PIERRE DARESSY
talents en escrime du jeune maitre des chasseurs, et demanda s'il lui serait agréable de faire des armes avec lui.
Bertrand ayant répondu sèchement : c Je ne tire pas ^avec des soldais 1, Rouilles lui représenta que son cousin était un maitre d'armes, par conséquent un confrère.
Les gardes du corps, présents à cet entretien, se joignirent à leur camarade et firent observer à Bertrand qu'eux aussi étaient des soldats, et que sa réponse n'était pas moins désobligeante pour eux que pour Da/essy.
Afin de réparer la maladresse qu'il venait de commettre, Bertrand dut accepter l'assaut qui eut lieu quelques jours plus tard.
Les deux tireurs firent un jeu tout d'amour-propre; le succès fut du reste partagé.
Après l'assaut, Bertrand ne put s'empêcher de dire à son adversaire avec une pointe de mauvaise humeur : f Vous n'êtes pas plus fort que les autres. — C'est possible, monsieur, répondit Daressy ; mais je viens toujours de prouver que je suis aussi fort que vous, i
L'incident n'eut pas d'autre suite, et jamais il ne fut question de ce malencontreux assaut entre ces deux maîtres qui devinrent d'excellents camarades et qui, plus d'une fois encore, se mesurèrent en public.
En 1830, après le licenciement de la garde royale,
Daressy retourna à Agen; mais, sollicité par plusieurs
de ses élèves, anciens officiers aux chasseurs, qui avaient
repris du service au 4® régiment de lanciers, de récente
aî6 AKCHIVES DES MAITRES D'ARMES,
ibrmationj il ne larda pas à entrer dans ce corps avec le litre de premier maître et le grade de maréchal des logps.
Daressy quitta le service militaire en 1834 et vint ouvrir une salle d'armes à Paris, rue Jean-Jacques- Rousseau, n" 20. La réputation dont il jouissait déjà lui attira bientôt de nombreux élèves.
De 1834 à 185;, Pierre Daressy resta constamment sur la brèche, enseignant son an avec dévouement et prêchant d'exemple dans les nombreux assauts publics qui se donnèrent au Waux-hall et à la salle Montesquieu.
Il Jil partie de cette pléiade de brillants tireurs qui se nommèrent Bertrand, Bonnet, Lozès aîné. Pons, Prévost, Raimondi, etc., de ces maîtres qui se tirent un devoir de transmettre à leurs successeurs les bonnes traditions qu'ils avaient reçues de leurs devanciers, tout ea apportant à l'an de l's^scrime certaines améliorations, fruit de leur longue expérience.
En 1855, Daressy fut atteint de la cataracte et perdit complètement la vue.
Malgré sa cécité, il donnait quelquefois des leçons; il possédait le sentiment du fer à un tel degré qu'il savait se rendre compte, par rengagement, si la position de l'élève était correcte.
Quelques années plus tard, un autre maître d'armes, Jean-Louis, ayant perdu la vue, lui aussi, devait renouveler ce prodige.
En 1860, Daressy céda sa salle et dit adieu à un art qu'il avait aimé et cultivé pendant quarante-deux ansl