LE COUP DE JARNAC
Le duel danslequel Guy Chabot fut vainqueur de la Chateigneraie donna naissance au dicton : « Faire ou porter un coup de Jarnac », impliquant une idée de trahison. C'est, en effet, un préjugé encore généralement répandu, que Jarnac ne dut sa victoire qu'à un coup déloyal, connu de lui seul, ce qu'on nomme vulgairement une botte secrète.
Nous servons la cause de la vérité en combattant cette erreur, que ne partagent pas, d'ailleurs, les personnes qui sont au courant des choses de l'escrime, et qui savent que le coup de taille ou de revers porté au jarret se trouve enseigné dans les traités du xvi® siècle.
Nous donnons plus loin le récit d'un duel, antérieur à celui de Jarnac, où Pun des combattants mourut des blessures qu'il reçut au jarret.
Les faits que nous avons rapportés, et les paroles prononcées par le roi après la défaite de La Chateigneraie, prouvent suffisamment que Guy Chabot de Jarnac a combattu selon les lois de l'honneur, et qu'il s'est comporté en galant homme, en n'abusant pas de sa victoire et en refusant le triomphe auquel il avait droit.
Une autre preuve à Tappui, c'est que quinze jours
ARCmVI-S DKS MAITRE!^ D'ARMES.
après le duel, lorsque Henri II se fit sacrer à Reims, ce fin Jarnac qui, pendant toute la cérémonie, eut l'honneur de porter les cperons d'or du roi-cheval icr.
Peu de temps aprùs, Guy Chabot, baron de Jarnac, seigneur de Sainl-Gelais, de Montlieu et de Sainl-Aulaye, chevalier de l'ordre du roi, devint premier gentilhominu de la chambre, gouverneur des provinces d'Aunis et Sainlonge, maire perpétuel de Bordeaux, capitaine du château de Hà et sénéchal de Périgord.
Nous possédons un reçu signé de sa main en aoùl 1549, comme capitaine de quarante lances des Ordonnance, du roi, aux appointements de mille livres tournois par an.
Une pelite-tille de Jarnac, Éléonore Chabot, épousa Louis de Vivonne, seigneur de la Chatetgneraie.
Ainsi se termina la querelle entre les deux familles,
Dans le courant du mois de janvier 1540, le ro'
François I" reçut à Chantilly l'empereur Charles-Quin''
Pendant ce séjour, un page des filles du roi, nomme
René de Sajault, âgé de dix-sept ans environ, et un garde du roi s'étant rencontrés dans la cour du château, commencèrent par se plaisanter.
Aux railleries succédèrent les injures, et bientôt la querelle s'envenima à un tel point qu'ils se défièrent mutuellement.
Ils allèrent se battre dans un coin du parc, à peu de distance du château.
« Ils dégainèrent ensemble leurs espées desquelles ils ruèrent plusieurs coups Tun sur l'autre en sorte que ledict suppliant (René de Sajault) fut blessé par ledict deffimcl en deux endroits au visage et ledict defFunct d'un coup de taille au jarret dont il eut quelques nerfs coupés. • Le garde mourut environ un mois après c par fkulte de bon appareil, bon régime, gouvernement ou aultrement •.
Le roi François P' fit grâce à René de Sajault en faveur de sa jeunesse, et lui accorda des Lettres de rémission données à Paris au mois de juillet 1540.
En 1560, un neveu du maréchal de Bourdillon, nommé des Bordes, se battit en duel près du parc de Saint-Germain-en-Laye, avec d'Ivoy-Genlis. Des Bordes eut un jarret coupé, mais il n'en mourut pas ; il fut tué deux ans après à la bataille de Dreux.