‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 2)Chapitre 11 sur 69 · AUGUSTIN MAILLARD, CURÉ · texte numérisé non relu

AUGUSTIN MAILLARD, CURÉ

DESIRET, VRE {Vicaire'?) FAIT PARAGOT SERRURIE LE 14 AOUT 1813.

Restaupation de 1903-1904.

La catastrophe du campanile de Venise, arrivée le 14 juillet 1902, à 9 h. 1/2 du matin, fit aussitôt jeter les yeux sur les splendides flèches de la Cathédrale de Chartres. Nos vigilants architectes, M. Selmersheim tout particulièrement, n'avaient pas attendu ce désastre pour s'inquiéter de Tétat délabré de la pointe du Clocher vieux. Déjà en 1900, sur Tordre de cet architecte, un ouvrier audacieux, coutumier de pareils exploits (1), était monté par l'ouverture pratiquée à la cime du clocher d'où Ton atteint l'échelle en fer qui de là conduit jusqu'au pied de la croix. « Les échelles et écoperches n qui avaient facilité cette ascension en 1680 et en 1753 avaient été consumées dans Tincendie de 1836.

Le résultat de la visite n'était pas douteux^ et la restauration de la pyramide fut dès lors décidée en principe. Mais les travaux delaréédification du porche sud n'étaient pas terminés. Le terrible accident de Venise a pu jeter le trouble dans Tesprit de quelques Chartrains, quelques articles de journaux exprimèrent ces craintes, mais il serait faux de croire que la chute du campanile de S. Marc, aurait en quelque sorte obligé les autorités à tenir compte des plaintes qu'on ne cessait de faire depuis longtemps au sujet de cette flèche ; c'est à peine si les travaux en furent hâtés de quelques jours. •

C'est au milieu de décembre 1902 que la construction d'un échafaud fut commencée : « Le sommet de la flèche était désagrégé sur une hauteur de 10 mètres comportant 30 assises ; la plupart des pierres étaient fendues, éclatées sous l'action des ferrements disposés au XVIII^ siècle pour les maintenir et fixer la croix. »

« La restauration effectuée en 1754, ajoute le rapport, avait

employé une nature de pierre différente de celle composant les

i53 assises inférieures. Cette substitution se dévoilait au regard,

car les 30 assises du sommet avaient pris une patine différente

très apparente. »

(1) Chaque année il accepte sans hésitation de hisser un drapeau aux codeurs de la Vierge à la croix du clocher neuf, le jour du pèlerinage diocésain.

Cette reprise est très visible sur les deux gravures PI. II et III, et il est à remarquer d'ailleurs que la direction des arêtes change alors, et semble se redresser^ comme on peut le constater facilement, sbrtout du côté droit, par l'application d'une règle sur la partie inférieure de Taréte

CeU<: déviation, qui n*est pas spéciale au clocher vieux et que nous retrouvons dans le clocher rival de la Trinité de Vendôme, proviendrait ici^ non pas du désir irréalisable de donner à cette flèche la même hauteur qu'à la flèche voisine (1), mais en réalité de l'inégalité des pans de la pyramide. M. Durand, en 1881, dans sa Monographie, l'avait constaté : « Remarque importante : les côtés de la base ne sont pas égaux, et par suite les faces de Toctogone sont de dimensions différentes, ainsi que Tinclinaison de ces faces. Il en résulte une singulière déformation dans toute la flèche. . toute la partie moyenne de la pyramide est irrégulière. Du bas du clocher on s'aperçoit que les arêtes du clocher ne sont pas rectilignes, mais présentent un certain angle dans Ja partie supérieure, les appareilleurs ayant rectifié et redressé le sommet afin de le rendre plus régulier. »

Des coupes horizontales de la flèche, prises à différentes hauteurs avec la plus grande exactitude par M. Venancie. conducteur des travaux, font paraître avec évidence ces inégalités et démontrent de plus que les dimensions de chaque face ne conservent pas les mêmes proportions à ces diverses hauteurs, si bien que si l'on superpose les trois plans, PI. IV, les uns sur les autres et si Ton tire une ligne passant par les trois angles pour atteindre le point central commun, la ligne ne sera pas droite. Ce qui accusa une sorte de torsion de la flèche

La construction de Téchafaudage fut Confiée à un habile ouvrier chartrain, M. Soumeilhan. Ce fut un spectacle émouvant quant on le vit sortir de la petite lucarne extrême de la flèche, et se laisser glisser le long du cône, attaché à une corde, jusque sur Tun des 12 chevrons qui depuis deux jours formaient comme une couronne d'épines, à 80 mètres de hauteur, autour de la pyramide. On avait en effet de Tintérieur fait saillir au dehors par des trous de boulins les madriers qui devaient supporter

(1) Le devis des travaux de 1753 impose une hauteur égale à l*état ancien. On en démolit 42 pieds ou 14 mètres, on en reconstruisit 42 pieds.

1. SOUMEILHAN ET SON COMPAGNON A CROIX DU CLOCHER VIEUX, lOOIl

(Cliché des .\<iuoelles llluslréex. )

toate cette charpente. Il s'agissait de les fixer à Textérieur et de les consolider en enjambant de l'un sur l'autre. Ce qui fut fait avec autant de sang-froid que d'habileté. On lui descendit alors un, puis deux madriers qu'il établit en forme de palier sur deux de ces poutres, et bientôt le plancher circulaire fut achevé. Notre intrépide compagnon pouvait à bon droit se reposer un instant, allumer sa cigarette, faire les cent pas sur le collier aérien dont il venait de ceindre la cime de notre vieux clocher, et regarder avec complaisance les spectateurs effrayés du danger auquel il s'exposait, stupéfaits de son audace et de son assurance ; et, quelques jours plus tard^ se hisser aux pieds de la croix pour de là poser, avec son principal ouvrier, devant l'objectif d'un photographe amateur placé dans la lanterne ajourée de la flèche voisine, PI. V.

La revue Les Nouvelles Illustrées a publié ce cliché et deux autres non moins intéressants dans son n^63, le jeudi 6 août 1903. Nous remercions vivement son directeur de nous avoir gracieusement prêté deux de ces clichés pour le présent travail.

Les chevrons de cette première assise qui traversent les pans de la pyramide, sont reliés à Pintérieur par d'autres traverses, boulonnées, s'emboitant les unes dans les autres par des joints en sifflet, pour offrir une invincible résistance à la charge de tout l'échafaudage et des matériaux qui y seront déposés.

En effet à l'extrémité de chaque poutre furent dressés des fermes ou poteaux reliés par des pannes transversales, comme on le voit planche III, formant ainsi des rectangles réguliers, consolidés encore par d'autres moises posées de biais.

Treize assises ou étages parfaitement réguliers, formant autant de paliers, s'élevèrent bientôt jusqu'au sommet de la croix, sur une hauteur de 25 mètres, renfermant comme dans une cage tout le sommet de la flèche. Cet échafaudage se dresse ainsi presque aussi large au sommet qu'à la base.

Pour éviter tout accident, empêcher même la chute des gravats et des petits fragments de pierre, une sorte de grillage formé de lattes verticales, ferma chacun des carrés, sauf sur un côté, celui qui regarde le clocher neuf, afin de laisser passage sur toute la hauteur, aux matériaux de reconstruction. En dernier lieu on plaça sous les chevrons de la première assise les chevalets de force qui les empêcheront de fléchir.

Enfin pour supprimer la moindre oscillation et tout balancement de ce gigantesque manchon, des cordes en fer s'élancent du sommet du polygone, comme d'immenses tentacules de pieuvre, pour aller s'accrocher d'une part aux points les plus élevés de la cathédrale, et de Tautre aux faîtes des plus solides maisons voisines.

Par les plus fortes tempêtes et les plus terribles orages^ lèvent se brise impuissant dans cet enchevrétement de madriers, de chevrons, de moises, de poteaux et de traverses, et, furieux, comme dans un immense tuyau d'orgue, pousse sa plainte sifflante et aiguë, d'une gravité et à la fois d'une sonorité qui dépassent toute composition musicale.

La gravure de la planche III fait mieux comprendre que toute description la disposition de ce chef-d'œuvre de charpenterie aérienne.

L'été 1903 fut consacré à la démolition des 30 assises supérieures ; quelques autres, sur une hauteur d'environ deux mètres doivent subir le même sort, c'est donc un minimum de 12 mètrts sur 45 qui vont être refaits à neuf, dans un avenir prochain, à n'en pas douter. Pour éviter 1 insuccès de la réfection de* 1753, l'architecte des monuments diocésains aurait choisi la pierre dite le Vergelé de Saint-Maximin, qui par sa dureté et son grain se rapprocherait le plus de la qualité de la pierre employée au XI1« siècle.

L'approche des matériaux se fait au moyen de grues, treuils et poulies. Du sol ils sont ainsi élevés, du côté méridional de la tour, jusque dans la grande salle dite jadis des cloches, par une des larges baies de cet étage. De là, on les transporte sur le côté opposé sur un plancher établi entre le clocher et la toiture de la grande nef. Un système semblable d'élévation les dépose sur un palier intermédiaire établi à 10 mètres environ au-dessuâ de léchafaudage et de ce palier à la hauteur précise où ils devront recevoir leur place définitive.

Toutefois, de la salle des cloches, un assez grand nombre d'objets de moindre volume seront élevés par l'intérieur de la pyramide.

Grâce à toutes ces mesures de prudence, les travaux si heureusement commencés, il y a dix-huit mois, pourront se poursuivre avec autant de rapidité que de sécurité aussitôt que le ministère aura voté les fonds nécessaires.

PL- VI. — CLOCHEn DE LA TBlNiTf: l>E VENDÔMK

LE CLOCHER VIEUX DE CHARTRbS 35

Il nous sera permis de signaler ici, comme sujet de comparaisoiiyles travaux similaires exécutés de 1879 à 1885 à la flèche de Vendôme, et de citer le rapport autorisé d'un architecte M. Louis Martellière (1).

Les analogies sont nombreuses. Ce clocher de la Triqité, endommagé par un coup de foudre le 2 mai 1818, qui avait brisé la croix et renversé 7 à 8 mètres de la flèche, avait été hâtivement ^^paré. Les derniers travaux de restauration furent commen- ^& en 1879 par l'établissement de l'échafaudage que représente 'a belle gravure publiée par M. Chanteaud dans son Histoire de ^^'^dàme^ d'après une photographie prise le 25 août 1879 par ^' YvoD, photographe.

^'échafaudage, appuyé par des jambes de force sur la corniche û^ la pyramide, avait pour base un premier palier circulaire de 2^15 de largeur. De là, s'élevait par 6 autres paliers successifs une pyramide en charpente à douze pans« haute de 22 mètres, non pas verticale, comme celle de Chartres, mais en forme de cône aigu, avec la même inclinaison que la flèche ; toutefois au dessus du dernier palier, le dodécagone se transformait en hexagone à 3 paliers, surmonté par un dernier cône terminé pai; un drapeau. Cette charpente fut achevée dans les premiers mois de

1879. La démolition commença par l'enlèvement de la croix,

de la boule en cuivre, de la pierre de couronnement de 0,48 de hauteur, et de 19 assises d'une épaisseur de (y°30, soit au total 6'48.

« La réfection de la pointe ne fut pas une opération aussi 9impie qu'on l'avait pensé d'abord. Une fois le dérasement termipé, les architectes se trouvèrent en présence d*une difficulté inattendue : ils s'aperçurent qu'à ce niveau le plan de la flèche ne formait plus un octogone régulier, mais un polygoni» sensiblement déprimé dans la direction du N.-E. au S.-W. L'écart entre les diagonales dépassait (y"20. L'axe avait aussi subi une déviation notable ; mais les arêtes, conservant à peu près l'inclinaison voulue, ce défaut n'était pas sensible à l'extérieur. Les faces semblaient avoir éprouvé une torsion analogue à celle que présentent souvent les beffrois et flèches en charpente. Ce n*est

W Publié dans le Bulletin de la Société Archéologiqae du Vendômois, 1885, P' 1S6 et suivantes.

qu'un rapprochement tout fortuit ; Tinfluence des vents dominants ne saurait être mise en cause, pas plus que l'ébranlement produit par la sonnerie des cloches ; la faute doit être attribuée uniquement à la maladresse du constructeur. Les architectes ont su. d'ailleurs, se tirer habilement de ce mauvais pas et ramener insensiblement le polygone déformé à un octogone parfaitement régulier.

« La pose de la première des assises nouvelles, qu'il fallait raccorder avec les irrégularités de celles de dessous, fut la plus délicate. Une fois celle-ci mise en place et la projection de l'axe des assises supérieures bien déterminée^ le travail devenait relativement facile, quoiqu'il demandât encore beaucoup de soin, le plan de chaque assise devant se modifier non seulement comme dimension, mais aussi comme forme. »

« Seize assises seulement de 0,30 de hauteur furent reconstruites. Un seul bloc de pierre de Poitiers, fut placé au-dessus, et l'amortissement formé de trois autres pierres dont la silhouette élégante se profile heureusement et qui porte bien la haute croix qui termine le clocher. »

Les nouvelles assises et le couronnement atteignaient 7 m. 80 de hauteur au lieu de 6 m. 18. Le clocher était ainsi surélevé de 1 m. 70. La croix avait été posé le 22 juillet, les travaux de reconstruction avaient duré moins de 18 mois, et les dépenses s'élevaient à m.9d2 fr. 80.

Il nous reste à faire des vœux pour que notre flèche incomparable soit aussi rapidement remise en état et que bientôt, non moins élancée et plus belle encore que jadis, elle élève vers les cieux, solidement établi sur sa boule dorée, comme jadis, le signe rédempteur et victorieux de la Croix.

14 juin 1904, Ch. Métais,

Chan. hon, de Chartres.

ÏKiLISK M FONTAL\E-SIMO\

Fontaine-Sim jn [Fons-Symonis)^ indiqué au Livre Blanc vers la moitié du XI* siècle, nous parait, comme centre paroissial, postérieur à l'invasion Normande, contrairement à la Perrière au Val-Germond, son annexe, d'origine assurément romaine et centre religieux contemporain de Saint-Laumer.

Son nom doit se rattacher ou à la fontaine aujourd'hui connue sous le vocable de sainte Anne ou peut-être à sa situation hydrographique (1). Construit sur la rive droite de l'Eure et dans un contrebas assez humide, sur l'ancienne voie Romaine de Chartres à Bayeux par Séez, le bourg primitif devait se trouver plus près du cours d'eau, et n'aura été que lentement reporté sur la situation un peu plus élevée qu'il occupe aujourd'hui, sur la route de Paris au Mans par Dreux, Châteauneuf et Belléme (2). Bien aligné sur cette ancienne grande route, desservi par la ligne de la Loupe à Evreux, ce bourg est actuellement riant et coquet et n'a qu'un défaut, celui de se trouver situé à l'extrémité du territoire communal, c'est-àdire à près de 7 kilomètres de la limite opposée.

l^rotégée au nord par la forêt de Senonches, la paroisse a pour limitrophes à l'est et au sud Belhomert et Meaucé , au nord et ^ I ouest Manou, les Mesnus et Le Pas Saint L'homer (Orne) ;

(t) Jean VII de Menou, marié le 3 janvier 1435 à Catherine deCliambarant, prétendait contre Jean d'Aucoicb,iils de Robert et de Marie de Menou,qu*à cause de son aïeul Jean V, les terres et châteaux de Menon, Milly, la Motte- Kotrou, la Fontaine-Noire et la FonlHine-Sinion devaient lui retourner. [Pffncts tle la nuûson de Bienou.)

(2) L'ingénieur Perronet, au service de la généralité d'Alcnçon. fut un des constructeurs de cette route aux Murgers, où il habita longtemps depuis 1737, époque où de cette localité il signe co:nme sous-ingénieur un d^vis de plans et travaux.

SOUS l'ancien régime elle fit toujours partie de la province du Perche, de l'élection de Mortagne, de la sergenterie Boullay ou de Belléme, de Tarchidiaconné du Grand-Perche et du doyenné de Nogent le-Rotrou. En 1558, à la tenue des États du Perche à Nogent le-Rotrou, le curé se fit représenter par Jacques Sagot, son vicaire, et les habitants par Pierre Bruslard, receveur en l'élection de Longny, et Nicolas Goulet, procureur fiscal à Nogentle-Rotrou.

Au XIII' siècle, Fontaine-Simon comptait d08 paroissiens ou communiants, 3;i()en 1466 ; 400 avec 150 feux vers la moitié du XVIIl-, aujourd'hui 662 habitants (1). En 1466, il payait 35 livres d'impôt, il ressortissait jusqu'à la Révolution de la justice et du baillage de la Cruchonnière(2), situé dans la paroisse, à 4 kilomètres ouest du bourg, aujourd'hui à l'état de ferme; son revenu curial était au XVIIP siècle de 710 livres.

L'église est de l'époque Romane dans son plan primitif. Construite sur le type de toutes les églises voisines, elle se composait, jusqu'en 1880, d'un vaisseau unique, appuyé de contreforts extérieurs et terminée par un chevet cintré, le tout construit en matières du pays, c'est-à-dire en silex et grisons ou poudingues ; le clocher à base octogonale surmonté d'une petite flèche, la voûte en bardeau ancien, dont les sablière et les arbalétriers sont reliés et soutenus par six tirans, toute cette forêt de bois est de la Renaissance, comme les autels. Au milieu de ces tirans ou poutres transversales, s'élèvent les poinçons qui supportent la poutre faitière ; à l'Un d'eux, celui de l'entrée du chœur, est suspendu un ancien Christ triomphal.

L'église est ajourée par une dizaine de fenêtres qui, nous n'avons pas à le faire remarquer, ont perdu leur cachet primitif (3).

(1) (Voir Livre Blanc^ Carlulaire de iXolre-Dame. PoaiUé dfi iTSS.Expilly.)

(2) Réunie à la commanderie de la Ville-Dieu en Drugesin, à Manou, la Cruchonnière avnit été donnée aux chevaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem par Jean, comte de Chartres, avec cens et rentes s'élevant à 7 livres que lui devaient les 6U habitants du lieu. La terre de la Cruchonnière était affermée 4 livres en li77, 6.'i en 1737, 'ô'H) en 17K3, et comprenait alors 24 arpents de terre labourable, 12 arpents de bruyère et 1 arpent et 12 de pré. {Voir Templiers en Eure-et-Loir. — Abhé Mêlais.)

(3) Nous nous connaissons que l'église de Moutiers au Perche (Orne), dan9 notre voisinage qui ait conservé les fenêtres primitives de l'époque Romane.

CeUes du sanctuaire ne datent que de vingt ans (1880). Construites avec meneaux à style flamboyant, elles rappellent à droite, la générosité de M. l'abbé Bigot, curé actuel de la Ferté- Vidame, et celle de ses paroissiens, avec la Présentation comme sujet principal et un médaillon de l'Assomption ; à gauche, celle de M. Etienne de Pommereu, marquis d'Aligre, châtelain des Vaux et de la Perrière, et de M" la mar quise d'Aligre, née comtesse de Préaulx, avec l'Annonciation comme sujet et le couronnement de Marie en médaillon. Les armoiries des familles d'Aligre et de Préaulx, leurs initiales A et P, et la devise des d'Aligre « JVnn uno genx splendida unie » sont peintes au bas de ce vitrail ; chacun revient à flOO fr, et la fenêtre à 400 fr. Au bas du chneur et à gauche, faisant face au vitrail de la cliapelle Sainte-Anne, dont nous allons parler, le curé actuel, M l'abbé Perthuy.a ouvert ou plutôt agrandi dans ces dernières années une troisième fenêtre en ogive simple sans meneau, dont le sujet est l'apparition de N.-S. à la bienheureuse Marguerite Marie.

Les autres fenêtres, dont l'ouverture a été également rafraîchie et remise à plus larges embrasures, sont fermées par des verrières à losanges enverra simple, sauf deux en grisailles; ces dernières et les vitraux d'art sortent des ateliers Huchet au Mans. La statuaire ancienne est représentée assez largement sur les murs par les statues en bois ou pierre de saint Maur, Minte Marguerite et saint Fiacre, à gauche ; saint Mathurin, Minte Barbe et saint Benoît, à droite ; sous le porche ou vesti- '>ule, saint Juiien et sainte Madeleine accostent un autel en bois, souvenir d'une mission donnée en 1859.

Le rétable du grand autel, style Renaissance, comporte entr'autres sculptures quatre colonnes torses à feuillages, deux à droite, deux à gauche du tabernacle, encadrant un tableau qui reproduit une copie de l'Assomption de Murillo ; de chaque côté et entre tes deux colonnes deux médaillons en bois du Christ et de la Vierge offrent un certain mérite. Les chapiteaux, l'architrave ornés de fines guirlandes en bois doré, la frise accompa-

6 EGLISit DK FONTAINE SIMON

gnée d'une ligne de denticules, le fronton principal et les deux collatéraux sont de l'ordre composite. Le fronton central porte une statue ancienne de la Vierge, patronne de Téglise, accostée de deux anges, le fronton secondaire de droite est surmonté de celle de saint Paul, celui de gauche de celle de saint Sébastien, le tabernacle est placé entre quatre petites peintures sous verre ou simili-émail des quatre évangélistes, le tombeau de Tautel est en courbe de cul-de-lampe, de chaque côté deux larges crédences Louis XV, qui ne manqueraient pas de tenter plus d'un amateur, et deux magnifiques torchères en bois ciselé et tourné, travail italien, cadeau d*adieu de M. de Reverseaux. Dans le chœur est un second autel qui, sur le panneau central du tombeau, porte les initiales de saint Symphorien, du même style que le grand autel, mais plus étroit et ne comportant que deux colonnes entre lesquelles un tableau de T Adoration des Mages.

Le nom de M. de Reverseaux que nous venons de prononcer nous fait entrer dans la chapelle Sainte-Anne. Cette chapelle qui sort du plan de Tégiise communique avec elle par une ouverture ogivale de 5 mètres de large, qui est d^ailleurs la largeur de l'édifice bâti, sur 6 de profondeur et environ 8 d'élévation.

La voûte à arceaux entrecroisés est en brique pleine revêtue de plâtre, une large fenêtre à meneau, construite par Prévôteau, ouvrier de Jouvet, entrepreneur à la Loupe, constitue avec sa verrière un des principaux ornements de la chapelle; il représente la naissance de la Vierge, on y a peint au bas les armes de M. Frédéric de Reverseaux et le portrait de son fils. L'ancien autel de sainte Anne n'a de remarquable que la statue en pierre de cette sainte qui porte le cachet du XV" siècle. La statuaire moderne, qui est représentée de chaque côté du grand autel par Saint-Joseph et le Sacré Cœur, attire l'attention dans la chapelle Sainte- Anne par une N.-D. de Lourdes de Bouasse J"®(1 m. 50), un Saint-Antoine de Padoue de Rafl. dû à la générosité de M. l'abbé Poulain, curé actuel de Saint-Symphorien de Versailles (1 m. 60), et un Saint-Roch. C'est à la pieuse dévotionet au cœur généreux de M"'® la marquise Albert de Reverseaux, née de Vergennes , qu'est due cette chapelle ; elle y consacra 4O0O francs et M. Frédéric de Reverseaux 1003 francs, utilisés à la fenêtre et au vitrail. «

ÉGLISt: DK KONTAINE-SIMON

Sous ce vitrail une pierre en marbre blanc incrustée dans le mûr nous rappelle que les restes mortels de son aïeul furent transportés sous le dallage, le 7 octobre 1879.

Ci-git

André

Jacques Frédéric

Gueau de Gravelle de Rouvray

Marquis de Reverseaux

Né le 9 Juin 1773

Décédé le 7 Octobre 1859

Dans sa 87*' année

Priez pour lui

La chapelle funéraire de cette famille est dans le cimetière (1) sur le bord de l'avenue d'entrée de l'église, nous y avons relevé les noms de :

i*' Jacques Charles Albert Guéau, marquis de Reverseaux de Rouvray, décédé le 30 août 1877, à l'âge de 73 ans.

2** Hélène Gravier de Vergenne, M'** de Reverseaux de Rouvray, décédée le 8 mai 1884, à l'âge de 68 ans.

3® Jacques Marie Guéau de Reverseaux de Rouvray, décédé le 22 janvier 1880, à l'âge de 40 ans.

Nous donnons tous nos regrets à la disparition de cette famille qui a laissé dans le pays des souvenirs si honorables et si sympathiques et dont le nom est actuellement si bien représenté dans la personne de M. de Reverseaux, ambassadeur à Vienne. ^^^e famille habitait le petit domaine de Manouyeau, passé depuis quelques années entre les mains de M. Morise et résidence en 1827 de M. Caquet, dont nous avons lu le nom sur une àes cloches de Téglise.

Ces cloches pèsent Tune et l'autre environ 150 et 200 kilogs. Sur la première on a inscrit.

Lan 1S27j j'ai été nommée par M, Charles Antoine Rémond^ adjoint au maire de Chartres ^ et M^^ Marie Anne Bémond, sa mère.

(1) Depuis plusieurs années le cimetière trop étroit qui entoure l'église au sud a été abandonné et remplacé à Tangle de la route du Mans et de celle de Manou par un nouveau qui dans sa superficie semble avoir le défaut contraire. Le terrain a été donné par M. de Reverseaux.

Osmond^ fondeur du /?oi\ m*a faite à Paris,

Sujet : Une vierge avec fleurs de lys.

Sur la seconde :

L'an i 827, f ai été nommée par M. Pierre Antoine Réniond^ ancien maire de Chartres^ et A/"* Marie Anne Rémond, son épouse, assistée de M, J, Caquet, officier de la Légion d'honneur.

Sujet : Lapidation de Saint-Etienne avec semis de fleurs de lys.

Nous signalons aussi un vieux rétable en bois, remisé dans les servitudes de l'église, et qui n'est pas sans mérite. De style grec, il se compose de trois compartiments à personnages, encadrés par quatre colonnes cannelées. Le premier à droite nous montre Jésus devant Pilate coiffé d'une mitre, couvert d'un manteau coloré or et rouge, un serviteur à ses pieds, devant lui Jésus les mains liées gardé par les soldats arcnés de lances et de piques, l'un deux, le plus près, tire son épée du fourreau. Au-dessus se voient les armoiries qui nous ont été présentées comme celles de l'ancienne confrérie de la Charité de Fontaine- Simon, chargées en chef de deux têtes de cerf et en pointe d'un olifant ou cor de chasse, ce qui pourrait nous induire à croire que cette confrérie, sur laquelle nous n'avons aucun document, aurait pu avoir saint Hubert pour patron.

La scène du milieu, plus élevée, représente la crucifixion ; aux pieds de la croix les saintes femmes et Longin.

La 3® scène, à gauche, figure l'Ascension. Jésus s'élève dans les cieux, les nuages l'enveloppent et laissent paraître seulement les pieds ; à terre les apôtres et les disciples sont à genoux dans l'admiration.

Ce tryptique, naturellement recouvert de peintures multicolores, mérite d'être conservé.

On ne quitte pas Fontaine-Simon sans visiter la fontaine Sainte-Anne, à quelques mètres du bourg. La dévotion à cette fontaine est immémoriale, comme la confrérie qui fut enrichie dindulgences par Urbain VIIL Nous ne connaissons que fort peu d'églises environnantes qui dans les siècles passés n'eurent pas leur confrérie de Sainte-Anne ; mais contrairement à celle de Fontaine-Simon elles ont disparu et celle-ci s'est fortifiée, grâce au zèle des pasteurs, à la dévotion des fidèles, et croyonspous plus particulièremept au voisinage de la fontaine bienfai-

ÈGLISS DE FONTAINK'SIUON H '

santé. Héorganisée par Aubert. curé de Fontaine-Simon, en 1644, et approuvée par monseigneur Jacques Lescot, elle a reçu une récente approbation de monseigneur He^nault en 1872, et nous pouvons dire que les deux derniers curés l'ont rétablie dans un état qui ne laisse rien à désirer. C'est vers cette époque de 1872 que la piété des amis de sainte Anne sentit le besoin de lui construire une chapelle plus digne de sa merveilleuse' protection. Rappelant les souvenirs du moyen-âge, presque tous

les habitants du lieu tinrent à travailler gratuitement et par corvée à l'érection du monument, ceux qui furent empêchés apportèrent leurs offrandes en argent, La statue fut donnée par la famille Ludière-Bsuer de La Loupe. Le monument en granit d'Alençon repose sur des pierres plates d un mètre carré jointes par un béton solide ; dessus s'élèvent les murs de la fontaine construits en ciment romain et grison provenant de la démolition de l'ancienne grotte, et c'est sur le tout que se dresse l'édicule en granit, travail de M. Delamarre d'Alençon. Au milieu d'un grand concours de la paroisse et de ses voisines la bénédiction eut lieu le 6 juin 1875 par M. l'abbé

12 ÉGLISE DE FONTÀINE-SIMOK

Bigame, curé doyen de Senonches, qui adressa à la foule une charmante improvisation oratoire, reproduite par la voix de N - D. Le prix du travail s'éleva à 1 400 fr. ; la statue dont le donateur seul connaît le prix est de Rafl. La fabrique est propriétaire de l'avenue et de la chapelle ; la fontaine actuelle communique avec l'ancienne au moyen d'un tuyau de fonte. Pour renouveler l'eau il a été pratiqué près de la grille un canal qui passe à droite de l'ancienne fontaine. C'est là que chaque année nous aimons à aller affirmer notre confiance en sainte Anne au jour de la fête de cette bonne sainte. H. G.

Maison Saixt-Micbbl (!

pauvres de la ville de jt en 1854 une transfortielle qui lui donnait un caractère sacré, d'une haute portée chrétienne et de bienfaisance. Cette amélioration, acceptée avec gratitude par la ville, était la condition formellement imposée par un généreux donateur, M. Michel Vintant

Le 17 février 1852, cet homme de bien léguait à la ville de Chartres la somme de lOO.WN) francs. Le 21 février suivant il voulut dissiper à jamais tous les doutes sur l'objet direct de sa donation : » Dans te testament que je vous ai dicté, Monsieur, le 17 de ce mois, écrivait-il à son notaire, j'ai donné 100.000 francs aux pauvres de Chartres Je veux compléter l'expression de ma pensée, qui n'a pas seulement pour objet le soulagement matériel de la classe pauvre, mais qui se préoccupe surtout de l'amélioration morale, des consolations et du secours spirituel... En coDsêquence j'impose au legs la condition essentielle de l'établissement de visites et de distribution de secours à domicile par le concours de sœurs de la Charité... L'emploi de la rente aura lieu de cette manière :

1° Loyer d'habitation et ameublement de sœurs de la Charité qui desserviront le bureau de bienfaisance.

1 2* Traitement des sœurs, au moins six, y compris la supérieure, salaire et nourriture des domestiques, u 3° Le surplus sera distribué par le soin des sœurs.

« L'Institution des sœurs de la Charité, ajoutait-il, procurera de précieux auxiliaires au bureau de bienfaisance et servira de trait d'union entre l'autorité civile et Tautorité religieuse. »

Le 17 février 1853, le bureau de bienfaisance prit une délibération acceptant ce legs avec toutes ses conditions.

Le 23 septembre 1854, après toutes les formalités légales, la Révérende Supérieure générale des Filles de la Charité, sœur Elisabeth Moncelet, fit présenter au bureau le projet de traité à conclure pour l'exécution immédiate des volontés du testateur. En effet, les légataires de M. Vintant, u désireuses de s'associer à lapesisée de leur bienfaiteur », avaient renoncé au bénéfice du lÉMiit de dix années pendant lesquelles elles pouvaient jouir en toute liberté du revenu du capital légué aux pauvres. Il est juste de citer ici leurs noms : Marie-Anne Adélaïde Duchon, femme Paris, Marie-Eulalie-JuUenne Duchon, et Hortense-Eugénie Dochon.

Ce traité, dont il est inutile de reproduire ici les clauses, fut accepté et signé par les autorités civiles de Chartres et les supéjrieurs dés filles de la Charité, sœur Moncelet et le R. P. Etienne. SdSfi retard^ Touverture du nouvel établissement de charité fut fixé au samedi 29 septembre suivant, il fut décidé u qu'une cérémonie religieuse consacrerait cette installation. Monseigneur TEvêque invité à célébrer la messe dans sa chapelle, » accepta.

Le journal de Chartres du 4 octobre 1854 a publié un compterendu fidèle de cette cérémonie. Nous laissons la parole à ce témoin oculaire et bien renseigné :

« On sait que M. Vintant a légué à la ville de Chartres une somme de 100 000 fr. dont l'usufruit devait appartenir pendant 10 années à ses légataires universelles. Après l'expiration de ce terme, le revenu de ce capital était consacré à rétablissement d'une maison de secours desservie par six sœurs au moins. Après prélèvement du traitement des sœurs et du loyer de la maison, la somme restée disponible devait être employée en secours en nature autres que ceux distribués ordinairement par le bureau de bienfaisance.

« Les légataires de M. Vintant n'ont pas voulu que les pauvres attendissent aussi longtemps. Grâce à leur désintéressement, les intentions charitables du testateur vont se trouver immédiatement réalisées^ et la maison de secours vient d'être établie

dans une maison du cloître Saint- Aignan. Ces dames ont témoigné le désir que l'inauguration eut lieu à Toccasion de la fête saint Michel, patron du testateur et que la maison fut desservie par les sœurs de Saint- Vincent de Paul.

« Samedi dernier (29 septembre), à 8 heures 1/2 du matin, une messe a été célébrée par Monseigneur à la chapelle de TEvêché. Un de MM. les conseillers de préfecture remplaçant M. le Préfet, M. le Maire et ses adjoints, le conseil municipal, Texécuteur testamentaire, le R. P. Etienne, supérieur général des Lazaristes et des filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, les membres du bureau de bienfaisance, les administrateurs adjoints, la supérieure de l'Hôtel-Dieu, les dames de Charité attachées aux cinq divisions, les curés des trois paroisses et plusieurs ecclésiastiques assistaient à la cérémonie.

" Après la messe, dans une touchante exhortation. Monseigneur a fait ressortir les avantages que la ville allait recueillir du service des sœurs auxiliaires du bureau de bienfaisance chargées spécialement de visiter les pauvres à domicile et de venir d'une façon encore plus efficace au secours de leurs besoins moraux et physiques. Mgr a exprimé combien il était heureux de voir cette n^ïssion dévolue aux dignes sœurs de Saint- Vincent-de-Paul.

*' L'administration municipale, accompagnée du bureau de bienfaisance s*est rendue à la maison du Cloître Saint-Aignan. ^^> M. le maire a adressé quelques paroles de remerciement à ^- '^ Supérieur général et aux sœurs.

^ M. le maire » félicite la maison de secours de posséder à sa tête Une supérieure qui depuis H ans exerce avec autant de talent que de zèle, à THôtel-Dieu, des fonctions qui vont la rendre très utile dans le poste où madame la Supérieure générale Ta appelée. 11 ^dresse aussi des remerciements à M. le Supérieur général d avoir bien voulu, au moment où le gouvernement lui-même a recours aux filles de la Charité pour donner des secours aux soldats malades et blessés de Tarmée d*Orient, consentira déférer aux désirs du bureau de bienfaisance (1).

" M. le Supérieur général a pris ensuite la parole pour faire comprendre combien il lui était doux de concourir au dévelop-

'^' ^e paragraphe, ici intercalé par nous dans le compte-rendu du Jour- ^^^ de Chartres, est extrait du rapport officiel conservé aux Archives de 1 «ôteMe- Ville. — La guerre de Crimée étant alors dans tout son feu. .

pement d'une œuvre appelée à rendre les plus grands services à la classe pauvre de la ville de Chartres. »

« Il a été procédé à l'installation des six sœurs, leur supérieure est une des sœurs de l'hospice attachée à cet établissement depuis quatorze ans. »

« A l'entrée de la mauvaise saison, au moment où vont se rouvrir les cicatrices à peine fermées depuis l'hiver dernier, nous sommes heureux d'avoir à signaler l'acte de générosité par lequel M"*» Duchon ont hâté l'époque où devaient se réaliser les dispositions charitables de M. Vintant en faveur des pauvres de la ville de Chartres. »

Ce rapport, d'une concordance absolue avec les documents of&ciels conservés aux Archives de THôtel-de-Ville, mérite quelques observations supplémentaires.

La Supérieure du nouvel établissement, déjà si heureusement connue à Chartres, eut bientôt la confiance générale. La sœur Rose, dans le monde M^^^ Rose Jouanneau, gouverna sa maison avec prudence, et lui donna tous les développements désirables. Elle eut à Chartres une popularité sans égale, et quand Dieu lui donna l'éternelle récompense, le 22 décembre 1893^ toute la ville voulut accompagner ses dépouilles mortelles à leur dernière demeure sur cette terre. Elle avait servi 14 ans à l'HôteUDieu, de 1839 à 1854, son cinquantenaire fut célébré dans l'intimité en 1889, et sa pieuse chapelle enrichie à cette occasion d'un bel ornement d'or qui porte les dates de 1839 1889, et d'une plaque placée au pied du tabernacle de l'aytel avec cette inscription: « A sœur Rose les Chartrains reconnaissants de 50 années de dévouement. » A sa mort, en 1893^ elle avait 56 ans d'un service tout de dévouement et de charité, sans que les pouvoirs publics n'aient pensé jamais à honorer d'une distinction spéciale une si longue carrière de sacrifices et d'abnégation.

Son œuvre a été continuée avec le même succès par les sœurs Marguerite Molinière, 1894-1895, Marie de Ligonnès, 1895-1902, et Laure de Narp depuis 1902.

La maison choisie tout d'abord comme siège de l'œuvre était située au n^ 2 du Tertre Saint-Aignan. aujourd'hui occupée par M. Rousseau, architecte. Elle fût aménagée aux frais de M"'* PAris

Maison Saint-Michel, (MS).

et des demoiselles Duchon, légataires, maiselle ne put suffire bientôt aux développements pris par la charitable institution. Cette résidence était, de plus, « d'un accès difficile et même dangereux en hiver ».

Les bienfaitrices s'employèrent activement à chercher un autre local, et s empressèrent d'offrir une somme de 22.000 fr. pour l'acquisition d'une maison mieux située, au n®9 du cloître Notrei)ame, en face le portail royal de la Cathédrale, et tout près de l'Eôtel-Dieu. Elle appartenait alors aux demoiselles Eulalie- Marie-Jeanne, Marie-Augustine Caroline et Laure-Marie-Françoise de la Perelle, filles de M. Michel de la Perelle, ancien chirurgien major des hôpitaux militaires à l'Ile-de-France, et de demoiselle Catherine Chereau. Elles la vendirent pour la somme de 20.000 fr , le 8 décembre 1855.

C'était une maison « faisant autrefois partie du ci-devant Chapitre de Chartres », illustrée surtout par le séjour du célèbre chanoine Plumé, qui y fit imprimer en 1482, le premier missel destiné aux offices solennels de la Cathédrale.

Nous en donnons ici une gravure si fidèle qu'une religieuse de la primiiive fondation, sœur Vincent,ra reconnue de prime abord sans hésitation en décrivant toutes les parties, et montrant avec émotion sur la façade les fenêtres de l'oratoire (1).

Les travaux du bureau de bienfaisance ne pouvaient suffire au zèle et à la charité des filles de saint Vincent.

A peine installée dans la maison du cloître de Notre-Dame, l3 sœur Rose, voulant d'ailleurs en cela répondre aux désirs de généreux bienfaiteurs, se résolut à fonder un ouvroir « dans le ^ut démoraliser les jeunes filles de la ville et de leur apprendre ^^ travail ». Il fut ouvert le 19 juillet 1858. L'abbé Legendre.

(1) Voici d'ailleurs ce qu'en disent les titres de propriété: » La maison n* 9, cloître Notre-Dame, était composée de 2 parties. La (/•donnant sur le cloître Notre-Dame, consiste au rez-de-chaussée en cuisine, salle & manger, chambre à feu et cabinet, salon de compagnie et plusieurs chambres. La 2« partie se compose au rez-de-chaussée d'une cuisine, office à côté, d'une écurie ; au !•' étage, d'une salle à manger, salon de compagnie et 4 chambres dont 2 à feu. Cette seconde partie donne sur la rue de THùtel- Dieu. Grenier sur le tout. Petit jardin derrière cette maison, qui joint d*un côté la rue de THôtel-Dieu, d'autre côté Levasseur, d'un côté le cloître Notre- Dame^d'un bout THospicede Chartres.

un des promoteurs, organisait une loterie pour couvrir les Fraisi d'installation d'une œuvre si utile. Grâce à Dieu, cette œuvre aussi a prospéré d*abord sous la main, toujours indulgente, de sœur Eulalie, et depuis 1859, sous la direction aussi ferme que dévouée de la sœur Clotilde. Un orphelinat complément nécessaire de toutes ces œuvres, réunissait déjà dans la mais< n même des religieuses, quelques jeunes filles orphelines ou pauvres, auxquelles une éducation chrétienne était ainsi assurée. Là sœur Joséphine s'y dévoua tout entière et sut inspirer à cette petite famille aimée un doux esprit de confiance et d'intimité.

Ces deux œuvres, si conformes à l'esprit de saint Vincent de Paul, prirent rapidement une extension toujours plus grande et déjà l'on se trouvait à Tétroit. De plus, le projet de démolition de l'Hôtel-Dieu et de dégagement de la façade de la cathédrale était aussi chose arrêtée. Non seulement « le local était insuffisant, mais le rez-de-chaussée surtout, humide et en contrebas du sol extérieur, offrait des dispositions peu convenables, notamment pour recevoir les personnes qui consomment sur place les portions de la société alimentaire . Il fallait acquérir un immeuble qui par son étendue et le genre de construction permit de satisfaire à toutes les exigences du service du bureau de bienfaisance. Enfin l'administration était heureuse et empressée de profiter de la coopération bienfaisante d'une personne qui s'engageait à supporter tous les frais du nouvel établissement.

Précisément M. et M"^ Hibot annonçaient l'intention de vendre leur maison sise rue Percheronne, n*' 2. Cette maison d'une superficie de 12 ares 30 centiares s'étendait d'un côté jusqu'à la rue de THospice (aujourd'hui rue Fulbert) et de l'autre bordait une partie de la rue Serpente. Elle fut acquise le 5 mai 1866, au prix de 35.000 francs tandis que la maison Plumé était vendue 18 000 francs, le 11 janvier 1809, pour être bientôt après rasée au niveau

du sol.

Ce local définitif avait été, comme le précédent, une dépendance du Chapitre (1).

(1) Cette maison était occupée avant la Révolution par lé chanoine Cormier. Le 13 janvier 1791 elle était vendue par le district à M"* Thérèse- Joseph Garnier, à Jean-Philippe Garnier-Ligaudry, à M. Charles- Victor Dattin et à Marie^Anne-Victoire Garnier, son épouse. M. MaximiUen-Loais-fimmanuel

MAISON SAINT-MICHKI. A CHARTRES i5

La nouvelle résidence, aménagée avec soin, large, spacieuse, aérée, d'un accès facile et située au centre de la cité, fut inaugurée solennellement. Une pieuse chapelle, pour le service des religieuses et des enfants de l'orphelinat, située au 1" étage, orné avec soin, enrichie de tableaux de piété offerts par des personnes dévouées à la maison, devait recevoir une consécration officielle. Le 1" août 1863, M. Billard de S. Laumer, maire de Chartres, lançait une invitation « pour assister à la bénédiction de la chapelle de la maison Saint-Michel, qui aura lieu le 6 août, à 7 h. 1/2 par Monseigneur TEvêque, qui célébrera la sainte messe. »

Là s'arrêtent les documents officiels que nous avons pu consulter sur ce pieux établissement de la maison Saint-Michel. Dieu seul connaît le bien que depuis 50 ans y ont accompli, dans le silence et le mystère, les filles de la Charité, les sœurs de Saint- Vincent de Paul. Elles sont les humbles et dévouées coopératrices des nombreux donateurs et des bienfaiteurs pfénéreux qui veulent rendre leurs offrandes plus douces, plus efficaces en les faisant parvenir aux pauvres par des mains désintéressées. Elles s'efforcent avec délicatesse et discrétion de consoler Tâme et de lui rendre lespérance en soulageant les souffrances corporelles. Puissent longtemps encore rester ainsi indissolublement unies Ja bienfaisance compatissante et la Charité chrétienne !

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