LA RESTAURATION DES VITRAUX
La restauration des vitraux de la cathédrale de Chartres, faeurea*» semenl entreprise aux frais de TÉtat, intéresse au phis liaut point les artistes et les archéologues.
Les verrières du portail royal ou occidental, réputées du XII* siècle, méritent une attention toute spéciale. Leur remise en plomb est aujourd'hui achevée. Sans doute, Texëcution matérielle de cet important labeur offre toutes les garanties de solidité dési^ râbles, mais Tarliste et Tarchéologue peuvent avoir quelques réserves à faire et quelques observations h présenter. Membre du clergé chartrain, nous ne pouvons rester indifférent à tout ce qui concerne la splendeur de notre merveilleuse cathédrale.
Notre première observation vise quelques fragments neufs que Ton a cru devoir ajouter k la verrière de la baie centrale. Il s'agit de la bordure inférieure. Avant la descente du vitrail, en 1900, cette bordure n existait plus : une assise de pierre de taille en tenait place. Elle avait existé cependant jadis, et Lassus a pu la dessiner pour sa monographie de la cathédrale ^^\ planche XXVIII. A-t-elle été descendue lors de la restauration du portail vers i85o, pour appuyer, les échafaudages sur le bord de cette fenêtre ou pour toute autre cause ? Toujours est-il qu elle ne figure pas dans les primitives photographies de celte façade antérieures à 1 900.
<*) MonograjJtie de la cathédrale de Otariret, publiée par ordre de l'Empereur et ptr les soins do M. te Miotstre de rimlrucUon publique. — * Pnris, Imprimetie nationale , 1 865.
La bordure nouvelle est d'un coloris beaucoup trop clair, à côté du reste du vitrail ; la différence s'accentue sous les rayons du soleil; rémail du verre n oppose plus un obstacle suffisant k la trop grande vivacit<$ de la lumière; lii douoèur, la richesse et le velouté des couleurs disparaissent : celte bande est alors en opposition violente avec le reste du vitrail.
Mais il est un autre point, plus grave à notre avis, sur lequel ùbûi (ko^tis lé^notM devoir d^app^er Patleniion du monde ailis-^ tique.
Restaurer un noDumeat n'est pas le Iransformerf mais lui rendre son état primitif, le rétablir tel qu'il est sorti des mains de l'artiste. Pour atteindre ce but, 41 faut bien comprendre l'idée qui a dirigé celui qui l'a conçu et exécuté; et, s'il reste des doutes sur son dessein primitif, mieux vaut alors le laisser dans la dispositioh précise oà on Ta trouvé, que de lenter une disposition incertaine.
Cctle faute avait été commise au x-vi* siècle, lors d^une première restauration , comme il sera facile de le constater bientôt. Les traces de ce premier essai se remarquent en plusieurs points, spécialement à la tête de la Vierge. M. Durand, auteur du texte explicatif de la monographie de Lassus^^), Ta reconnu sans crainte d'erreur.
Le verrier du xvi* siècle ne semble pas avoir compris les sujets représentés dans chaque panneau, quand il adopta l'ordonnance copiée fidèlement par Lassus dans son magnifique Atlas. Pour en jd^r ^us sûrement, il est utile de rappeler plusieurs principes :
i"" Le vitrail est consacré à l'enfance de Notre-Seigneur;
3^ L'artiste, très habile, il faut !e proclamer, voulut donnera son œuvre tout le charme possible pour l'œil, par l'agencement des couleurs et des dessins et par la symétrie parfaite. C'est ainsi que les panneaux sont les uns ronds avec un fond bleu, et les autres carrés avec un fond rouge. Cette variété exigeait un classement spécial. Les ronds ne pouvaient se suivre tous, mais alterner avec les carrés : par ce fait, les couleurs se mélangeaient dans une éclatante et merveilleuse mosaïque.
(^> Monofrrapkie i$ Notre-Dame de Otartret. — ^ Explications des planches par M. Paul Durand. — Paris, Imprimerie nationale, i88i.
De plu6vit devait chercher aussi à instruire les fidèles et éviter de les induire en .erreur. Il devait donc sui vire un Ordre logique dans la représeatalipn des faits , ^adopter uncf chronologie dëterminëe, et non pas jeter avec insouciance les scènes sans avoir ^gard ni au temps, ni aux circonslances. La visite des Mages, par exemple, ne peut être placée indistinctement avant tel ou tel autre fait de Tenfance dé Jésus; et puisque plusieurs tableaux lui softt consacrés, ils doivent avoir entre eux une succession raisonnëe. Poser U question , c'est la résoudre. Les peintres verriers du xu"* siècle i^e le cédaient certes en rien à ceux de jïoh jours dans la science de rhis-loire sacrée. On ne peut donc les accuser, ni les soupçonner d'ignorance sur ce point, que si Tordre chroDologique n^ peut eu aucune façon s'adiapter à la symétrie de leur œuvre; mais si, par contre, ils s'établissent simultanânent sans diffieu(lté« cette concorr dance n'est pas Teffet du hasard, elle a été voulue évidemment et primitivement suivie.
Or, dans la disposition adoptée au ^Lvr siècle, la symétrie aeul^ a été respectée, la chronologie est mise de coté. Jetez un eopp. d'œijl sur la splendide chromolithographie de Lassus, et Terreur vous apparaîtra évidente (voir plus loin le tableau I).
L'artiste moderne a voulu, et à bon droit» con*iger cette faute. II reconnaît par là le principe exposé ci-dessus, de la concordance nécessaire de Thistoire avec la symétrie; maison peut craindre qu'il nait en partie échoué dans l'application de ce principe.
Pour plus d'évidence dans notre démonstration, nous allons dresser trois tableaux : le premier reproduit iWdre donné dans Lissus; le deuxième, Tordre actuel; le troisième, Tordre qu'on aurait di!i suivre à notre avis (voir plus loin la figure).
La lecture du vitrail §e fait de gauche a droijle et .^e, ^as en haut. Noua désignons chaque panneau par une lettre dç Talphabet. Il sera facile de suivie ain^i,,d'un taUcau à l'autre, le^ tiv^uppc^i^ Uons adoptées «par Tarti^ înod^cpe et celles que noi|s , prf>posQqs^
t** TABLEAU. 9* TABMÀC.
1 A. Annonciation.
a B. Visitation.
3 C. Nativité.
& D. Anges et bergers.
6 E* U^ade ^ te dpcteiM-s^
1 A. Aunonciation.
a B. Visitatioa. •
3 C. Nativité.
h D. Anges et bei*gei*s.
J^: E.. liéitode et i^ flvi^îms;
Cette disposition est doac moins acceptable encore ^ue celle du xf i"* siècle.
Si Ton consulte avec attention les données des Évangiles et de la tradition, la solution du problème sera facile et Taccord de la symétrie et de Thistoire sera parfait. Nous avons dreèsé, pour faciliter rinteliigence de cette disposition, un troisième tableau dont voici Texplication.
1 A. — Annonciation. Marie est debout, un livre d'or fermé retenu sur la poitrine par la main gauche. Sa robe rouge et son manteau bleu sont ornés de riches broderies, un voile blanc ini couvre la tête. L*Esprit-Saint, B0U8 forme de colombe avec Tauréoie divine, vient se rqMser sur elle. L^ange, avec ses grandes ailes multicolores, un soeptre à la main, la salue. (S. Ldg, I, 36, 37.)
3 B. — Visitation. Marie a une robe verte et un manteau rouge. Son vêtement change ainsi à chaque scène, mais partout le voile qui lui couvre la tête porte à la hauteur du front une 4-, sauf quand elle est remplacée par une couronne. (S. Luc, i, 89, ko,)
3 C. — Nativité de Notre-Seigneur. La sainte Vierge est couchée dans un lit à double rideau. L'Enbnt Jéius, entouré da banddettes, est dans une crèche âevée sur une galerie à colonnes. Les tétas dif bcsuf et de T&ne sont suspendues au-dessus de TEufaot. (S. Lih:, h, 7.)
AD. — Les anges annoncent la naissance du Messie ï trois bergers. (S. Luc, n, 8,9 a 17.)
5 E. — Tableau à deux compartiments. Dans le premier, deux docteurs consultent le livre ouvert des Saintes Écritures. Dans le deuxième, Hérode, couronne en tête, sceptre à la main, assis sur un trêne, la main droite levée, parle aux Mages qui paraissent dans la scène suivante. (S. Math.,