ET LA CONSTRUCTION
Les articles que j'ai publiés sur les façades successives de Notre-Dame de Chartres m'ont permis de constater combien l'histoire de cette merveilleuse cathédrale était mal éclaircie. M. Tabbé Bulteau a fort bien décrit les portails et les vitraux^ mais, comme il n'avait pas le sentiment delà critique historique, il a embrouillé les textes qui se rapportent à des édifices de siècles diflFérents et il a propagé beaucoup d'erreurs, soit en attribuant à révêque saint Yves, mort en lH5,*la construction des portails de la façade et des tours (1) que M. Lanore a fort heureusement remise au point (2), soit en identifiant certaines statues des porches du transept avec des personnages du XIIP siècle.
Au lieu d'imiter M. Lecocq, qui s'était efforcé de faire connaître quelques noms de maîtres d'œuvre (3), plusieurs archéologues qui n'ont pu vérifier, comme je viens de le faire^ une inscription gravée dans la monographie de Lassus, ont attribué la tour du sud à un faux architecte nommé Harman. D'autres ont mis en relief Rogerus, dont le nom est inscrit au-dessus d'une statuette de la façade, mais qui pouvait être un boucher aussi
(1) Monographie de Ut cûthédr&le de Chartret^ t. i, p. 80 et 81.
(2) Reconsirneiion de la façade de la cathédrale de Chartres au XII* aièeU,. dans la Aevne de l'Art chrétien, 1899, p. 328, et 1900, p. 32 et 137.
(3) La Cathédrale de Chartres et ses mattres de Vœuvre^ dans les Mémoires de la Société Archéologique d* Eure-et-Loir , t. vi, p. 396.
bien qu'un artiste, et Robin, prétendu sculpteur du porche nord, qui ne saurait usurper les titres réels de maître Berthaut, imagier du XIV® siècle. II m'a semblé qu un nouveau dépouillement des textes s'imposait pour couper court à certaines légendes qui se répètent d'auteur en auteur et pour exhumer les noms trop rares des architectes et des ouvriers qui ont travaillé à la cathédrale depuis la fin du X® siècle jusqu'au commencement du XVP siècle.
Le Cartulaire et surtout les Nécrologes du Chapitre -publiés par MM. de Lépinois et L. Merlet renferment la mention de tous les legs faits au profit de l'œuvre et du trésor (1), mais tant que la date approximative de la plupart des obits restait inconnue, il était impossible d'en tirer parti sans commettre de graves erreurs. C'est à cette tâche si utile que s'est dévoué M. René Merlet en faisant d'abord paraître avec l'abbé Clerval le texte de Tobituaire le plus ancien accompagné de savants commentaires qui ont renouvelé l'histoire de la cathédrale du XP siècle, et plus récemment les listes chronologiques des dignitaires du Chapitre après avoir complété les notes recueillies par son père (3).
Le plus ancien architecte cité dans le premier obituaire se nommait Teudon : il mourut le 15 décembre d'une année antérieure à 1028 et son obit est ainsi libellé :
Obiit Teudo qui aureum scrinium composait inquo est tunica beaie Marie et frontem hujus ecclesiae fecit et ipsam ecclesiam coopérait (4).
Teudon était donc un véritable artiste, car la châsse en bois de cèdre plaquée d'or qui renfermait la tunique de la Vierge était son œuvre. Comme ce reliquaire se trouve mentionné dans le Nécrologe en974etavant dCK34(5), M. Merlet en a conclu que la cathédrale dont Teudon construisit la façade et dont il fit poser la couverture était celle qui fut restaurée par les soins de l'é-
(1) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres^ publié par la Société Archéologique d'Eure-et-Loir. Chartres, 3 vol. in-4".
(2) Vn Manuscrit chartrain du XI* siècle. Chartres, Garnier, 1893, in-4».
(3) Dignitaires de Véglise Notre-Dame de Chartres. Listes chronologique^ formant le tome v des Archives du diocèse de Chartres. Chartres, 1900, in-S**.
(4) Un Manuscrit chartrain, p. 184.
(5) Un Manuscrit chartrain du XI* siècle, p. 157.
vêque Vulfad après rincendie du 5 août 962(1). Cette hypothèse est très vraisemblable, car, en admettant que Teudon ait vécu jusqu'en 4028, ce n'est pas à cette époque qu'il aurait pu mettre . la dernière main à la cathédrale de Fulbert, consacrée seulement en 4037, c'est-à-dire neuf ans après la mort de l'évêque. Un charpentier breton nommé Manoald, qui mourut le 10 mai d'une année antérieure à 4028, travailla également à la cathédrale au X» siècle (2).
La CATHÉDRALE DU XP SIECLE.
Après l'incendie du 7 septembre 4020(3), Tévéque Fulbert ne perdit pas courage. Quatre ans plus tard, à l'automne de 4024, il annonçait dans une lettre au duc d'Aquitaine que la nouvelle crypte serait voûtée avant l'hiver (4). Son déambulatoire, flanqué de trois chapelles rayonnantes, se reliait à deux longues galeries qui s'étendaient sous les bas côtés de la nef. J'ai retrouvé les fondations de la façade de cette église au droit de la seconde . pile à quatre colonnes de la nef actuelle dans mes fouilles de 4901 (5). Le plan de son chœur correspondait à celui de la crypte et sa nef avait seize mètres de largeur, comme celle de Saint. Hilaire de Poitiers et comme le vaisseau central du XIIl* siècle.
Une théorie, soutenue par M. l'abbé Hénault (6^ et rajeunie par M. Mayeux (7), consiste à prétendre que la crypte de Fulbert n'était pas souterraine avant l'incendie de 4193 et qu'elle aurait
(1) Un Manuscrit charirain da XI* siècle, p. 171.
(2) « Obiit Manoaldus, britto, et carpentarius Sancte Marie. » Ibid., p. 163.
(3) « Anno M" vigesimo, episcopatus domni Fulbert! anno XIV*, sub ipsa nocte Nativitatis beatse Maris non solum ecclesia combusta, sed etiam tota destructa est. » Translationes S. Aniani, dans les Analecta Bollandiana, t. vu, p. 331.
(4) c Gratia naroque Dei cum adjutorio vestro cryptas nostras persolvimus easque priusquam biemalis inclementia laedat cooperire satagimus. » Migne, Patrologie latine, t. cxLi, lettre lxxv, col. 226.
(5) E. Lefèvre-Pontalis, Les Fondations des façades de la cathédrale d Chartres, dans les Archives Historiques du Diocèse de Chartres de 1901, d'après les fouilles, t. ix, Eglises et Chapelles, 3* série.
(6) Recherches historiques sur la fondation de Véglisede Chartres, 1884, p. 430.
(7) L'Abside de la cathédrale de Chartres du lll* au XIII* siècle, dans les Mémoires de la Société Archéologique d* Eure-et-Loir, t. xiii, p. 49.
formé les bas côtés et le chevet de la cathédrale du XI* siècle. La nef romane se trouverait donc enfouie sous le labyrinthe et sous le dallage actuel des dernières travées. Les bas côtés de la crypte auraient été également remblayés à l'intérieur de deux mètres environ. Voici les raisons qui rendent inutile la discussion de ces hypothèses. Fulbert emploie le mot cryptas pour désigner les galeries souterraines terminées en 1024. En outre, les fouilles faites par M. Merlet près du puits des Saints-Forts en 1901 ont permis de constater que l'appareil des murs de la crypte se distingue du blocage des fondations qui atteignent leur niveau supérieur primitif.
D'ailleurs, M. Lassiis a.^fait pratiquer un sondage de deux mètres dans le terre-plein de la nef en partant d'une des premières travées de la crypte sans rencontrer aucune construction (1). Les murs opposés aux fenêtres des bas côtés souterrains ne sont pas des murs de remplissage établis après coup entre des piles rectangulaires primitives, car on ne voit ni les claveaux des arcades de ces travées imaginaires ni aucun décollement contre les pilastres qui soutiennent les voûtes d'arêtes. Enfin , les fouilles faites dans le chœur Tannée dernière par M. Merlet ont porté le dernier coup à cette théorie. En effet, la pile cruciforme qu'il a découverte, ainsi que l'ancien escalier de descente au caveau Saint-Lubin prouvent l'existence d'une abside antérieure au XP siècle à 2"40 au-dessous du dallage du XIII* siècle (2). La crypte carolingienne n'était donc pas le chevet d'une ancienne . cathédrale qui aurait été coupé en deux parties par le mur d'enceinte gallo-romain, hypothèse tout à fait invraisemblable (3). Il
(1) Paul Durand, Monographie de Notre-Dame de Chartres, p. 4.
(2) René Merlet, Les Fouilles de la crypte et du chœur de la cathédrale de Chartres (1901-1904), dans les Archives Historiques du diocèse de Chartres. 1.905.
(3) La date du caveau Saint-Lubin et de la pile cruciforme du chœur primitif doit se placernécessairement soit après la destruction de la cathédrale en 858 par les Normands, soit après Tincendie de 962. La première opinion peut s^appujer sur les raisons suivantes. Le plan de cette crypte correspond à celui d'un chœur dépourvu de véritable déambulatoire, mais qu'on pouvait contourner en passant derrière les deux piliers du fond, tandis qu'à la fin du X* siècle, soixante ans avant les travaux de Fulbert, on aurait entouré le sanctuaire d'un bas-côté tournant et de chapelles : rayonnantes, comme à Saint-Martin de Tours, où des fouilles ont fait connaître
Méith pholog.
Clocher vieux de Chartres Base de la flèche.
faut en conclure que la crypte de Fulbert fut toujours en contrebas, qu'elle n'a pas été remblayée intérieurement et qu'elle était surmontée d'une église haute (1).
A la mort de Fulbert, le 18 avril 1028, la cathédrale romane n'était pas encore terminée (2), mais son successeur Thierri ne put la consacrer que le lundi 17 octobre 1037 (3), après avoir réparé les dommages de Tincendie du 11 septembre 1030 (i). Le feu avait dévoré les parties hautes jusqu'à l'appui des fenêtres et la charpente apparente, qui fut rétablie aux frais du roi I"(5). Le sous-chantre Etienne, qui fut témoin de la fondation de Tabbaye de Pontlevoi en 1034 (6), Eudes II, comte de Chartres, mort en 1037, le chanoine Frédéric, le prêtre Eudes et deux bienfaiteurs nommés Raoul et Lambert contribuèrent largement à la restauration du monument (7). L'architecte qui dirigea les travaux de construction et de réparation se nommait Bérenger : il mourut le 28 octobre d'une année voisine de 1050, comme l'indique l'écriture de son obit (8) :
le plan de Tabside du X* siècle. LMncendiede £62 dut être peu important, comme celui de 1030, car le Nécrologe garde le silence des bienfaiteurs de l'œuvre à cette époque et l'architecte Teudon ne refit que la façade et la toiture. L'attribution du caveau Saint-Lubin au X* siècle pourrait se baser sur l'analogie qui existe au point de vue de l'appareil entre la pile cruciforme dégagée par M. Merlet en 1904 et celles de l'ancienne cathédrale d'Orléans reconstruites après Tincendie de 989 et découvertes en 1890, de la crypte de Saint- Aignan d'Orléans refaites quelques années avant la dédicace de 1029, de la chapelle Saint-Lubin à Suèvres, près de Blois ; mais l'usage de la brique dans les joints verticaux n'est pas particulier au X« siècle.
(1) Cf. K. Lefèvre-Pontalis, Le Faits des Saints-Forts et les Cryptes de U Cathédrale de Chartres, dans le Bulletin Monumental, t. Lxvii, 1903, p. 381 et Archives Historiques du diocèse de Chartres, t. ix.
(2) « Ad restaura tionem hujus sancti templi quod ipse post incendium a fundamento reedificare ceperat. » Obit de Fulbert dans Un Manuscrit char ••^ train, p. 159.
(3) Chroniques des églises d'Anjou. Ed. Marchegay, p. 166. L'anniversaire de la dédicace de cette cathédrale se célèbre encore aujourd'hui.
(4)aQuarta [succensio] facta est anno M* tricesimo, die tertio idus septembris, domni Theodorici episcopi anno secundo. » Translationes S, Aniani, dans les Analecta Hollandiana, t. vu, p. 331. Cf. les épitaphes de l'évéque Thierri dans Un Manuscrit chartrain, p. 79 et 80.
(5) Un Manuscrit chartrain, p. 171
(6) Gallia Christiana, t. viii. Instrumenta, col. 413.
(7) Un Manuscrit charlrain, p. 179, 182, 65, 168. 163 et 169.
(8) Ibid.y p. 127,
Obiil Beringarius^ hujus matriê ecclesiae ariifex bonus (1).
Ainsi, Bérenger fut le successeur de Teudon, mais quel est le véritable sens du mot ariifex que du Cange n*a pas jugé à propos d'éclaircir? Des chroniqueurs du moyen âge, notamment Hariulfe (2) et Anselme (3), qui ont raconté la construction des églises abbatiales de Saint-Riquier et de Saint-Remi de Reims, remploient toujours au pluriel dans le sens d'ouvriers, comme Ermoldus Nigellus (4). Il faut le traduire de même dans beaucoup d'autres textes (5). Fortunat doit être un des très rares auteurs qui en ont fait usage au singulier pour vanter Thabileté de l'architecte qui avait bâti une basilique à Paris aux frais de Childebert :
Prima capit radios vitrais oculata fenestris Artificisque manu dausit in arce diem (6).
Il faut prendre ariifex dans la même acception en interprétant deux textes que mon savant confrère M. Victor Mortet a bien voulu me signaler Dans le récit de la fondation de Tabbaye de Saint Guilhem-du-Désert, un chroniqueur s'exprime ainsi : «I Ipse dux ad opus rediit, operarios ponit, artifices prœponit (7). » Ici Tauteur oppose certainement les ouvriers aux architectes plutôt qu'aux artistes pour diriger la construction d'un monastère au IX« siècle.
L'éloge de Lanfroy, architecte du château de Pithiviers à la
(1) Un ManuMcril ehûrtrain, p. 180.
(2) thronicon Centulense, liv. n,ch. m.
(3] /itoerariom, dans Mabillon, Acla Sanclorum ordinis S. Benedieti^ saec. VI, pars I, p. 714.
(4) De Uade Hludovici^ dans les Monumenla Germàniae hiatorica, Scriptores^ t. Il, p. 505
(5) Cf. Vila S. Magdalvei dans les Acia aanctoram, octobre, t. ii, p. 538. — Gesta epiacopornm Virdnnensium, dans les Monumenla Germàniae hUlorica, Scripiores^ t» x, p. 513, — Aclaa ponlificam Cenomannensium. Vie d'Hildebert. Ed. Ledru, p. 403 — Miracula sancli Dyonysiiy dans Mabillon, Acla SS, ordinis S, BenedicH, sœc. m, pars II, p. 348.
(6) Monumenla Germàniae historicat éd. in-4", Scriplores^ t. iv, p. 40.
(7) Viia Willelmi dnei* «c monachi Gellonensia, dans les Acla Sanclorum^ mai, t. VI, r. 815.
fin du XP siècle, par Orderic Vital, est encore plus concluant :
« Lanfredum architectum cujus ingenii laus super omnes artifices qui tum in Gallia erant transcenderat (d). »
Ainsi, Orderic Vital, qui écrivait au XII* siècle, emploie archiiectum comme synonyme d'artifex (2). Le chartrain Bérenger devait donc être, comme Teudon, un habile artiste capable de diriger aussi bien des maçons que des sculpteurs, des peintres et des orfèvres. Au moyen-âge, ces différents arts étaient souvent exercés par le même maître, car les architectes de nos cathédrales étaient bien capables de les décorer et de les meubler, comme leurs successeurs d'aujourd'hui. .
Enfin, si Bérenger n'avait pas été un architecte de talent, son nom ne serait certainement pas inscrit dans le plus ancien nécrologe de la cathédrale de Chartres. Sinon, ce précieux manus-> crit serait rempli de noms d'ouvriers au lieu de ne renfermer que deux obits de défunts qui exerçaient la profession d' « artifex ». Bérenger, qualifié par répithète.« bonus », dut se distinguer par de réels mérites vers le second quart du XP siècle. Son nom doit rester inséparable de celui de Fulbert, qui donna aux travaux de la crypte et de l'église haute la plus vive impulsion, mais il survécut à l'illustre évéque.
Le charpentier Jean, qui travailla aux réparations des combles après l'incendie de d030, fit fondre une cloche de cinq mille livres. Son obit est ainsi rédigé.
Obiil Johannes^ carpenlarius Sancle Marie^ qui inler alla hujus ecclesie reslauralioni necessaria signum etiam quinque milium libraram composait (3).
Il mourut le 4 juin 1060, comme son compagnon Martin, dé« cédé le 21 novembre (4). Dans la seconde moitié du XP siècle, trois porches furent ajoutés à la façade et au transept de la ca* thédrale, grâce à la générosité du chanoine Raimbaud, mort
(1) Hûtoria ecclesÎAstica, l. viii, ch. xxix. Ed. Le Prévost, t. m, p. 416.
(2) L'auteur des Miracles de Notre-Dame de Chartres, qui écrivait après rincendie de. 1194, a également employée» artifices » dans le sens d*architectes. Cf. Bibliothèque de l'Ecole des Charles, t. XLii, 1881, p. 510.
(3) Un Manuscrit chartrain^ p. 165.
(4) f bit Martinus, carpentarius. » Ibid.^ p. i83.
10 tES ARCHITECTES
vers 105Ô (1), du médecin Jean, décédé vers 1080 (2), et du chanoine André, mort vers 1090 (3).
En 1067, la comtesse Berthe, mère de Conan II, duc de Bretagne, donna le a ciborium » qui surmontait le maître-autel en souvenir de son fils (4). Trois ans après, Guillaume te Conquérant fit élever une belle flèche en charpente sur la cathédrale après la mort de sa fille Adelize (5). Plus tard, le doyen Adélard, décédé le 26 août 1092, fit bâtir presqu*entièrement à ses frais une salle capitulaire et un clocher dont remplacement est difficile & déterminer (6). La plus ancienne mention de vitraux donnés à la cathédrale se trouve dans Tobit du sous-doyen Goslin, mort vers 1098 (7). L'archidiacre Milon, dont le nom se rencontre dans deux chartes de 1099 et de H05, fit orner de peintures le porche roman du croisillon nord (8).
L'œuvre du XIl® siècle et la construction des tours.
Pour le XII* siècle, le nécrologe ne contient que le nom de l'architecte Vital, qui mourut le 15 octobre d'une année anté-
(1) « Obiit Ragemboldus, subdiaconus et canonicus Sancte Marie qui dédit magnam partem sue possessîonls ad edificationem vestiboli frontis hujus aecclesie. » Ibid., p. 159. J*ai retrouvé le mur nord de ce porche dans mes fouilles de 1901. Cf. Mémoires de la Société archéologique d Eure-et-Loir y t. TLnh 1>< 4 et 6.
(2) « Obiit Joannes medicus qui capsarum sedem deargentatam construxit et istius ecclesie dextri lalerisvestibulum fecit. • Un Manuscrit chartrain^pAk^.
(S) « Obiit Andréas, saccrdos et canonicus Sancte Marie qui ad edificium ▼estibuli hujus ecclesie reliquit agripennum vinearum et dimidlum. » Ibid.^ p. 177. En 1893, on a retrouvé les fondations de ce porche sous le croisillon nord en creusant la cave du calorifère. Cf. Tarticle de M. Meriet dans les Mimoir^a de la Société archéologique d' Eure-et-Loir, t. x, p. 299.
(4) « Obiit Conanus, Britannorum comes, pro cujus anima Berta, comitissa, mater ejus, altare hujus ecclesie decoro exornavit cyborio. » De Lépinois et Meriet, Cttrtalaire de Noire-Dame de C?iarires, t. lu, p. 220.
(5) « Et Adeliza, filia régis Anglorum, pro cujus anima pater ejus... jussit fieri campanarium quod est super aecclesiam preciosum et bonum. » Un Manuscrit chartrain, p. 184.
(6) « Obiit Adelajdus, decanus, qui hoc capîtulum construxit et' ad edificationam turris plurimum profuit, o Ibid.^ p. 174.
(7) CarénhUr^ de Notre-Dame de Chartres, t. iit, p. 137. — L. et R. Meriet, Dignitaires^ p. 50.
(8) ■ Capitellum ecclesie a sinistra parte decenti pictura decoravit. » Cariulaire de Notre-Dame de Chartres^ t. m, p. 104. ~ L. et R. Meriet, Dignitaires, p. 122.
rieure à 1130 (1). Qualifié, comme Bérenger, ariifex hujus sancte ecclesie, il avait donné trois quartiers de vigne au chapitre après le décès de son fils Evrard, mais il n*eut pas un rôle aussi important à remplir que ses deux prédécesseurs. Il a pu faire recouvrir la cathédrale de feuilles de plomb entre les années 1106 et 1108 aux frais de la reine d'Angleterre Mathiide (2), qui avait donné des cloches à la cathédrale (3). La démolition d'un étal de boucher, qui se trouvait devant la Porte neuve (4) et qui gênait le passage des chariots, facilita la réparation des toitures (5). L'évêque saint Yves, décédé en lil5, décora le chœur d un am* bon et d*un autel en vermeil précédé d'une clôture à deux portes avec le concours de généreux donateurs (6), mais M. l'abbé Bulteau a eu tort de lui attribuer une part trop importante dans l'embellissement de la cathédrale (7).
L'incendie de la ville de Chartres, le 5 septembre 1134 (8), se propagea de l'Hôtel-Dieu à la façade et aux premières travées de la cathédrale de Fulbert, mais l'œuvre de l'architecte Bérenger subsista jusqu'à l'incendie de 1194. £n effet, le prévôt Henri, mort vers 1150, avait fait renouveler la toiture du chœur qui menaçait ruine et il avait fait poser un ange doré sur un pivot au-dessus de la croupe (9). Un charpentier, nommé Jean, fils de
(1) « Et Vitalis, artifex hujus sancte ecclesie, qui reliquit canonicis ejusdem ecclesie très quadrantes vineae post decesum Ebrardi, filii sut. » Un Manuscrit chartrainy p. 179.
(2) Un Manuscrit chartrAÎn, p. 180. Cf. les obits d'Adélaïde et de saint Yves. Jbid., p. 176 et 185.
(3) Lettres d'Yves de Chartres, dans Migne, Patrologie latine^ t. cilyiii, col. 148. ■
(4) La Porte neuve s'ouvrait dans Tenceinte du cloître sur la rue actuelle du Cheval-Blanc, en face le pavillon de THorloge qui est au pied du clocher nord.
(5) « Plaustris inducendis atque educendis pro tectis hujus ecclesie reparandis plurimum nocebat. » Obit d*Eudes, Ibid., p. 149.
(6) Obits du sous-doyen Hugues, du doyen Arnaud et de saint Yves. Ibid. p. 178, 181 et 185. — L. et R. Merlet, Dignitaires, p. 51.
(7) Monographie de la cathédrale de Chartres, t. i, p. 83, et t. u, p. 34.
(8) « Quinta [succensio] facta est anno M* centesimo tricesimo IIII*, quarta feria, nonas septembris, in qua fere tota civitate consumpta, sed per mirabilem Jesu Christi misericordiam suae genitricis aecclesia a flammis incumbentibus liberata. » Abbé Clerval, Translationes Saneti Ani&ni^ dans les Analecia Bollandiana, t. vu, p. 335.
(9) Tectum capitis ecclesie quod pêne ruebat multo sumptu de veteri no-
12 LBS ARCHITECTES
Vital qui vivait au milieu du XIP siècle et qui mourut le 24 novembre d'une année antérieure à 1182, est mentionné en ces termes dans le second obituaire :
Ohiil Johannes^ filius VUaUs^ hujus ecclesie carpenistrius fidelis et ulilis, qui iola intenlione et studio in opère béate Marie semper laboravit et ad opus reparandi Crucifixi cyfum argenteum precio sexa-gin ta solidorum et ad restau rationem (urris quadraginta solidos dereliquit (1).
Cet obit soulève deux problèmes intéressants. Le charpentier Jean n'était-il pas le fils de l'architecte Vital dont j'ai parlé plus haut et qui mourut avant 1130? D'autre part, à quel clocher faut-il rapporter son legs de quarante sous pour la restauration d'une tour ? Je croirais volontiers que le décès de ce maître charpentier doit se placer vers 1135, c'est-à-dire à une date où le chapitre ne songeait qu'à restaurer le clocher bâti aux frais du doyen Adélard avant 1092 et très endommagé par l'incendie de 1134, sans avoir décidé la construction de la tour du nord.
M. Lanore a parfaitement démontré que cette tour, complètement isolée à l'origine, fut commencée la première (2), car l'obit de Tarchidiacre Gautier de Bonneval, mort après 1132, et celui de l'archidiacre Ansger, mort après 1139, ne font mention que d'une seule tour (3). La générosité des donateurs fut secondée par l'enthousiasme des travailleurs volontaires qui apportaient les matériaux, la chaux, le bois et les vivres sur le chantier, comme l'ont raconté Haimon, abbé d^ Saint-Pierre-sur-Dives, dans une lettre écrite en 1145 (4), et Hugues d'Amiens, archevêque de
vu m fecit, angelum superimpositum cum acu ad decorem domus Dei fecit et deauravit. » De Lépinois et Merlet, Cartulaire de Noire-Dame de Chartres^ t. iir, p. 80.
(1) Ibid., p. 212.
(2) Revue de VArt chrétien, t. XLviii, 1899, p. 328, et t. XLix, 1900, p. 32.
(3) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. m. p. 124 et 131. — L. et R Merlet, Dignitaires, p. 128 et 178. Le don du chanoine Mathieu, décédé le 24 décembre, peut aussi se rapporter à cette tour.
(4) « Onusta vino, tritico, oleo, calce, lapidibus, lignis, cœterisque vel vitœ usui, vel structurée ecclesiarum necessariis ad Christi asilum animalium more brutorum pertraherent. » Lettre publiée par M. Léopold Delisle dans la Bibliothèque de VEcole des Chartres, t. xxi, p. 12L
Cathédrale de Chartres Statuette de la façade
Rouen ( D.Robert de Torigni constate qu'on bâtissait les deux tours en 1145 (2). Les pierres furent extraites des carrières de Berchères, à dix kilomètres de Chartres, qui étaient déjà exploitées à Tépoque carolingienne, car on en a fait usage dans le caveau Saint-Lubin, sous le maître-autel.
Les seules donations « ad opus turrium » furent faites par l'archidiacre Renier, le prévôt Henri, morts après H49, le prévôt Eudes, qui vivait encore en 1161 (3), et le chanoine Simon (4).
Les obits du chantre Hameiin, du chancelier Arnaud, morts vers 1150, et de lévôque Goslin, mort en 1155, permettent de supposer qu'on ne travaillait plus à la tour du nord à cette époque, car ils donnèrent des sommes d'argent « ad opus turris (5). 9 II faut en conclure que toutes les ressources étaient appliquées à Tachèvement du clocher sud et de sa flèche qui furent terminées vers 1164, car le chantre Hugues qui fit le dernier legs, mourut en 1163 (6). Je note encore deux dons de dix livres « ad opus ecclesie » par le chantre Amaury Goault, mort avant 1173,par l'archidiacre Gilon, qui mourut avant Tincendie de 1194, et un autre legs de vingt livres par le chanoine Robert de Pignora (7).
En même temps, comme j'ai eu l'occasion de le prouver dans le compte-rendu de mes fouilles (8), on élevait derrière les clochers un porche voûté d'ogives et précédé des trois portails et des trois fenêtres qui furent reportés dans la suite sur Fempla-
(1) Mabillon, Annules ordinU S. BenedicU, t. vi, p. 392.
(2) 0 Hoc eodem anno cœperunt homines prius apud Carnotum carros lapidibus onustos et lignis aanona et rébus aliis suis bumeris trahere ad opus ecclesie cujus turres tuac fiebant. » HUtoriens de U France, t. xiii, p. 290.
(3) CarluUire de Noire-Dame de Chartres, t. m. p.dO, 199 et 300. — L. et R. Merlet, Dignitaires, p. 178, 230 et 232.
(4) Cartttlaire de Notre-Dame de Chartres, t. m, p. 200.
(5) Ibid., t. m, p. 17, 2X3^ et 33. L. et R. Merlet, Dignitaires, p. 33 et 104.
(6) Cartalaire, t. m, p. 137. — L. et R. Merlet, Dignitaires, p. 33. On ne sait à quelle tour il faut rapporter les dons des chanoines Mathieu, Nivelon, Albert de Meiz, Adam, Gui, Renaud et Hugues. Cartalaire de Notre-Dame de Chartres, t. m, p. 1, 93, 97, 124, J35. 195 et 208.
(7) Ibid., p. 35, 18 et 143.
(8) E. Lef'èvre Pontalis, Restitution des façades de la cathédrale de Chartres dans les Archives historiques du diocèse de Chartres^ t. ix, p. 20.
cément de la façade actuelle. Le sUence des textes sur les architectes qui dirigèrent ces travaux a donné l'idée d'interpréter deux noms et une date gravés sur les pierres, mais il faut discuter la valeur de ces inscriptions.
Dans l'axe de la pile qui sépare la porte centrale de la façade et le portail de droite, la statuette supérieure représente un homme dont la tête est cassée, vêtu d'une longue tunique avec galon brodé autour du cou ; un fourreau vide est pendu à sa ceinture. Encadré par deux minces colonnettes, il est incliné en
avant; ses deux mains tenaient un instrument qui n'existe plus, sans doute une masse, dont l'extrémité est encore visible au milieu du front du bœuf, couché à ses pieds Une corde enroulée autour des deux cornes de l'animal servait à lui faire prendre la position d'une béte qu'on assomme.
Au-dessus de la tête du boucher, on lit ROGER VS sur un cartouche taillé dans la même assise et qui ne peut donc pas se rapporter au chapiteau de la Cène, visible plus haut. Cette inscription en lettres oociales se fait remarquer par ses deux R Oeuronnés, comme les extrémités de la courbe du G et par le V, qui se trouve un peu plus haut que les deux lettres voisines. II est évident que ces caractères remontent au XII" siècle, car on remarque des R identiques dans les mots GEREMIAS PRO- FETA gravés sur le phylactère d'une statuette dans le jambage gauche de la porte de la Vierge. Est-ce te nom d'un sculpteur ou d'un donateur?
Leb archéologues qui adopteront la première hypothèse avec M. Lecoq (1) et M. de Mély, sans partager les hésitations- de
(1) itimoireÊ dt U SociéU archéoiogiqae d'Enre-el-Loir, t. Vi, p. i3i.
i6 LES ABCHITECTES
M. l'abbé Bulteau (1), auront le droit de faire observer qu'HVGO MONEDERI VS a gravé simplement son nom sur le chapiteau d'une chapelle rayonnante à Saint-Hiiaire de Poitiers tandis que les mots HOC ou ME FECIT, suivent la signature de BRVN VS derrière la statue de saint Mathieu au portail de Saint-Gilles, de GISLEBERTVS sur le tympan du portail de la cathédrale d'Autun, de GOFRIDVS et de VNBERIVS sur deux chapiteaux à Saint-Pierre de Chauvigny et sous le porche de Saint-Benoîtsur- Loire.
La seconde opinion, qui est celle de M. Paul Durand (2) et la mienne, s'appuie sur un autre raisonnement. Rogerus pouvait être un riche boucher qui offrit une somme d'argent pour les sculptures d'un portail et qui se fit représenter dans l'exercice de sa profession. Plus bas, on voit une enclume sous le pied d'un armurier qui a suspendu au mur un sabre dans un fourreau. Ces deux groupes ressemblent beaucoup à ceux qui sont figurés dans les verrières du XIIP siècle de la cathédrale pour conserver le souvenir des corporations qui les ont données. On voit de même un boucher qui assomme un bœuf dans une fenêtre haute de l'abside (3).
On gravait souvent au moyen -âge les noms des personnages représentés sur un bas-relief ou sur un chapiteau. Ainsi, dans le tympan du portail de Mervilliers (Eure-et-Loir), sculpté au XIP siècle, on lit HERBERTVS sous les pieds d'un chevalier et lEORGlVS à côté de la tête d'un prêtre ; un chapiteau de la même église représente un coq surmonté du mot PETRVS (4). Le nom du moine Hugues *de Sainte -Marie est gravé sur deux chapiteaux à figures de l'église de Saint-Benoît-sur-Loire. A Notre-Dame de Chartres, la légende GEREMIAS PROFETA se lit sur le phylactère d'une statuette du XIP siècle dans le portail de la Vierge, et les porches du transept conservent des
(1) Monographie de La cathédrale de Chartres, t. i, p. 71.
(2) Monographie de Notre-Dame de Chartres ^ p. 57.
(3} Cf. F. de Lasteyrie, Histoire de la peinture sur verre, pi. XIV, fig. 2. (4) Abbé Sainsot, Le Tympan du portail de Mervilliers, dans le Congrès archéologique de Chartres, 1900, p. 100 et 116.
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eu
inscriptions qui désignent Jessé, David, Goliath, Elie, Samuel, les vertus, les vices et les arts libéraux. Il faut donc avouer que la question de savoir si le chartrain Roger exerçait un art ou un métier au XIP siècle est insoluble. En tout cas, il est impossible de lui attribuer les grandes statues des portes de la façade, car aucune n'est signée.
Dans un mémoire présenté récemment à la Société des Antiquaires de France, M. Mayeux a voulu rajeunir une opinion de M. Tabbé Bulteau (1) qui attribuait ces curieuses figures à un atelier formé par l'abbaye de Tiron, mais c'est une hypothèse d'autant plus mal fondée que ces moines artistes travaillaient au temps de l'abbé Bernard, mort en 1H6, c'est-à-dire un demi-siècle avant la construction des trois portails. En outre l'acquisition de maisons à Chartres par le monastère au XIP siècle n'avait d'autre but que d'établir des rentes, et ne prouve pas un développement de l'atelier.
L'obit de Richer, archidiacre de Châteaudun, inséré dans le nécrologe à la date du 12 janvier, mentionne le don d'une statue de la Vierge à la cathédrale de Chartres au milieu du XIP siècle. En voici un extrait :
Decoravit etiam introitum hujus ecclesie imagine béate Marie auro decenier ornaia (2).
Si cette statue avait été isolée sous un porche ; comme le pense M. Marignan (3), le rédacteur aurait employé les mots vesiibulum ou capitellum, en usage dans l'obituaire pour désigner une construction de ce genre (4). Le mot introitum ne peut s'appliquer qu'à une statue extérieure, mais, comme la porte centrale n'a jamais été divisée par un trumeau^ on a le droit de l'identifier avec celle du tympan du portail de la Vierge. Richer fut témoin dans deux chartes de 1126 et de 1149, mais il a pu vivre
(1) Monographie de U oathédralB de Chartres, t. ii, p. 81.
(2) Çartulaire de Noire-Dame de Chartres^ t. iii^ p. 20.
(3) Le Portail occidental de Notre-Dame de Charlres, dans le Moyen-Age, 1898» p« 349> note 1.
(4) Obits du chanoine Raimbaud, du médecin Jean, du chanoine André Cf. Un Manuscrit charirain,p, 159, 177, 149< Obit de l'archidiacre Milon^ dans le Carlttlaire de Notre-Dame de Chartres^ t. iii^ p^ 104.
jusqu*en 1156^ date où son successeur Guillaume confirme une donation (1). Or il est certain que la construction des trois portails qui se trouvaient d*abord derrière les clochers fut liée à celle de la tour du sud, dont les travaux étaient en pleine activité en 1145. Quand même la statue de la Vierge citée dans Tobit de Richer ne serait pas celle qui orne le tympan du portail de droite, ce texte prouve qu'on décorait l'entrée de la cathédrale avec des statues rehaussées de dorures avant Tannée 1156. Cette mention ne peut s'appliquer qu'aux portails de la façade.
L'inscription gravée dans une lucarne à la base de la flèche du clocher sud' n*a pas la moindre valeur archéologique. L'architecte Lassus en a donné un fac-similé conforme à cette lecture (2) :
HARMAN HG4 NDD
Au lieu de la reproduire exactement, comme M. Lecocq, qui j voit la signature d'un maître de l'œuvre (3), M. Paul Durand (4) transcrit H ARM AND V et M. l'abbé Bulteau (5) imprime HAR- MAN'^ avec beaucoup d'autres archéologues, mais le sigle VS, qu'ils ajoutent à la fin, n'existe ni sur la planche, ni sur la pierre. M. Lanore ne partage pas les doutes de M. Durand sur l'authenticité de cette inscription, car il fait observer que sa date coïncide avec celle de l'achèvement de la tour (6) et de la dernière donation pour l'œuvre des clochers par le chantre Hugues, qui mourut entre 1159 et H63 (7).
Examinons d'abord la forme des lettres. Ce sont des capitales romaines qui ne ressemblent pas du tout aux onciales employées dans les mots de ROGERVS et de GEREMIAS PROFETA, déjà signalés à gauche du portail de la Vierge. Ainsi, les deux A
(1) L. et R. Merlet, DigniUires, p. 144.
(2) Monographie de la cathédrale de Chartres, Atlas, pi. L.
(3) Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. vi p. 434.
(4) Monographie de Notre-Dame de Chartres , p. 107.
(5) Monographie de la cathédrale de Chartres^ t. i, p. 04.
(6) Revue de l'Ari* chrétien, t. XLix, 1900, p. 38.
(7) Cartulaire de Noire-Dame de Chartres, t. m, p. 137.
de HARMAN ne sont pas chevronnés, l'R ne se divise pas en volutes inférieures et les jambages de TM et de TN ne sont pas reliés par des demi-cercles.
L'emploi des chiffres arabes dans une inscription du XII' siècle est une anomalie tellement stupéfiante qu'elle suffirait à faire avancer de plusieurs siècles la date de 1164. On sait que l'usage des chiffres romains dans l'épigraphie du moyen âge persista jusqu'au XVP siècle. Les chiffres arabes qui apparaissent dans certains manuscrits du XIV* siècle ont un caractère archaïque tout à fait différent de celui des chiffres de l'inscription du clocher de Chartres, qui présentent la forme usitée aujourd'hui. Bien que Thierry, maître des écoles de Notre-Dame de Chartres, fût en relations avant 1140 avec des savants de Tolède et de Toulouse, qui répandirent les traités d'arithmétique en usage chez les Maures d'Espagne, comme M. l'abbé Clerval l'a démontré (1), ces rapports scientifiques ne peuvent avoir exercé aucune influence sur l'épigraphie chartraine, où des chiffres romains furent constamment gravés sur les pierres , jusqu'au jour où Jean de Beauce fit inscrire la date de 1513 en chiffres arabes sur le socle de la statué du Christ qui décore la flèche du clocher nord. Enfin, je ferais observer que les deux dates de 1381 et de 1391, relevées sur la façade de la cathédrale de Reims, ont été reconnues apocryphes par M. Demaison (2).
Avant d'indiquer la lecture que je propose d'adopter, il faut rechercher à quelles époques la flèche octogone du clocher sud fut l'objet de réparations avant la réfection complète de sa pointe, entreprise en 1903 et terminée en 1904, sous la direction de M. Sel mersheim, au moyen d'un échafaudage très hardi, qui fait grand honneur à l'habileté de M. Soumeilhan. charpentier à Chartres L'expertise de 1316 permet d'affirmer qu'à cette époque un de ses pans était lézardé et qu'un clocheton d'angle tombait en ruines (3) .
(1) L'Enseignement des arts libéraux à Chartres et à Par» dans la première moitié du Xll* siècle^ dans le Compte-rendu du Congrès scientifique mternatio' nal des catholiques, année 1888.
(2) La Cathédrale de Reims^son histoire^ les dates de sa construction^ dans ie Bulletin monumental, t. XLVI, 1902, p. 92.
(3) tt Item, nous avons veu, en la grant tour, et avons regardé qu*elle a
Une intéressante étude de M. Tabbé Métais (1) permet de préciser la date des travaux postérieurs. Félibien rapporte qu'on avait réparé la flèche en 1396, mais les crampons de fer scellés dans les assises avaient produit des lézardes de son temps (2). Au mois d'août 1680, il fut témoin avec le chanoine Etienne (3) de Taudace d'un couvreur^ nommé Màthurin Bernier, qui s'était fait suspendre à des cordages et qui mit vingt-sept jours à remplacer les pierres effritées.
Comme ce travail était tout à fait insuffisant, le chapitre prit le parti de faire vérifier la solidité de la flèche le 8 janvier 1753. Au mois de mai, on monta Téchafaudage, puis l'architecte Brossard, qui habitait Sen]i3, fut appelé à Chartres par les chanoines. Après sa visite du 12 juin, il fit démolir la partie supérieure de la flèche sur 42 pieds de hauteur. Elle fut reconstruite en pierre de Saint-Leu-d'Esserent par Tappareilleur Duchesne et ses ouvriers. Une inscription constate que François-Jérôme de Montigny, doyen du chapitre, posa la première assise le 5 juillet 1753; les travaux de maçonnerie furent terminés le 4 octobre suivant. L'huissier Dutillet, qui jouait le rôle d'entrepreneur, renonça à exécuter son marché de 30^000 1. avant la pose de la croix. La vérification des travaux fut faite par l'architecte Darvillaire.
Les relevés faits par M. Venencie, chef de chantier, ont permis de constater que les pans de la flèche étaient inégaux, car ils forment un octogone très irrégulier, dont les côtés varient de 1",76 à 2",84 au niveau de la 124* assise. En démolissant l'année dernière la pointe de la flèche, on a descellé une pierre imbriquée qui portait cette inscription :
MATHIAS MARIGIN 1754
bien mestier de grant amendement, que il i^a un des pans fenduz et decrerez et une des filloles rompue et dépecée. • Cf. Tarticle de M. Mortet dans le Congrès archéologique de Chartres, 1900, p. 317.
(1) Le Clocher vieux de Chartres, ses restaurations, dans les Archives histo^ riques du diocèse de Chartres^ livraison de juillet 1904, p. 3.
(2) Mémoires pour servir à Vhistoire des maisons royales et bAtiments de France, éd. Montaiglon, p. 88.
(3) Leurs observations sont publiées en appendice dans Souchet, Histoire da diocèse de la ville de Chartres, t. iv, p. 381 et 387.
Peut-on rattacher à la même série de travaux l'iriscription d'HARMAN, qui offre tant d'analogie avec celle-ci? Pour élucider cette question, je me suis décidé à faire explorer les lucames du clocher sud par M. Roby, maçon, qui a collaboré à toutes les fouilles de la cathédrale et que je tiens à remercier de son dévoué concours.
Il a retrouvé du côté nord Tinscription d'HARMAN, non pas sur le boudin d'une archivolte, comme Ta dit M. Tabbé Bulteau (1), mais sur le jambage oriental de la petite lucsurne supérieure en tiers-point percée dans le gable de la baie centrale, à la base de la flèche. J'en ai fait aussitôt l'estampage le 29 décembre 1904, à l'aide d'un échafaudage et d'une longue échelle. Mon confrère, M, Merlet, a constaté avec moi que le 6 de la soidisante date de 1164 devait être remplacé par un 1. Comme la date de 1114 serait une hérésie historique et archéologique, je propose de lire 1714, en faisant observer que le second chiffre est légèrement incliné.
Le nom d'HARMAN est bien gravé à la première ligne sur une pierre, qui mesure 0"41 de longueur et 0"*1%5 de hauteur, comme dans le fac-similé très médiocre de la monographie de Lassus. A la seconde ligne, il y a bien NDD, que M. l'abbé Bulteau interprétait bien à tort par NATO DOMINO. Le second D fut gravé par une autre main. Ces lettres sont audessous de la fin du mot HARMAN. Voici comment nous les expliquons. Comme la pierre était trop courte pour qu'on puisse y graver le D d'HARJNTAN, car le second jambage de TN tombe dans le joint, l'auteur de l'inscription a simplement achevé son nom à la seconde ligne en répétant l'avant-dernière lettre N.
D'autres noms sont d'ailleurs gravés sur les piédroits de cette lucarne. Ainsi, au-dessous d'HARMAND, on lit LOUIS en lettres majuscules du XVP siècle. Sur l'autre jambage, j'ai relevé le nom MARCHAND 1734 encadré par ceux-ci : LAI- GNEAU 1838 et SICHON 1840. Ce dernier était un charpentier de Chartres. Les quatre petites pyramides d'angle de la flèche
(1) Monographie de lu eathédr&le de Chartres, t. i, p. 94.
sont couvertes d'inscriptions du même genre : la plus ancienne date est 1555 au revers de celle du nord-ouest. Elle indique une réparation, comme le millésime 1776 gravé au sommet de la flèche de la tourelle d'escalier.
Armand, qui a fait précéder son nom d'un H, suivant l'orthographe plus ou moins fantaisiste du XVIII* siècle, vivait donc sous le règne de Louis XIV et non pas sous celui de Louis VII, Etait-ce un maçon ? J'en doute fort, car aucune réparation importante ne fut faite au clocher sud en 1714. Je crois plutôt que c'est un sonneur, un guetteur, un couvreur, ou même un simple curieux, comme ceux qu'on empêchait de monter sur les échafaudages en 1753 (1). Plusieurs archéologues trop confiants auront contribué à lui donner pendant un demi-siècle la gloire d'avoir bâti la tour du sud, mais il ne mérite pas du tout cet honneur qu'il faut laisser à un maître inconnu. J'avais eu bien raison de faire les plus expresses réserves sur la vkleur de cette inscription (2), car j 'estime que toutes les dates et les noms inscrits sur nos édifices du moyen âge doivent être passées au crible de la critique épigraphique.
La façade occidentale fut donc l'objet d'une reconstruction complète pendant le second tiers du XIP siècle ; mais la cathédrale du XI" siècle, bâtie par Fulbert entre 1020 et 1028, achevée et restaurée après Tincendie de 1030 par l'évêque Thierri qui la consacra en 1037, se conserva intacte jusqu'à l'incendie de 11&4. L'obit du chancelier Robert, mort après 1173, fait mention d'une somme de 15 livres qu'il avait donnée « ad opus criptarum (3) ». On retrouve encore aujourd'hui la trace des travaux exécutés dans la crypte à cette époque. Ses fenêtres latérales furent exhaussées et agrandies, parce qu'on releva le niveau du soi, après l'achèvement des tours^ pour utiliser les déblais. En même tempsy sa porte méridionale fut encadrée par deux colonnes et une archivolte moulurée.
(1) Abbé Métais, article déjà cité, p. 9.
(S) Congrès archéologique de France, SéanceM générales tenaes à Chartres en œo, p. 306.
(3) « Ad opus scriptaram ecclesie xv libras fecit distribui. » Cartalaire de Notre-Dame de Chartres^ t. m, p. 187. -* L. et R. Merlet, Dignitaires, p. 105.
Vers le milieu du XII* siècle, de généreux donateurs, qui imitèrent l'exemple de saint Yves, firent poser dans le chœur un riche mobilier. Le maître-autel, consacré à la Vierge, fut agrandi et recouvert de plaques d*or et d'argent (1), comme celui de la Trinité (2). La sainte châsse et les autres reliquaires furent surchargés d*anneaux d'or, de bijoux et de pierreries (3). Le pavage du chœur fut remplacé aux frais du sacriste Pierre par des carreaux de marbre et d'auricalque (4). Le doyen Zacharie, mort avant 1443, et Tévôque Robert III, décédé en 1464, contribuèrent au renouvellement du dallage (5). Entre 1130 et 1150, le crucifix, qui devait se trouver sur la poutre de gloire à l'entrée du sanctuaire, fut complètement restauré aux frais de plusieurs dignitaires du chapitre (6). D'autres bienfaiteurs offrirent des tentures, des ornements de prix, des vases sacrés (7). Enfin, on relève dans les nécrologes le don de treize vitraux par des archidiacres et des. chanoines du XIP siècle, sans y rencontrer malheureusement le nom d'aucun peintre verrier (8). On trouve cependant mention d'un Giraldus vitreator dans le Carlulaire de Josaphat et d'un Roberius vilrearius qui se fit moine dans la même abbaye, entre 1155 et 1164 (9). D'où M. l'abbé Métais conclut à l'existence probable d'une école de peinture sur verre au XIP siècle^ à Chartres.
(1) Obits des archidiacres Ragan et Goslin de Musj, morts vers 1149, de l'évèque Goslin, mort en 1155, du chefcier Goslin, mort avant 1160, du chanoine Arnaud de Feuillet, mort avant 1195, et du chanoine Gautier. CarColaire de Notre-Dame de Chartres, t. iii, p, 66, %, 32, 9, 114 et 166.
(2) Obits de Tarchidiacre Ragan, mort vers 114!), et du chantre Hugues mort avant 1163. Ibid., p. 66 et 137.
(3) Ibid.,t, 1, p. 148.
(4) « Scaccarium de auricalco et marmore in pavimentum chori de proprie fecit. » Ibid., t. m, p* 13.
(5) iAîd.,p. 22etl80.
(6) Obits du charpentier Jean, mort avant 1130, de Parchidiacre Ansger, mort vers 1140, du doyen Salomon, mort en 1144, du chantre Hamelin, mort vers 1150, du chefcier Goslin, mort avant 1160, des chanoines Gui et Mathieu, Ibid,, p. 212, 131.159, 17, 9, 135 et 1.
(7) CàrtaUire de Notre-Dame de Chartres, 1. 1, p. 144 à 146 et 149.
(8) Obits du sous-doyen Hugues de Lèves, mort vers 1115, de Tarchidiacre Ragan, mort vers 1149^ de Tarchidiacre Arnauld Fouaille, mort vers 1182,
(9) Edité pai^ If. Tabbé Métais ch . LU et CGXL V
Mi/Uii. )ihotog.
Tympan de la 3° baie du portail méridional
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ET LA CONSTRUCTION bfeS CATttÉD*lALES DE CHARTRES ^
LA.CATtttoRXtfe DU XIIP Sl*5Ctfe.
Datïs la nuit du9 au iO juin H'94 (1), te feu dèVcra la cathédi^alê romane du XP siècle, mais les cryptes, la façade occidentale et iétt tours furent préserréei de tout doti^hiagé. Cet iâtteildie fut, avec celui été 1030, le plus terrible de ceux qui Ruinèrent Nottié» Dame de Chartres. Commué la ttef bàtle par Berenger, arthU tecte de Fulbert, n*était pas voûtée, la eharpenttî et le iaitlbria de vinrent la pf oie des flammes et entrainèré&t les murs dlktia Itût chute ; mais les elef es qui s*étfiiieht réfugiés datts le caveau Saint* Lubin, avec la châsse de la tunique de lu Vierge, eh -iiôHilrefat sains et saufs grâce à la trappe eh fer rabattue ^ixt i'esealièr (S).
Le cardinal Melior, légat du pa^e Célestih III, réunit lei fidèles sur tes ruines fumantes de \é cathédrale, en faisant af^pel à leur dévouement pour la rebâtir sur Un nouveau plan (9). Ott vit alors renaître le même enthousiasmé qu'au momeht de là Construction des tours en 1145 : des légiotis de Chartraind se ittirétit à la disposition des architectes pour charrier la pierre de Bér^t» chères et tout ce qui pouvait être utile aUit ouvriers (4). Les
d'Arnauld de Feuillet, mort aVant 1195, d'Aimerj, de Nivelon, d'Antàuld Quadrigaire et d'Hugues de Morville. Carlulaire de Nolre^Damê^ t. m, p. 145, 6e, 54. 114, 4S, 93, 129 et 143.
(1) « Anno igitur ab incarnatione Domini MC*" nonagetlind qtiiirio, tuth ecciesia Garnotensis, 111* idus junii. mirabili et miserabili fuisset incendio devastata, ita ut, conquassatis et dissolutis post modurh parietibus et în terram prostratis necessarium foret a funda mentis reparari et novam de- DUO edificari ecclesiam. s Les Miracles dé Noiré-DâtHè âë Chartres, dans la Biblioihèqae de VSeole desCharies, t. XLir iS81, p. 569. Ce ftfcaeif fat ùétùposé rers 1210.
On peut également constilfer sur ce sinistre llig^^d et OtiflTaûmé Lé Breton, GesU Philippi Aagasti, éd. Delaborde, t. i, p. i^ et i^ ; ttôyëh d*Auxerre, Chronologia, dans les Historiens de la France, i. ^viir; ^. 2'&8 ; Gttillaiime de Newbury, De rebos anfftrtis, Ibià,, t. xvrtr. p^ 44 ; ChrcmUfûes é9 SMini-DmtiM, Ihiâ., t^ xvir, p. W>.
(2) « i* iojfof iovaoi crrptam... iriMHtfsi... hst àéttsuai a movtttf péri cûfFO* HÊk béate Marie protectione salvati sunt quod hostium quoddam ferreuM qtfO cripte superficies tegebatur, nec Kgooritm ardentium ef e± alto cadiêntf:im coDgeries Ttolavit. » Les Miracles de Notre-Dame de Chartres,' dans la BMiothés^ae da VEcola des Chartes, t. xl»i. 1884, p. MO.
(3) Ibid., p. 509.
(4) c Gum post ruinam parietum superius memoratam novam edificari
premières ressources furent fournies par Tévêque Renaud de Mouçon et les chanoines, qui abandonnèrent trois années de leurs revenus (1), et par le chevalier Manassés Mauvoisin, qui fonda, le 3 octobre 1195, une rente de 60 sous destinée à l'œuvre de la cathédrale (2).
A défaut de textes, il faut recourir à l'archéologie pour comprendre la marche des travaux. Comme les arcs-boutants du chœur portent Tempreinte d'un style plus avancé que ceux de la nef, je suis persuadé qu'on éleva d'abord un chevet provisoire pour y célébrer le culte, pendant que les travaux de la nef et des bas-côtés étaient poussés avec une grande activité M. l'abbé Bulteau a soutenu la thèse contraire (3), en rajeunissant Tobit du chancelier Robert, qui légua 15 livres a ad opus criptarum ». Mais grâce au dernier ouvrage de MM. Merlet, on sait maintenant que ce dignitaire mourut en 1174 ou en dl75(4). Il ne faut donc pas confondre les travaux exécutés dans la crypte à cette époque, dont j*ai parlé plus haut, avec l'addition de ses quatre chapelles rayonnantes du XIIl^ siècle entre les absidioles du XP siècle.
Le service du culte fut brusquement suspendu dans le chœur provisoire, à la suite d'une émeute où la populace envahit le cloître des chanoines, un dimanche d'octobre de l'année 1210. Le chapitre répondit à cette insulte en faisant fermer les portes de la cathédrale pour célébrer la messe sans la présence des fidèles. On retira la châsse de la tunique de la Vierge qui ornait le
ecclesiam nécessitas imperaret. tandem plaustris ad attrahendas lapides preparatis omnes se invicem invitant pariter et hortantur ut quicquid ad hujus operisfabricam necessarium putant vel artifices fieri precipiunt, incunctanter parent et absque dilationè perficiant. » Bibliothèque de Vécole des Chartres, t. XLII, 1881, p. 510.
(1) Jbid., p. 511.
(2) « Dedi et perpétue concessi eccieste Béate Marie Carnotensis ad opus ipsius ecclesie sexaginta soiidos monete parisiens! s percipiendos apud Meduntam. » Cartnlàire de Notre-Dame de Chartes, t. i, p. 252. Cf. Tobit, t. m, p. 20O.
(3) Monographie de la cathédrale de Chartres, t. i, p. 123.
(4) Dignitaires de l'église Notre-Dame de Chartres, p. 104. Son obit figure au 28 septembre, tandis que celui du chancelier Robert de Berou, mort en 1216, est inscrit au 26 février.
maitre-autel ; on déposa les autres reliquaires sur le dallage et on descendit le crucifix, qui devait se trouver sur la poutre de gloire à l'entrée du chœur (1). Philippe- Auguste vint à Chartres dans le cours du même mois, pour terminer cette affaire par un, compromis, et il voulut marquer son passage par un don de 200 livres, destiné à l'œuvre de la nouvelle cathédrale (2).
L'obit du chambrier Robert de Blevia, décédé le 18 février d 214 ou 1215^ nous apprend qu'il avait donné une coupe, deux vases, six cuillers en argent pour la construction de la cathédrale et vingt-cinq livres pour bâtir un pilier (3). Il faut en conclure que toutes les piles n'étaient pas encore montées à cette époque. Les chanoines Simon de Berou (4), Thierry de Corbeil^ Aimery de Feuillet çt le sacriste Jean léguèrent des sommes d'argent pour continuer les travaux (5) ; mais la date exacte de leurs obits est malheureusement incertaine.
Guillaume Le Breton^ qui écrivit sa PhUippide entre le 14 juillet 1218 et le 14 juillet 1224 (6), affirme que la cathédrale entièrement voûtée serait toujours à l'abri du feu, comme s'il avait prévu le violent incendie de 1836, qui mit la solidité des voûtes à une rude épreuve :
Gui toto par nulla hodie splendescit in orbe Que, lapide excise surgens nova, corpore toto Sub testudineo jam consummata décore Jadicii nihil usque diem timet igné noceri (7).
(1) « Denudatum est etiam altare Béate Marie et sacro-sanctum scrinium ab altari depositum et inferius ante altare positum est, non equidem super pavimentum. sed sicut poni solet a die Cène passionis dominice... imago quoque Crucifix! ab alto deposita est et ante capsas super pavimentum chori deposita. » CarlaUire de Nolre^D^me de Chartres ^ t. xi, p. 57.
(2) « Ducentas libras parisienses ad opus edtficationis^ ejusdem ecclesie contulit. • Ibid,, t. ii, p. 59.
(3) « Operi yero dédit cuppam et duos scryphos argenteos et vi coclearia argentea et pro uno pilari faciendo xxv libras. » /Jbûf., t. m, p. 46. — L. et R. Merlet, DigniUires, p. 88.
(4) On a retrouvé sa pierre tombale en 1856 dans la chapelle centrale du rond-point de Saint-Père de Chartres, mais l'inscription en vers léonins ne donne pas la date de son décès.
(5) CsrinUire de Notre-Dame de Charlre», t. m. p. 44, 73, 222 et 188.
(6) Edition Delaborde, t. ii, p. lxix et lxx.
(7) Œuvres de Guillaume Le Breton, livre IV, vers 608. Edition Delaborde, t. n, p. 122.
30 I /LES ARCniTeCTES
DanB< les Gaia Philippi 'Ângtisii \t même historien se sert de l'expressioii v mîro et miraculoso tabalatu lapideo » pour dëst^ gner les voûtes de la cathédrale qui ëtaiêht appareillées vers 1220 (1). A l'appui de son précieux témoignage, on peut citer uii règlement du doyen Barthélémy, daté du mois de janvier 1221, qui confirme les droits du chantre à fixer les places que les dignitaires du chapitre doivent occuper dans les nouvelles stalles du chœur (2), Comme Tévéque Gautieir; dans son testament daté du 5 décembre 4234 (3), ne lègue aucune somme pour l'œuvre de la cathédrale, je suis porté à croire qiie sa construction était à peu près terminée à cette époque. En 1247, on ne comptait que cinq autels dans la crypte et cinq dans Téglise haute placés sous le vocable du Crucifix, de saint Laurent, des Apôtres, des Con^ fesseurs et de saint Vincent (4) ; leur nombre correspondait à ce*lui des chapelles rayonnantes. Les deux autels du transept, consacrés aux saints Anges et aux saintes Vierges, furent fondés par saint Louis en 1259, et Tautel de sainte Anne, mentionné en 1276 (5), se trouvait sous le jubé qui était en place à cette époque.
D'ailleurs, c'est entre 1216 et 1252 que de généreux bienfaiteurs offrirent quelques-uns des magnifiques vitraux. Le chancelier Robert de Berou, décédé le 26 février 1216 donna la, verrière ornée de son portrait, qui se trouve dans la seconde fenêtre haute du chœur du côté nord (6), mais elle ne fut sans doute posée qu'après sa mort. Thibaud le Jeune, comte de Chartres, mort vers 1218, fit exécuter à ses frais la belle verrière des signes du zodiaque et des travaux des mois qui éclaire le déambulatoire au sud (7). Les armes de Jean d'Oisy, mari d'Isabelle, comtesse de Chartres, sont peintes dans le vitrail de saint Martin, qui rem*
4) finition Delà borde, t. i, p. 196.
(2) • Noverit univçrùtaa vefttra quod nos in choro noatre eccleût nova dispositione ponentes. •> Cariulaire de Nolre-Danmdê ChërtrUx t, il, p. 9!>.
(5) thié,, p. 121.
(4) thki., p. 137.
.5) Ibid., d. 169 et .97.
(6) « IHe etiam dédit fenestram vitream in choro circa stallum cancetlarii m qua ipse depictus conspicitar. » Ihià.^ t. m, p. 52'
(7) F. de Lastejrie, Histoire de ta peintare sur verre, p. Sî.
' ET LA CONSTKUCTltHt' WmS CikTtIBDftALES DE CHARTRES 31
l^tuoe baie su^péiiieyre dvfc aaûaciuainrè (1). Oeoffiroi Charàdoe)> p^TÔt de Ma^angjé de 1211 à 1216v pudaadrchidiacre de E>aaois de l^^sdl^(2), mort vers 1237, oArit use verrière encore intacte dam» une fenêtre de la chapelle du Pilier, au nord da duBWf (3).
Les cheyaliers Hugues de Meslaj, mort vers 12!%, et Goérin de Friaize, qui mourut vers 1235> sont représentés 3ur le vitrail de sainte Marguerite, dans une chapelle rayonnante, comme M. R. Merlet Ta démontré (4). Philippe Hurepel, comte de Boulogne, bâtard de Philippe-Auguste, mort en 1234, et Mahaut, sa femme, qu il épousa en 1216, firent poser trois verrières d^i crorsillon nord (5). Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, mort en 1250, et sa femme Alix«. imitèrent leur exemple dans l'autre bra» du transept (6) .
Parmi les autres donateurs de vitraux, il faut citer Henri Clément du Met2, maréchal de France sous le règne de saint Louis, Amaury de Montfort, connétable de France, qui mourut en 126d:, Etienne Chardonel, chanoine de Notre-Dame de Paris, cité dans une charte de 1249(7), Pierre de Courtenay, tué à la bataille de Mansourah en 1250, Ferdinand III* roi de Castille. décédé en 1252, et saint Louis, qui sont représentés dans les rosaces de» fenêtres hautes de rabside(8). Les identifications de tous ces personnages historiques sont basées sur leurs armoiries ou sur des inscriptions peintes en bordure. Je n'ai pas pu dater les obits
(1) DeLépinois, Histoire de Chartres, t. i, p. 318.
(2^ CstrlaUire de Motre-Dame de Chartres, t. m, p. 201. — L. et R. Mertet, Dignitaires^ p. 261 et 147.
(3) Cf. abbé Clerval. La \Famille Chardonel et les vilraax de la chapelle du Pilier dans la cathédrale de Chartres, dans les Mémoires de la Société archéologique d' Eure-et-Loir t t. x, p. 1.
(4) Les vidâmes de Chartres au Xll tiède ei U vitrail de sainte Marguerite, dans les Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir , t, x, p, 81.
(5) F. de Lasteyrle, Hiaioire de .la peinture sur verre, p. 59.
(6) Ibid., p. 66 et 67.
(7) Cf. Guérard, CariuUirc de Sotro-Dame de Paris^ t. ii, p. 413. Abbé Clerval, La Famille Chardonel, dans les Mémoires da la Soêiéié 'archéologique d'Bûreet-Loir, t. x, p. 11. ^ M. Fabbé Balteau et M; de Méty ont identlffé à «vrt Etienne Cbardomè avec lès>cérdinwir fitlean» de Vancza, arcbe^^éque-de 3trigOAie^ en Hongrie, et Etienne de Langton, arrcherèque de^GàntDrbérf; Cf. Bulteau. Monographie de la cathédrale de Chartres, t. i, p. 121i '— DeMéfy, U GardinaLÉiimtsa dâ-Vançza^ dam la Rmme-d^' l'AH chréiien, 1889.
(8) Ibid., p* 59, 62, 64, 66.
32 LBS ARCHITECTES
du chanoine Guy de Craches et du sacriste Jean, qui offrirent chacun un vitrail (j). On ne connaît qu'un seul nom de peintre verrier chartrain du XIIP siècle, par la signature Clemens vi- Iriarias Cstrnotensis M[agisler]^ qui se trouve au bas du vitrail de l'histoire de Joseph dans le déambulatoire de la cathédrale de Rouen (2). Il est bien probable que cet artiste est Tauteur de verrières du même genre à Notre-Dame de Charto^es.
En i240, date de la mort de l'évéque Aubry, il y avait des cloches dans les deux tours (3). Vers la même époque, mourut Arnoul Payen de Mongerville, prévôt d*Auvers, qui avait donné 20 mesures de farine pour la construction d'une tour (4). Les chanoines Eudes Quadrigaire et Thibaud, qui moururent avant 1230^ offrirent également Tun cent sous et Tautre dix « ad opus turris (5) ». Il faut rapprocher ces trois obits de celui de Pierre de Bordeaux , archidiacre de Vendôme, décédé en 1260 ou en 1264 (6), qui avait fait fondre à ses frais une grosse cloche « in turri nova (7) ».
M. Lanore ne croit pas que cette épithète puisse désigner le clocher neuf (8), autrement dit la tour du nord, qui n'aurait pas reçu ce nom avant la construction de sa flèche par Jean de Beauce, au commencement du XVI* siècle; mais je ne suis pas de son avis. En effet, le dernier étage de ce clocher porte l'empreinte du XIIP siècle (9) , non seulement dans ses baies que Jean de Beauce encadra de redents trèfles, mais aussi dans les crochets de ses chapiteaux et de sa corniche. Il faut donc attribuer sa construction à une date comprise entre 1240 et 1260. L'expression de « turris nova » ne peut pas s'appliquer à une des
(1) CartaUire de Noire-Ikime de Chartres, t. m, p. 171 et 188.
(2) F. de Lasteyrie', Histoire de la, peinture sur verre^ p. 181 et pi. XXXIII.
(3) Cartulaire de Motre-Dame de Chartres, t. m, p. Id8. .
(4) ïbid,, t. III, p. 1&5 et 224.
(5) Ibid.y p. 179. — A. et R, Merlet, Dignitaires, p. 270.
(6) !.. et R. Merlet, Dignitaires, p. 212.
(7) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. m, p. 162.
(8) Revue de l'Art chrétien^ t. xviii, 1899, p. 330. Notre confrërea confondu Arnould Pajen, prévôt d'Auvers, avec un homonyme qui vivait vers 1129. Ibid., p. 335.
(9) Louis Régnier, Communication au Congrès archéologique de ChartreSf 1900, p. 36.
E. Ltfèere Pontaltt, phat.
PoRÇHK Nord
quatre tours du transept qui n'ont jamais contenu de cloches.
Pierre de Bordeaux avait également offert une statue de la Vierge et deUx anges d'argent placés sur le mattre-autel (1), qui devait être d'une richesse extraordinaire (2). Les orfèvres y travaillèrent au moins cinq ans, à partir de 1255 , pour le décorer de plaques d'or et d'argent, pour ciseler le retable et pour enrichir la châsse de la Vierge. Au mois de décembre 1258, Tévéque Mathieu signa un compromis avec le chapitre pour prendre à sa charge la nourriture de ces artistes (3). Saint Louis, qui futTun des insignes bienfaiteurs de la cathédrale, avait fondé au mois d'août de la même année l'autel des saintes Vierges dans le croisillon nord et l'autel des saints Anges dans le croisillon sud, en établissant les rentes nécessaires aux chapelains et à la célébration de messes pour le repos de son âme^ pour sa femme et ses parents (4).' Enfin, la consécration de la cathédrale,' commencée aussitôt après l'incendie de 1194 et terminée vers 1230, eut lieu le dimanche 24 octobre (5) 1260, sous l'épiscopat de Pierre de Minci , comme le prouve une bulle d'indulgences du pape Alexandre IV (6).
Aucun nom de maître d'c&uvre de Notre-Dame de Chartres au XIII* siècle ne se trouve consigné dans les obituaires du chapitre ou dans les chroniques, mais l'obit de maître Raoul, charpentier, qui mourut entre 1250 et 1300, est inscrit aju nécrologe 7 janvier (7). Quel fut donc l'architecte de génie qui donna le plan
(1) Carittlàire de Notre-Dame de Chartres^ t. m. p. 162.
(2) Le prévôt Arnould Payen, mort vers 1240. avait donné ia coupe d*or; suspendue à des chaînes, qui contenait la réserve eucharistique. Ihid., p. 179.
(3) a Solvere teneretur expensas omnibus operariis in auro et argento qui pro tempore operantur seu operaii fuerint et operabuntur in futurum in capsa seu circa capsam béate Marie et in tabula seu circa tabula m que est ante majus altare ecclesie Carnotensis et in retrotabula sive circa retrotabulam seu tabellos majoris altaris. » Ibid., t. ii, p. 172.
(4) Jbid., p. 19.
(5) La fête de la dédicace resta fixée au 17 octobre, en souvenir de la consécration de la cathédrale ds Fulbert par l'ëvèque Thierri le lundi 17 octobre 1037.
(6) « Omnibus ad ipsam ecclesiam accedentibus proxima die dominica post festiun beati Lucae qua dedicabitur. » Gaiiûi Chriêtiàns, t. viii. Instrumenta, col. 370.
(7j Cartalàir^ de Notrt'J)am9 de Ch^rirêê^ t. in, p. 14.
et qui fit jeter les fondations de la cathédrale gothique à la fin du XIP siècle? Son nom et celui de ses successeurs étaieilt-ils
gravés sur une plaque de cuivre au centre du labyrinthe, comme à Amiens et à Reims? C'est probable, mais il est imprudent d'affirmer, comme M. l'abbé Bulteau (1), que les tenons scellés au plomb dans la pierre centrale correspondent aux contours du combat de Thésée contre le Minotaure. Ce sujet est représenté au milieu du labyrinthe de la basilique d'Orléansville et à Saint-Michel de Pavie, dont Tancien labyrinthe remontait au XIP siècle.
Les porches du transept.
On s*est souvent demandé pourquoi la dédicace de la cathédrale de Chartres n*avait eu lieu qu'en 1260, c'est-à-dire quarante ans après le décintrage des voûtes hautes vers 1220. Ce retard s'explique à mon avis par la construction des porches du transept, qui furent ajoutés après coup contre trois portails plus anciens séparés par des contreforts intermédiaires et précédés d'un perron, dont il est fait mention en 1210 et 1224 (2). Quand on se décida, vers 1240, à les encadrer par des voûtes en berceau brisé qui retombent sur des linteaux, il fallut piocher la base des contreforts à un mètre de profondeur, comme la savante restauration du porche méridional par M. Selmersheim a permis de le constater. C'était une imprudence qui contribua certainement à la rupture des linteaux autant que le poids des voussures.
L'architecte des porches conserva les statues en liais de Senlis (3) et les tympans en pierre de Vernon qui décoraient les portails ; mais il relia tous les piédroits par de nouvelles statues, et 11 orna les piles extérieures de figures et de bas-reliefs. Les sculptures appartiennent donc à deux périodes du XIIP
(1) MonoffrMphie de U catMdrale de Chartres^ t. m, p. 49.
(2) CàriuUire de Notre-Dame de Chartres, t. u, p. 59 et 103.
(3) Ce liais fut employé très anciennement à Chartres, comme le prouve un chapiteau de pilastre gallo-romain découvert par M. Merlet dans l'escalier primitif de la crypte carolingienne. Les statues des portails de la façade proviennent peut-être d*une carrière de la Normandie.
ET LA CONSTRUCTION pES CATHÉDRAbES DE CHARTRES 39
siècle bien di£férentes. Ainsi, dans la porte centrale du nord, les statues très médiocres qui représentent les personnages de l'Ancien Testament et qui ressemblent à des figures identiques de la cathédrale de Reims ne peuvent se comparer aux grandes statues adossées contre les piles du porche, chefs-d'œuvre d'un style plus avancé.
A quelle date les porches des croisillons étaient-ils déjà cons- . truits ? Le nécrologe ne permet pas de répondre à cette question, car on y trouve seulement la mention des porches qui s'élevaient , à l'extrémité du transept de la cathédrale du IX^ siècle. D'autre part, les mots in capitellis qui se trouvent dans un acte daté du 26 mai 1224 et qui désignent généralement des porches peuvent s'appliquer à des porches en bois destinés à protéger les portails primitifs du transept contre les intempéries (1). C'est une décision du chapitre pour obliger les merciers à transporter leurs étalages dans le cloitre entre la tour du sud et les marches qui montaient au croisillon méridional (2).
Voici comment on peut établir que le porche du nord était terminé en 1271. A cette date^ une sentence fut rendue devant la statue de la Madeleine pour un legs fait par les gagers de Marché ville, suivant une note autographe du chanoine Brillon, qui a laissé une description manuscrite des porches rédigée vers 1730 (3). Or, M. René Merlet, qui a bien voulu faire des recherches à ce sujet, a déterminé l'emplacement de cette statue détruite pendant la Révolution. Elle se trouvait à l'extrémité orientale du porche nord, près de la porte qui donne accès dans la crypte. C'est encore devant l'image de la Madeleine que Robert de Poisvilliers constitue une rente, pour le service anniversaire de ses parents le 18 janvier 1299.
Pour rencontrer une autre mention des porches avant le rapport des experts en 1316, donï je parlerai plus loin, il faut des-
(1) Les porches en charpente des églises de la Beauce sont encore désignés sous le nom de e^pttean.
(2) « Quod stalla merceriorum que soient esse in capitellis collocantur in claustro, a parte meridiana, inter gradua ecclesie et majorem turrim. n CàHulsLire de Notre-DMme de Chértres^ t, u, p. 103.
(3) Bibl. de Chartres, ms. n« 1O0O«
cendre jusqu'au 13 juillet 1307. A cette date, on lit dans un registre capitulaire que Gilot, dit Vendomeau, fils d'un prévôt de la ville, avait été condamné à une amende pour avoir endommagé les statues des porches en tirant des flèches sur des oiseaux (1). Ces porches servirent de modèle à Tarchitecte qui fit bâtir ceux de la façade occidentale à la cathédrale de Léon, en Espagne; mais comme la date de leur construction est inconnue, on ne peut en déduire celle des porches latéraux de Notre-Dame de Chartres.
M. Tabbé Bulteau a voulu résoudre la question de la date des porches en identifiant les statues de ceux qui auraient contribué à les faire construire. C'est ainsi qu'il voit Pierre Mauclerc^comtè de Dreux et duc de Bretagne, distribuer du pain aux pauvres, avec sa femme, Alix de Thouars, sur le porche du trumeau centiral du porche méridional (2). Leur mariage fut célébré en 1212, et j*ai dit plus haut qu'ils étaient représentés sur des vitraux du croisillon sud, mars Tabsence de leurs armes sur la pierre ne permet pas de se montrer aussi affirmatif.
De même, rien ne prouve que certaines statues extérieures du porche nord représentent Philippe Hurepel, comte de Boulogne, frère de Louis VIII, mort en 1233, la comtesse Mahaut, sa femme, décédée en 1258, qui ont donné des vitraux dans le croisillon nord, Louis VIII et sa fille Isabelle de France, Ferdinand III, roi de Castille, saint Louis et Philippe le Hardi. M. Tabbé Bulteau, qui attribue les deux porches aux architectes Pierre et Eudes de Montereau, sans l'ombre d'une preuve, n'hésite même pas à identifier deux statues de roi décrites par le chanoine Brillon et disparues aujourd'hui avec Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion (3) ; mais son opinion ne repose que sur ses propres hypothèses.
L'étude des scènes de l'Ancien Testament, sculptées sur les supports et expliquées par des inscriptions, n'est malheureusement pas concluante, et je crois qu'elle a induit en erreur
(1) De Lépinois, Histoire de Chartres, t. i, p. 208, note 1.
(2) Monographie de U cathédrale de Cfuirires, t. ii, p. 292.
(3) Ibid.. t. II, p. 194 à 201, 232, 251 et 253.