CUV CHABOT, SIEUR DE JARNAC
X TERS la fin du règne de François I", le bruit se ré- ' pandil à la Cour que Guy Chabot, sieur de Jarnac et de Monllieu, 's'était vanté d'être au mieux avec sa belle-mère, Madeleine de Puy-Guyon, seconde femme de Charles Chabot.
Dans un moment d'expansion, Jarnac avait confié au Dauphin qu'il obtenait tout ce qu'il désirait de sa belle-
iji ARCHIVES DES MAITRES D'ARMES,
mère, voulant dire seulement qu'elle lui donnait l'argent dont il pouvail avoir besoin.
Le Dauplitn divulgua le secret à une dams qui le communiqua à d'autres personnes, si bien que de bouclie en bouche toute la Cour en eut bientôt connaissance.
Seulement le récit s'était amplilié et était devenu injurieux pour l'honneur de Madeleine dePuy-Guyon.
Jarnac voulut remonter à la source de ces méchants propos.
Le Dauphin allait cire compromis; François de Vivoone, sieur de la Chatcigneraie, vinl à son secours.
Dans l'espoir d'obtenir la faveur du prince, en récompense du service qu'il allait lui rendre, La Chateigneraie annonça à qui voulait l'entendre que c'ctaîl à luimême que Jarnac avait fait celte confidence.
Cl' dernier saisit la première occasion qui se présciila pour dire dans une réunion que celui qui avait inventé cette calomnie avait menii, faisant bien comprendre que ses paroles étaient à l'adresse de La Chateigneraie.
Le propos fut immédiatement rapporté à La Chateigneraie qui demandai François I" la permission de coinbattre Jarnac en champ clos.
Le roi refusa, donnant plusieurs raisons, celle-ci entre autres : < qu'un prince ne devait pas permettre une chose de l'issue de laquelle on ne pouvait espérer aucun bien i.
Mais à peine François I" fut-il mort, que son successeur, sollicité par les deux seigneurs ennemis, leur accorda la permission refusée par le roi son père.
La Chaleigneraie, alors âgé de vingt-six ans, était renommé pour sa force; il s'était adonné de bonne heure à tous les exercices du corps, particulièrement à l'escrime : son père, grand sénéchal du Poitou, lui avait donné des maîtres d'armes venus tout exprès d'Italie, c et quoi qu'il en coûtât 1, dit Brantôme dans ses Mémoires.
Jarnac, moins robuste que son adversaire, s'était toutefois acquis un grand renom de bravoure pour sa belle conduite à la bataille de Cérisoles (1544).
Ces deux seigneurs, un peu parents, élevés ensemble à la cour du roi François P^, avaient toujours vécu en bons compagnons d'armes.
Leur duel eut lieu le 10 juillet 1547, en présence du roi et de la cour. Le camp avait été dressé près du parc de Saint-Germain-en-Laye.
Le parrain de La Chateigneraie était le comte d'Aumale (François de Guise), et celui de Jarnac, Claude Gouffier, seigneur de Boisy, grand écuyer.
Les cérémonies d*usage, consistant principalement dans la réception et la visite des armes et pièces d'armures, commencèrent le matin à six heures et se prolongèrent fort avant dans la journée; puis les deux adversaires firent le serment accoutumé sur les saints Évangiles, et après que chacun d'eux eut reçu une épée et deux dagues, le connétable (Anne de Montmorency) donna le signal de l'attaque en criant par trois fois : f Laissez les aller, les bons combattants ! »
La Chateigneraie et Jarnac s'élancèrent alors l'un
contre l'autre en se portant avec leurs épées de grands coups d'estoc ei de taille.
La Chaleigiwraie reçut un premier coup de taille sur le jarret de la jambe gauche, puis un second au même endroit, ce qui !e mil hors d'état de continuer la lulle.
Jarnac, dès ce moment, était maître de la vie de son adversaire; mais il montra une grande modération et fif hommage du blessé au roi, en disant : ■ Sire, prenez-le; je vous le donne pour l'amour de Dieu et de vous. •
Henri II, surpris, ainsi que toute la cour, du résullil inattendu du duel, était hésitant; ce ne fut qu'après plusieurs instances du vainqueur et sur les prières des grands officiers, qui! jeta son bâton dans la lice, ce qui mil tin au combat.
Henri II s'adressant alors à Jarnac : • Vous avez bien fait votre devoir, lui dit-il, et vous est votre honneur rendu. •
Le connétable, le grand amiral, les maréchaux de France, demandèrent au roi que le vainqueur fût ramenii chez lui en triomphe; mais Claude Gouflier, parrain de Jarnac, refusa et dit à Henri II qu'il suffisait que le vainqueur eût les bonnes grâces de Sa Majesté. Jarnac, prenant alors la parole, assura le roi qu'il ne désiraii rien de plus que d'être son serviteur.
Henri II, touché de la conduite de Jarnac, le til venir près de lui, l'embrassa et lui dit : < Vous aveï combattu en César et parlé en Cicéron. »
La Chaleigncraie ne put supporter son humiliation;
DUELS ET LETTRES DE RÉMISSION. ass
dans un accès de fureur, il arracha les appareils posés sur ses blessures et mourut trois jours après.