‹ Archives des arts, sciences et lettres (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · Eenen boeck in 't spaensche, ruerende : De l'art de feu · texte numérisé non relu

Eenen boeck in 't spaensche, ruerende : De l'art de feu

29. Een cleyn dick boecxken in 't franchois geprint, wesende : Pantagruel.

30. Eenen boeck met diverssche fignren : Slrennuorum virorum (2). »

(1) On lit dans YHistoire de la Toison d'or, par le baron de Reiffeisberg; Bruxelles, 1838; p. 28, que le septième chapitre de l'ordre de la Toison d'or fut tenu à Gand, en 1445, dans l'église Saint-Jean. Nous avons consulté le livre de la corporation des artistes peintres et sculpteurs de cette ville, publié récemment par MM. De Bcsscher et F. De Vigne; le nom de Liévin de Sloovere n'y figure pas. Un autre Liévin de Sloovere, fils d'Antoine, et peintre également, a été admis dans la corporation en 1481; fut nommé juré, en 1489, et doyen en 1501.

(2) Registre n° 593 cité.

§ 19. Sculpteurs et Sculptures.

Sommaire : Jean Van Evere. — Ex-voto sculpté par lui, en 1459, pour l'église des réeollets, à Bruxelles. — Roger Van der Weyden, peintre. — Guillaume Van Otlengys. — Barthélemi Van Raephorst. — Jacques Daret. — Jean Beyaerts. — Les mausolées de Jean II et de Philibert de Chalon, princes d'Orange, dans l'église des cordeliers, à Lons-le-Saulnier, en Franche- Comté. — Henri Van Ballart. — Sculptures de la chapelle du conseil de Flandre, à Gand. — Jacques Fourmanoir. — Arnould Coens. — Jean Arnout. — François et Jérôme du Quesnoy. — Statue de saint Thomas à l'église Ste-Gudule, à Bruxelles. — Jean-Baptiste Caulier.

Van Evere (Jean), — sculpteur de la première moitié du XVe siècle, établi à Bruxelles, est l'auteur d'un retable en pierre blanche, à volets, qui ornait l'église des récollets de cette ville. Les calvinistes s'emparèrent du couvent de ces religieux, le 15 juin 1579, y établirent leur consistoire après l'avoir livré au pillage, et commencèrent la démolition de l'église, le 17 août 1583 : le chœur seul fut abattu (î). L'œuvre d'art dont nous parlons aura péri dans cette dévastation. On y voyait l'image de Notre- Dame, accostée des figures en pied de Marie d'Évreux, épouse de Jean III, duc de Brabant et de Limbourg, et de Marie de Brabant, sa fille, femme de Renaud III, duc de Gueldre, avec leurs noms et leurs armoiries, l'écusson et la devise de Philippe le Bon, par ordre duquel cet exvoto fut exécuté. Ces deux princesses, dont la première mourut en 1355, et la seconde en 1398, furent enterrées aux récollets, à Bruxelles, où se trouvaient aussi les sépultures de Jean Ier, duc de Brabant, et de Godefroid, sire d'Àrschot, son frère (2). Le bas-relief sculpté, en 1439, par Jean Van Evere, lui fut payé 38 ridders, de 4 gros de Flandre chacun. Ce devait être une pièce remarquable, car

(1) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 100.

(2) Ibidem.

on dépensa une somme de 40 ridders pour la faire peindre, selon l'usage du temps, des plus riches couleurs par un autre artiste bruxellois, par le célèbre Roger Van der Weyden, le vieux. Tout le retable coûta 1 1 5 livres 1 2 sous, de 40 gros, la livre, qui fut payée par ordonnance du duc de Bourgogne, en date du 19 janvier 1440 (n. st.). Le peintre reçut encore 6 livres, peu de temps après, pour avoir peint sur les volets les devises de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, sa femme.

I. « Aen Peteren Van der Eycken betaelt de somme van cix 1. xij s., vlaemschen munten, te xl grooten, 't pont, voer diverse personen ende om der redenen wille hierna vercleert, te wetene :

» Janne Van Evere, beeldesnydere le Bruessele, om te hebbene gemaect in witte steene eene taeffele daerinne is eene beelde van Onser-Vrouwen ende ij anderen, d'eene van vrouwen Marien, wilen hertogynne van Brabant, ende d'andere van vrouwen Marien, wilen hertoginne van Ghelre, met schildekens van Mynsheeren divisen, dairom omtrent voir al mit vorweerden iegen hem gemaect, xxxviij ridders , te iiij grooten vlaemsehen munten, 't stuck; — brueder Andriese Van Yssche, minderbruedere te Bruessel, voor ij metsers om eene lyst, te makene van steene; om de voirschreve taeffele dairop le settenen, van iiij dagen, elken te iiij s. vlemschen s'daeghs, maken lxiiij s.; — denselven, d'welc hy betailt heeft eenen anderen metsere, omme den muer op te brekene ende de voirschreve taeffele daerinne te settene, voir v dage, xx s., munten voirschreven; — item, voor eenen opperknape die de voirschreven metsers diende vj dage lanc, ij s. viij d. s'daighs, val. xvj s., munten voirschreven; — item, voer savele, cale, vracht : vj s.; — ilem, voer ij andere persone die de voirschreven taeffele hebben geholpen opsetten, elken voire ij dage, te iiij s. s'daighs, val. xvj s.; — item, eenen scrynmakere, voer ij vensteren dair de voirschreven taffele mede besloten is, ende t'hout daertoe leverde : xvj s.; — item, eenen slootmakere, voor Iaecxkens ende eenen slote dairtoe dienende : xiiij s., ende voire eene laltrenene platle daironder om den tytele ende namen van den voirschreven vrouwen inné te settene, wegende xxx 1., te iij s. 't pont, val. iiij 1. x s.; — meester Rogier, schildere, omme de voirschreve taeffele te stofferene van diversen rikeliken veruwen met vorwerden yegen hem gemaict xl ridders, te 1 groolen vleems 't stuck, comende voirschreven partien t'samen,als blyct by Mynsvoirschreven Heercn openen brieven, gegeven xix in januario xiiijr xxxix, hiermit qui-

tancie van den voirschrevene Janne Van Evere, brueder Andriese ende meester Rogiere, elken van sinen aengedeelte, met certifficacien van meester Cornelyse Lambrechts op te voirschreven partien, t'samen overgegeven te hove, ter voirschreven somme van cix 1. xij s., vlaemschen munten voirschreven, val. munten deser rekening clxiiij I. viij s. (1). »

II. « Meester Rogier, schildere, om te hebbene, ter ordinantie van Mynenheere gemaict die devisen van Mynenheere ende Mynrevrouwen den hertogynnen aen de veynstere dair men met slut in der kercken van den minderbruederen, te Bruessel, die pourtraiture die Mynvoirschreven Heere dair heeft gedaen maken, by voirwairden mit hem overcomen, om vj liv. (2). »

Van Ottengys (Guillaume), — sculpteur, vivait à Bruxelles, vers le milieu du XVe siècle, et mourut avant l'année

« Beatrys wetlich wyf Jans Swyngaerders, scilders nu, dat wyleu Willem Van Ottengys, beeldesnidere, te geven plach van sinen huysen gelegen boven de Coperbeke, inde Potterie, tusschen de goede der kercken van Opten-Savel, in d'een zijde, ende de goede wylen Willems Van Ottengijs (3). »

Van Raephorst (Barlhélemi), — sculpteur d'Anvers, sur lequel Mr P. Génard a publié récemment une notice biographique (4), appartient par ses travaux à la seconde moitié du XVe siècle. Il résulte des renseignements recueillis par cet écrivain que l'artiste fut admis dans la confrérie de Saint-Luc en 1455; qu'il fut employé, en 1468, à Bruges, à l'occasion des fêtes du mariage de Charles le Téméraire avec Marguerite d'York, enfin qu'il mourut le 20 février 1484, et fut enterré dans l'église du couvent des Façons, à Anvers, où se voyait autrefois son épitaphe conçue en ces termes :

(1) Registre n<> 2411, f" lxxxvij r°, de la chambre des comptes, anx Archives du royaume.

(2) Registre n° 2412, ibidem.

(3) Registre n° B. 230, f° xj r», aux Archives des hospices de Bruxelles.

(4) Het Taelverbond; 1853; pp. 70-79.

Hier leet begraven

Bertelmees va Raephorst beltsnier

Sterf ano lxxxiiij

xx daghe in febniario.

Mr Génard, qui est notre ami, et qui, comme nous, ne cherche que la vérité, nous permettra de faire quelques corrections à son article. D'abord il n'a pas tenu compte que l'on suivait à cette époque le style de Pâques dans les épilaphes aussi bien que dans les actes; Barthélemi Van Raephorst est donc mort le 20 février 1485, au lieu de 1484. D'ailleurs il existe dans les archives du couvent des Façons, que possèdent les Archives du royaume, des copies de son testament dicté le 24 mai 1484, et du codicille daté du 3 décembre suivant, qui l'accompagne. On y lit qu'il demeurait dans la rue des Dominicains. L'artiste laisse par son testament ses biens meubles et immeubles pour doter les filles pauvres qui voudraient se marier ou se consacrer à Dieu : il y fait entre autres des legs en faveur de sa filleule Barbe, fille de Jean Van der Beke; du frère de sa femme, nommé Henri Van der Beke et d'Elisabeth, épouse de ce dernier. Il nomme pour exécuteurs de ses dernières volontés, Jean Marscalc et Jean Van der Beke, qui tous deux exerçaient un métier. B. Van Raephorst révoque dans son codicile la donation de ses biens, et reconnaît pour son héritière Jacqueline Van Raephorst, sa fille, religieuse au couvent des Façons, ou le couvent lui-même en son nom, et en ordonne le retour, après la mort de celle-ci, à ses héritiers naturels : il révoque également le legs fait à sa belle-sœur, et l'adjuge à Antoinette, fille de maître Guillaume Bertels, chirurgien juré de la ville d'Anvers. Tous ces détails ne cadrent guère avec ceux que M. Génard a publiés, et il y a loin de là au mariage de l'artiste, ainsi que l'avance le savant investigateur, avec Mathilde Pots, cette riche héritière des fondateurs de l'ab-

baye de Saint-Sauveur, morte seulement le 26 juillet 1482, et qui eut six enfants de son union avec un noble du nom de Barlhélemi Van Raephorst, lequel vivait par conséquent à la même époque, et portait pour armoiries un écu d'or, bandé de sable de six pièces. Nous reconnaissons volontiers que tout le monde aurait confondu le sculpteur avec le patricien, et que sans la découverte du testament, on aurait accepté ces détails biographiques comme parfaitement exacts.

Daret (Jacques) — (Voy. § 8) — fut payé, au mois d'octobre 1520, de la livraison de différents patrons qu'il avait faits à l'occasion du couronnement de l'empereur Charles- Quint à Aix-la-Chapelle.

« A Jacques Darelh, tailleur d'ymaiges, vj libvres v solz pour les parties et fachon de son mestier qu'il a vendues par le commandement du roy, assavoir pour ij patrons et accoustremens de teste, dont les semblables avoient esté faiz pour servir à l'entrée d'Aix, où ledit seingneur roy alloit lors pour son couronnement : lx solz; item, pour avoir fait un bourdonnance : xxv solz; et pour avoir taillé et fait le patron d'un harnatz d'un cheval sur lequel ledit seigneur roy fut monté en faisant sadicte entrée audict Aix, et pour autres divers petiz patrons servans au jour de ladicte entrée : xl s. (1). »

Beyaerts (Jean), — sculpteur (beelsnyder), à Louvain, fut condamné, en 1523, par le mayeur de cette ville, à une amende de 3 livres 10 sous de gros, pour vol (2).

Les mausolées de Jean II et de Philibert de Chalon, princes d'Orange, — La confiscation des biens de Guillaume le Taciturne, que porte la sentence prononcée contre lui le 28 mai 1568, donna lieu, vingt ans après, à un

(1) Registre n° F. 205 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.

(2) Registre n° 12661, 11°, f° ij r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

singulier débat qui intéresse les arts. On sait que cet illustre seigneur fut investi, en 1544, de la principauté d'Orange par la mort de son cousin germain René de Nassau, décédé sans alliance. Celui-ci était fils du comte Henri de Nassau, qui avait épousé Claude de Chalon, sœur de Philibert, prince d'Orange.

Les seigneurs de la maison de Chalon avaient leur sépulture dans l'église des cordeliers à Lons-le-Saulnier, dans la Franche-Comté, et par conséquent dans les états de Philippe II. Après la mort de Philibert de Chalon, tué en 1550, au siège de Florence, Philiberle de Luxembourg, sa mère, veuve de Jean II, prince d'Orange depuis 1502, voulut faire élever à son mari et à son fils un tombeau digne de leur naissance; elle confia ce soin « aux ouvriers » les plus exquis qui se purent lors rencontrer » . Mais elle vint à quitter ce monde sans avoir pu voir son œuvre pieuse accomplie, et les statues en marbre blanc et les pierres du sarcophage restèrent pendant environ un demisiècle réléguées dans un coin du monastère. Le tout fut mis sous séquestre en 1568; et ces objets subirent le sort des richesses artistiques que le futur fondateur de la république des Provinces-Unies et ses ancêtres avait amassées tant à son hôtel, à Bruxelles, qu'au château de Breda : il en fut de même de ces immenses domaines qu'il avait aux Pays- Bas, tels que le comté de Vianden, la baronnie de Breda, les seigneuries de Diest, de Saint-Vith, de Butgembach, de Nyervaert, etc. (î).

En 1588, Pierre-Ernest, comte de Mansfelt, un des fidèles serviteurs du roi d'Espagne, obtint d'Alexandre Farnese, duc de Parme, la propiélé des statues dont nous parlons; il les destinait à l'ornement du superbe palais qu'il possédait près de la ville de Luxembourg,

(1) Voy. les comptes des confiscations, aux Archives du royaume.

et il envoya dans ce but un capitaine, du nom d'Anselme David, à Lons-de-Saulnier présenter aux cordeliers l'ordre signé du lieutenant de Philippe II. Les religieux s'opposèrent naturellement à cette spoliation, et adressèrent au parlement de Dôle une requête dans le but de rester en possession de ces objets d'art. La cour examina la question, fit parvenir leur supplique à Bruxelles avec une lettre dans laquelle elle semble pencher pour leur donner gain de cause, tout en exprimant au gouverneur des Pays-Bas et de Bourgogne son désir de ne point aller à l'enconlre de sa volonté. Là s'arrêtent les détails que nous avons pu recueillir sur ce curieux débat, et nous ignorons qui l'a emporté, dn comte de Mansfelt ou des cordeliers.

I. Lettre du duc de Parme aux cordeliers de Lons-le-Saulnier. — « Vénérables, chiers et bien amez. Ayant este requis par nostre cousin le conte de Mansfelt de luy accorder certaines statues de marbre blanc ou albastre appartenantes jadis au feu prince d'Oranges, comme successeur et héritier de feu Philippe de Chalon, luy vivant aussi prince d'Oranges, lesquelles sont présentement en ung coin de vostre couvent, où elles ont été délaissées passez cinquante ans; et désirant de le gratisfier en cest endroit, nous les lui avons donné et accordé comme dévolues au roy monseigneur par droit de confiscation : vous requérant partant et néantmoins, ou nom et de la part de Sa Majesté, ordonnant de les laisser suyvre et enlever lorsque noslredict cousin les mandera querre, sans y mectre obstacle ny empeschement. Atant, vénérables, chiers et bien amez, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincle garde. De Bruxelles, le vj en febvrier 1588. »

II. Requête des cordeliers. — « A la court remonstrent en toute humilité les père gardien et religieux au couvent Saint-François de Lon-le-Saulnier, que puis quelques jours enceà le sieur capitainne Ancelme David dudict lieu, venant des Pays-Bas, leur avoit intimé des patentes de Son Altèze, contenans ordonnance aux supplians de laisser enlever et distraire dudict couvent certainnes statues de marbre blanc eslans en un coing d'icelluy et dédiées à certains ouvrages et par feu Philibert de Chalon, prince d'Oranges, délaissées et négligées sont passez cincquante ans, lesquelles statues seroient dévolues à Sa Majesté par droit de confiscations, avec les aultres biens du dernier prince d'Oranges à cause de sa rébellion, en quoy Son Altèze auroit esté entièrement deceu et circonvenu par ledict exposé du tout obreptifz, estant bien certain

qu'advenu le décès dudict fut prince Philibert de Chalon, dame Philibertc de Luxembourg, sa mère, veuillant lionorer la mémoire de fut messires Jehan et Philibert de Chalon, père et filz, auroit dessaigner enrichir ladicte église, lieu des sépultures desdicts princes, de quelque beaulx tombeaux dignes de leurs mérites, ayant à ceste effect faict venir et tailler plusieurs pièces de marbres par ouvriers les plus exquis que se purent lors rencontré, lesquelles estans sur le point estre employées ausdictes sépultures et ornemens de ladicte église, selon qu'elles y esloient dédiées, seroit par divine fortune advenue la conflagration de ladicte église et dudict couvent, comme aussi le décès de ladicte dame Philiberte de Luxembourg, qu'auroit causé que la rédification de ladicte église et érection desdicts tombeaux auroient esté retardez jusques puis environ sept ou huict ans enceà que lesdicts supplians se sont travaillez remparer et refaire à l'entier ladicte église, pour par après y faire poser lesdictes sépultures et statues dédiées à l'ornement et embelissement d'icelle, ce que desjà ils auroient mis à chiefz si la malice et chierté du temps ayant régné es dernières années ne les heust contrainct suspendre pour ledict temps, eslans en bien bonne volonté au plustôt exécuter ces sainetes intentions, s'ils n'y sont empeschez par la prétendue distraction desdictes sépultures et statues; qui les amena recourir à ladicte court, et la supplie, comme ilz font très-humblement, son bon plaisir estre vouloir intercéder devers Son Altèze et le sr conte de Mansfelt, auquel lesdictes statues sont accordées, pour la revocation et circonduetion desdictes patentes, interdisant cependant audict David et à tous aultres la distraction desdictes statues, n'estant raisonnable que ladicte église soit despoillé de telz ornemens, ny lesdicts seigneurs princes, qui ont esté des principaulx et plus fidelles ministres et vassaulx qui ayt esté cy-devanl en la maison d'Austriche, de leurs sépultures, ayant ledict fut prince Jehan de Chalon retiret et recouvret ce pays et conté de Bourgoyne des mains des François, qui s'en estoient emparez après la mort du duc Charles, et icelluy remis en la protection et obéissance de feu trèsheureuse mémoire domp Philippe, archiduc d'Austriche, roy des Espagnes, ayeul paternel de Sa Majesté ; et les prouesses et mérites dudict prince Philibert ont esté telles et si grandes qu'il n'a esté surpassé par aulcung ministre ou vassal luy ayant succédé, n'estant encoires à tollérer que leurs noms et mémoire soient injuriées par reproches des démérites du dernier prince d'Orange, qui estoit allemand, de la maison de Nassou, et n'a oneques appertenu en consanguenité ou affinité à la maison de Chalon ; le forfait duquel n'a peu lyer ny extendre sa penne aux susdicts princes, et si seroit chose de très-mauvais exemple à tout le peuple , et de mescontenlement envers à tous les pères de l'ordre Sainct-François. A quoy obviant, ladicte court pour

ses accouslumez sainctz et pieux offices elle fera œuvre aggréable à Dieu, à son église, et de mérite envers lesdicts suppléans, qu'ilz prieront à jamais le Créateur pour la prospérité et augmentation d'icelle. (Signé) 3. Patin, père gardien, frère Anthoine Pagèle, vicaire, et J. Cormon.

» Au bas de laquelle requeste est l'appoinclement de ladiete court comme s'ensuit : Ouyz fiscaulx, la court en escripra à Son Altèze, xxvje apvril 1588. (Signé) Anat. Galyet. »

III. Lettre des président et gens de la cour souveraine du parlement à Dole, au duc de Parme. — « Monseigneur, les père gardiain et religieux du couvent Sainct-Françoisde Lons-le-Saulnier nous ont présenté la requeste dont la copie vad ey joincte, et pour ce que par l'exposé en icelle avons recogneu que l'onctroy des statues et imaiges y mentionnées a esté faict par Vostre Altèze à monsieur le conte de Mansfelt, après avoir sur ce ouyz les fiscaulx de ceste court, nous n'avons voulu empescher l'effect de tel onctroy, ny peu reffuser aux religieux de représenter le tout à Vostre Altèze pour y ordonner son bon vouloir et plaisir, à quoy nous obéirons. De Dôle, le xxvje d'apvril 1588 (1).»

Van Ballart (Henri), — « tailleur d'allebastre » , à Gand, sculpta, en 1575, pour la chapelle de l'hôtel du conseil de Flandre dans cette ville, « trois imaiges d'allebaslre», qui lui furent payées 20 livres, de 40 gros (2).

Fourmanoir (Jacques), — sculpteur, à Anvers, reçut, en 1593, 54 livres, pour avoir taillé en pierre d'Avesnes un grand écusson aux armes de Philippe II, destiné à orner le perron de l'hôtel de la monnaie dans cette ville. Il était aussi tailleur de pierres (steenhonwer), et entreprit de ce chef, en 1596 et 1597, quelques travaux importants pour les bâtiments de la monnaie (5).

«Jacob Fourmanoir, beltsnyder, om gelevert ende gemaeckt te hebbene geduerende die maenden van april ende mey , in Avenis steen , die groote ronde wapen van Zyne Majesteyt voer de puye van der munten : liiij liv. (4). »

(1) Papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.

(2) Registre n° 21939 delà chambre des comptes, ibidem.

(5) Registres n°* 17894, f° xlij v», et 17895, f* xx r» et xxj r°, ibidem. (4) Registre n° 17892, f° xlviij v°, ibidem.

Coens (Arnould), — sculpteur (beltsmjdere), vivait à Bruxelles, en 1615 (i).

Arnout (Jean), — sculpteur (statuarhis), de Namur, épousa Marie Menart, de Tournai, le 22 février 1645 (2).

Du Quesnov (François et Jérôme). — Mr A. Van Lokeren a publié dans le Messager des Sciences historiques (0) le malheureux procès à la suite duquel Jérôme du Quesnoy, sans contredit l'un des plus éminents artistes de notre pays, fut condamné à être étranglé, puis brûlé pour crime de sodomie. C'est en vain que les parents et alliés de l'infortuné sculpteur s'adressèrent à l'archiduc Léopold- Guillaume, alors gouverneur général des Pays-Bas, pour obtenir qu'il fût jugé par l'alcade en sa qualité de serviteur attaché à la cour (architectus et statuarhis Suœ Majestatis) (4). Le conseil privé auquel leur requête avait été renvoyée, par lettre du 4 septembre 1654, rejeta cette demande, et l'artiste fut exécuté à Gand, sur le Marchéaux-Grains, par sentence des échevins de cette ville du 28 du même mois. Le mausolée de l'évêque Triest, auquel il travaillait alors, resta inachevé. Les biens et meubles du coupable ayant été mis sous séquestre, ses frères et sœurs intentèrent à cette occasion un procès devant le conseil privé contre l'officier fiscal, pour réclamer leur part dans la succession de François du Quesnoy, dont Jérôme s'était entièrement accaparé. Ils produisirent des témoins pour le prouver. L'un d'eux, du nom d'André Ghysels, orfèvre

(1) Archives des hospices civils de Bruxelles.

(2) Registre aux mariages contractés dans les camps, aux Archives du royaume.

(3) Gand, 1833.

(4) Les pièces relatives à cette demande se trouvent dans les archives du conseil privé, procès n° 41, layette S, aux Archives du royaume.

et bourgeois de Bruxelles, déclara par-devant notaire, le 12 octobre 1654, qu'il habitait Livourne, avec sa femme, douze ans auparavant, et qu'à cette époque étaient arrivés dans cette ville les frères du Quesnoy, qui lui avaient paru très-liés; que là l'aîné des deux, François, reçut différentes lettres de la part de Louis XIII, qui l'engagea à venir en France, et lui envoya même 2,000 ducats pour ses frais de voyage. Mais l'artiste tomba malade et mourut, au bout de trois semaines, dans les bras de l'orfèvre, son compatriote. Sou frère le fit enterrer aux récollets de Livourne. Ainsi tombe cette calomnie répétée par plusieurs écrivains, qui ont avancé que Jérôme avait empoisonné François par jalousie. Ghysels ajouta qu'il avait vu Jérôme expédier pour la Hollande quelques caisses appartenant au défunt, et contenant « des figures de toutte sorte, avec aullres hardes » et jolitez très-curieuses et de prix, » selon les expressions d'un autre témoin; qu'ensuite Jérôme s'était dirigé vers les Pays-Bas par la France. Il ajouta que celui-ci, à son retour d'Espagne, avait passé neuf mois chez lui à Florence, où il était établi, et que de là il alla rejoindre son frère à Rome, qui était alors occupé à de grands travaux pour le pape Urbain VIII (î).

Ou lit dans Y Histoire de Bruxelles (a), que Jérôme du Quesnoy est l'auteur des statues des quatre apôtres, saint Paul, saint Barthélemi, saint Matthias et saint Thomas, qui ornent les colonnes de la grande nef de l'église de Sainte- Gudule. Cette dernière lui fut commandée par le conseil de Brabant, qui la lui paya 400 livres, par ordonnance du 22 décembre 1644.

« Betaelt aen Jeronimo du Quesnoy, beltsnyder, over een appostel by die

(i) Archives du conseil privé, procès n° 25, layette XHI, aux Archives du royaume.

(2) T. III, p. 272.

van den raede van Brabant doen maecken in de kercke van Sinter-Goedelen, de somme van iiijc liv., ingevolge d'ordonnantie van den selven raede van date den xxij december van desen jaere (1). »

Voici un extrait de la commission de J. du Quesnoy en qualité d'architecte et de statuaire de la cour :

« Comme pour la continuelle indisposition de Jacques Francquart, architecte de la cour, sans apparence de retourner en convalescence, l'on a trouvé convenir de luy associer, retenir et commectre un auttre, qui en cas de besoing puisse satisfaire aux charges et fonctions dudict office, Son Excellence, pour le bon rapport que faiet luy a esté de la personne de Jérosme du Quesnoy, se confiant à plein de ses léaullé, preud'hommie et expérience au fait de ladicte architecture, a, pour et au nom de Sa Majesté, par advis de ceulx des finances, commis, ordonné et estably, commect, ordonne et establist par ceste ledict Jérosme du Quesnoy à Testât d'architecte, statuaire et sculpteur de ladicte cour, luy donnant mandement de faire et dresser les modelles et desseings des bastimens, statues et aultres ouvrages que luy seront ordonnez, et au surplus d'y vacquer et d'en porter soing, tout ainsy et avecq le mesme pouvoir qu'en a ledict Jacques Francquart, et aux employs qui luy seront donnez lorsqu'icelluy n'y pourra vacquer : et ce sans aucuns gages, ains seullcment aux honneurs, profficts, émolumens, franchises, exemptions et libertez appartenans audict estât, etc. Faict à Bruxelles, le xxvje d'octobre xvj° xlv (2). »

Caulier (Jean-Baptiste), — sculpteur en bois, à Tournai, travailla en 1750 et 1751, pour François-Ernest, comte de Salm, évêque de celte ville, et sculpta dans ses appartements des panneaux de portes, des encadrements, des lambris, des consoles, des fauteuils, etc. Il épousa Catherine Lestocade, et mourut en 1751 (3).

(1) Registre n° 21726, 15», de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

(2) Registre n» 368, f° lxxvij r°, ibidem.

(5) Archives de l'évêché de Tournai, ibidem.

§ 20. Tombeaux des souverains et des membres de leurs familles.

Sommaire .• Tombeau de Jean II, duc de Brabant. — Jean de Montfort, sculpteur. — Gaspar de Turchelsteyn, fondeur en cuivre. — Tombeau de Louis de Créei, comte de Flandre. — Tombeau de Jeanne, duchesse de Brabant. — Tombeau de Michelle de France, femme de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. — Gilles le Blackere et Tiedeman Macs, sculpteurs. — Tombeau de François d'Autriche, fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne. — Guyot de Beaugrant, sculpteur. — Tombeau de l'archiduc Ernest d'Autriche. — Bobert Colyns de Noie, sculpteur.

Tombeau des ducs de Brabant Jean II et Antoine de Bourgogne. — Les archiducs Albert et Isabelle s'imposèrent, dès le commencement de leur règne, une noble mission artistique, celle de faire restaurer les monuments des souverains qui les avaient précédés. Le mausolée en marbre noir, élevé à la mémoire de Jean II, duc de Brabant, que l'on voit encore dans le chœur de l'église Sainle-Gudule, à Bruxelles, date de cette époque. Il est surmonté d'un lion en cuivre doré, du poids de 6,000 livres, sur le socle duquel on lit : Io. de Montfort fecit anno 1610. Jean de Montfort (î) n'a fait que le modèle de ce lion, et la fonte en est due à Gaspar de Turchelsteyn, célèbre fondeur en cuivre, auquel il fut payé de ce chef 800 livres, de 40 gros de Flandre la livre.

« A Gaspar Turchelsteyn, fondeur en cuivre de Leurs Altézes, la somme de ijc livres, de xl gros, par lettres de descharge du xe de mars xvjc xiiij, pour le parfurnissement de viijc livres que Leursdictes Altèzes luy avoient accordé pour le grand lion de cuivre doré qu'il avoit emprins de faire et par luy livré pour la tombe de ducqz de Brabant posée en l'église collégiale de Saincte- Gudule, à Bruxelles, suivant le contract faict avec ledit Turchelsteyn par

(1) Voy. la biographie de cet artiste, qui fut surtout graveur de médailles, dans nos Recherches sur les graveurs de sceaux, de médailles et de monnaies, t. I", p. 115-125.

Wcnssel Cobcrger, architecte et ingénieur de Leurs Altèzes, ayant satisfaict audict contract en tout ce qu'il esloit tenu de faire (1). »

Tombeau de Louis de Créci. — Louis de Nevers, comle de Flandre, trouva la mort, le 26 août 1546, dans cette mémorable bataille de Créci dont i! a retenu le nom. Il fut d'abord enterré à l'abbaye de Saint-Riquier, près d'Abbeville. Six ans après, en 1354, Louis de Maie, son fils, fit transporter ses restes dans l'église de Saint-Donat, à Bruges, devant le maître-autel. Le tombeau qui lui fut élevé a disparu avec l'antique édifice qui l'abritait, et nous n'en avons trouvé la description nulle part. Voici un document transcrit dans un registre aux chartes de Flandre de 1558 à 1362 (2), par conséquent contemporain de l'époque où le monument a été placé, qui peut nous donner quelque idée de la richesse de ce mausolée. Il semble avoir été composé d'un sarcophage carré, de marbre noir, sur lequel se trouvait la statue toute armée de l'infortuné prince, avec un petit dais ou tabernacle au-dessus de la tête. Autour du socle étaient placées vingt-quatre statuettes, séparées par des colonneltes dorées. Nous ne savons trop où devaient être assis les anges dont il est question dans cette pièce. L'inscription du monument nous a été conservée (5); la voici :

Cljt fltst noble puissant prince ire bonne mémoire monseigneur £05,0 fonte îrejlanirre ire îleoers îrefôetf)ers jqui txesxjassa en Ion ire grâce mil trois cents quarante sxjs le x*of jouriru mois irauçjst.|Jr2es pour lame ire 1%.

(i) Registre n° F. 296, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.

(2) F°cxxxiiij. Cette même pièce est copiée dans le registre n«773, f« 127, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

(3) Oudegherst, Annales de Flandre, t. II, p. 471.

« Inventaire des pièces nécessaires pour élever le tombeau de Louis, comte de Flandre.

Ch'est li tombe Monsigneur de Flandres et toutes les appartenanches à ledite tombe sicomme chi appriès ensuit :

Premiers une lame drëchié contre le mur à l'entrée de Fuis enviers le lis.

Item, une coffre là li corps Monsigneur est tous armés.

Ilem, en j autre coffre le tabernacle, vingt-quatre ymages et vingt-quatre coulombettes.

Item, en un tierche coffre vingt-quatre arkées, deux ataintes appartenans au tabernacle, quatre longhes coulombes appartenans audit tabernacle, et adicées acaintes {sic), iiij bussées porlans leurs reprises appartenans as longhes coulombes, et deus angèles,- et les coses dessusdiles aprestées et de boin or dorées si comme il appartient.

Item, vj pièches d'esponde de marbre noir qui font le tour de le tombe.

Item, v pièches de soubassement doudit marbre qui font le tour de le dessusdite tombe.

Item, ij pièches de piastre de Paris pour assoir laditte besogne. »

Tombeau de Jeanne, duchesse de Brabant. — La duchesse Jeanne fut enterrée dans le chœur de l'église des carmes, à Bruxelles, où lui fut élevé un tombeau surmonté de sa statue, et dont la représentation se trouve dans les ouvrages de Butkens (î) et de Leroy (2). Ce tombeau remontait, selon toute probabilité, au duc Antoine de Bourgogne, neveu et héritier de cette princesse : il fut détruit par le bombardement de 169o. Les archiducs l'avaient fait restaurer avec soin en 1607.

« Frère Ferdinant de Sainct-Victor, prieur du couvent de l'ordre des carmes en la ville de Bruxelles, la somme de iij<= livres xvij sols, de xl gros, pour estre délivrée à bon compte de ce que cousteroit la réparation et renouvellement de la tombe de la sépulture de feue madame Jehenne, duchesse de Brabant, enterrée au cœur de l'église du couvent des carmes audit Bruxelles (5). »

(1) Trophées de Brabant, t. I«.

(2) Le grand Théâtre sacré du Brabant, t. II.

(3) Registre n° F 289, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.

Tombeau de Michelle de France. — Le tombeau de cette princesse, qui fut la première épouse de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, orna l'église de Saint-Bavon, à Gand, jusqu'en 1540, époque de la démolition de cet édifice, et fut transféré ensuite dans l'église Saint-Jean de la même ville (i). Ce mausolée était composé d'une statue d'albâtre, que Gilles le Blackere commença en 1455, et d'un sarcophage entouré de statuettes, dont l'exécution fut confiée à Tiedeman Maes, tous deux artistes brugeois (2). Nous voyons par la note suivante, que les pierres dont on se servit pour ce mausolée étaient de marbre noir provenant d'une carrière (falize) située près de Dinant.

« Par lettres patentes du xvij septembre xiiijc xxxvj, payé à Jehan Nonnon, machon, pour l'achat de v grandes pierres de noir marbre, prinses à le falize de Dinant, que Monseigneur y a fait acheter pour emploïer à faire la sépulture de deffuncte madame Michielle, en son vivant espeuse de Monditseigneur, lxij piètres; — item, pour l'achat d'un groz et matériel chariot pour mener de Namur en la ville de Bruges la plus grande d'icelles pierres : xv piètres (3). »

TombeaudeFrançgisd' Autriche. — DeBeaugrant(GuvoI). — L'archiduc François d'Autriche était fils de l'empereur Maximilien Ier et de Marie de Bourgogne. Il mourut, en 1481, à l'âge de quelques mois, à Bruxelles, et fut enterré dans l'église prévôtale de Saint-Jacques-sur-Caudenberg de cette ville. En 1526, Marguerite d'Autriche, sa sœur, lui fit élever, au milieu du chœur de cette église, un tombeau en marbre noir, sur lequel était couchée une statue d'enfant, enveloppée dans des draperies, la tète posée sur un

(1) Messager des Sciences historiques, Gand, 1855, p. 150; — A. Van Lokeren, Histoire de l'abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à Gand, p. 178.

(2) Comte de Laborde, Les Ducs de Bourgogne, Preuves, t. 1er, nos H96, p. 352, et n° 1473, p. 585.

(5) Registre n° 5252, f° xxv° r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

coussin, avec un lion aux pieds. D'autres statues d'enfants ornaient les quatre angles du sarcophage. Les figures et les accessoires étaient en marbre blanc. Dans le même édifice, qui n'avait guère d'apparence et peu d'étendue, avaient été inhumés les deux célèbres annalistes Edmond de Dynler, en 1449, et Olivier de la Marche, en 1501 (î). Ce que devint le mausolée de François d'Autriche, lorsque l'église fut démolie, en 1773, pour reconstruire celle que nous voyons actuellement, nul ne le sait, et nos recherches dans ce but n'ont abouti à aucun résultat.

Parlons maintenant de l'artiste qui exécuta ce monument et dont le nom est Guyot de Beaugrant. On sait peu de chose de ce sculpteur, qui a échappé, ainsi que nombre d'autres, aux investigations de Philippe Baert. Il habitait Malines, cette ville où Marguerite d'Autriche tenait sa cour, et où s'étaient fixés tant de savants, de littérateurs et d'artistes en tous genres. Quant au lieu de sa naissance, il est encore inconnu ; nous croyons cependant pouvoir affirmer qu'il est Belge, car parmi les messagers des écuries de Maximilien d'Autriche figure, en 1489, Evrard de Beaugrant, auquel il pourrait appartenir par parenté (2). Nous avons déjà dit que c'est en 1526 que fut commencée l'exécution du tombeau de François d'Autriche. L'artiste l'avait entrepris pour la somme de 200 livres, de 40 gros de Flandre, la livre, et devait l'avoir terminé pour la Saint-Jean- Baptiste de l'année 1527, ce qui fut fait. Toutefois, par un document que nous publions ici, nous voyons que l'épitaphe n'était pas encore gravée au mois de décembre suivant. En 1528, il fut payé 13 livres à un serrurier pour « ung » beaul et grant treilly de fer, garny de xij pilliers, posé » à l'entour de la riche tombe et sépulture de feu François

(1) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 557-558.

(2) Registre n° 18242, 3°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

» monseigneur, pour sa préservation et conservacion » (i). Nous possédons de Guyot de Beaugranl un monument bien autrement recommandable que celui dont nous venons de parler, c'est la partie en marbre de la cheminée de la grande salle d'assemblée du Franc, à Bruges, dont la réputation est européenne, et que le roi Louis-Philippe fit mouler en plâtre pour les galeries de Versailles. Mr F. de Hondt, graveur eu médailles, nous a retracé, dans deux notices publiés en 1840 et en 1846, toutes les particularités si curieuses qui se rattachent à l'histoire de ce chef-d'œuvre. C'est dans la seconde que sont mentionnés les noms des artistes qui y ont travaillé (2). Guyot de Beaugrant se rendit adjudicataire, le 1er mars 1528, à l'exclusion d'autres artistes de Bruges, Dinant et Bruxelles, de toutes les sculptures en marbre et en albâtre de la cheminée, c'est-à-dire des deux pieds droits en marbre noir, formés de faisceaux de colonneltes élégamment ornées de fleurons et de chapiteaux, et d'une frise en albâtre, qui est enrichie de quatre bas-reliefs tirés de l'histoire de la chaste Suzanne, et de quatre petits génies également en albâtre (s). Il acheva de placer tous ces objets le 15 février 1529. Le trophée en bois de chêne, formant la partie supérieure de la cheminée, et qui ne fut achevé qu'en 1532, appartient à d'autres artistes : nous n'avons pas à nous en occuper ici.

1. « A Guïot de Beaulgrant, tailleur d'ymaiges, demeurant à Malines, la somme de xxx livres, de xl gros de Flandre, la livre, en tant moins sur et à bon compte de la somme de ij<= 1. , à quoy Madame a convenu avec luy pour une

(1) Registre n° 1804., de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

(2) A la fin de celte notice se trouvent traduits en français les extraits des comptes du Franc de Bruges, relatifs à ce monument , d'après les originaux qui existent aux Archives de l'État, à Bruges. Des doubles de ces registres reposent aux Archives du royaume; c'est d'après eux que nous publions le texte flamand de ces extraits.

(5) Voy. la charmante gravure au trait de cette cheminée, faite par Mr Ch. Okghena, de Gand, qui orne la première notice de Mr de Hondt.

sépulture de marbre blanc et noir qu'il promect faire et poser en l'église de Cauberghe, à Bruxelles, déans la Sainct-Jehan prouehain venant en ung an, pour feu François, monseigneur, frère de Madicte Dame , qui sera une figure couchant de la longueur d'ung enfant de xviij mois, ou selon que la pierre le pourra pourler, ung coussin soubz la teste et ung lyon au pied, et accoustré en linge comme il est au patron , et aux quatre coings de ladicte tombe à chascun ung enffant assis de telle longueur que le marbre le pourra pourter, tout ainsi selon et par la forme et manière qu'il est plus au long contenu et déclairé ou marché sur ce faictes (1). » (Par ordonnance du 14 avril 1526.)

II. « Je Guïot de Beaugrant, tailleur d'ymaiges, demourant à Malines, pramectz de toutes et quantesfois qu'il plaira à Madame escripre et gravé en la tombe de marbre noir et blanc que j'ay naguères faicte et posée en l'église de Cauberghes, à Bruxelles, pour feu François monseigneur, frère de Madicte Dame, l'épitaphe telle qu'il plaira à icelle dame ordonner, sans prétendre ny demander aucun sallaire, remboursement de despence ou autrement, à cause que me tiens pour entièrement bien paie et satisfaict d'icelle sépulture, suyvant le marché avec moy pour ce faictz , sous l'obligation et ypothèque de tous et singuliers mes biens. Faict audict Bruxelles, le xxiiije de décembre xvc vingt et sept (2). »

III. « Meester Jacob Bissaert, van dat hy, den xvjeu van meert [1529, n. st.] by laste van der wet, reysde te Mechelen, omme te bewarene de dachvairt ende den advocaet ende procureur van den lande aldaer le instrueerene omme uter name van den lande t'andwoordene jegens mevrauwe de weduwe van wylen mer Joos Laureins, président, ende te accepteirene den zekere die Guyot Beaugrant den lande doen moest voor 't maken van den cafkoene (3). »

IV. « Mynheere van Lichtervelde ende joncheere Jacob de Vooght, van dat zy, den ix^n van lauwe [1530, n. st.], bezich waren omme te sprekene met Guyot de Beaugrandt ende met hem te accordeeren ende voorwairde te makene van 't maken van der historié van Susanna, daerof hedent den collège den patroon ghetooght was in albaestere dat men in den scausteen stellen sal in de nieuwe camere (4). »

(1) Begistre n» 1802 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

(2) Acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite, ibidem.

(3) Begistre n» 32787, f« xxxvij r°, de la chambre des comptes, ibidem.

(4) Begistre n" 32788, f° xxv r°, ibidem.

V. « Mynheerc van Lichtcrvelde, joncheerc Jacob de Vooght cnde meester Joos Thibault, van dat zy, den xvc» van sporkele [1550, n. st.], ovcrnamen de leveringhe van den cafkoene hemlieden ghedaen over cnde uter name van den lande by Guyol de Beaugrandt (1). »

VI. « Joncker Jacob de Voochl ende meester Joos Thybault, van dat zy, by lus te van den burchmeesters, den ijcn dach van octobre [1550], communicquierden met Guyot de Beaugrant ende andere wercklieden van den lande, om te adviserene wat verwelf men best maken zouden mueghen an 't nieuwe cafcoen in scepen camere, weder plat ofte met pinnen, en hoe groot (2). »

Tombeau d'Ernest, archiduc d'Autriche. — Ce prince, qui succéda dans le gouvernement général des Pays-Bas à Alexandre Farnese, duc de Parme, mourut à Bruxelles, dans la nuit du 20 au 21 février 1 595. Ce fut l'archiduc Albert, son frère, époux de l'infante Isabelle, qui lui fît élever le beau monument que l'on voit encore actuellement à droite dans le chœur de l'église Sainte-Gudule, en face du tombeau de Jean II. Ernest y est représenté en marbre, couché sur un socle en pierre de touche. Robert de Noie, auquel on confia la sculpture de ce monument, était alors un artiste en grande réputation et à juste titre. Il entreprit l'exécution de ce mausolée pour la somme de 2,200 livres, de 40 gros de Flandre, par accord du H mars 1601, et s'engagea à le livrer endéans les dix mois. En 1853, Mr Visschers, curé de l'église Saint-André, à Anvers, a publié sur la famille Colyns de Noie, de celte ville, qui a fourni plusieurs sculpteurs, des renseignements nombreux et du plus grand intérêt (s). Notre artiste y occupe une large place.

« A Robert Noie, maistre sculpteur, la somme de xijc xxv livres, de xl gros, pour la parpaye de ijn» ij° livres, pour lesquels il avoit emprins de faire

(1) Registre n<> 52788 cité, f» xxvj v°.

(2) Registre n» 52789, f" xxviij v°, aux Archives du royaume.

(5) Jets over Jacob Jonghelincx, Octavio Van Veen en de gebroeders Collyns de Noie.

asseoir en l'église de Saincte-Gudule, en la ville de Bruxelles, endéant le temps et terme de dix mois, une sépulture de pière de touche et allebastre, avec la représentation de feu l'archiducq Erneste d'Austrice, suivant l'accord fait avec luy le xje jour de mars xvj° ung, et pour le séjour qu'il avoit faict avecq ses ouvriers en ladicte ville de Bruxelles, attandant que l'on avoit serré la sépulture à son arrivée trouvée ouverte, sans pouvoir asseoir laditte tombe (1). »

§ 21. Géographes.

Sommaire .• Régnier Gemma, dit Frisius. — Gaspar Van der Heyden, dit de Mirica. — Pierre Apianus. — Description des différentes éditions imprimées à Anvers de sa Cosmographia. — Chrétien Scrool. — Description des Pays-Bas par L. Guicciardini; les diverses éditions de ce livre qui ont paru dans le XVIe siècle. — Nomenclature des planches gravées sur bois et sur cuivre dont elles sont ornées. — Artistes qui les ont exécutées. — Corneille de Hooghe, graveur sur cuivre; sa biographie. — Graveurs sur bois aux monogrammes C. et G. — Ouvrage de l'ingénieur Fr. de Marclri sur les forteresses des Pays-Pas. — Planches de cet ouvrage gravées par C. de Hooghe et Jérôme de Cock. — Vers français de Luc d'Heere et d'Antoine Olivier, peintres. — Planches gravées par Crispin Van den Broek.

Gemma (Régnier), dit Frisius. — Van der Heyden (Gaspar), dit de Mirica. — Il y aurait un bien curieux mémoire à écrire sur les travaux de géographie et de topographie, tant manuscrits qu'imprimés, qui ont été entrepris sur les Pays-Bas, ses provinces et ses villes, et sur les géographes, géomètres, mathématiciens et artistes qui ont exécuté les cartes et plans qui en ont été successivement dressés. C'est pour être utile aux savants qui s'en occuperont un jour que nous avons réuni les notes que nous publions dans ce recueil.

(1) Registre n° F. 285, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille. Voy. aussi le registre n° F. 284, ibidem, e% le registre n° 23574, f<> lxix v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, où sont renseignés les autres payements faits pour le même objet, jusqu'à concurrence de la somme de 2,200 livres.

Au XVIe siècle, un grand mouvement s'opéra dans les esprits par rapport aux études astronomiques et géographiques. La découverte de l'Amérique, en 1492, celle de la route des Indes Orientales par le cap de Bonne-Espérance, en 1498, et toutes les autres qui en furent les conséquences, devaient produire ce résultat. Un des savants qui s'en occupèrent des premiers aux Pays-Bas fut Régnier Gemma, appelé plus communément Gemma Frisius, ou le Frison, parce qu'il était né à Dokkum, en Frise, en 1508. Il avait à peine terminé ses études à l'université de Louvain, qu'il entreprit avec un certain Gaspar Van der Heyden, dit de Mirica, la publication d'une sphère pour laquelle ils obtinrent, le 24 mai 1531 , un octroi dont voici le texte :

« Charles, etc. De la part de Gemma Phrisius et Gaspard de Mirica, nous a esté remonstré comme ilz aient composé et inventé ingénieusement certain globe en forme et figure d'une sphère cosmographique, lequel à l'utilité et proffit des estudians ils ont fait insculper, et désirans faire imprimer afin de le vendre et publier; mais pour ce que, en faisant ladicle composition, ilz ont supporté plusieurs frais et despens pour desquels avoir recouvrement, et que aultruy ne ait le fruict et prouffit de leur labeur, et de ce que eulxmesmes ont desservy et mérité, nous ont très-humblement supplié et requis leur accorder privileige de pouvoir faire ladicte impression , et deffendre à tous autres noz subgects ou résidans en noz pays et seignories de par-deçà, de, pendant le temps de dix ans, imprimer ne faire imprimer ledicl globe, sur peine en tel cas accoustumée. Sçavoir faisons, que nous, ces choses considérées, ausdit supplians, inclinans favorablement à leurdicte supplication et requeste, avons octroyé, consenti et octroïons, etc. Donné en nostre ville de Gand, le xxiiij» jour de may l'an de grasce mil vc xxxj (1). »

Nous ignorons si cette sphère a paru en 1551, ou si elle n'a vu le jour qu'en 1540, date de l'impression à Louvain d'une Charta sive mappa mundi par Gemma, et qui n'est peut-être autre chose que cette même carte mentionnée dans l'octroi rapporté plus haut. Le savant auteur de la Géographie du moyen âge, l'honorable Mr Lelewel, n'a pas

(1) Papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.

rencontré cette carte dans ses nombreuses recherches (i). En 1524, Pierre Apianus ou Bienewitz, savant allemand, avait publié sa Cosmographia. Gemma Frisius en donna, en 1534 (n. st.), une nouvelle édition latine commentée, qui fut imprimée à Anvers, chez Jean Grapheus, pour le libraire Grégoire Bonté, et qui est remplie de figures gravées sur bois très-grossièrement. Ce livre eut beaucoup de succès. Une seconde édition latine fut imprimée à Anvers, en 1540, par Gilles Copen, pour le compte du libraire Arnould Berckman. Grégoire Bonté en fit de plus faire des traductions française et flamande, qui ont été imprimées, en 1544, par le même Gilles Copen ou Gilles de Diesl, à frais communs avec l'auteur. Une autre édition flamande parut en 1553 : Bonté y annonce que l'on peut en outre se procurer chez lui des traductions espagnole et allemande. Gemma mourut en 1555, laissant un fils du nom de Corneille, qui hérita de sa science : plusieurs autres éditions de la Cosmographia annotée par lui, ont été publiées à Anvers après sa mort. La première fut imprimée chez Jean Whilage , aux frais de Christophe Plantin, en 1574, et il en existe des traductions espagnole et italienne de 1575. Quelques exemplaires sont ornés du portrait de l'auteur, gravé sur cuivre par Esme de Boulonois. Une seconde édition posthume est sortie des presses du même imprimeur, en 1584, accompagnée d'un grand nombre d'autres opuscules de Gemma Frisius, sur l'astronomie et la cosmographie. Les mêmes planches ont servi à toutes les éditions depuis 1534. On trouve de plus dans la dernière une assez grande carte du monde connu d'alors, gravée sur bois avec bien peu de soin. Corneille Gemma y a fait ajouter à la fin une pièce de vers latins sur la mort de son père, qui exerça l'art de la médecine avec talent,

(1) T. Il, p. 176, note 361.

et qui se qualifie, dans ses ouvrages, de médecin et de mathématicien.

Apianus (Pierre). — La Biographie universelle (I. IF) dit que Charles-Quint, qui avait une grande estime pour ce savant, lui fit présent de 3,000 florins. Nous avons trouvé une lettre originale, en français, écrite par Apianus le 20 août 1549, deux ans avant sa mort, à un de ses amis intimes alors à Bruxelles, et relative aux difficultés qu'il éprouvait pour se faire payer cette somme. Cette lettre, qui est trop curieuse pour ne point trouver place ici, porte l'adresse suivante : Domino Joanni A Via, horologiariû sacrœ Cœs. Mtis amico suo charissimo, Bruxellœ, en ta court de l'empereur. Le véritable nom de l'ami d'Apianus était Jean du Chemin, de Besançon, que Charles-Quint avait nommé son horologeur, vers 1535 (î).

« Très-chier amy, maistre Jehan. J'ay receu voz lettres auquelles me signifiez que l'empereur, mon très-redoubté seigneur, a ordonné que par le receveur de Neuburg me soyent baillé et contez troys mille florins, combien que les leltres après la date sont esté aulcuns jours supprimés et retenuz, et je vous remercye de cestez bonnes novelles. Peu jour après, je viens audict receveur, lequel me racontoit cestes mesmes novelles, et me disoit que me bailleroit les troys mille florins, mais il fauldroit que je anttendisse autant que les biens confisqués soyent venduz, ou que je acceptasse les biens du feu receveur, lequel aulx guerres passés a esté contre l'empereur et après s'enfuyt; par ceste cause Sa Majesté a confisqué sez biens. Ainsy crains que le payement se arrestera et prolongera, et à ceste foys je consenlay de vouloir accepter les biens, et cela environ ung moys. Cependant j'ay changé l'opinion, en pensant, sy je acceptasse les biens, que grand inimicice et envie m'engendroyt auprès d'aulcuns, et lesdietz biens sont esté taxé dudict receveur peu moins que septe mille florins. Ainsy en acceptant les biens je seroy eontreint de rendre quatre mille florins. Sy je fusse en bonne santé ung ou quatre ans, je vouldroy avoir franche et livre lesdietz biens. Mais non sachant la fin de ma vie, et estant en viel eage, ainsy que sy le Dieu omni-

(1) La minute des lettres patentes de nomination se trouve dans les papiers d'Etat et de l'audience, liasse de 1535, aux Archives du royaume.

potent en brief me révocasse de ceste vie, en l'éternelle habitation, ma femme et enfans ne sauroynt entretenir lesdictz biens, mais seroyent contreintz de les vender avecque leur grand domaige, car ilz sont esté taxé plus hault que la coustume de notre pays requiert. Par ce je suis délibéré de ne me charger de ces cures, sur cela j'ai renuméré audit receveur le traittement des biens, en requérant lesdicls troys mil florins de luy. Mais j'ay bien adverti qu'il n'esloyl pas bien content de ma réquisition, ainsy que je doubte que le payement se prolongera, et j'eusse besoigne de l'argent. Par ces causes je vous prie, tant comment je puis, que vous plaise de supplier de me part alla Cesarea Majesté que Sa Majesté commande et ordonne que à ung aultre lieu me soynt satisfaict lesditz troys mille florins, et par les seigneurs les Fuggers se pourroyt faire le payement, et que ledit receveur satisferoit après ceste somme aulxditz seigneurs Fuggers, et sy je attand le payement du receveur, enfin je seroy contreint luy présenter au moins cent florins, afin que ne parle mal de moy, mais se je seroy payé des seigneurs les Fuggers je ne présenteré rien, et avecque ces cent florins je pourrois entretenir ung année en Italie ung de mes filz. Ces jours passés j'ay envoyé mon ainné filz Philippum en France pour estudier là, lequel, sy par fortune vous le verres, je le vous recommande. Je eusse besoing d'argent à ce temps pour faire imprimer les livres que vous avez veu, que sont six, pour satisfaire et aider les studians en l'art mathématique, car là dedans se trouveron choses jamais veu et ouy, ainsy que je eusse besoigne envyron 2,000 florins auprès. J'ay achetté par grand nécessité une maison pour 1,200 florins, car je n'avoys plasse en ma vielle habilacion pour imprimer des livres, pour tant de rechief je vous prie comment, mon fidel frère, que vous plaise le bonheure supplier de ma part en ces mez affaires alla Cesarea Majesté, comment desus est dict, me offerant de vous faire choses services au pays de par-desà agréables, et à Dieu soyés. Vous priant de rendre responce sur mes lettres et que vous plaise vous lettres adresser à Sébastien Kûrtz, factor des seigneurs de Fuggers, et à Dieu soyés. Datum in Augusta, le xxe jour du moys d'aust l'an [xvc] xlviiij. Sébastien Kiirtz est pour le présent alla court de Sa Majesté.

Petrus Apiahus, amicus tuus ex animo, manu propria (1). »

Scroot (Chrétien), — dont le nom est orthographié de différentes manières : Sgrooten, Sgroelz, Scroot, Sgroet et

(1) Documents sur l'époque de la réforme religieuse, vol. XI, f° 299 r°, dans la collection de la secrétairerie d'État allemande, aux Archives du royaume.

Sgroelh, est l'auteur, avons-nous dit (§ 7), de la carte du pays de Gueldre et de Zutphen. Ajoutons que le duc de Savoie, alors gouverneur général des Pays-Bas, lui fil délivrer, le 3 juin 1558, un sauf-conduit, afin de ne pas être entravé dans ses travaux (i). C'est d'après cette carte qu'Abraham Ortelius publia celle qui orne la première édition, parue en 1570, de son Theatrum orbis terrarum, ainsi que le témoigne cette inscription : Christiano Schrot auctore. Elle a été copiée souvent depuis. La duchesse Marguerite de Parme continua à employer le talent et les connaissances de ce géographe, car elle lui confia, en 1561 , une mission scientifique, et signa dans ce but, le 24 juillet, un passeport qu'elle lui fit remettre, et qui enjoignait à tous gouverneurs, baillis, écoutètes, bourgmestres, échevins, receveurs de tonlieux, etc., de le laisser passer partout, sans le molester en quoi que ce fût (2).

Description des Pays-Bas, par Guicciardini. — L'ouvrage de Louis Guicciardini contenant la description des Pays- Bas, et dont il existe différentes éditions, parut pour la première fois en langue italienne, à Anvers, en 1 567, chez Guillaume Silvius, ensuite d'un octroi du 29 septembre 1 565. La dédicace au roi Philippe II est datée d'Anvers, du 20 octobre 1566 : elle est suivie d'une épître au lecteur de la même date. Cette première édition forme un volume petit in-folio, de 296- pages, sans les préliminaires et la table. Les bibliographes la disent excessivement rare : la Bibliothèque royale de Bruxelles en possède deux exemplaires dans le fonds Van Hullhem, et l'on en conserve un autre aux Archives du royaume. Le litre du livre est entouré d'un bel et grand encadrement en forme de portique, accompagné

(1) Papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.

(2) Volume d'ordonnances et placards de l'audience, de 1558 à 1562, f° ijc xxxix v°, ibidem.

de six figures allégoriques de femmes. Ce même encadrement a servi pour la vignette suivante, où le titre est remplacé par l'écusson aux armes de Philippe II, et pour une troisième représentant le buste du roi d'Espagne en profil, le tout gravé sur bois avec beaucoup de soin et de correction. Entre le pied de la figure de droite et la colonne contre laquelle elle s'appuie, on lit très-distinctement un C, monogramme de l'artiste qui lés a exécutées. Le volume est en outre orné de lettrines gravées sur bois avec la plus grande finesse, et dont les sujets sont traités de main de maître et dessinés avec beaucoup de goût. On rencontre dans l'édition italienne de 1567 dont nous parlons, les lettres A, E, G, H, I, L, M et Y. Dans l'édition française de la même date, on trouve de plus les lettres B, P et T du même alphabet. L'artiste, auteur de la gravure de ces petites vignettes, en a signé une, la lettre L, de son monogramme G parfaitement visible. A l'ouvrage de messire Louis Guicciardiui sont jointes quinze grandes gravures sur bois, assez grossières, imprimées dans le texte, et deux gravures sur cuivre. Voici rémunération des premières :

Page 1