofhuys. — Verrières au couvent des Récollets, à Bruxelles, et au prieuré de Rouge-Cloître.
Ofhuys (2) (Jean), — est un artiste verrier de Bruxelles, qui jouit ajuste titre de beaucoup de réputation. C'est à lui que Marguerite d'Autriche confia, en 1S21, l'exécution d'un grand vitrail qui avait pour sujet Notre-Seigneur cm sépulcre, et dont elle gratifia le couvent des récollets ou frères mineurs de Bruxelles; ce travail lui fut payé 40 livres de Flandre. Vers la fin de l'année précédente, ils avaient adressé à la princesse une longue requête ré digée avec beaucoup d'adresse pour arriver à leur but. Ils y rappellent que le roi Charles, son neveu, leur a déjà donné trois verrières sur lesquelles il s'était fait représenter, ainsi que Maximilien, son père, et Jean Ier, duc de Brabant, qui était enterré dans celte même église; et qu'une quatrième leur avait été promise par Ferdinand, son autre neveu. Les bons religieux terminent leur supplique, en disant à Marguerite qu'il n'y a guères qu'elle
(1) Registre n° F. 505, cité.
(2) Deux des notes que nous imprimons ci-après ont déjà été publiées par notre honorable ami, Mr Alex. Henné, dans la Revue universelle des Arts (les Arts en Belgique sous Charles-Quint), t. I", p. 30; mais comme la lecture du nom y est fautive, nous les avons comprises dans notre travail. L'orthographe que nous avons adoptée est la seule bonne {Voy. V Inventaire des chambres des comptes, t II, pp. 67 et 68, et les Selecta de Prévost de le Val, aux années 1511 et 1537, MSS. de la Bibliothèque de Bourgogne). Les erreurs que nous relevons ont été répétées par Mr Lévy, dans son Histoire de la Peinture sur verre, p. 150-151 : nous les signalons pour éviter qu'on en commette de nouvelles à l'avenir.
dont la mémoire puisse êlre consacrée sur le cinquième vitrail, et que tels sont les motifs qui les ont engagés à avoir recours à sa libéralité. Marguerite apostilla favorablement cette requête le 24 décembre 1520.
En 1515, la nouvelle église, sous l'invocation de saint Paul, du prieuré de Rouge-Cloître, était en voie de construction : Marguerite d'Autriche, à laquelle tout le monde s'adressait afin d'en obtenir quelque subside, gratifia le couvent au nom de l'empereur, son père, et de l'archiduc Charles, son neveu, par lettres patentes datées du 24 janvier 1514 (n. st.), d'une somme de 25 livres de Flandre, pour l'aider à acheter des matériaux. Lorsque l'édifice fut entièrement achevé, les religieux de Rouge-Cloître eurent encore recours à la générosité inépuisable de la gouvernante générale, et lui demandèrent de leur accorder 500 livres pour les frais de trois vitraux qui devaient, disaientils, rappeler la mémoire de Charles-Quint, de Ferdinand, son frère, et la sienne propre. Marguerite trouva probablement qu'ils étaient par trop exigeants et se contenta de leur faire donner le tiers de celte somme, par lettres patentes du 24 février 1525 (n. st.), et ce pour une verrière aux armes de l'empereur. Peu satisfaits du résultat de leur démarche, ils tentèrent de nouveau, l'année suivante, d'arracher 100 livres à la libéralité de la princesse. Ils réussirent celte fois à obtenir quelque argent de ses revenus particuliers: elle apostilla leur requête Ie1ep août 1526. C'est à ce propos que nous avons encore à parler de Jean Ofhuys. Marguerite fit accord avec lui, en 1527, moyennant 60 livres de Flandre, pour la livraison d'un magnifique vitrail orné de ses armoiries, représentant le Crucifiement de Notre-Seigneur, qu'elle destinait au chœur de l'église du monastère.
i . « A Jehan Osliuys (sic), verrier, demeurant à Bruxelles, la somœede xi livres, de xl gros de Flandre, que due luy esloit pour une belle grande verrière,
en laquelle est figuré la remembrance Nostre-Seigneur, quanl, il fut mis au saint sépulcre, et laquelle madicte dame a fait faire et asseoir en l'église des frères mineurs de la ville de Bruxelles, ausquelx elle en a fait don pour Dieu et en aulmosne par marché fait avec luy par madicte dame, sondict trésorier et son maistre d'hostel Allart (1). »
2. « A très-hanlte et très-puissante dame madame la duchesse de Savoye, supplient humblement les gardien et couvent des frères mineurs de ceste ville de Bruxelles, comme pour avoir perpétuelle mémoire d'aucuns princes enterrez en leur cueur et aussi de bonne mémoire vostre père, le feu trèsnoble empereur, et du roy nostre sire, et aussi eontrainctz par nécessité, lesdic.ts supplians avoient requis au roy noslredict sire aucunes voirrires pour les mectre au-devant la tombe de son prédécesseur le feu duc Jehan premier de ce nom (auquel Dieu pardoint), car les voirrires qui y estoient paravant par succession de temps estoient gaslées et devenues moult noires, ce qui fust grant empcschement ausdicls supplians quant ilz disoient le divin office, et aussi que c'estoit au plus beau de leur esglise, lesquelles voirrires le roy noslredict seigneur pour Dieu leur a octroyées, et a fait emfigurer en icelles son ymage et celle de sou père grant, vostre père dessusdict, feu très-puissant empereur, et l'ymage de sondict prédécesseur enterré au-devant d'icelles voirrires; mais à cause qu'il y a auprès lesdictes voirrires encores deux aultres vielles, et sont ensemble petites, du temps passé, lesdicts supplians ont semblablement requis une monsieur dont (sic) Fernando, vostre nepveu, frère du roy nostredict sire, laquelle, de bonne grâce et affection qu'il a envers lesdicts suppliants, leur a octroyée : et pour ce qu'il n'y a plus noble mémoire que la vostre et convenable pour y mectre, lesdicts supplians sont ausez requérir et humblement demander à ta (sic) libéralité l'aultre voirrire, pour la mectre auprès celles du roy noslredict sire et des princes dessusdicts au lieu de ladicte vielle. Ce considéré, cher dame, et la bonne affection d'iceulx supplians, plaise à ta libéralité et clémence octroyer leur requeste et faire ceste aulmosne pour Dieu, et ils priront Nostre-Seigneur pour vous. »
(Apostille marginale)» Madame a accordé aux supplians pour Dieu et en aulmosne faire payer la somme de xl livres, de xl gros, monnoye de Flandre, la livre, pour la verrière mentionnée en ceste requeste, ordonnant à Jehan de Marnix, son trésorier, de payer ladicte somme au verrier qui fera ladicte verrière, et en rapportant ceste ordonnance et quictance dudict ver-
(1) Registre n° 1797 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
rier, etc. Fait à Malines, le xxiiije de décembre anno xvc et vingt. Marguerite (1). »
3. « Au couvent de Rouge-Cloitre, par patentes du xxiiij janvier xvc xiij, xxv livres pour employer en achat de bois, bricques ou autres matières nécessaires servans ù la construction et édifficacion d'une nouvelle église ou chappellequ'ilz faisoient lors faire en l'honneur du glorieulx aposlre monseigneur saint Pol (2). »
A. « Nous pryeur, religieulx et couvent de Saint-Pol en Rouge-Cloislre, ou bois de Soignie, confessons avoir receu de Jehan Micault, etc., la somme de c livres, de xl gros, pour don que l'empereur nous en a fait de grâce espécialepour une fois, par ses lettres patentes données en la ville de Bruxelles, le xxiiije jour de février derrenier passé, pour convertir et employer en une verrière armoyéede ses armes, qui sera mise et assise au chief-lieu de cueur que nous avons nouvellement fait faire en nostredicte cloistre, etc. Le xxviije jour de mars l'an mil cincq cent vingt-quatre, avant Pasques (3). »
5. «A Jehan Ofhuus (sic), verrier, résidant à Bruxelles, la somme de lx livres, à quoy Madame a faict convenir et appoincté avec lui pour une belle et grand verrière qu'il a faicte et posée au cueur de l'église du couvent et monastère du Rouge-Cloistre, au bois de Soigne-lez-Bruxelles, ystoriée du crucifiement de Noslre-Seigneur, et armoyée des armes de madicte dame (4). »
6. « A Madame, remonstrent en toutte humilité voz très-humbles orateurs les prieur et couvent du monastère de Sainct-Pol au Rouge-Cloistre, ou bois de Soingne, comme lesdils supplians vous ayent nagaires par autre leur requeste requis que vostre noble plaisier fust leur octroyer la somme de trois cens livres, de xi gros, la livre, monnoye de Flandres, pour icelle somme estre employé en trois verrières en l'esglise dudit Rouge-Cloistre, armoyées des armes de l'empereur, monsieur son frère et de vous, Madame, de laquelle somme de trois cens livres, il vous a pieu et à messieurs des finances de l'empereur voluntairement octroyer et accorder ausdils supplians cent des-
(1) Collection des acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite d'Autriche, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° F. 200 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume. Cette dépense est portée dans le registre n° F. 210, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Registre n» 1803 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
dites livres pour la verrière de l'empereur, à prendre icelle somme par les mains du recepveur général. Ce considéré, ilz requirent en toutte humilité que voslre noble plaisier soit leur octroyer en aulmosne pareille somme de cent livres pour icelle eslre employée en une verrière armoyée de voz armes auprès de celle de l'empereur, et ordonner à voslre trésorier de faire délivrer ausdits supplians ladite somme de cent livres. Ce faisant, etc. (1) »
§ 40. Verrières.
Indication des localités : Aire, Anvers, Bois-le-Due, Douai, Gand, Lierre, Malines, Medemblick, Menin, Nieuwenhove, Ninove, Schiedam etZiericzee.
Nous continuerons d'enregistrer les donations de verrières faites par nos souverains aux églises, couvents et autres édifices. On sait que pendant la minorité de Charles- Quint et jusqu'en 1530, Marguerite d'Autriche gouverna les Pays-Bas : nous pouvons donc en toute certitude attribuer à celle grande protectrice des arts la majeure partie des donations du genre de celles que nous signalons, quoiqu'elles n'aient pas élé payées de ses propres deniers. Il est à remarquer cependant qu'ici ne figurent que les verrières dont les artistes ne sont point signalés dans les comptes.
Au couvent des Frères Prêcheurs, à Bois-le-Duc, — don de 100 livres, de 40 gros, par lettres patentes du 50 avril 1509, datées de Malines, « pour une verrière armoyée » des armes de Messeigneurs [l'empereur Maximilien et » l'archiduc Charles], et la faire mectre en leur esglise » pour le décoremenl d'icelle (2). »
A l'église paroissiale de Schiedam, — don de 50 livres,
(1) Collection des acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite, citée.
(2) Registre no F. 196 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
par lettres patentes du 19 juin 1509, datées de La Haye, « pour employer en l'achat et faehon d'une verrière ar- » moyée des armes de Messeigneurs, qu'ils avoient ordon- » née estre faicte et mise en ladicte esglise pour le décore- » ment d'icelle (î). »
Aux Sœurs du couvent de la Madelaine, à Malines, — don de 19 livres 10 sous, en 1512, « pour employer en » la faehon d'une verrière armoyée des armes de Messei- » gneurs, laquelle ils ont faict faire pour mectre en leur » chapelle pour la décoration d'icelle (2). »
Au couvent de Saint-François, à Nieuwenhove, — don de 19 livres, en 1516, pour une verrière a en leur chapelle » armoyée des armes de Messeigneurs (3). »
A l'église de Saint- Rombaut, à Malines, — don de 240 livres aux communemaîlres et échevins de celte ville, par lettres patentes du 11 avril 1516 (n. st.), datées de Bruxelles, « pour employer en une grande verrière ar- » moyée des armes de i'empereur [Maximilien], du feu » roy de Castille [Philippe le Beau] et de monseigneur le » roy [Charles], laquelle seroit mise en l'une des grandes » fenestresdel'accroistredel'esglise deSainl-Rombaull(4). »
A l'église de Sainl-Gommaire, à Lierre, — don de 1 50 livres, en 1517, « pour employer au payement des deux ver- » rières que monseigneur le roy avoit ordonnez estre mises » en ladicte esglise armoyez de ses armes (5). »
A l'église paroissiale de Menin, — don de 60 livres,
(1) Registre n° F. 196, cité.
(2) Registre n° F. 551 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3 et i) Registre n» F. 201, ibidem.
(5) Registre n» F. 199, ibidem.
en 1517, à compte sur le « payement des verrières qui sont » faictes en ladicte esglise, armoyez des armes du roy (i). »
Aux Religieuses du couvent de Sainte-Catherine, à Medemblick, en Hollande, — don fait, en septembre 1520, « tant pour la faehon d'une verrière armoyée des armes » du roy, comme pour la réfection de leur esglise, laquelle » avoit esté totalement bruslée, piliée et desrobée par les » Gheldrois et rebelles Fryzons (a). »
Au couvent des Chartreux- lez-Gand, — don de 50 livres, par lettres patentes du 29 décembre 1522, « pour la » faehon d'une verrière armoyée des armes de l'empe- » reur (5). »
Au couvent des Viclorines (Margueriten-dael), à Anvers, — don d'une verrière payée à un verrier de celte ville, la somme de 9 livres 15 sous (4).
A la chapelle de Notre-Dame, à Aire, — don de 60 livres, par lettres patentes du 14 décembre 1524, datées de Bruxelles, pour une verrière (s).
Au couvent des Frères Prêcheurs, à Douai, — don de 12 livres, en 1525, « pour l'avancement d'une verrière » qui se faisoil en leur esglise en laquelle ils feroient » meclre les armes de l'empereur (e).
Le reçu, qui porte la date du 51 mars 1525 (n. st.), dit positivement que c'est Marguerite qui leur a fait celte gratification « pour leur aider à refaire les verrières de » leur église (7). »
(i) Registre no F. 199, cité.
(2) Registre n° F. 205 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3 et 7) Collection des acquits des comptes de la recelte générale des finances, citée.
(i) Registre n° F. 207 de la chambres des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(5 et 6) Registre n« F. 210, ibidem.
Au couvent des Frères Prêcheurs, à Ziericzee, — don de 60 livres, par lettres patentes du 26 février 1529 (n. si.), « pour perpayer une grande verrière qu'ilz avoient laict » faire en leur esglise aux armes de Sa Majesté [Charles- » Quint] et de ses prédécesseurs (i). »
§ 41. Architectes.
Sommaire : Erlebold, architecte de l'église de Sainte-Croix, à Cambrai, au XII I« siècle. — Sébastien et Jacques Van Oyen. — W. Coberger. — H. Van Peene s'expatrie en Pologne. — Architectes de l'abbaye de Thorn et de la cour épiscopale de Liège. — M.-J. Soiron. — F. Dukers.
Erlebold. — On connaît bien peu d'architectes du XIIIe siècle; c'est, croyons-nous, le nom d'un artiste de celte époque que nous avons trouvé dans un vieil obituaire de l'église cathédrale de Cambrai (2), et qui aurait construit l'église de Sainte-Croix de cette ville, rebâtie vers 1225. Sa mémoire est consignée à la date du 1er octobre de la manière suivante :
« 0. Erleboldus laicus qui ecclesiam Sancte Crucis œdificavit. »
Van Oyen (Sébastien), — fut sans contredit l'un des plus célèbres architectes et ingénieurs des Pays-Bas du XVIe siècle, si fécond en artistes de mérite. Charles- Quint lui confia la défense de Philippeville, de Charlemont et de Hesdinfert qui s'élevait sur les ruines de Térouanne détruit. Sous sa direction travaillaient un grand nombre d'ingénieurs, italiens pour la plupart : nous en reparlerons ailleurs. Nous nous bornerons ici à consigner quel-
(1) Registre n° F. 355 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) N» 168 du fonds, ibidem.
ques noies relatives à S. Van Oyen. L'empereur, qui n'était guère libéral, c'est un fait établi, fit donner à son architecte par lettres patentes, datées de Bruxelles, le 26 octobre 1554, une gratification de 200 livres de Flandre, outre ses gages annuels (î), et deux ans plus tard, par lettres du 16 octobre 1556, Van Oyen reçut une autre somme de 800 livres « en récompense des grandes paines, travaulx et » bonnes dilligences par luy faictes pour l'érection et » bonne addresse des fortifications, des nouveaulx forts » de Charlemont et Philippeville, et ce oultre ses traite- » mens, pensions et autres bienfaictz qu'il a eu de Sa » Majesté (2). »
Van Oyen (Jacques), — fils de Sébastien probablement, fut nommé peu de temps après la mort de ce dernier, par lettres patentes du 23 mai 1561, aux fonctions de « mais- » tre ingénieur des ouvrages et forliffications des villes » frontières du payz de par-deçà, «aux gages journaliers de 56 sous de Flandre, et de 25 sous de supplément par jour de vacation avec déplacement (3). Il reçut en outre à différentes reprises des gratifications de 500 à 600 livres, notamment en 1567 (4), 1570 et 1572 (s). Les documents constatent qu'il vivait encore en 1600 (e). Nous devons faire observer qu'ils varient dans l'orthographe de son nom
(1) Registre n° F. 255 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° F. 255, ibidem.
(5) Registre n» F. 254, ibidem.
(4) Registre aux octrois, dons et grâces de 1559 « 1567, dans la collection des papiers d'Étal et de l'audience, aux Archives du royaume.
(5) Registre nos F. 251 et F. 252 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(6) Registre aux gages et pensions de 1582 à 1607, f° 222 r°, aux Archives du royaume.
et qu'ils écrivent Van INoye, Van Noyen, Van Oey (i) et Van Oyen (2).
Cobergher (Wenceslas). — Tous les écrivains qui se sont occupés de cet artiste ont commis des erreurs, soit dans l'orthographe de son nom, — il signait Wensel Cobergher, — soit dans les dates de sa naissance et de son décès, soit par rapport au lieu où il vint au monde. Nous sommes à même de rectifier et les unes et les autres, grâce à des documents authentiques, dont l'un reproduit la requête de Cobergher lui-même. Nous savons par eux qu'il naquit à Anvers, avait dix-huit ans vers le milieu de l'année 1579, ce qui reporte la date de sa naissance à 1561, et qu'il était fils bâtard de Wenceslas Cobergher et de Catherine Raems, secret qui ne lui fut révélé que par le testament de sa mère. Ses parents étaient morts à l'époque où il demanda et obtint des lettres de légitimation, lesquelles sont datées d'Anvers, du mois de mai 1579. Il habitait alors Paris, où il s'adonnait à l'élude de la peinture; c'était la première étape de son voyage dans les pays étrangers qu'il se proposait de parcourir, et d'où il nous revint non-seulement bon peintre, mais encore architecte, ingénieur et graveur, et avec un fonds de connaissances qui en firent en peu d'années un savant, un antiquaire, un poëte et un économiste. Cobergher a joui d'une grande réputation justement méritée : il nous reste de lui d'importants spécimens de ses différents talents : nombre d'autres ont été détruits. Nous reviendrons sur ses travaux. Consignons ici quelques autres dates utiles pour les futurs biographes de cet homme de mérite. Les archiducs lui confièrent les fonctions d'ar-
(1) Registre F. 269 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2; Registre n« F. 270, ibidem.
chiteele et ingénieur, par lettres patentes du 24 décembre 1605, aux gages annuels de 1,500 livres, et par autres lettres du 9 janvier 1618 (i), ils lui donnèrent la surintendance générale des monls-de-piété, dont il était l'ordonnateur aux Pays-Bas (2). Wenceslas Cobergher mourut dans le mois de novembre 1635 (3), laissant de Susanne Francquart, son épouse, entre autres enfaiïts, Charles, qui fut aussi ingénieur, et lui succéda dans la direction des monls-de-piété (4), et Augustin, seigneur de Saint-Antoine, en faveur duquel le roi Philippe IV signa, le 14 octobre 1654, des lettres de chevalerie (b).
l.« Philips, etc., doen te wetene, allen jeghemvoordigen ende toecommende dat wy onlfanghen hebben die oilmoediglie supplicalie van Wencelaus Coubergher, jonckgheselle, gbeboren van Anlwerpen, nu ter tyt woenende loi Parys, out onlrenl xviij jaren, schilder van synder neringhe, daer vader aff was wylen Wencelaus Couberger, ende moeder Calbarina Raems, boedat de suppliant liem altyt eerlyck beefl ghedragen sonder beroem gbesproecken ende soude bein glieerne in duecbden ende in eeren voirderen ende leven binnen onsen landen van herweerlsovere onder onse proleclie, maerbeduecbt dat hem souden opsteren 't gebreck van synder nativitejt, wanl hy vuyl den teslamenle van syn moeder verslaet dat hy is naluerlyk ende niet van wetligen bedde, ten waere dat ons gheliefde 't selve gbebreek te aboleren ende hem suppliant te legitlimeren, ende daerop te doen expedieren onse oepene brieven van legittimatien in sulcken saeken dienende; soe eest dat wy desen aengliesien gheneycht wesende ter beden des voorschreven Wen-
(1) Elles sont imprimées dans les Placards de Brabanl, t. III, p. 17a.
(2) Voij. l'excellent livre de Mr P. De Decker, intitulé : Eludes historiques et critiques sur les monts de piété en Belgique; Bruxelles, 1844..
(5) Registre aux gages et pensions de 1625-1639, f° 445 r°, aux Archives du royaume.
(4) Le manuscrit n° 3502 de la Bibliothèque de Bourgogne a pour auteur Charles Cobergher; il est intitulé : Retalion de l'origine, institution et conduite des monls-de-piété des Pays-Bas, soubs la direction de Coberger.
(5) Nobiliaire des Pays-Bas, t. Ier, p. 532. Nous avons fait de vaines recherches aux Archives du royaume et dans la bibliothèque de la chambre héraldique pour retrouver ces lettres patentes. Un fait certain, c'est qu'elles n'ont jamais été enregislrées par la chambre des comptes.
cclaus Coubcrglier suppliant, denselven liebben vuyt onser wel welenlheyt, princelyckcr maclil ende aucloritcyt ghelcgittimeert endc 't gebreck van synder nalivileyt ghcaboleert ende te niele ghedaen, legittimeren, abolcreu cnde docn te niete vuyle onser sonderlinger gratien by desen, hem octroyerende ende accordcrende dat hy als een weltige persoon, etc. Gtiegbeven in onser sladt van Antwerpen, in de maent van maye, in 't jacr Ons Heeren duysent vyff hondert [xvc] lxxix (1). »
2. « A Wensel Coberger, architecte et ingéniaire des archiducqs, la somme de vijc 1 livres à luy deue à cause de cxxv livres que Leurs Allèzes, par leurs lettres patentes données à Bruxelles, le xxiiije jour de décembre 1605, l'ont accordé de gaiges et traiclement par chacun mois, à raison de sondict estât de architecte et ingéniaire en faict des ouvrages et forlifficalions des villes et forts de Leurs Allèzes, de la cour à Bruxelles, Mariemont et aullres maisons, de toutle aultre chose que de leur part luy pourra estre enchargé dépendante de l'architecture, painlure et aultres ses artz (2). »
Van Peene (Henri), — architecte flamant!, fut employé, en 1625, par le duc de Zbaraz, châtelain de Cracovie, que nous soupçonnons fortement être Christophe de Zbarawski, dont il est question dans la Biographie universelle, t. LU, p. 162, Sigismond III, roi de Pologne, écrivit à l'infante Isabelle, la lettre suivante, datée du 29 avril 1626, pour obtenir d'elle qu'elle délivrât un sauf-conduit à la femme et aux enfants de l'artiste qui devaient aller le rejoindre.
« Serenissiinee principi dominée Isabellœ-Clarœ-Eugeniœ, Dei gratia Hispaniarum infanti, archiduci Auslrise, duci Burgundiœ, Brabantiee, Luxemburgi, Gelriœ, comiti Habspurgi, Flandriee, Tyrolis, Arthesiœ, Palatinœ, Hannoniee, Hollandiœ, Zelandiœ, dominée Frisiee, dominée cognatee et affini nostree charissimœ, Vladislaus-Sigismundus, Dei gratia princeps Poloniee et Sueciee, electus magnus dux Moschoviœ, Smolenscensis, Severiensis, Czernichoviensis ducaluum adminislrator, salulem et mului amoris alque omnis fœlicitatis continuum incremenlum.
Serenissima princeps, domina cognata et affinis nostra charissima.Vocalus
(1) Registres n° 649, f° 149 r°, et n<> 665, f» ijc ix r<>, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Registre aux gages et pensions de 1582-1607, f° 255 r°, ibidem.
ab illuslrissimo caslellano Oacoviensi, in Poloniam, anle elapsum annum, in arte architectonica versatus Henricus Von Peene, dominiorum Serenilatis Vestrœ ineola, magno tenelur desiderio videndi suam uxorem atque caram sobolem. Verum quia severa accessit inhibilio, ne quispiam subdilorum Serenitatis Vestrœ usurpet sibi absque licenlia expressa Serenitatis Vestrœ in exteras nationes abeundi facullatem, id vel maximo fuit impedimento, quominus suorum compos effici posset Iiucusque votorum; quamobrem cum ipsins desiderio, lum illustrissimi castellani Cracoviensis, ducis in Zbaraz, poslulationi libenter suffragantes, petimus diligenter a Serenitate Vestra liceat ejus uxori ex mandato Serenitatis Vestrœ unacum liberis et aliqnot e famulatu ipsius personis ex ditionibus Serenitatis Vestrœ in Poloniam per Amslerodamum commigrare, cum mari quam terra tulius sit atque compendiosius iler. Nos vero hune Serenitatis Vestrœ ad nostram petitionem exhibitum illi hoc in passu favorem, omni studio quavis occasione demereri contendemus. Quam iuterea felicissime in optima valeludine florere cupimus. Data Varsaviœ, die xxix mensis aprilis anno Domini M0 DC° XXVI0. Ejusdem Serenitatis Vestrœ
(De la main du roi) Afl'ectionatissimus Vladislaus Sigismcndcs (1).»
Une autre lettre de Sigismond III, à l'archiduc Albert, antérieure de quelques années à la précédente, fait mention d'une mission qu'il a confiée à un de ses sujets, du nom de Guillaume Marlen, d'EIbing, tailleur de pierres (lapicida), pour choisir des blocs de marbre aux Pays-Bas, afin de les employer à la construction d'une citadelle, et qu'il devait emmener tout taillés en Pologne. Cette lettre prouve la réputation dont jouissaient alors nos carrières, et les rapports artistiques, — l'expression n'est peut-être pas trop hasardée, — entre notre pays et celle contrée loinlaine, surtout pendant le règne du prince dont nous avons cité le nom.
« Sigismundus III, Dei Gratia rex Poloniœ, etc., salutem. Serenissime princeps, domine amice et affinis noster charissime. Demandavimus egregio Vil-
(I) Volume intitulé : Correspondance de Christian IV, Sigismond III cl Gustave-Adolphe, dans la secrétairerie d'État allemande, aux Archives du royaume.
liclmo Marten, civi Elbingen, lapicidœ, ut in ditionibus Sercnitalis Vestrie lapides marmoreos pro structura arcis nostrœ incisos ad nos adveheret, alque huiuscc negocii causa in dilioncs eiusdem Sercnitatis Vcstrœ ipsium misimus. Quod uteo comodius ex anirni nostri senlentia conficiat amanter a Serenitate Vestra postulamus, velit Serenitatis Vestra autoritate sua et favore id eflicere, ut is, absque ullo impedimento et diflicullate aut exactione aliquo thelonei, lapides eosdem excisos adducere, voluntalique nostrte morem gerrere possit, etc. Datum Varsoviee, xx mensis januarii anno Domini M. DCXIX (1). » (Signé de la main du roi) Sigismundus rex.
Soiron (Mathieu-Jacques), — architecte, à Maestricht, fut, en 1776, chargé de faire subir aux bâtiments de l'abbaye de Thorn, différentes modifications; mais on cessa bientôt de l'employer, peu satisfait que l'on fut de ses travaux et de sa manière d'agir : ce renvoi fit naître un procès qui ne se termina qu'en 1780 (2).
Dukers (François), — architecte de la cour épiscopale de Liège, passa un contrat, le 1er octobre 1781, avec la princesse Cunégonde de Saxe, abbesse de Thorn, pour la construction d'un nouveau quartier à bâtir dans ce monastère, déjà si vaste qu'on le surnommait le palais abbatial de Thorn, et ce pour la somme de 28,000 florins de Hollande. Les travaux ne furent commencés qu'en 1783. La même année, Dukers fut envoyé par la princesse pour visiter les bâtiments abbatiaux d'Essen et de Borbeck, dont elle avait aussi la direction. Il resta depuis lors l'architecte du noble chapitre, qui l'employait encore en 1788. Dans une lettre qui lui fut écrite, le 15 mai 1784, la princesse étant alors au château de Kerlich, on lit qu'elle « n'aime pas beaucoup des peintures médiocres, ainsi qu'il n'y a point de «question de placer les tableaux » que Dukers avait apportés de Paris. Elle fit faire beaucoup de changement-
(1) Collection d'autographes, aux Archives du royaume.
(2) Archives de l'abbaye de Thorn, ibidem.
au palais, non-seulement à ses appartements mais à ceux de l'évêque de Liège, les enrichit d'objets d'art, ordonna de renouveler en marbre le pavement de l'église, etc. (i).
§ 42. Copistes (2) et éditeurs de musique. — Musiciens,
Sommaire : Wautier Vranckenzone. — Martin Bourgeois. — Pierre Alamire ou Van den Hove. — Missels divers. — Tielman Susato. — Benoît d'Appenzell. — Compositeurs belges du XVe et du XVIe siècle.
Vranckenzone (Wautier), — maître de chant de la chapelle de la cour de Philippe le Bon, à La Haye. Il reçut, en 1465 ou 1466, 15 florins du Rhin à compte du salaire qui lui était dû pour avoir écrit, noté et relié certain livre de chant à l'usage de cette chapelle.
« Wouter Vranckenzone, sangmeester van der capelle binnen Myns genadigs Heeren hove, in den Hage, in mynderinge van zyn sallaris cnde aerbeytsloon van gescreven, genoteert ende gestoffeert te hebben zekere discant boucken tôt behoef van Myns genadichs Heeren capelle, binnen den hove voirscreve : xv Rynsgulden (3). »
Bourgeois (Martin), — prêtre, chapelain des maîtres d'hôtel de Marguerite d'Autriche, travaillait en 1501 à l'achèvement d'un magnifique missel pour le lutrin, orné de riches enluminures, que Philippe le Beau voulait offrir à son père.
« Je Martin Bourgeois, preslre, chapellain des maistres d'ostel de madame l'archiduchesse d'Autriche, ducessc de Bourgogne, etc., confesse avoir receu de Simon Longin, etc., la somme de xlvj livres xvj solz, de xl gros, qu'il m'a baillé en prest, tant sur l'estoffe et velin comme sur l'escripture, illuminaire d'or et lyure d'un riche libre de messes en discant, que monseigneur l'archiduc m'a despiéça ordonné faire pour envoyer en don de par lui
(1) Archives de l'abbaye de Thorn, citées.
(2) Voy. aussi Jean Van der Moerten, au § 13.
(3) Compte de la recette générale de Hollande, Zélande et Frise, du 24 mai 1465 au 23 mai 1466, f° lxxxiij r°, aux Archives du royaume, à La Haye.
DU roy son père, et en oultre et par-dessus vj livres que par autre quittance j'ai receu en prest à ladicte cause, etc. Le xxviije jour de juing Tan mil cincq cent et ung (1). »
Alamire (Pierre), — dont le véritable nom est Van den Hove, nous apparaît d'abord comme « escripvain des livres » de la chambre domestique de l'archiduc Charles, » en 1511. Il avait un talent véritable et tout particulier pour écrire la musique, et il fut employé à ce travail pendant de longues années. A la date que nous venons de citer, il avait terminé deux gros volumes en parchemin « plains « de messes de musique » que l'empereur Maximilien lui avait fait exécuter, et dont l'un fut gardé pour l'usage de la chapelle du palais de Bruxelles, et l'autre donné à Marguerite d'Autriche, sa fille, pour son cadeau de nouvel an. En 1517, l'artiste — on ne peut refuser cette qualification à Pierre Alamire — touchait 9 livres, de 40 gros, de gages annuels (a). Il figure dans l'état de maison de Charles- Quint, au traitement de ht sous de Flandre par jour, comme garde des livres de la chapelle de l'empereur (3). En 1523, on lui paie 200 livres pour plusieurs livres de chant destinés à cette chapelle, et il reçoit pareille somme, en 1525, pour un autre « grand livre de musique » remis à Jean de Montmorency, seigneur de Courrières, chargé de l'emporter en Espagne, où Charles-Quint se trouvait alors. Disons en passant que ce seigneur avait la mission, à la même époque, d'engager aux Pays-Bas « aucuns chantres et » les envoyer en Espaigne » (4). Marguerite d'Autriche em-
(i) Acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° F. 201 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Volume intitulé : Maison des Souverains, t. Il, p. 21, dans les archives de l'audience, aux Archives du royaume.
(•i) Volume intitulé : Revenus et dépenses de Charles-Quint, t. Ier (1520- 1530), f° vc xvj v°, dans les archives de l'audience, ibidem.
ploya aussi Alamire, notamment en 1529. La reine Marie de Hongrie lui assura sur ses propres revenus, par lettres patentes du 9 mars 1534 (n. st.), et jusqu'à ce que l'empereur y eût pourvu, une pension journalière de 4 sous pendant tout le cours de son existence, et dont la moitié, après sa mort, devait être payée à sa veuve.
La Bibliothèque publique de Malines possède un superbe volume, grand in-folio, avec la notation musicale, orné de miniatures de la plus belle exécution, et dont nous ne désespérons point de découvrir un jour le peintre. Ce manuscrit fut la propriété de Marguerite d'Autriche, et d'après quelques observations que nous avons faites en l'examinant attentivement, il semble être le livre que son père Maximilien lui donna en 1511. Celte supposition ne fût-elle pas vraie, nous n'hésiterions pas encore à l'attribuer à Pierre Alamire. L'œuvre qui y est transcrite est de Pierre de la Rue, dont le nom se lit sur un des derniers feuillets. C'est l'estimable M. Van Dooren, archiviste communal de Malines, qui nous a communiqué ce joyau d'une valeur inappréciable.
M. Léon de Burbure, aujourd'hui administrateur de l'académie royale des Beaux-Arts d'Anvers, qui a classé avec un zèle et un soin au-dessus de tout éloge les archives si riches de l'église cathédrale de celte ville, et qui de plus en a fait le dépouillement au point de vue des arts, nous a dit avoir rencontré le nom d'Alamire dans les comptes, à propos de livres de chant qu'il écrivit à l'usage du chapitre.
« A Pierre Alamire, escripvain des livres de la chambre domestique de Monseigneur, la somme de xx libvres, sur et entantmoins de la somme de vijxx libvres que Messeigneurs lui ont ordonné prendre et avoir d'eulx, tant pour ses paines et sallaires d'avoir eseript et fait, par ordre de monseigneur l'empereur, ij gros livres de parchemin, plains de messes de musicque, dont
ledicl seigneur en a eu ung, et l'autre il l'a donné à madame de Savoye, sa fille, pour son nouvel an (1). »
« A Pierre Alamire, pour pluiseurs livres qu'il a faiz et livrez pour envoyer a l'empereur pour sa chapelle, par lettres du xve d'avril (xve) xxiij : ijc libvres.
» A lui, pour ung autre grand livre de musicque, délivré au seigneur de Courrières, pour le porter en Espaigne : ijc libvres.
» A lui, pour autres livres pour la chapelle de Madame, en l'an (xvc) xxix : xx libvres (2). »
« Secrétaire, nous vous ordonnons despeschier noz lettres patentes de pention de iiij solz, de ij gros, monnoye de Flandres le sol, au prouffit de Pierre Van den Hove, dit Alamire, que luy avons ordonné et accordé prendre et avoir de nous par chascun jour, jusques ad ce qu'il sera par nostre moyen pourveu de semblable pention de l'empereur mon seigneur et frère, dont il n'est pourveu avant son trespas; voulons que ladicte pention soit diminuée et reslraincte à ij solz, au prouffit de sa femme, aussi sa vye durant, de laquelle pention voulions qu'ilz soyent payez par les mains de nostre penninckmaistre de trois mois en trois mois, par égalle portion, ladicte pention à commenchier à compter et avoir cours du premier jour de janvier dernier passé. Fait soubz nostre nom, le ixe jour de mars xvc xxxiij. (Signé) Marie (3). »
Susa/to (Tielman), — est le nom d'un éditeur de musique qui vivait à Anvers de 1542 à 1556, et qui adressa, en 1549, au conseil privé une requête tendant à obtenir un octroi pour un recueil de vingt-neuf chansons amoureuses notées pour quatre instruments, et dues à la composition de Thomas Créquillon, Jean Clément et aulres maîtres de même mérite et nés probablement comme eux dans les Pays-Bas (4). Cette supplique, la voici :
« A l'empereur remonstre en toutte humilité voslre très-humble subgect
(1) Registre n° F. 198 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2/ Revenus ci. dépenses de Charles-Quint, t. 1", loc. cit. (3) Papiers divers de Marie de Hongrie, aux Archives du royaume. (-4) Voy. Fétis, Biographie universelle des musiciens.
Tilman Susato, imprimeur de musicque, résident en vostre ville d'Anvers, comment, dois le mois de septembre dernier, il ait faict préparations pour imprimer vingt et neuf chansons amoureuses à quattre parties, propres à tous instrumens musicaulx, avec deux prières et oraisons qui se, peulent chanter devant et après le repas, nouvellement composées tant par maistre Thomas Crecquillon, maistre Ja. Clemens non papa, que par aultres bons musiciens, desquelles chansons et oraisons les motz sont icy attachez; et pour ce qu'il les désire mectre en lumière, supplie très-humblement que à Vostre Majesté plaise luy octroyer privilège de ce povoir faire, et afin qu'il se puist récompenser des despences pour ce soubstenues, plaise à Vostredicte Majesté luy octroyer d'adventaige deffenses bien expresses contre tous aultres imprimeurs de par-deça, de non imprimer les mesmes pièces par l'espace de six ans, et fera icelle Vostre Majesté bonne œvre. »
Le conseil privé envoya cette requête, le 19 novembre 1549, à l'avis de Benoît d'Appenzell, maître de chapelle de Marie de Hongrie, que M. Félis affirme avoir été un des grands compositeurs de son temps (î), et qui fit écrire en marge les réflexions suivantes, sous lesquelles il apposa sa signature :
« Benedictus Appezelde, maistre de la chapelle de la royne régente, aïanl veu ceste requeste, ensemble l'ordonnance sur ce mise, et obéyssant à icelle, dit bien avoir veu, oy et aussy autreffois chanté les chanchons musicalles y mentionnées que luy semblent bonnes, comme faictes et composées par bons maistres, et qu'il n'y véoit ou ne cognoit chose èsdictes chanchons que par raison pourroit empescher la publication et impression d'icelles, et qu'il n'y a que honnesteté; par quoy luy semble pour son simple advis (en parlant à correction) que la Majesté impériale pour la commodité publicque porroit bien accorder au suppliant ce que requiert par sadicte supplication, le remectant néanmoins au noble plaisir de Sadicte Majesté. Fait à Bruxelles, ce xxe jour du mois de novembre 1349.
» Benedictus. »
En conséquence, le conseil apostilla favorablement la
(1) Cet écrivain dit qu'on le surnommait YAppezelien, parce qu'il était né à Appenzell, en Suisse. On l'appelle Benedictus Appezelders, dans les comptes des dépenses de Marie, reine douairière de Hongrie, où il figure comme maître des enfants de la chapelle {Voij. Gachard, Rapport sur les archives de l'ancienne chambre des comptes de Flandre, à Lille; p. 41).
demande de Susato, et fit dépêcher le lendemain les lettres patentes d'octroi, lui permettant d'imprimer lesdiles chansons et de pouvoir seul les débiter pendant dix années consécutives (i).
M. Éd. Fétis a eu l'extrême obligeance de demander au savant directeur du conservatoire royal de Bruxelles, son père, des renseignements plus complets surTielman Susato. Voici la note qu'il nous a remise :
o Tylman Susato, compositeur et imprimeur de musique, fut vraisemblablement le successeur d'un autre imprimeur nommé Guillielmus Vissenacus, qui n'est connu que par un seul ouvrage, publié à Anvers, en 1542, petit in-4° obi., et intitulé : Quatuor vocum musicœ modulationes numéro XXVI, exoptimis autoribus diligenter selectœ prorsus novœ, atque typis hactenus non excusœ. On y trouve des motels de Susato.
» Le premier ouvrage imprimé par ce dernier, date de 1543, et a pour titre : Premier livre des chançons à quatre parties auquel sont contenues trente et une nouvelles chançons convenables tout à la fois comme aux instrumentz, imprimées par Tliielman Susato, imprimeur et correcteur de musicque. Petit in-4a obi. Le treizième livre porte le millésime de 1560. Ensuite Susato fit successivement paraître, en 1546 et 1547, quatre livres ou recueils de motets de divers auteurs à quatre parties, sous le titre de Cantiones sacrœ quas vulgo moteta vocant; — de 1 545 à 1 558, des Madrigali et Canzoni Francesia cinque voci, en cinq livres; — de 1 553 à 1 559, seize livres d'Ecclesiasticarum cantionum, à quatre, cinq et six voix; — enfin de 1554 à 1556, ses Evangelia dominicorum et festorum dierum musicis numeris comprehensa, recueil grand in-4°, qui contient 272 compositions de soixante-quinze maîtres, à plusieurs voix.
(1) Liasses du conseil privé, aux Archives du royaume.
» On trouve des ouvrages imprimés à Anvers, en 1564, par Jacques Susato, fils de Thielman, ce qui semble indiquer qu'il mourut entre 1560 et celte date. »
La Bibibliolhèque royale possède un volume imprimé cbez Susato, et contenant les dix premiers livres des chansons qu'il publia dans les années 1545 et suivantes. Il s'y trouve un assez grand nombre de pièces composées par l'éditeur même; en voici le relevé avec les titres qu'elles portent :
1er livre : Si ton amour.
Plus ne beuvray.
Langeur hellas.
Si tu le plains.
D'argent me plains. i
Side présent peine i'endure.
Pour estre aymé.
Ne luy monstrant.
2e livre : De mon malheur.
Ma maistresse ma bonne amye.
La Bibliothèque royale est encore riche d'un autre volume (i) édité par Tielman Susato, en 1556, in-4°, qui est intitulé : Souter Liedekens I. Het vierde masyck boexken mit dry parthien, ivaer inné begrepen syn die ierste XLI psalmen van David, gecomponeert by Jacobas Clemens non papa, etc. D'après une noie de Willems, consignée sur l'exemplaire que nous avons vu, la première édition de cet ouvrage a paru à Anvers chez Simon Cock, avec la même notation musicale, sauf quelques petits changements, dit-il.
Le recueil des chansons dont nous parlons, outre celles de Susato, renferme des pièces mises en musique par trenle-cinq auteurs différents, dont voici la liste :
Thomas Criquillon, Josquin Baston, Cor. Ganis, Louis
Amour a tort.
4e livre : Coingîé m'avez donné.
Pleusist à Dieu.
N'avez point veu.
6« livre : Contre raison vous m'estes.
Congié ie prens.
Dame liesse.
Pour ung plaisir.
Si de présent.
(1) N° 23871 du fonds Van Hullhem.
Piélon, Jean Lupi, Rocourt, Jean de Hollande, Rogier (Pathie?), Pierre deManchicourt, Jean Gallus ou le Cocq, Nicolas Gombert, Sandrin, Payen, Pierre Lescornet, Philippe de Vuildre, Goddart, An. Barbe (i), Pierre Certon, Adrien Vuillart, Gerardus, Glaudin, Benedictus, Larchier, Josquin de Près, Jo. Richefort, Clément Iannequin, Philippe Verdelot, Noël Baulduyn, Jo. Courlois, Io. Mouton, Jérôme Vinders, Jo. le Brung, Dainien Havericq, Clément non Papa, Cyprien de Rore.
Nous avons respecté l'orthographe de ces noms, dont plusieurs sont aujourd'hui devenus populaires. Adr. Willaert, Créquillon, J. de Près, etc., ont leur biographie dans l'ouvrage de M. Fétis; mais le nombre de ceux sur lesquels nous ne possédons aucun renseignement, est plus grand encore, et c'est dans le but de les signaler à l'attention des personnes qui s'occupent de recherches historiques et bibliographiques que nous les avons recueillis et consignés ici.
Quelques-uns de ces musiciens sont aussi cités dans l'inventaire de la mortuaire de la reine Marie de Hongrie, dressé en 1558 (Y). On y lit que cette princesse possédait
(1) Ce musicien est très-probablement un Belge, un Anversois peut-être, car voici un extrait d'une chanson qu'il a mise en musique :
« Ung capitaine cuidoit aveucque ses paillars surprendre la ville d'honneur D'Anvers, mais à son deshonneur Se relira comme une escoufle; Iustement monstrant avoir peur; On ne prent point tel chat sans moule.
»En France emmenit ses larrons en ses faicts villains, parvers; I'ay pillet à tors et travers; J'ay passé Walhem, aussi Douffle, Mais i'ay failli à prendre Anvers :
On ne prent point tel chat sans mouffle. »
(2) Mr Gachard nous a communiqué les parties de cet inventaire qu'il a fait copier aux Archives de Simancas : c'est de là que nous avons extrait la liste des tableaux que possédait à sa mort l'illustre gouvernante des Pays- Bas (Voy. la Revue universelle des Arts, t. III).
en grand nombre des œuvres de Thomas Créquillon, Nicolas Gombert, Jean Mouton, Pierre de la Rue, Oreguen, Justruin, Hubillart (Willaert?), Jusquin (de Près?), Antoine Hevint, Alejandro ou Alexandre, Alimanis, Agricola et Manchicourt (1).
§ 43. Enlumineurs.
Sommaire : Robert de Valenciennes. — Anliphonaires du chapitre Sainte- Waudru, à Mons. — Pierre Bosch. — Cartes des rivières du Brabant. — Jean Van der Wyck ou Van Battel. — Manuscrits de l'ordre de la Toison d'or.
Robert de Valenciennes, — est le nom d'un enlumineur qui travaillait en 1342 à des anliphonaires pour le chapitre de Sainte-Waudru, à Mons.
« A maistre Robert de Valenchiennes, pour Jehan de Hautrage, le lundi après le Sainl-Mahiu, pour partie de l'enluminure des anthiffoniers : xxviij liv. iij s. (2). »
Bosch (Pierre), — enlumineur, reçut en 1504 ou 1505, une somme de 14 livres, pour avoir tracé sur un rouleau le cours des rivières du Brabant, par ordre de la chambre des comptes.
« Pieteren Bosch, geheeten den verlichtere, die somme van xviij 1., voor eene rolle inhoudende den loep van den rieveren van der Honten ende van den Schelt, met oie den païen ende hunten van den rieveren van Brabant, dewelcke de heeren ende meesteren van der cameren van den rekenningen hadden doen maken ende aen hem verdinght, ter conservacien van den rechte ons heeren des conincs als hertoge van Brabant in de voirschreven rieveren; ■welcke rolle geleyt is in de tresorie van Brabant (3). »
(1) Voy., pour plusieurs de ces noms, Fétis, Biographie universelle des musiciens .
(2) Compte général du chapitre de Sainte-Waudru, aux Archives de l'État, à Mons. Cette note m'a été communiquée par notre ami, Mr L. Devillers.
(3) Registre n° 25178, 10°, f° xxiij v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
Van der Wyck ou Van Battel (Jean) (1), — était un peintre décorateur de Malines, dont la spécialité consistait à peindre des écussons de toute dimension. Il orna des manuscrits; c'est à ce titre que nous le classons parmi les enlumineurs. Pendant toute la première moitié du XVIe siècle, il eut avec un autre peintre du même genre, nommé Jean Van Lathem, le monopole de tous les travaux de décoration ordonnés aux frais de la cour. Jean Van Battel finit par obtenir le titre de peintre de Charles-Quint en 1 549 ou 1550. La première mention que nous avons trouvé de lui remonte à 1504, à propos de la décoration de l'église Sainte-Gudule, à Bruxelles, lors du service qui fut célébré en mémoire d'Isabelle, reine de Castille et d'Aragon, bellemère de l'archiduc Philippe le Beau. 11 fait des travaux semblables en 1509, dans l'église de Saint- Jacques-sur- Caudenberg, à l'occasion du service célébré pour Henri VII, roi d'Angleterre; à l'église Saint-Pierre, à Malines, en 1520, pour les obsèques de l'empereur Maximilien, et en 1527, pour celles du duc de Bourbon, tué au siège de Rome. En 1509, il est encore payé pour avoir « accouslré et painct » les armes de Monseigneur (l'archiduc Charles) et d'autres » plaisantes paintures ung chariot pour mesdames, ses Dseurs, pour aller jouer dessus à leur plaisir et passe- » temps » (2). C'est lui qui dessina le patron du sceau et du contre-sceau gravés (5), en 1516, par Jean Van den Perre, orfèvre de Bruxelles, pour le roi Charles (4); il reçut de ce chef 6 livres.
Les œuvres les plus importantes de Jean Van Battel,
(1) Des quittances de ce peintre portent Jean Van der Wyck, et d'autres Van der Wyckt, alias Battel.
(2) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances.
(3) Ils ont été publiés par Vredids, Sigilla comitum Flandriœ, p. 159.
(4) Alex. Piwchart, Recherches sur la biographie et les travaux des graveurs de médailles, de sceaux et de monnaies, t. I", p. 442.
celles surtout qui méritent d'être consignées ici, sont deux grands livres en parchemin de l'ordre de la Toison d'or, qu'il orna de figures et d'écussons. Le premier lui fut commandé en 1535 et le second en 1549. Il travailla plusieurs années à ce dernier, qui surpassait de beaucoup l'autre en richesse d'exécution. Une somme de 85 livres 16 sous de Flandre lui fut payée en 1535; le volume, commencé en 1549, coûta plus de 1,000 livres. Ce fut un peintre de Valenciennes qui peignit « au vif les cincq représentations «des princes, «c'est-à-dire Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Maximilien, Philippe le Beau et Charles-Quint. Van Battel fut l'auteur des armoiries et d'autres détails.
« Je Jehan Van Batel, paintre, demourant à Malines, confesse avoir receu de maistre Philippe Haneton, la somme de vj livres de Flandres, que m'estoit deue pour, par ordonnance de messeigneurs des finances, avoir fait aucuns patrons des sceaulx du roy. Le ixe jour de juing l'an xvc seize (2). »
« Je Jehan Van Battele, paintre, demourant à Malines, confesse avoir receu la somme de Ixxvj livres iiij solz, de xl gros, qui deue ra'estoit pour les parties de mon mestier faictes pour l'obsèque que le roy a nagaires fait faire en l'église Sainte-Goule, en sa ville de Bruxelles, pour feue la royne d'Espaigne, oultres et par-dessus autres parties de painctures faictes par maistre Jaques Van Lathem, paintre du roy. Premièrement pour iijc grans blasons aux armes de ladicte feue royne de Castille, lx blasons aux armes de Castille, de Léon et de Grenade, de chascun pays à part, qui ont esté attachez tout à l'entour de la chapelle réale, et dessus la représentation de ladicte feue royne, et pour deux patrons de ladicte chapelle réale et pluisieurs autres patrons des armes, telles que le roy les porte présentement et des armes qu'il a nouvellement prinses, lesquelles il a envoyées aux roys des Romains et d'Arragon, etc. Le xxij« jour de janvier l'an mil cincq cens et quatre (2). »
(1) Collection des acquits des comptes du grand sceau, aux Archives du royaume.
(2) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances; ibidem. — Registre n» F. 191 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
« A Jean Van der Wyck, alias Baltcle, painctre, a Malines, la somme de iiijxxv livres xvj solz, pour ung grant livre de parchemin, où esloient les figures du prince fondateur el des cliefz de Tordre de la Thoison d'or du commenchement qu'il avoit esté nommé et institué, jusques au viijc de mars 1555, et ung grant escuschon devant cliascun chief, armoyé de leurs armes en volume d'or et d'argent, que esloient cincq personnaiges et figures, et cincq grandz escuschons, assavoir : le bon duc Phelippe de Bourgoingne, le duc Charles, l'empereur Maximilian, le roy don Phelippe de Castille et l'empereur Charles; item, pour ciiijxxiij escuschons, armoïés des armes, aussi faictes d'or et d'argent, de tous les chevaliers et confrères dudict ordre, qui avoient esté du commenchement dudict ordre à la compaignie d'icellui ordre, selon l'élection qui en avoit esté faicte aux chappitres tenus jusques audict viije de mars 1555 (1). »
« Je Jehan Van Battel, painctre, demourant à Malines, confesse avoir receu la somme de ijc livres, sur ce qu'il me pourra estre deu à cause d'ung nouveau livre de l'ordre de la Thoison d'or, avecq la représentation des cincq chiefz dudict ordre, ensamble de leurs armes el des aultres chevaliers dudict ordre, le tout illuminé d'or et d'autre estoffe, que le sieur de Nyeuvverue par charge de l'empereur m'a faict faire. Le xxje jour de mars xvc quaranteneuf (2). »
« Je Jehan Battele, painclre de l'empereur, confesse avoir receu la somme de ijc lib. de lx gros de Flandre, à bon compte, sur ce qu'il me pourra estre deu tant à cause de l'escripture du livre de la Thoison d'or, que par charge de l'empereur je fay présentement que pour la fachon et illuminacion d'iccelluy livre, et ce oultre la somme de iijc 1 livres par moy recuz pour la mesme cause. Le xxj» jour de juillet xvc cinequante (3). »
« A Jehan Van Battele, painctre de l'empereur, iiijc livres pour la parpaye de son sallaire d'avoir faict certain livre de Tordre de la Thoison d'or, avecq les blasons, personnages, escriptures et tout autre ouvrages en deppendant, et ce oultre et par-dessus autres sommes païez ou comptes précédents, et 1 livres païez à certain painctre de Valenchiennes, pour avoir faict au vif les cincq représentations des princes (4). »
(1) Registre n» F. 220 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2 et 3) Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume; — Registre n° F. 230 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Registre n° F. 251 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
246 — § 44. Sculpteurs et sculptures.
Sommaire : Josse, de La Iïaye. — Euslache de Cupere. — Géry ou Gérard, de Delft. — Jean Van der Goes, peintre. — Pasquier Borreman. — Jean Tons, peintre. — Sculptures à l'église de l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles. — David Ameldonck. — Mausolées de Jean II, de Philibert de Chalon et de René de Nassau, princes d'Orange. — Conrad Meyt. — Ligier Richier. — Gysken? Van der Burch. — Bernard Janssen. — Nicolas Stone. — Tombeau de Marcel Bax, à Berg-op-Zoom. — Jean Cardon. — Stalles de l'église de l'abbaye d'Afllighem. — Michel Mostaert. — Marc de Vos. — Jean Van Delen. — Sculptures de la maison des Merciers, dite le Renard, à Bruxelles. — Jean Elsoecht. — Charles Elshoëct. — Métiers des sculpteurs et des peintres, à Lille. — Séraphin-Joseph Dutoit.
Josse (Jorys), — sculpteur, fut chargé, en 1440, pour compléter la série des statues des comtes et comtesses de Hollande qui ornait la chapelle du palais de La Haye, de l'exécution de celle de Jacqueline de Bavière.
« In 't jaer van xiiij<= xl, betaelt Jorys, beeldesnyder, voir eene vorme van enen wive te snyden na onser genediger vrouwen zaliger gedachten, ende in der capellen in den Hage by den anderen graven ende gravynen deser landen van Hollant staen soude : ij scilde, ende van te stofferen v 1/2 scilt (1). »
De Cupere (Jean et Eustache), — père et fils, sculpteurs ou tailleurs d'images (beeldesnydere), à Bruxelles. Le premier était déjà mort à la date du 17 octobre 1434, ainsi que le prouve un acte de constitution de cens au profit de la confrérie de Saint-Éloi, dans la même ville, faite par Gertrude, fille, — y est-il dit, — de Jean de Cupere et de Marguerite SIelters. Euslache vivait encore en 1445 (2).
Géry ou Gérard (Geryt), sculpteur, à Delft, livra pour le compte de Philippe le Bon, en 1451, une image de la sainte Vierge en bois, qui fut revêtue d'or et d'azur par un pein-
(1) Compte des exécuteurs du testament de Jacqueline de Bavière de liii, aux Archives du royaume, à La Haye. Cette note m'a été communiquée par Mr Bakhuizen van den Brink, archiviste général.
(2) Archives des hospices civils de Bruxelles.
tre nommé Jean Van der Goes. Cette statue était, paraît-il, destinée à la chapelle du palais de La Haye.
« Geryt, de beeldesnyder van Delf, van een nyeu beelde van Onser Vrouwen gesneden ende gemaict te hebben van houle, hem dairaf gegeven mids dat hy leverde in den Hage, alsoot an hem verdynct was, in een somme van v postulaten gulden, tôt xxviij s. gr.
» Jan Van der Goes, scilder, van 't voirschreven Onser Vrouwen beelde metten tabernacle dairtoe behoorende gestoffeert te hebben van goude ende van azyre : xvij s. vj d. gr. (1). »
Ameldonck (David), — ■ sculpteur (beeltsnyder), est cilé comme ayant obtenu le droit de bourgeoisie à Anvers en 1527 ou 1528(2).
Borreman (Pasquier) — et Tons (Jean), — travaillaient tous deux à la décoration des autels de l'église de l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, en 1529 et 1530. Le premier était scupteur et le second peintre. Pasquier Borreman est peut-être le fils de Jean Borreman qui fît, en 1509, les modèles en bois de plusieurs statues destinées à être coulées en cuivre pour l'ornementation de la cour des Bailles du palais de Bruxelles (s).
«. Betaell Paesschiere Borreman, beeldesnydere, van den Heyligen-Sacraments huyse by hem in der kercken gemaect, de somme van lx Rinsguldenen. »
« Betaelt Janne Tons, schildere, van eender outaer-taeffelen, metten beelden daerinne staende te stofferene Onser-Liever-Vrouwen ende den ingel Gabriel, met noch twee cleyne beelden, in den hoogen choer, te stofferene : x liv. xv s. gr.
(1) Compte de la recette générale de Hollande, Zélande et Frise, du 8 février 1451 (n. st.) au 24 mai suivant, aux Archives du royaume, à La Haye.
(2) Registre n» 4980, 5°, f° xxiij r° de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(3) A. Henné et A. Wautehs, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 322.
» Denselven, betaelt van Sinte-Annen tafele te stofferene : v s. gr. (1). » « Betaelt Paesschiere Borreman, tôt behoef van der outaer-taeffelen van Sinte-Pauwels outaer, etc. (2). »
Mausolées de Jean II et de Philibert de Chalon, princes d'Orange. — Nous avons parlé de ces monuments au § 19 : nous aurions pu ajouter qu'ils sont l'œuvre du célèbre sculpteur Conrad Meyt, le même qui exécuta les tombeaux de l'église de Brou, à Bourg, en Bresse : il y travaillait en 1552.
« A Lons-le-Saulnier, par ordonnance du conte de Lalaing, à maistre Conrrart et ses serviteurs, tailleurs d'ymaiges, qui monstrèrent audict seigneur et sa compaignie pluiseurs belles pièces d'ymaigeries en pierre, faictes pour la sépulture de feu le prince d'Orenges, à cuy Dieu face paix : xxvij solz (5). »
Le tombeau de René de Nassau, auquel échut la principauté d'Orange après la mort de Philibert de Châlon, fut élevé dans l'église de Saint-Maxe, à Bar-le-Duc : c'est un chef-d'œuvre de sculpture fait par Ligier Richier (4).
Van der Burch (Gysken?), — sculpteur, eut différents démêlés avec la justice. Dans une lettre du 10 mars 1548 (n. st.), 1 ecoulète d'Amsterdam donne son signalement, dit qu'il est âgé de quarante à cinquante ans, et qu'il a été marqué d'un fer rouge sur la main à Londres, pour avoir embrassé le luthéranisme (Jutersten secte). II s'était alors réfugié en Hollande, parce qu'il était poursuivi comme faux-monnayeur (s).
(1) Compte de l'hôpital Saint-Pierre de 1529-1550, f° xxiij v°, aux Archives des hospices civils de Bruxelles.
(2) Compte de l'hôpital Saint-Pierre de 1530-1531, f° xij v°, ibidem.
(3) Registre n° 1835 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. (4-) Art de vérifier les dates, t. X, p. ■44.5.
(5) Négociations d'Angleterre, t. II, aux Archives du royaume.
Janssen (Bernard). — Les pièces suivantes nous apprennent que ce sculpteur habitait Londres en 1617, et qu'il était venu à Berg-op-Zoom au mois d'août de celle année; il y avail été mandé par Anne-Marie Berck, alors femme de David Balfoure, chevalier, capitaine d'un compagnie de piétons au service des Provinces-Unies, pour traiter de l'exécution d'un monument en marbre, avec statue, en l'honneur de Marcel Bax (î), premier mari de celte dame, qui avait été gouverneur de Berg-op-Zoom. Le prix convenu fut 2,000 florins carolus. La plupart des pièces qui devaient servir à ce monument se trouvaient prêtes dans l'atelier de l'artiste au mois de mai 1619, selon le témoignage de Mathieu Benediclus, tailleur de pierres, un de ses compatriotes qui avait à celle époque quitté la Hollande pour aller travailler à Londres. Après quelques contestations que Bernard Janssen eul avec le célèbre sculpteur anglais du nom de Nicolas Slone (2), à propos d'une des pierres du tombeau, le tout fut embarqué pour Berg-op- Zoom, dans les premiers mois de l'année 1620. Une fois le monument dans l'église, l'artiste réclama le prix de son œuvre; mais il éprouva à cette occasion de grandes diffîcul-
(1) Il a été publié sur ce seigneur en 1615, chez Isaac Schilders, à Breda, un petit volume in-4°, avec titré gravé, qui est très-rare et dont un bel exemplaire se trouve dans la bibliothèque de Mp Prosper Ceypers-Vas Velthoven; en voici le titre : Hislorisch-verhael inhoudende sekere nolabele exploiter, van oorloge in Nederlanden, sederl het oprechlcn van de Companien der heeren Gouverneurs ende Rilmeesteren van Paulus ende Marcelis Bax, bcschreven door Iacobum Baselium.
(2) Stone apprit la sculpture dans les Pays-Bas, et fut élève de Henri De Keyser, l'auteur du mausolée de Guillaume le Taciturne, à Delfl. L'artiste anglais naquit en 1586 à Woodbury, près d'Exeter, et devint sculpteur et premier architecte du roi Charles Ier. Il mourut à Londres en 1647 (Anecdotes of painling in England, collecled by George Vertue, and publislied by Horace Walpole; Londres, 1772, t. II, p. 40). Nous sommes très-porté à croire que Bernard Janssen eut également De Keyser pour maître, car c'était alors le seul sculpteur en renom dans les Provinces-Unies.
lés. Anne-Marie Berck avait convolé en troisièmes noces avec le capitaine Guillaume de Livin, dit Famars.
L'église de Berg-op-Zoom fut en partie détruite lors du bombardement de cette ville, en 1622, par l'armée du prince Maurice de Nassau; le bombardement de 174o en acheva la destruction.
On trouve quelques détails sur ce sculpteur dans l'ouvrage intitulé : Anecdotes ofpainting in England (1). Il y est cité comme architecte et auteur du tombeau de Sutlon, fondateur de la chartreuse, et des plans des châteaux de Northumberland et d'Audley-inn près de Walden, dans le comté d'Essex.
1. « Compareerde voor my, Jan Van Wesel, notaris openbaer, etc., mette getuygen naergenoempt, Matthys Benedietus, steenhouder van synen style, ende heeft ten versuecke aen hem gedaen by mr Bernard Janssen, beeltsnyder, woonende binnen der stadt Londen, in Engelant, vercleert, getuycht ende gealtesteert, gelyck, etc., midts desen op zyne vromicheyt in plaetsse van solemnelen eede, die hy (des noot ende daertoe versocht zynde) presenteert te doene, waerachtich te zyne dat hy comparant, in mayo 1619, uyt Hollant is vertrocken naer Londen voorschreven, omme aldaer syn ambaeht te exerceren, ende desen volgende commende by den voorschreven mr Bernard Janssen, heeft voor denselven mr Bernard gevrocht, ter welcker tyt hy comparant gesien heeft dat aile het werck dienende totte sépulture van zaliger mynheer d'heere Marcelis Bax, in zynen leven gouverneur deser stadt Bergen, al gereet ende geprepareert was, uytgesundert dat daerane noch gebrack den toetsteen, daer het beelt oppe moest liggen, ende de taeffels aff moesten gemaeckt worden, welcken steen alsdoen was liggende in bewaeringe, ende te woonplaetsse van Niclaes Stoon, mede beeltsnyder tôt Londen voorschreven , daeromme tussen denselven Stoon ende den voorschreven mr Bernard Janssen eenigen tyt lanck questie ende geschil is geweest, sulx dat den voorschreven mr Janssen metten redite den voorschreven toetsteen opten xixen augusti a» 1619 voorschreven, naer den ouden styl, van de plaetsse van den voorschreven Niclaes Stoon heeft gchaelt. Vercleert voorders hy comparant dat nyeltegenslaende den voorschreven toetsteen, den
(1) Édition citée, t. II, p. 56.
voorschreven mr Bernacrd Janssen metlcn rechic toegewescn was, den voorschreven Niclaes Stoon echtcrwcl weygeringe heeft gemaeckt, omme den steen te laten volgen, ende dat soo wanneer men den voorschreven steen soude halen, den voorschreven mr Janssen groote moeyte ende arbeyt heeft moeten doen, met negen mannen, omme den toelsteen van de plaetsse van den voornoemden Niclaes Stoon te lichten met groot perickel, in sulcker vueghen datby soo verre een man hadde gestruyckt dat aile de mannen naer apparenlie onder den steen souden gebleven hebben, door dyen den voorschreven toelsteen rontsomme was beset met andere steenen den voornoemden Stoon aencommende, dewelcke nyet en mochlen verleght oft aengeroert wordden. Voor redene van wetentheyt vercleert hy comparant dat hy als knecht werckende by den voorschreven mr Bernard Janssen , den voorschreven toelsteen mee heeft helpen halen , ende daeraene heeft gevrocht, oock daernaer de materialen ende wercken van de voorschreve sépulture binnen deser stadt gebracht, sulx dat hem 't gène voorschreve genouchsaem is bekent, sonder argelist. Actum ixen juny 1620. »
2. « Compareerde voor my Jan Van Wesel, openbaer notaris, etc., metle getuygen uaegcnoempt, mr Bernard Janssen, beeltsnyder van synen style; woonende binnen der stadt Londen, in Engelant, vercleerende ende te kennen gevende dat hy comparant aengenomen hebbende van mevrouwe Anna-Maria Berck, weduwe van saliger mynheer d'heere Marcelis Bax, in synen leven gouverneur deser stadt ende fortten van Berghen, te maecken ende stellen eene sépulture in der kercken alhier, ter memorie van den voorschreven heer gouverneur Bax, voor de somme van twee duysent carolus gulden, volgende den bescheede ende accorde daeraff zynde deselve sépulture alnu by de drye weken geleden heeft voltrokken, ten vollen gamaeckt, ende in der kercke alhier gestelt, lot welcken eynde hy al voor Paesschen voorleden binnen deser stad is geweest, dan alsoo hy comparant tsedert het voltrecken van 't voorschreve wercke syne betalinge lot verscheyden reysen versocht hebbende aen jonckeere Guillelme de Levin, dict Famars, capiteyn, jegenwoordich gealieert zynde mette voorschreve mevrouwe Anna-Maria Berck, tôt noch toe, deselve betalinge niet heeft connen becommen, ende oversulx alhier tôt zynen grooten ende merckelycken coste, schade ende interest, moeten vaceren, sonder dat hy comparant syne reyse naer Londen (daer syne seer nootelyeke affairen gelegen zyn) heeft connen voorderen, daertoe den wint eude gelegentheyt middelertyt zeer wel heeft gedient, ende over eenige dagen aldaer wel soude geweest hebben, ten ware hy door het missen van syne voorschreven penningen nyet en ware opgehouden ende belet geworden, alsoo hy comparant in Engelant voorschreven seker werck
by hem aengenomen noolsaeckelyck in 't der jegenwoordich saisoen ende voor den aenslaenden ougst by hem moet voltrecken worden, ende anderssins by gebreke van dyen groote schade daeraff staet te verwachten; soo is hy comparant genootsaeckt ende te raide gewordden, tegens de voornoemde mevrouwe Anna-Maria Berck, ende den voorschreven jonckheer Guillelme de Levin, hare man, wel ende expresselyck te protesteren, gelyck hy protesteert midts desen, van aile costen, schaden, verlet ende inleresten by hem desen aengaende, door het ontbreecken van den voorschreven penningen alreede geleden, ende die hy alnoch soo alhier als in Engelant voorschreven eenichsints sal commen te lyden, met uylerlycke meeninge ende intentie omme allen 't selve opte voorschreve mevrouwe ende jonckheere Levin, haren man, te verschaden ende vervolgen, daer ende alsoo synen raidt gedragen zal, ende naer redite bevonden sal worden te behooren, versueckende hy comparant hier van welen ende insinuatie aen de voorschreve mevrouwe ende jonckheer Levin, haren man, gedaen ende relaes overgelevert te worden, omme hem comparant te valideren voer acte, blyvende hy comparant van syne buyten wercken aen de voorschreve sépulture gemaeckt, buyten het accordt, ende ander oncosten van defroyement ende diergelycke op syn geheel, ailes sonder argelist. Actum den xven junii 1620. »
3. « Compareerde voer my Jan Van Wesel, opcnbaer notarius, mette getuyghen, mr Bernaert Janssen, beeltsnyder van synen style, woonende binnen der stadt van Londen, in Engelant, denwelcken, te versueckc aen hem gedan by ser David Balfoure, ridder, capiteyn, etc., heeft vercleert, getuycht ende geattesteert, gelyck, etc., op zyne vromicheyt in plaetsse van solemnele eede, die hy des noot ende daertoe versocht bereel is te doene, waerachtich ende hem wel kennelyck te zyne, dat hy comparant in augusto 1617, wesende binnen deser stadt, is ontboden geweest van wegen mevrouwe Anna-Maria Berck, weduwe van zaliger d'heere gouverneur Marcelis Bax ende commende ten huyse van de voorschreve mevrouwe, is hem comparant herselve mevrouwe in de presentie van de voorschreve ser David Balfoure, requirant ordre gegeven omme eene modelle te maecken van eene sépulture, dienende ter memorie van den voorschreve heere Marcellis Bax, ende deselve modelle gemaeckt zynde, heeft mevrouwe selffs, in 't passeren met hare coetsse voorby het logement van de comparant, doen slil houden ende aengeroepen oft die modelle gereedt was, ende deselve alsdoen mede genomen toi heuren huyse, omme daeraff opten eysch van de becoslinge van dyen haer beraedt te nemen; waer naer hy comparant is gegaen by de voorschreve ser David Balfoure, omme resolutie oft bescheet te hebben, op synen gedaen eysch, daeroppe de voorschreve ser
David Balfoure geanlwoort heeft dat mevrouwe sulcke becostinge nyet en wilde doen, ende wel met minder zoude gedient zyn, ende dat men ovcrsulx hem comparant soude contenteren van de modelle ende syne gedan moeyte, waer over hy comparant datelyck is gegan by de voorschreve mevrouwe, omme haer selffs te spreken, ende hare resolutie te verstan, ende mette selve mevrouwe desen aengaende in onderhandelinge zynde, is met haer geaccordeert de voorschreve sépulture te maecken voor de somme van xviijc 1 carolus gulden; waernaer de voorschreve mevrouwe hem comparant terstont heeft gesonden an den voorschreven ser David Balfoure, omme hem aen te dienen het voorschreven accordt, ende hem an te seggen dat mevrouwe t's'avonts tôt synen huyse wilde commen, omme het accordt aldaer te besluyten, gelyck alsoo is geschiet; ende heeft deselve mevrouwe tôt verbeteringe van 't werck, met eene resolutie de voorschreve somme vermeerdert tôt twee duysent carolus gulden. Sluyt hy comparant hiermede syne vercleeringe, sonder argelist. Aclum Bergen-opten-Zoom, den xviijen juny 1620 (1). »
Colyns de Nole (Robert). — Aux travaux de ce célèbre artiste (Voy. § 20), il faut encore ajouter les sculptures qu'il fut chargé d'exécuter pour l'église de Notre-Dame, à Monlaigu, par ordre de l'infante Isabelle, et en vertu d'un contrat passé avec Wenceslas Gobergher, l'architecte de l'édifice, le 14 avril 1622. Signalons encore pour la biographie de Robert de Noie, l'achat d'un crucifix d'ébène, avec socle en noyer, fait en 1594, par l'archiduc Ernest d'Autriche (2).
« A Robert Noie, tailleur des ymaiges, la somme de iijm livres, sur et entantmoins de xiij1» iij° x livres, à quoy reviennent les pris des parties par luy à livrer en l'églize de Notre-Dame, à Montagu, ensuite de deux accordz faictz et arrestez avecq luy par l'architecte Wenzel Cobberger et par Son
(1) Ces trois pièces se trouvent aux Archives communales de Berg-op-Zoom. Elles m'ont été communiquées par mon excellent ami Mr Prosper Cuypers, qui s'occupe particulièrement de l'histoire du Brabant septentrional, et qui m'a abandonné avec plaisir tout ce qu'il avait recueilli sur les arts et les artistes de ce pays.
(2) Bulletins de la commission royale d'histoire, lre série, t. XIII, p. 108. Voy. aussi p. 104, ibidem.
Altesse et les seigneurs des finances, aggréé le xiiije d'apvril xvj<= xxij, assçavoir : vijm ij° xx livres pour la livraison de l'ornement de la paincture du grand aultel selon le model de pierre par luy faict, monstre à Sadicte Altesse, à en estre payé en trois termes; et par le second contraict yj™ lxxxx livres, à livrer xiij ymaiges de la façon et haulteur contenu audict second contract, aussy pour ladicte églize, à en estre payé aussy en trois termes (1). »
Cardon (Jean), — obtient, sur sa demande, des lettres patentes de légitimation, au mois de janvier 1 651 , pour son fils âgé de six ans, dont la mère était morte pendant qu'il était allé en France pour s'y perfectionner dans la sculpture. Ces lettres nous apprennent en outre, que J. Cardon est né à Anvers en 1602, selon toute probabilité, et qu'il demeurait alors à l'abbaye d'Afïlighem, où il travaillait à ces magnifiques stalles qui passaient pour les plus belles du pays et qui coûtèrent 6,100 florins (2).
Nous aurons plus d'une fois l'occasion de parler de la famille Cardon, qui a produit des sculpteurs, des peintres et des graveurs estimables.
« Philips, etc. Allen dengenen die dese onse tegenwoordighe sullen sien oft hooren lesen, saluyt. Doen te wetene dat wy hebben ontfangen die supplicatie van Jan Cardon, belthouwer van synen ambacht, ende jongman, gebooren binneu onser stadt van Antwerpen, oudt omtrent achtenviertich jaeren, tegenwoordich woonende binnen den godshuyse van Affiighem, inhoudende hoedat hy van N., jonge dochter, hem niet bestaende van bloede oft anderssints, geprocreert hadde eenen soorie genaempt Cardon, oudt omtrent ses jaeren, synde de moeder ongehouwt commen te sterven terwylen hy suppliant was geweest in Vranckryck om syn ambacht aldaer te leeren, met intentie deselve t'synder wedercompste te trouwen, voor syne weltelyke huysvrouwe, d'welck hem was belet midts haere doot, ende op dat de natuerlyckheyt des voorschreven synen soone naermaels nyet en soude comen t'obsteren in cas van successie ofle toecomende houwelyck oft anderen staet,
(1) Registre n° F. 304. de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. 1er, p. 50-3.
kcerde hem daerom lot ons oitmoedelyck, biddende om onse ocpene brievcn van legittimatie daertoe diencnde, etc. Gcgeven in onser stad van Bruessclc, in den macndt van januarii xvjc lj (1). »
Mostaert (Michel) (2). — Nous avons vu chez le docteur Stevens, à Anvers, une jolie petite statuette en ivoire, provenant d'une communauté religieuse de femmes, dont les armoiries sont sculptées sur le socle qui est également d'ivoire : elle représente la sainte Vierge. Au fond de la couronne qu'elle porte sur la tête, se trouve le nom de l'artiste avec le millésime 1671.
De Vos (Marc), — et Van Delen (Jean), — contribuèrent tous deux à orner de leurs œuvres la maison du Renard, que la corporation des merciers de Bruxelles fit reconstruire en 1698 (3). L'un fit des sculptures pour la façade, l'autre pour les salles de réunion. Van Delen était en même temps architecte.
« Item, betaelt aen sr Marcus de Vos, meester beeltsnyder, voor syn beltsnydery op rekeninge : ijm iiijc R. »
« Item, betaelt aen sr Peeter Simon ende Guillam Van der Elst, meester steenhouwers, van aile hen werck ende geleverde witte steenen voor den achter-gevel : jm R. (4-). »
(28 juin 1699). « Syn de dekens ende bouwmeesters beneffens Marcus de Vos, timmerlieden, steenhauwers ende metser, 1er camer ontboden om te consulteren over het opbouwen van den voor-gevel (5). »
« Betaelt aen sr Van Erve, voor het gouvernerai van den trap ende aile de beltsnyderye daeraen synde : je vj R. »
(1) Registre n° 664 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Voy. aussi le Catalogue de tableaux et objets d'art exposes à Anvers en 1854, 2<= partie, p. 3.
(3) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 75.
(4) Compte du métier des merciers de Bruxelles de 1698, aux Archives du royaume.
(5) Compte du même métier de 1698-1699, ibidem.
« Betaelt aen sr Laboureur (1), adjoinct controlleur van de wercken van S. C. M., ende gesworen lant- ende edificiemeter, de somme van xxxiij R., voor syne debvoiren in 't meten van voor- ende achter-geuvel van desen ambachts-huyse, confronteringe van de modelle ende het assopieren van 't différent met de annemers van den bouw (2). »
« Betaelt aen sr Marcus de Vos, meester belthouwer, voor syne belthouwerye aen den voor-geuvel van desen ambachls-huyse gemaeckt : viije viij guldens (3). »
« Betaelt aen sr J. Van Delen, architect ende belthouwer van het hoff, de somme van ixc guldens, soo in voldoeninge van twee marbere schouwen te dienste van desen ambachte gelevert, de beltsnyderye dienende tôt ciraet boven de deure ende schouwe op dese ambachts-camer, de modellen gemaeckt tôt het plecken van de slagie op deselve camer, als voor de directeur ende ingenieuren van den voor-geuvel (4). »
Elshoecht (Jean), — sculpteur en marbre et en bois, natif de Bruxelles, s'établit à Lille en 1762. Comme preuve de ses capacités pour être inscrit dans la corporation des « sculpteurs, tailleurs de pierres bleues et piqueurs ou ocroqueteurs de grès », il exhiba un saint Jérôme en bois, où les connaisseurs reconnurent « une correction de des- » sein et une bonté des musqués [muscles] » . Mais les règlements s'opposaient à une admission pure et simple : il lui fallut exécuter en bois, seul dans une salle de l'hôtel-deville qui lui servait d'atelier, une statue de Laocoon, haute de 3 pieds et demi. Trois maîtres peintres, savoir : Etienne Borne, Philippe Van Mine et Louis-Jean Gueret, furent
(1) A propos de ce nom, nous rappellerons que le célèbre sculpteur Laboureur, à Borne, en remerciant l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique de l'avoir admis au nombre de ses membres associés, dit que la Belgique est la patrie de ses ancêtres (Voy. le Bulletin de la séance de la classe des Arts du mois de mars 1856).
(2) Compte du métier des merciers de Bruxelles de 1698-1699, aux Archives du royaume.
(3) Compte du même métier de 1699-1700, ibidem.
(4) Autre compte de 1699-1700, ibidem.
désignés pour la juger : ils y trouvèrent « beaucoup d'ex- » pression dans l'art de la sculpture » (i).
La corporation dans laquelle les sculpteurs se faisaient inscrire à Lille, se composait au XVIe siècle, des « ma- »chons, tailleurs de grès, d'irnaiges et pierres blanches. » Ils obtinrent divers règlements des échevins, entre autres le 22 octobre 1577 et le 29 décembre 1628 (2). A cette dernière date, le métier ne comprenait plus que les « tailleurs d'images et crocqueteurs de grès ». En 1789, les « sculpteurs, marbriers, tailleurs de pierres bleues et «blanches et piqueurs de grais, » formaient seuls la corporation (5). Les peintres et verriers de cette ville étaient réunis comme dans beaucoup d'autres localités; on connaît pour eux des règlements scabinaux datés du 19 décembre 1510 et du 5 octobre 1577 (4).
Le 25 février 1856, est mort à Paris un sculpteur distingué, du nom de Cari ou Charles Elshoëct, natif de Dunkerque. Il avait d'abord reçu les leçons de son père qui sculptait sur bois pour la marine : il fut ensuite élève de Bosio. Son arrivée à Paris date de 1822. Nous n'hésitons pas à croire que c'est là un descendant du modeste sculpteur bruxellois (s).
Dutoit (Séraphin-Joseph), — sculpteur de Lille, admis comme maître en 1784 : il perdit son père en bas-âge et fut élevé à l'hôpital général de cette ville (e).
(1) Registre aux arts et communautés des métiers, n° 54, aux Archives communales de Lille.
(2) Registres aux lettres des stilz et mesliers, n° 2, f° 18 r°, et n° 3, f° 71 v°, ibidem.
(3 et 6) Registre n° 54 cité.
(4) Registres aux lettres des stilz et mesliers, n° 1, f° 110, et n° 2, f° 15 v0» aux Archives communales de Lille.
(5) Son portrait a été publié par Y Illustration française, dans le n° du 8 mars 1856.
§ 45. Tombeaux des souverains et des membres de leurs familles (i).
Sommaire : Tombeau de Jean III, duc de Brabant. — Colard Garnet et Colard Jacoris, sculpteurs. — Tombeaux de Jean sans Peur et de Philippe le Bon. — Carrières de Dinant. — Jean Van den Berghe et Jean, son fils, architectes. — Tombeau de François, archiduc d'Autriche. — Tombeau de don Diego de Ghevara, à l'église du Sablon, à Bruxelles. — Louis Van Boghem, architecte. — Guyot de Beaugrant , sculpteur. — Tombeau d'Ernest, archiduc d'Autriche.
Tombeau de Jean III, duc de Brabant. — Un des monuments de sculpture de notre pays les plus remarquables du XIVe siècle, est sans contredit le magnifique tombeau en pierre de touche, que la duchesse Jeanne de Brabant fit élever à Jean III, son père, et que Ton voyait naguères encore dans le chœur de la belle église de l'abbaye de Villers, édifice dont il ne reste plus que d'importantes ruines (2). Déjà le monument avait souffert pendant le XVIe siècle, et des iconoclastes avaient brisé les bras et les jambes de la statue. Le duc était représenté de grandeur naturelle, couvert de son armure et d'une cotte de mailles : la cuirasse et le bouclier étaient ornés des armoiries aux quatre lions de Brabant et de Limbourg. Tous les accessoires avaient été autrefois dorés. La tête était nue : le prince portait les moustaches, la barbe et les cheveux longs, et il avait le front ceint d'un cercle ou couronne d'or, chargé de petits sautoirs de gueules. Au-dessus de cette statue, qui reposait sur une pierre carrée, se trouvait, selon l'habitude du temps, un dais élégamment
(1) Voy. §§ 19 et 20.
(2) Trois différentes histoires de l'abbaye de Villers ont paru depuis quelques années : la première, en 1850, par Mr C Rodenbach; la deuxième, en 1856, par Mr J. Tarlier, et la troisième, la même année, par Mr Alph. Wauters. Cette dernière est un ouvrage consciencieux, comme tous ceux du même auteur, et dont les détails sont puisés aux meilleures sources connues et inédites.
travaillé. A la partie inférieure du tombeau, l'artiste avait sculpté trente petites niches, qui furent très-probablement enrichies de statuettes avant la dévastation de l'abbaye, qui eut lieu pendant les guerres du XVIe siècle (i). Nous avons découvert le nom de l'auteur de ce beau monument, qui fut commencé vers 1363 et achevé en 13G7 : il portait le prénom de Colard ou Nicolas dans la forme d'aujourd'hui. Ce sculpteur est qualifié dans les comptes de maître de la tombe du duc et de faiseur de tombes (tombarius). Quant à son nom de famille, il n'est pas aisé de l'établir. Dans l'un des deux registres qui font mention de lui, il est aussi question d'un bassin de pierre, livré pour la nouvelle fontaine des jardins de l'hôtel de Caudenberg (palais des ducs de Brabant), par un certain Colard Garnet : c'est, croyons-nous, le même que l'artiste employé à sculpter le tombeau de Jean III, à moins qu'on ne veuille attribuer ce monument à Colard Jacoris, tailleur d'images, mort en 1395, dans l'hôpital des Grands Malades, à Namur, où il avait pris l'habit religieux pour soigner les lépreux et les pestiférés (2). Cette hypothèse est bien moins admissible.
« Colardo, magistro de tomba ducis, super opus ad bonum computum, xxiij in januario (1564, n. st.) : v mocton. (3) »
« Colardo, tombario, de diverso opère facto ad coopertorium tombe ducis jacentis apud Villarium, ultra omnem pecuniam quam habuit antea, concordato, xxiiij in meyo (1567) : x moct. (4) »
« Colardo Garnet, de uno pelve lapideo liberando ad fonteynam, iiij in julio (xiijo) Ixvij : vij moct. (5) »
(1) On trouve dans les Trophées de Brabant, t. Ier, par Butkens, une gravure de ce monument, tel qu'il existait en 1657, date de la première édition de cet ouvrage : cette gravure a été copiée plusieurs fois depuis.
(2) J. Borgnet, Les Grands Malades (Annales de la Société archéologique de Namur; 1850). Le tombeau de l'artiste y est représenté.
(5) Registre n» 2550 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(4) Registre n° 2353, ibidem.
(5) Ibidem.
Tombeau de Jean sans Peur, duc de Bourgocne, et de sa femme. — Les pièces qui suivent établissent que les carrières de notre pays fournirent les pierres de ces magnifiques mausolées que Philippe le Bon fit placer dans l'église des chartreux, à Dijon; c'est aussi de Dinant que l'on avait tiré les pierres qui servirent au tombeau de Philippe le Hardi. La première note que nous rapportons, prouve que le duc Philippe avait déjà commencé à mettre à exécution, en 1435, le projet qu'il avait d'élever un monument à la mémoire de son père et de sa mère. Dans le second document, on voit que deux grands architectes, Jean Van den Berghe, maître des ouvrages en firabant, et Jean, son fils, s'y constituent garants du marché qu'il renferme (1). On peut consulter sur les artistes qui travaillèrent au tombeau de Jean sans Peur la table de l'ouvrage de M. le comte de Laborde intitulé : Les dites de Bourgogne, t. 1er, Preuves.
« A Jehan Nonnon, machon, demourant à Dinant, pour l'achat de xxij grandes pierres de noir marbre prinses à La Falize dudict lieu de Dinant, que Monseigneur y a fait acheter pour icelles envoïer à Masières-sur-Meuse, et d'illee à Dijon, pour faire deux sépultures; pour icelui achat : iijc v piètres, etc. »
Par lettres patentes du 10 décembre 1455, il fut payé 426 peters, à 26 sous pièce, ou 555 livres 16 sous, pour les frais de transport de ces pierres (2).
« Le xxve jour d'avril, l'an mil iiijc lxj, après Pasques, Gérart des Frères
(1) On trouve dans V Histoire générale et particulière de Bourgogne (Dijon, 1748, t. III, p. 204 et 526), de bonnes gravures représentant le tombeau de Philippe le Hardi et celui de Jean sans Peur et de sa femme. Mr Gacjurd a reproduit dans son Rapport sur les archives de Dijon, p. 256, une description de ces deux monuments, qui existent aujourd'hui au Musée de cette ville, d'après la Notice des objets d'art qui y sont exposés.
(2) Registre n° 3232, f° xxv r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
Meneurs (1), marchant, dcmournnl a Nomur, comporanl en la chambre des comptes à Bruxelles, promis! par son serment de mener ou faire mener à ses propres despens, périlz et fortunes, les pierres de marbre qui sont de présent en Io ville de Masières-sur-Meuse, et lesquelles mon très-redoublé seigneur monseigneur le duc de Bourgogne et de Brabant a fait faire illec mener pour en faire la sépulture de feu monseigneur le duc Jehan de Bourgogne, son père (qui Dieu absoile), dès ladicte ville de Masières-sur-Meuse jusques dedens l'hostel du monastère des chartreux, à Dijon, dont il sera tenu d'avoir pour la voiture d'icelles pierres, pour chaseun cent de pesant, la somme de xxxij groz, monnoye de Flandres, etc.; et pour plus grant sceureté il a baillié à plesge Jehan Van den Berghe, maistre des œuvres de mon avant dit seigneur en Brabant, et Jehan, son filz, pour, ou cas que en lui eust faulte de parfurnir et accomplir ce qu'il a cy-dessus promiz, estre par eulx parfait et amendé partout où faulte y auroit, etc. (2). »
Tombeau de François, archiduc d'Autriche. — (Voy. § 20). — Voici le contrat passé devant les échevins de Bruxelles pour l'érection de ce monument, le 3 mars 1525 (n. st.), entre Louis Van Boghem, architecte de Marguerite d'Autriche, et André Nonnon, maître de carrières, à Dinant, et l'un des descendants de Jean Nonnon, mentionné à propos des livraisons de pierres pour les tombeaux de Michelle de France (3), de Jean sans Peur, etc. Ce document nous fournit quelques détails nouveaux, et l'on doit en inférer que Van Boghem en traça les dessins. 11 y est en outre question de la tombe d'un seigneur du nom de don Diego, qui existait à celte époque dans l'église de Notre-Dame-des-Victoires, au Sablon, à Bruxelles. Comme les savants historiens de cette ville n'en parlent pas, nous avons cherché à découvrir quel fut ce personnage. Il s'agit de don Diego de Ghevara, écuyer, qui,
(1) Nous avons cité au § 28 un architecte du nom de François des Frères Mineurs, qui vivait à la même époque.
(2) Registre n° 290, f° xiij r<>, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(3) Voy. § 20.
en 1507, était conseiller du roi Maximilien et de l'archiduc Charles, et tout à la fois maître d'hôtel de Jeanne, reine de Castille, et le même qui fit une fondation, en 1520, à l'église du Sablon (i).Nous avons dit ailleurs (2), qu'un des membres de cette famille habitait déjà la Flandre en 1434, et que Jean Van Eyck peignit son portrait et celui de sa femme. Nous supposons encore que si Van Boghem a pris pour terme de comparaison la sépulture de don Diego, il doit en être l'architecte. Une ordonnance de payement du 2 janvier 1550 (n. st.) constate que Marguerite d'Autriche fit don d'une somme de 100 livres de Flandre au prévôt de l'église de Caudenberg, « pour faire faire ung grant » chandellier de métal devant la sépulture de son feu frère » estant devant le grant autel d'icellui esglise » (5). Le grand Théâtre sacré du Brabant, par Leroy, contient, t. 1er, p. 222, une gravure représentant le tombeau de Ferdinand d'Autriche.
On voit par la note qui suit que Marguerite d'Autriche, acheta, en 1521, divers meubles et objets d'art, provenant de la mortuaire de don Diego de Ghevara :
« Aux exécuteurs du testament de feu don Diego de Gevarra, la somme de viijc lxx livres, de xl gros, par lettres patentes du dernier jour de septembre xvc xxj, pour certaines parties de meubles délaissées par ledict feu, lesquelles Madame a fait prendre et acheler d'eulx, assavoir : un lictdecamp de bois, bien doré, avecq quatre mannekins, des lappis, ung tableau de painclure de la face de roy catholique; ung autre tableau de l'enfant de Fortune, aussi en painclure, etc. (4-). »
Nous avons à revenir aussi sur le compte de Guyot
(1) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 406.
(2) Tableaux et sculptures de Marie d'Autriche, reine douairière de Hongrie (Revue universelle des arts, t. III, p. Idi).
(5) Collection des acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite d'Autriche, aux Archives du royaume.
(40 Registre n° 1797 de la chambre des comptes, ibidem.
de Baugrant, le sculpteur de la statue et des accessoires du tombeau de l'archiduc François. Des documents authentiques établissent que cet artiste était en Espagne en 1555, époque où il contracta avec la ville de Bilbao, située presqu'aux frontières de France, pour l'exécution d'un grand rétable destiné à l'église Saint-Jacques. Ces mêmes documents nous apprennent qu'il mourut dans cette ville en 1 S51 , et que la somme qui lui restait due pour ses travaux fut payée, au nom de sa veuve, à Jean de Beaugrant, son frère et son élève. L'auteur qui rapporte ces détails fait l'éloge des statues du monument dû au ciseau de notre artiste (i).
« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, bourgmaistre et échevins de la ville de Bruxelles, en la duché de Brabant, saluyt. Savoir faisons que aujourd'huy, date de cestes, par-devant nous est venu et comparu en propre personne Andrieu Nonnon, maistre des pierres de marbres, demourant à Dynant, au pays de Liège, et a recongneu avoir vendu bien et loïalement à maistre Loys de Boedeghem, maistre ouvrier de madame Marguerite, duwagière de Savoye, régente et gouvernante, etc., pour et au prouffit d'icelle dame, une sépulture de pierre noir de marbre de la mesme sorte que est la sépulture de don Diego, gisant en la chapelle ou église de Nostre-Dame-de-Sablon, en ceste ville de Bruxelles, de la mesme molure et ainsi bonne pierre que celle de don Diego, dont la tombe de desurre d'icelle sépulture sera de la longueur de vj piedz et demi et large iij piedz et il j quartiers d'ung pied; et les pierres estans entre le bassement et ladicte tombe seront trois pouces plus hault que ladicte sépulture de don Diego, sans estre poly, et les autres pierres seront pollyes comme icelle sépulture de don Diego; laquelle sépulture ledict Andrieu Nonnon a promis et promect par ces présentes livrer en ladicte ville de Bruxelles, dedans le église de Coudenberge, en dedans le jour de Sainct-Remy prouchain venant, pour laquelle sépulture ledict maistre Loys ou nom que dessus a promis audict Andrieu Nonnon payer la somme de cxl florins, chascun florin à xx patars compté, etc. Donné en l'an de grâce mil vc xxiiij, le iije jour de mars, stile de Brabant (2). »
(1) J.-A. Céan Bermudez, Diccionario hislorico de las bcllas arles en Espana, t. Il, p. 244.
(2) Collection des acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite d'Autriche, aux Archives du royaume.
Tombeau d'Ernest, archiduc d'Autriche. — (Voy. § 20). — Dans les archives de la secrétairerie d'État allemande, aux Archives du royaume, se trouve la minute d'une lettre de l'archiduc Albert à l'empereur Rodolphe II, écrite le 16 novembre 1598, pour lui demander de faire prendre des mesures pour la translation du corps de l'archiduc Ernest, leur frère, à Prague, lieu de sépulture de leurs ancêtres, et pour l'avertir qu'il l'avait provisoirement fait enterrer dans le caveau des ducs de Brabant, à l'église de Sainle-Gudule, à Bruxelles. Il ne paraît pas que l'empereur se soit grandement soucié de faire ces frais, malgré le désir qu'il en avait témoigné à l'archiduc Albert avant son départ pour les Pays-Bas.
§ 46. Peintres.
Sommaire .- Deux tableaux de Jean Van Eyck. — Monuments el vitraux de l'église de Jérusalem, à Bruges. — Epoque de la construction de cet édifice. — Tableau de Jean Van Memmelinghe. — Jérôme Bosch ou Van Aeken.
— Tableaux à ajouter à la liste de ses œuvres. — Lucas Van Nevele. — Ballhazar Kerreman. — Jean et Pierre Van Heymessen. — Dominique Lampsonius. — Raphaël Van Cocxie. — Gilbert Van Veen. — Tableaux divers de ces artistes envoyés en Saxe et en Angleterre. — Gilles Claes.
— Wenceslas Cobergher. — Portrait de l'infante Isabelle envoyé à Paris.
— Bertholet Flémalle. — Histoire d'un tableau représentant Y Assomption de la Sainle-Vierge, attribué à Rubens , et provenant du couvent des chartreux de Bruxelles. — J. Crokaert. — J. Dansaert. — Jean-Baptiste Van Diest. — Peinture sur porcelaine aux Pays-Bas.
Deux tableaux de Jean Van Eyck. — C'est dans le testament d'Anselme Adornes, daté de 1 0 février \ 470 (n. st.), qu'il est fait mention de ces tableaux. « Je donne, — dit-il, — à chacune de mes filles, Marguerite et Louise, toutes deux religieuses, l'une au couvent des chartreuses (près de Bruges), et l'autre à Saint-Trond, un petit tableau, représentant saint François, dû au pinceau de Jean Van Eyck, et j'ordonne que sur les volets soient peints, avec grand soin, mon portrait et celui de ma femme. »