Cartedes pays de Frise, Hollande
Zélande et Utrecht.
Ces planches sont évidemment d'un autre burin que les gravures décrites plus haut et ne sont pas signées, à moins que l'on ne veuille voir un C qui se détache en blanc dans le portail de l'église de Notre-Dame. Nous nous occuperons dans la suite de ce travail de rechercher quels sont les noms de ces artistes. Les deux planches sur cuivre représentent
Tune la carie des Pays-Bas avec les noms géographiques en italien et signée C. D. Hooghe Fe., l'autre l'hôtel-de-ville d'Anvers, au bas de laquelle on lit : Martinvs Petrvs excudebat in insîgni avrei fontis propter nova borsam.
Disons quelques mots du premier de ces artistes; les renseignements que nous publions sont d'ailleurs inédits et se rattachent directement à notre sujet. A l'époque même où G. Silvius achevait l'impression du livre de Guicciardini, un autre Italien, le capitaine François de Marchi, dont nous parlerons plus loin, travaillait à un recueil, destiné à la publicité, des plans de toutes les forteresses des Pays- Bas alors si nombreuses, qu'il avait levés dans ce but. Les planches du livre, qui n'a jamais paru, croyons-nous, furent gravées sur cuivre aux frais du gouvernement du roi d'Espagne, par ordre de la duchesse de Parme. Jérôme de Cock, d'Anvers, en fit huit, et Corneille de Hooghe en grava cent soixante-six autres, dont cent quatorze grandes et cinquante-deux petites. Sauf trois, dues à de Cock, et sur lesquelles étaient retracées d'abord les armes de Philippe II, ensuite une figure allégorique de femme tenant une épée et une balance, enfin le portrait de l'auteur, toutes représentaient les forteresses du pays. Corneille de Hooghe eut une fin malheureuse. Le 17 février 1583, il fut arrêté dans la ville de Delft, prévenu de conspiration contre l'État, et conduit à La Haye pour y être interrogé. Il fit connaître à ses juges ses projets qui ne tendaient à rien moins qu'à révolutionner les provinces du Nord au profit de l'Espagne. Dans ce but et de concert avec ses complices, il avait chargé Josse Willeboorlzone, à Leyde, de lui inprimer quatre mille exemplaires d'un libelle intitulé : Hooch-noodich advertissement, et six cents d'une certaine lettre, pour être répandus dans le peuple. Il s'y donnait le nom de Corneille d'Autriche, et s'y faisait passer pour un bâtard de Charles-Quint. L'imprimeur ayant trouvé que
par la publication de ces pièces, il serait résulté des choses fâcheuses pour son pays, dénonça le projet de l'artiste. La cour de Hollande le condamna, par sentence du 29 mars, à avoir la tète tranchée, et ordonna que le cadavre serait écartelé, ce qui fut exécuté le même jour. En entendant lire le passage relatif à sa prétention d'être bâtard de l'empereur, il s'écria : Bat ben ick, je le suis. P. Bor (î), qui rapporte le texte de sa sentence, a recueilli sur cet artiste quelques détails qu'il a consignés dans son livre et que nous reproduirons. Corneille de Hooghe naquit à La Haye, et apprit son art chez Philippe Galle, dont il fut un des bons élèves; il travailla longtemps en Angleterre, où son ambition démesurée lui fît faire des dépenses plus fortes que ne le comportait son état. Il acquit par mariage une assez belle fortune, et dans son orgueil prit pour devise ce dystique flamand, qui est un jeu de mots sur son nom, et dont la traduction est par conséquent impossible :
Cornelis, door Godls ghenade ende ghedooghe, Altyts vemcderl, nochlans de Hooghe.
A l'époque de son arrestation, sa mère, qui était une très-belle femme, habitait encore la Hollande : après la mort de son fils elle partit avec deux de ses filles pour le duché de Brunswick.
Peu après l'apparition de l'édition italienne de l'ouvrage de Guicciardini parut une édition française, sortie également des presses de G. Silivius, et dont le traducteur ne s'est pas nommé. Elle est d'un format plus petit que son aînée, et n'est point ornée du bel encadrement que nous avons décrit et qui entoure le litre de celle-ci et les deux vignettes placées à sa suite. Cette nouvelle édition est imprimée avec peu de soin, et pour donner une idée de la négligence que l'on a apportée à la correction des épreuves,
(i) Vervolgh der Nedcrlandlsche oorloghcn, édit. de 1621, t. II, liv. XVIII, p. 6.
voici l'ordre dans lequel les pages se présentent : aucun livre n'offre peut-être plus de confusion sous ce raport : Préliminaires non chiffrés; pages 1-4-9, 56, 51, 55, 53, 54, 52, 56, 52, 62-76, 76, 78-89, 80, 91-114, 195, 116, 117, 198, 199, 120-158, 145, 146, 161-164, 135, 136, 167-171, 72, 173-183, 185, 185-256, 237-268, 281-288, 279-292, 283, 294-312, 213, 312, 115, 316- 336, 339, 336-389, et table. Celle édition qui porte aussi la date de 1567, devait évidemment se vendre à un prix très-inférieur à la première, et nous devons la considérer sous tous les rapports comme une édition populaire. Les mêmes planches ont servi, sauf celle représentant la cathédrale d'Anvers, qui a été remplacée par une autre vue de ce monument, plus grande et plus belle, et beaucoup mieux gravée, sous laquelle on lit : Senatui populoq antverpiensi Gvlielmvs Silvivs gratitvdinis ergo dedicabat a0 1565. Celte planche n'accompagne plus l'édition française de 1568, qui n'est autre que celle de 1567, avec un nouveau titre.
Les investigations auxquelles Guicciardini a dû se livrer pour composer son ouvrage, le mirent nécessairement en relation avec un grand nombre de savants et de personnes de distinction : aussi lui euvoya-t-on, à propos de cette publication, différentes pièces de vers à sa louange qu'il fît insérer en tête de son livre. Parmi ces pièces latines, françaises, flamandes, italiennes et grecques, de Nicolas Grudius, le frère de Jean Second, de Gaspar Schetz, d'Alex. Grapheus, etc., deux sonnets en langue française nous intéressent à un autre titre que celui de la poésie, c'est qu'ils sont l'œuvre de deux artistes. L'un est de Luc d'Heere, peintre gantois, dont Mr Ph. Blommaert a récemment publié une excellente biographie (i), et dout
(1) Annales de la Société royale des Beaux-Arts et de la Littérature de Gand,
il nous a énumérc les travaux littéraires ; cet estimable écrivain n'a toutefois envisagé d'Heere que sous le point de vue de poëte flamand; il n'a point connu le sonnet dont nous parlons, qui n'a, du reste, été publié que dans l'édition française de 1567 de la Description des Pays-Bas. La seconde pièce est adressée au lecteur par Antoine Olivier, nom dans lequel nous sommes très-porté à retrouver le peintre de Mons qui embrassa la réforme et le parti du prince d'Orange, et qui prit une si grande part à la surprise de celle ville par le comte Louis de Nassau, en 1572 : nous avons recueilli pour sa biographie des détails qui trouveront leur place dans ce recueil. La poésie de Luc d'Heere l'emporte de beaucoup par la facture sur celle d'Antoine Olivier; ses vers sont plus coulants, mieux faits et la rime en est plus heureuse. On en jugera par la lecture, et nous ne croyons pas que la réimpression de ces deux sonnets soit ici déplacée.