THE NEW YORK
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T7 ILS et petit-fils de maîtres d'armes, nous nous ^ sommes intéressé de bonne heure à tout ce qui pouvait nous donner un renseignement utile ou curieux sur un art que, guidé par les soins vigilants de notre père, nous avons cultivé pendant près de vingt ans en qualité d'amateur.
Nous avons collectionné les traités et les estampes se rapportant à l'escrime; mais ce sont surtout les documents provenant de Vancienne Communauté des Maîtres d'armes de Paris que nous avons recherchés avec ardeur ' .
En lygi, toutes les Corporations, Jurandes et Maî-
I . Sous le titre de : Statuts et Règlements /ails par les Maîtres en fait d'armes de la Ville et Fauxbourgs de Paris, nous avons publié, en 1867, quelques notes concernant cette Compagnie.
WjAN s 193t
trises privilégiées ayant été supprimées^ la Compagnie des Maîtres d'armes subit le sort commun^ et ses archives^ désormais sans objet^ furent dispersées et perdues en partie. De loin en loin^ nous avons eu la bonne fortune de recueillir quelques épaves échappées au naufrage , et, depuis trente ans^ nous n'avons jamais laissé perdre une occasion d augmenter notre collection,
OA l'aide tant de nos documents que de notes puisées aux Q/irchives nationales et dans les bibliothèques publiques ou privées, nous avons pu reconstituer presque entièrement Vhistoire de la Compagnie qui fut l'objet constant de nos études.
Nous croyons être agréable aux personnes que les curiosités de l'escrime intéressent, en publiant dans le présent livre le résultat de nos recherches; nous serions heureux de le voir prendre place, à un titre plus modeste, à côté de la Bibliographie de l'escrime, faite par un de nos plus grands maîtres modernes, en même temps charmant conteur et chercheur passionné des anciens traités d'armes : nous avons nommé Vigeant,
Le lecteur suivra dans la première partie de notre ouvrage l'historique des diverses transformations subies par les Statuts des Maistres Joueurs et Escrimeurs d espée, devenus plus tard les Maistres en faict d'armes des Académies du Roy.
Cf la suite des Statuts viennent s'ajouter les Lettres patentes accordées à la Communauté par les rois de France, quelques Sentences et Q/lrréts, et enfin le nom
des principaux Maîtres d'armes ayant enseigné en France^ depuis jjS^ jusqu'à iS^o.
La seconde partie contient des renseignements sur l'escrime et les escrimeurs à différentes époques^ des notes concernant les duels et les Lettres de rémission.
Dans un chapitre consacré au duel célèbre de La Châteigneraie et de Jarnac^ nous nous sommes appliqué à démontrer^ contrairement à l'opinion erronée communément admise y que la conduite de ce dernier gentilhomme avait été parfaitement loyale : l'honneur français nous créait ce devoir.
Cédant à un sentiment filial, nous donnons la biographie de notre aïeul, Jean Daressy, le maître de Lafaugère, et celle de Pierre Daressy, notre père.
Leur souvenir nous a soutenu dans l'accomplissement de la tâche que nous avons entreprise : nous dédions ce livre à leur mémoire.
i^N a peu de renseignements sur les maîtres d'armes ^^ de Paris pendant le moyen âge et même jusqu'au milieu du xvi* sitcle ; le plus ancien document où il en soit fait mention, à notre connaissance, date du règne de Philippe te Bel.
C'est le rôle de la taille levée en 1 393 ' sur les habitants de Paris; nous avons trouvé dans cette pièce les noms, demeures, ainsi que la taxe payée par chacun des sept escrémisséeurs*.
Le XVI» siècle devant être le point dedépart de notre publication, nous commencerons la série des documents par l'ordonnance de 1554.
A cette époque, les écoliers de l'Université abandonnaient volontiers l'étude du grec et du latin pour aller tirer des estocades dans les salles d'armes ; une
. Les numijros renvok-nt aux Notes, page 127.
ordonnance du Parlement, en date du ao août 1554, relative à la police des écoliers de l'Université ', porte dans son article VI que c plusieurs des dits escholiers, au lieu de vacquer à leurs études, vont souvent chez les maistres escrimeurs et joueurs d'espée demourant es dits faux-bourgs^ en lieux destournez, de peur d'estre veus de leurs maistres et régents. > Pour remédier à cet état de choses, la Cour enjoignit < à tous les dicts escrimeurs et joueurs d'espée se retirer en la dicte ville, es rues publiques d^icelle, sans d'ores en avant se tenir et demourer es dits fauxbourgs, sur peine de prison et autre amende arbitraire. •
Nous ignorons si cet article VI eut pour effet de retenir davantage les e^cAo/ier^ sur les bancs des collèges.
Jusqu'en 1567, les maîtres d'armes de Paris s'étaient tenus isolés les uns des autres ; mais, comprenant l'avantage qu'ils auraient à former une compagnie privilégiée, ils rédigèrent des statuts qu'ils soumirent à la sanction royale. Charles IX ', par ses Lettres patentes du mois de décembre 1567, autorisa les Maistres Joueurs et Escrimeurs d'espée de la ville de Paris à se réunir en communauté et confirma leurs statuts.
En 1573, Henry de Sainct-Didier*, gentilhomme de Perthuis, en Provence, fit paraître le premier ouvrage français traitant de la science des armes; il le dédia au roi Charles IX.
A la demande de ce prince, lauteur fit assaut avec un frère du roi et aussi avec le duc de Guise ^.
Éclairée par Texpérience, la Communauté des Maîtres Escrimeurs reconnut les défauts de certains articles de ses règlements; elle corrigea ses statuts et les présenta à l'approbation du roi.
Henri III, par ses Lettres patentes du mois de décembre 1585, confirma tous les privilèges accordés par Charles IX, et pour donner plus d'autorité à la Communauté, il fît enregistrer par le Parlement (27 janvier 1586) ces statuts ainsi réformés.
Les modifications eurent pour objet : t® de porter de deux à quatre années le temps d'apprentissage nécessaire aux prévôts pour se présentera la maîtrise; 2® de défendre à toute personne d'enseigner l'exercice des armes, si elle n'avait élé reçue à la maîtrise par chef-d'œuvre ou expérience; 3® de retirer aux veuves des maîtres le droit de se servir du brevet du défunt pour faire tenir salle.
Ce qui motiva cette dernière réforme, c'est qu'au lieu de se conformer aux règlements qui prescrivaient aux veuves de prendre les prévôts imposés par les Gardes de la maîtrise, il était arrivé plusieurs fois qu^elles avaient pris les premiers venus, même non pourvus de brevets de capacité.
A l'occasion d'un joyeux avènemeot, d'une naissance, d'un mariage de prince ou princesse, souvent aussi à titre
de don gracieux, les rois et les reines de France créaient des Lettres de maîtrise dans chacune des communautés d'arts et de métiers. Celles qui furent octroyées dans la Communauté des maîtres d'armes devinrent souvent une cause de procès entre la Communauté, jalouse de faire respecter ses privilèges, et les possesseurs de ces nouvelles Lettres; ces derniers refusaient absolument de faire l'expérience exigée par les statuts, prétendant avoir le droit d'exercer leur profession librement et sans aucun contrôle. Tel fut le cas d'un maître italien nommé Vincent Vannarelli *, pourvu par la reine Marie de Médicis d'une de ces Lettres de maîtrise : il ne voulut pas se soumettre au chefd'œuvre réglementaire et entama un procès avec la Communauté le lo juillet i6ip. Un arrêt du Parlement, rendu le 12 août 1621, lui défendit d'exercer avant d'avoir fait une • légère expérience avec six maîtres et de quatre sortes d'armes '•' » .
En 1633, la Communauté rédigea de nouvelles Ordonnances pour rétablir l'ordre dans la réception des maîtres, souvent acceptés en dehors des règles établies « par trop grande bonté et facilité de nous tous >, disent ces Ordonnances.
Le temps d'apprentissage fut porté à six ans au lieu de quatre, et ce n'était qu'après les deux premières années écoulées que le prévôt pouvait porter Tépée ordinaire (?), avec la permission, toutefois, du syndic et du maître qui lui enseignait les armes!
Les maîtres prirent l'engagement formel de ne plus obliger aucun prévôt qui ne fût natif du royaume de France. (Obliger, cest-à-dire préparer à la maîtrise.)
Saint Michel étant le patron des escrimeurs, tous les membres de la Communauté devaient, diaprés les nouvelles ordonnan£es, se rendre au grand couvent des Augustins, le jour de la fête du saint, pour y entendre la messe célébrée en son honneur, f sous peine d'un escu s'il n'y a cause légitime >. Cette messe annuelle se disait auparavant dans TégliseSainte-Genevi^ve-des-Ardents (située rue Neuve-Notre-Dame).
Dans les Lettres patentes données à Chantilly en mars 1635, Louis XIII, rendant hommage aux progrès apportés à l'enseignement de l'escrime par les membres de la Communauté, constate < qu'au moyen du grand soin, travail et diligence des maîtres exerçant en nostre bonne Ville de Paris, exercice et expérience des armes y seroit veniie à ung tel degré de perfection, qu'au lieu que par le passé nos subjectz avoient accoustumés d'aller dans les pays estrangiers pour y apprendre ledit exercice et maniement des armes, après, les estrangiers sont contrainctz de venir en France pour cet effet *" ».
Par ces mêmes Lettres patentes, Louis XIII excepta la Communauté des Lettres de maîtrise qui pourraient être créées à Tavenir, et cassa et annula toutes celles qui avaient été accordées jusqu'à cette époque.
i6 ARCHIVES DES MAITRES D'ARMES.
Malgré son Édit, le roi Louis XIII donna lui-même à Jean Pillard, maître tireur d'armes de ses écuries, des Lettres et un brevet de permission en 1637 ^^ ^^ 164a.
Jean Pillard voulut ouvrir une salle dans la ville de Paris, mais la Communauté s'y étant opposée, il s'ensuivit un procès qui se termina par un Arrêt du Grand Conseil, rendu le 14 juin 1643, l6C[uel enjoignit à Jean Pillard de fermer sa salle et de ne point enseigner son art hors des écuries du roi.
Louis XIV confirma, le 30 septembre 1643, ^^^ Statuts, Règlements et Ordonnances de la Compagnie, ainsi que les Sentences et Arrêts rendus en faveur de la Communauté.
Au mois de mai 1644, les maîtres d'armes firent de nouveaux statuts. L'article 14 porta qu'un maître ne pouvait s'absenter de sa salle pour affaires particulières plus d'un an et trois mois; que, passé ce temps, les Jurés et le Garde devaient faire fermer sa salle, • et que si c'estoit pour exercer quelque office qui derogeast à la noblesse et dignité dudit art, il sera non seulement contraint de fermer sadite salle sitost qu'il sera admis à iceluy Office dérogeant, mais aussi renoncer à cette profession §.
Louiô XIV donna d'autres Lettres patentes à la Communauté, au mois de mai 1656; il voulut qu'à l'avenir le nombre des maîtres en fait d'armes de la ville, fau-
bourgs et banlieue de Paris, qui étaient de vingt-cinq, tut réduit à \'ingt.
Le roi accorda la noblesse héréditaire aux six plus anciens maîtres ayant vingt ans d'exercice depuis leur réception à la maîtrise; après le décès de l'un d'eux, le plus ancien maître devait lui succéder, et, au bout de sa vingtième année d'exercice, il devait être anobli à son tour, et ainsi de suite.
Le roi défendit encore à toute personne n'ayant pas été prévôt sous lun des Maîtres de la Compagnie d'exercer la profession de maître d'armes dans Pétendue de son royaume.
Il accorda à la Compagnie les armoiries suivantes : < le champ d'azur à deux épées mises en sautoir, les pointes hautes, les pommeaux, poignées et croisées d'or, accompagnées de quatre fleurs de lys, avec timbre audessus de l'écusson et trophées d'armes autour •.
Les premiers maîtres appelés à jouir des privilèges du nouvel édit furent Jehan ou Jean Le Coq et Jean Renard, sieur de Préville, anoblis tous deux le 28 février 1657. Jean Renard est le maître qui a signé Regnard sur les statuts de 1644; il était alors juré pour la deuxième fois.
Par les marques de faveur accordées à la Compagnie des Maîtres d'armes de Paris, le roi montrait toute l'importance qu'il attachait à l'enseignement de Tescrime.
i8 ARCHIVES DES MAITRES D'ARMES.
Louis XIV commença lui-même, dès Tàgede dix ans^ à faire des armes sous la direction de Vincent de Saint- Ange** ; Pascal Rousseau fut le second maître du roi.
Au XVII* siècle, on appelait ferrailleurs les personnes qui enseignaient l'escrime sans faire partie de la Communauté.
Le i8 décembre 1685, une sentence rendue à la requête du procureur du roi défendit au nommé Bary, ferrailleur, de s'ingérer dans l'exercice des maitres en fait d'armes et ordonna la fermeture de sa salle; Bary avait été surpris « montrant lexercice en faict d'armes, le fleuret à la main, la sandale et le chausson aux pieds t.
Deux arrêts semblables furent rendus le même jour contre deux autres ferrailleurs nommés THoste et Caudat.
Malgré la sévérité de ces sentences, la Compagnie des Maîtres d*armcs fut encore obligée plusieurs fois d'avoir recours aux magistrats pour empêcher la concurrence des ferrailleurs. En décembre 1722, notamment, dix commissaires de police furent chargés de verbaliser contre Rouet, Houaley, Nègre, Lépine. Lemaire, Lecomte, Hénault, Duplessis, Peirière, Sinègre, Keilly père et lils, le petit Basque, La Jeunesse, Ramé et Esborel^ tous maîtres d'armes sans qualité.
Le 23 juin 1724, une sentence de police rendue par Gabriel-Hyérome de Bullion, prévôt de Paris, défendit aux ferrailleurs de tenir salle sous peine d'une
amende de 300 livres, de la conriscation des fleurets, plastrons, etc., et même d'emprisonnement.
Défense fut faite aux propriétaires et aux principaux locataires de louer à aucune personne se disant maître d'armes, sans s'être fait présenter la Lettre de maîtrise et l'acte de réception du serment fait par-devant le procureur du roi, sous peine de 200 livres d'amende et de la fermeture immédiate de la salle qui devait rester murée pendant six mois.
Cette sentence interdit aussi aux marchands de vin, vendeurs de bière et eaux-de-vie, de souffrir dans leurs cours et jardins aucune assemblée de la part des ferrailleurs ou de leurs élèves, pour faire l'exercice de cet art, sous peine de i,ooo livres d'amende, t même d'être procédé contre eux extraordinairement et de punition exemplaire s'il y échet ».
Cette sentence de police fut sanctionnée par un arrêt du Parlement en date du 18 décembre 1759, qui attribua la moitié des amendes à la Communauté des Maîtres d'armes et l'autre moitié à T Hôtel-Dieu, moins 30 livres pour les frais occasionnés par la recherche des contraventions.
Louis XV confirma expressément par ses Lettres patentes du mois de décembre 1758 les Statuts et Règlements faits par les Maîtres d armes le 12 mai 1644, et homologués par le Chàtelet le 5 novembre suivant. Le roi les tit enregistrer au Parlement le 17 mars 1759.
Cette même année, la Compagnie dut faire usage de ses droits pour contraindre le maître d'armes privilégié du duc de Bourgogne, Dalonneau de la Raye, à fermer une salle qu'il avait ouverte dans Paris.
Dalonneau de la Raye ne faisait pas partie de la Communauté; néanmoins, il se crut suffisamment armé, grâce au brevet spécial que lui avait donné, le 6 août 1758, le comte de la Vauguyon.
Mais, le 12 décembre 1759, un arrêt de la prévôté de l'Hôtel porte :
« Que dans le jour de la signification de ladite sentence^ Dalonneau de la Raye sera tenu de fermer la salle qu'il tient ouverte, et d'abattre les bras et enseigne par lui placés au lieu de son domicile; sinon permet aux Maîtres en fait d'armes des Académies du Roy de faire abattre lesdits bras et enseigne aux frais et dépens dudit Dalonneau; lui défend de s'aider à l'avenir du brevet par lui obtenu de M. le comte de la Vauguyon. »
La sentence fut coniîi*mée par un arrêt du Grand Conseil (23 août 1760).
L'enseigne traditionnelle des Maîtres d'armes faisant partie de la Communauté était un bras tenant une épée.
Nous possédons une pancarte d'un maliVG ferrailleur du milieu du xviii® siècle.
C'est un écriteau à la main, enjoliyé de deux escrimeurs; l'adresse est ainsi conçue :