ROUSSEAU
J'attends avec le calme de l'innocence mon acte d'accusation qui doit m'ètre signifié dans la nuit. Je porterai au tribunal le courage qu'inspire la pureté de la conscience.
J'employerai tous mes moyens pour convaincre des juges intègres que j'ai toujours été Tami de mon pays, et si les apparences souvent trompeuses me font subir un Jugement que j'ai la certitude de n'avoir pas mérité, je ne m'en prendrai qu'à un temps de révolution, où l'innocent peut être frappé.
Tous mes regrets, ma chère et adorée Julie, seront d'être séparé de toi, de mes enfans, de notre amie.
Je vais passer la nuit à penser à vous, et si je succombe, je serai l'heureux de vous toutes.
Je te recommande de conserver ton courage ; c'est la seule marque d'attachement que tu puisses donner à ma mémoire.
Je demande à ton amie de ne jamais se séparer de toi, et j'y compte, j'engage mes filles à conserver pour toi, dans tous Içs tems, la tendresse et le respect qu'elles doivent à tes vertus.
Je leur demande excuse ainsi qu^à toi des petites vivacités que j'ai eues vis-à-vis d'elles et de toi ; mon cœur vous est assez connu pour croire qu'elles n'étaient pas coupables.
J'espère qu'Auguste te consolera par la meilleure
conduite, et qu'il me remplacera en cherchant à vous
procurer un sort heureux.
J'ai de l'espoir pour les qualités d'Amédce; il le donnera de la satisfaction.
Il est dix heures et je ret^ois mon acte d'accusation ; il est fondé sur mes boulons de signe de ralliement ei sur ce que j'ai élc arrêté au diàlcau le lo août.
Je n'aurai pas de peine à me deiFendre sur celle fausseté, et la justice du tribunal me donne tout licti d'espérer.
Adieu, ma bonne ; du courage, je l'en conjure ; rctjois l'assurance d'un attachement qui ne finira qu'avec moi.
J'embrasse mes enfans bien tendrement, ma lante el ton amie qui j'espère restera la mienne.
L'on m'a ôté le médaillon de Joséphine cl les àeux anneaux.
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Je t'embrasse mille fois \ demain à midi mon sort sera
décidé.