‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 2)Chapitre 30 sur 69 · II. Lrfévrr PonMit photograph · texte numérisé non relu

II. Lrfévrr PonMit photograph

Statue dite de Mahaut

CONSTRUCTION AU CATHix>RA.LES DE CHARTRES 43

Maie« qui propose d'identifier le prétendu Louis VIII et la soi-diaante Isabelle avec Elcana et Anna, père et mère de Samuel (1) ; mais pourquoi Elcan'h serait-il vêtu comme un roi, le sceptre en main? £n face, l'histoire de David et de Saûl se déroule soua les pieds de la prétendue comtesse Mahaut ; or, ces bas-reliefs n'expliquent pas la présence d'une femme, qui serait celui de Jessé, suivant Topinion de M. Maie.

L'expertise du 9 septembre 1316, découverte par M. Lecocq et réimprimée par M. Victor Mortet, avec de savants commentaires (2), peut au moins servir à préciser la date exacte d'un pilier refait à cette époque dans le porche du nord. Elle fut continuée par le chapitre à Pierre de Chelles, maître des œuvres de Philippe le Bel,, et à maître Jacques de Lonjumeau, charpentier, juré de Paris. Les linteaux des porches s'étaient brisés sous la charge des voûtes (3), malgré les barres de fer du Xlf P siècle qui les surmontaient, comme la restauration du porche méridional a permis de le constater. Les experts indiquaient en ces termes la nécessité de les consolider par des étriers encore visibles du côté nord.

tt Item , il faut es portaux devant : les couvertures (4) sont toutes et dépecées, pour quoi il seroit bon qu'en meist en chas* cime un tirant de fer, pour les aider à soustenir, et seroit bien seanz pour oster le péril (5). »

Jls ajoutent :

u Item, il faut bien meitre amendement es pilliers des galeries des portaux, et convient faire en chascune béee un ait pour porter ce qui est desus : et mouvra l'une des jambes desus le souz

(1) L'AH rtligieuœ du XIII' 9UcU en France, p. MO.

(2) L'ExpêriiêB dB U eiiihédnlê de Chartres en ldl6, dans le Congrèi ërehéologiquê de Cêurtree, 1900. p. 806.

(8) Cet accident ne pourra plua se produire, grâce à la disposition imaginée par M. Selmersheim, car les voussures reposent maintenant sur des poutrelles d'acier nojrées dans du ciment, au lieu de peser sur les linteaux.

(4) Ce mot est bien sjnonyme de linteau, car on lit dans les comptes des bâtiments du duc de Berrj : « ... grant pierre pour la couverture d'une huisserie. » Areh. nat., KK 237 to, fol. 19. — Cf. Luden Magne, La PMlàUde juêtice de Poitiers, Glossaire, p. 185. ^

(5 tonçrèê ârehéologiqite de Ckêrirte, 1900, p. 818.

4i LES ARCHITECTES

bassement par dehors sur le pilier comier, et l'autre jatabe mouvra desus une reprise dou cors de Piglise; et sera cel ait à toute sa boice, pour mains bouter, et sera ce fet par tous les lieus {i ) que l'en verra qu'il sera mestier (2). j>

On pourrait procéder aujourd'hu^à Topération indiquée dans ce dernier texte en montant sous le linteau un solide mur eti pierre, mais les experts conseillaient Tusage d'un étaiement avec des bois. Ce qui le prouve, c'est d'abord l'expression mouvra tune des jambes , qui désigne une batteye d'étais démontable pour d'autres reprises en sous-œuvre du même genre. En outre, le mot boice s'applique à un poteau.

Le véritable sens du mot ait est beaucoup plus difficile à établir, mais on ne peut pas le traduire par « support de maçonnerie », comme M. Mortet le propose (3), car il était inutile d'étayer un mur de soutènement. Il ne faut pas le confondre avec le mot ais, venant d'axis^ employé au féminin pour désigner une planche par Villard de Honnecourt (4) et dans les comptes des bàtiitients du duc de Berri^ où il est orthographié de quatre manières différentes (5). AU au masculin semble dériver au latin actus, plutôt que d'une forme aidier^ qui a donné des dérivés féminins. Je le traduis par un « chevalement » formé de deux jambes de force qui étayaient les linteau^ de chaque côté des piles à remplacer.

Le seul pilier du porche nord, qui fut lobjet d'une reprise en sous-œuvre, se trouve à gauche de la baie centrale, en arrière de la magnifique statue de femme en costume du XIIP siècle.

(1) Cette correction très plausible du mot liens, imprimé par M. Mortet dans son texte, m'a été suggérée par M. René Merlet.

(^ Jbid.y p. 315. Voici ma traduction de ce paragraphe : De même, il faut reprendre en sous-œuvre les piliers des porches en faisant dans chaque baie un chevalement pour soutenir le linteau. L'une des jambes de force partira du soulHmsement extérieur du pilier d'angle et l'autre partira d'un massif en saillie aur Téglise. Ce chevalement sera fait à plein poteau pour diminuer la charge et on fera la même reprise dans tous les eiïdroits où le besoin s'en fera sentir. . ,

(3) Je tiens à remercier mon confrère de m'a voir communiqué de nouvelles observations sur l'étymologie de ce mot.

(4) « Une ais à iij coupas », c'est-à-dire une planche à trois lobes. Cf. Lassus, Album dB VilUrd de Honnecourt, p. 81.

(5) « Ais, ays, hais, hejs. » Cf. Lucien Magne, Le P&Uii de justice de Poitiers. Glossaire, p. 126.

R. Uftnre PonflU photogt

Porche Nobd.

M. Lecocq (i) et M. Tabbë Bulteau l'attribueiit avec raison au XIV^ siècle. Après Texpertisè de 1SI6» cette pile fut coupée aU' dessus de la troisième assise, car les moulures, les feuillages et les fruits d*arum du soubassement sont identiques aux motifs qui se trouvent sculptés sur le socle des piles de XIII* siècle.

La quatrième assise octogone, ornée sur chaque face d'une petite tête au fond d*un trèfle, n'oflRre aucun rapport avec celle qui lui correspond dans les autres piles, où des rinceaux de feuillages forment te seul motif de décoration. Au-dessos, les bases des colonnettes, dépourvues de griflTes, sont bien différentes de celles du XIII* siècle par leur profil et leur faible épaisseur. On peut faire la même remarque à propos des feuilles d'ancolîe, de renoncule, de chêne et de lierre qui se trouvent sous les groupes de David et de Goliath. M. Tabbé Bulteau considère cette flore monumentale comme une œuvre de Técole gothique normande, ainsi que la prétendue statue de Richard Cœur de Lion, qui n'existe plus. Il suppose que le pilier fut sculpté en Normandie et transporté à Chartres (2) ; c'est une hjrpothèse de haute fantaisie, comme on le verra plus loin.

Les mots DAVID : GOLIAS répétés deux fois suffisent à identifier le futur roi dlsraêl, vôtu d'une tunique serrée à la taille et malheureusement mutilé : il se tient debout devant Goliath, dont la tête est cassée. La cuirasse romaine du géant est recouverte d'un petit manteau agrafé par une fibule à tète ; on dis» tingue encore ses genouillères, ses Jambières, son bouclier^ sa lance et son épée.

Dans le second groupe, David a pris Tépée de Goliath pour lui couper la tête en posant le pied sur sa poitrine. Le géant* tète nue, est assis par terre, et sa main, protégée par un gantelet de fer, se pose sur un fourreau vide. Ce combat se déroule sous des petites arcatures tréflées, dont les petits gables à crochets, flanqués de pinacles, traversent un parapet crénelé, tandis que les groupes du XIIP siècle, dans les piles voisines, sont encadrés par des colonnettes et de larges arcatures trilobées. Les assises

(1) Mémoirtt de U SociiUêihihéologiqm étMmwê^L'Uir^ U vi^ p. 463.

(2) Monographie de U c^ihédtele de CherireSi t. ii, p* 196*

remplacées au XIV** siècle sont au nombre de huit, mais les deux colonnes ne sont pas en délit comnte celles du XIIP siècle. I<es dai&.qui surmontaient les deux statues de rois détruites pendant la flévolution sont bien primitifs, ainsi que le linteau qui n'a pas été changé.

En étudiant le rapport de 1316, M. René Merlet a pu désigner l'artiste qui a sculpté, les groupes de David et de Goliath. Voici la n^te' qu'il a bien voulu m'adresser à ce sujet : ' « Les experts parisiens furent accompagnés dans leur visite de la cathédrale par trois chartrains, Simon Daguon, maître , de l'œuvre, Simon, maître charpentier, et maître Berthaut qui était originaire de Mainvilliers, comme le prouve une délibération du chapitré datée du 4 février 1318. Comme les deux premiers s'occupaient de maçonnerie et de charpente, le dernier^ qui remplissait les fonctions de jurez de Veuvre^ fut sans doute copvoqué, en sa qualité de maître sculpteur. En efTet, c'est à lui que les experts s'adressent pour déposer et replacer la statue de la Madeleine, comme l'indique ce passage de leur rapport :

« Item^ nous avons veu et devisé à maîstre Berthaut comment il rendra Vimaige de la Magdelaine au point où elle est sanz point remuer (1).

K Nous ignorons pourquoi on fut obligé de déplacer cette statue qui ne se trouvait point adossée au pilier repris en sousœuvre après l'expertise de 1316, mais les termes mêmes du rapport prouvent que le maître imagier de Notre-Dame de Chartres à cette époque était maître Berthaut. Les deux groupes du combat de JDavid et de Goliath furent donc sculptés par cet artiste ou sous sa direction. C'est, le seul imagier ayant travaillé à la décoration des porches après leur achèvement dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. »

La pile refaite au XIV* siècle, dans le porche du nord, présente sur la quatrième assise octogone, ornée de huit petites trèfles l'inscription suivante du côté oi^est ; . Les deux syllabes de la première lignes sont séparées par le

(1) Congrès archéologique de CharlreSy 1^)00,. p. 317<

lUUTANIS Dli LA -MiF

trèfle qui encadre une petite tête mutilée. A la seconde ligne^ l'auteur de Tinscription avait voulu graver BIN, comme Harmand sur la tour du sud ; mais, comme la place lui manquait pour mettre un I. dont il traça la moitié, et un N entre le B et le trèfle, il s*arréta en chemin et mit BIN, de l'autre côté. La pierre où est gravée le nom ROBIN est Tune des huit assises qui furent posées après l'expertise de 1316, car son ornemental n'offre pas le même caractère que dans les autres piles, comme je l'ai déjà fait remarquer. D'ailleurs, les lettres de cette inscription du XIV' siècle, qui ressemblent à celles de DAVID et de GOLLIAS gravées sous les deux bas-reliefs de maître Berthault, sont bien différentes de Talphabet du XIIP siècle employé sur les piles voisines, dans les mots DAVID, SAMVEL, ARCA, FEDERIS, PHILOSOPHVS.

M. l'abbé Bulteau, qui a déplacé la barre au-dessus du B^ pour lareporter suri O, a lu par erreur ROBIR ou ROBERTUS (1) Que signifie la barre au-dessus du B, qui est très rare dans Tépigraphie antérieure à 1316 ? Je n'en ai trouvé aucun exemple dans l'ouvrage de M. Guilherray, mais on rencontre BE pour BEATE dans des inscriptions du XIIP siècle, et une pierre tombale d'Arpajon (Seine-et-Oise), datée de 1291, présente le mot APRES, abrégé ainsi : APS (2). L'analogie duB et du P condui-

(J) Monogr&pfUe de U cathédrale de C?iàrtreê, t. u, p. 1G7 et 196. (2) InÊeriptioM de U France, Ancien diocéêêd% Pari», t. iv, p. 6.

raità lire ROBREIN ou ROBERIN, ce qui est moins satisfaisant que ROBIN, prénom de deux charpentiers de la cathédrale au XV* siècle.

A mon avis, ce nom propre difficile à interpréter n'est pas d'un sculpteur, comme le pensent M. l'abbé Bulteau^ M. Le. coq (1), et de M. de Mély, mais plutôt celui d'un veilleur du XIV* siècle. Dans son ouvrage écrit vers 1650, Souchet raconte qu'une lanterne destinée à éclairer les veilleurs de nuit était suspendue de son temps sous le porche (2). Au moyen-âge, le chapitre de Notre-Dame de Chartres avait le droit d'imposer ce service de guet à ses hommes de corps. On trouve une mention de ces veilleurs en 1469 (3).

Les réparations du xiv® siècle.

Pierre de Chelles, Nicolas de Chaulmeset Jacques de Longjumeau signalèrent beaucoup d'autres travaux qui leur paraissaient utiles à entreprendre dans leur rapport de 1316. Ils débutent en déclarant que les quatre doubleaux, les piles d'angle et la cfef de voûte, du carré du transept sont en bon état, mais deux compartiments de remplissage menaçaient ruine, car ils ajoutent « et ne convenrra oter de vostre voûte plus de la moitié ». En effet, le profil des ogives formé d'une gorge entre deux tores, comme dans la nef, prouve qu'elles n'ont pas été remplacées ; la clef de voûte, percée d'un œil, remonte également au XIII* siècle. Cette réparation nécessitait la pose d'un échafaudage au-dessus de ^< l'enmerllement » des verrières. On lit plus loin « ensmellement ». Je crois que les experts voulurent désigner par ce terme le point où commence le remplage des fenêtres, c'est-à-dire le niveau de leur appui. En

(1) Mémoires de U Société ^rchéologiqae d'Eare-et-Loir, t. vi, p. 463.

(2) Histoire du diocèse et de U ville de Ch^rtres^ t. i, p. 543. Souchet dit que cette lumière se trouvait au-dessus d'un gendarme à genoux, mais il ne faut pas confcHidre cette statuette, qui a disparu, avec Goliath terrassé par David.

(3) Lecocq, Histoire du cloître Notre-Dstmet dans les Mémoires de la Société Skrchéoloffiqne d'Bare-et''loir, 1. 1, p. 134.

démontant quelques panneaux de vitraux, il était facile de passer dans les baies hautes des poutres pour supporter le plancher destiné à protéger le jubé et les fidèles pendant la démolition partielle de la voûte. Cet échafaudage devait également servir de point d'appui aux cintres des deux nouveaux compartiments de remplissage (1).

Il était urgent de rejointoyer et de « recercher » les arcs-boutants de la cathédrale. Le second verbe s'applique à ce qu'on appelle encore aujourd'hui « un travail en recherche », qui consiste à remplacer des pierres ou des claveaux effirités (2). Les experts signalent ensuite le mauvais état de deux « piliiers qui espaulent » les tours sans indiquer leur emplacement (3) ; mais, comme ce paragraphe précède celui qui est consacré aux piliers des porches y je suis persuadé qu'ils ont voulu désigner les deux tours du croisillon nord. En effet, leurs contreforts, maintenus par des étriers en fer, tendent à se décoller depuis longtemps, tandis que ceux des clochers de la façade sont d'une solidité à toute épreuve.

Après avoir insisté sur la nécessité de consolider les porches latéraux, les experts engagent le chapitre à faire réparer un pan lézardé et un clocheton d'angle de la flèche qui couronne la tour du sud. Les derniers paragraphes de leur rapport sont consacrés à la charpente. Tous ses bois, désignés par les mots de merren et de merrien, étaient donc en chêne, ce qui prouve bien que la charpente incendiée en 1836 n'était pas en bois de châtaignier, comme on l'a souvent répété. L' a angelot » de la croupe devait tourner sur un pivot, comme celui de la cathédrale romane (4), mais le poinçon qui le portait était pourri et l'assemblage de la poutre faîtière avec le poinçon précédent était cassé. Pour consolider le système, Jacques de Longjumeau, charpentier-expert, conseillait d'ajouter deux fermes solidement reliées entre elles,

(1) Cf. le rapport publié par M. Mortet dans k Congrès archéologique de Chartres, 1900, p. 313, 314 et 318.

(2) Ibid,, P.-314.

(3) Ibid,, p. 315.

(4) Cf. obit du prévôt Hanri, dans le CartaUire de Notre-Dame de Chartres, t. ni, p. 80.

ce qui permettrait d*utiliser les bois provenant de la croupe pour réparer la charpente de la nef, dont quatre entraits étaient pourris à leur extrémité (1).

Enfin, le beflFroi des petites cloches avait besoin d'être renouvelé et celui des grosses cloches demandait une réparation urgente (2). M. Lecocq pense que le premier devait se trouver dans la tour du nord (3), mais je me garderais bien d*étre aussi affirmatif avant le XV' siècle (4), car l'archidiacre Pierre de Bordeaux, mort vers 1261, avait fait fondre une grosse cloche placée dans la tour neuve (5), que j*ai identifiée plus haut avec le clocher neuf. Ce qui est certain, c'est que le befProi des petites cloches, « viez et de lonc temps », ne se trouvait pas dans la flèche en charpente élevée sur le carré du transept entre 1306 et 1310 et qui prit le nom de clocher des Commandes. En effet, cette flèche était l'œuvre d'un maître charpentier de Sens, nommé Renaud, qui avait fait un marché avec le chapitre au mois de février 1306 et dont la journée était payée dis sous (6). Maître Simon, charpentier chartrain, qui prit part à l'expertise de 1316, avait été chargé de la terminer par une délibération du 28 septembre 1310 J). Son obit, inscrit dans le nécruloge à la date du 9 février,

(1) Congrès Archéologique de Chûrtres, 1900, p. 318 et 319.

(2) Ibid,, p. 319. Le beffroi du clocher sud fut refait en 1468 et incendié en 1836.

(3) Mémoire* de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. vi, p. 457.

i4) En 1415, il y avait quatre grosses cloches dans la tour du sud et deux petites dans la tour du nord.

(5) Cartalaire de yolre-Dame de Chartres, t. m, p. 162.

(6) « Capitulo generali festi post Purificationem Béate Marie Virginis, anno domino millesimo CGC** quinto.

« Item, ordinatum fuit quod mittatur, pro Magistro Raginaldo carpentario de Senonis. pro campanili ecclesie componendo, prout dicitur : quod idem magister Rftginaldus habebit. singulis diebus quibus operari contigerit in dicto campanili. pro dietis suis, decem solidos turonenses. necnon singulis annis, durante dicto opère, duo paria vestium quasplacuerit Capitulo sibi dare. Item, nichil percipiet, pro dietis suis, eundo et redeun^o Senonis, vel alibi, cjtra civitatem Carnotensem, pro negociis propriis ipsius Magistri, nisi prima vice qua veniet Carnotum operaturus in dicta ecclesia Carnotensi. » Bibl. de Chartres, ms. 1008, fol. CLXXXi.

(7) tt Item, capitulum ordinavit quod Symon c^rpentarius non habeat licenciam eundi, operandi extra villam donec campanile sit completum. >» Jbid., fol. LXXXII.

fait mention d'une somme de cent livres qu'il avait léguée pour son anniversaire (1).

M» René Merlet vient d'établir que le chapitre nomma maître verrier de la cathédrale au mois de mars d317 un artiste appelé Geoffroy (2) comme le prêtre qui est représenté dans une verrière haute du XIX* siècle dans le croisillon sud (3). Une fenêtre basse de ce bras du transept renferme le vitrail de saint Apollinaire donné en 1329 par le chanoine Thierry (4).

Simon Daguon, architecte de la cathédrale en 1316, avait eu comme prédécesseur Jean des Carrières ^ nommé maître de l'œuvre par une délibération du 24 décembre 1300, mais le chapitre lui avait interdit d'exercer les mêmes fonctions auprès de Charles de Valois, comte de Chartres (5). Leurs successeurs firent exécuter d'importantes réparations vers le milieu du XIV* siècle. Ainsi, il fallut ajouter après coup le long de la nef et autour de Tabside des arcs-boutants qui s'appuient sur la corniche et sur le sommet des culées primitives afin de mieux épauler les voûtes hautes (6). On refit les balustrades des combles, les deux pignons du transept et celui de la façade, orné d'une galerie des rois. Enfin la salle capitulaire, sous la chapelle Saint-Piat^ fut commencée en 1323, par Huguet dlvry qui la termina vers 1335, d'après une récente découverte de M. René Merlet (7). Cette chapelle fondée par le Aimeri de Chatellus (8) fut achevée vers 1349 par Jean Guignart, maître de l'œuvre (9). Le règlement de

(1) « Obiit Simon, carpentarius. cujus anni versa rium tenemur annuatim celebrare, qui dédit nobis C solidos ad emendos redditus. >» CârtuUire de Noire-Dûme de Charlre», t. m, p. 38.

(2) F. de Lasteyrie, Histoire de U peinture sur verre, p. 65, note 4 et pi. XXXVî.

(3) Bulletin Monumental^ 1906, livraison 3-4.

(4) Ibid., p. 82 et pi. XXX VII.

(5) « Anno millesimo trecentesimo, die sabbati, in vigilia Nativitatis Do" mini. Dicta die Johannes de Carreriis, lathomus, admissus fuit a capitulo in magistrum operis ecclesieet juravit se habere fideliter in dicto opère et in officio isto et quod ipse non assumet Magistralum Comitis, nisi de Hcentia capituli. » Bibl. de Chartres, ms. 1008, fol. Xlli.

(6) Abbé Métais, Revue de VArt chrétien, 1896^ 5" livraison; Archives histo^ riqnu du diocèse de Chartres^ vol. 2, Eglises et Chapelles.

(7) Bulletin Monumental, 1906 livraison 3-4.

(8) Cartulaire de Noire-Dame de Chartres^t. i, p. 27.

(9) Cf. René Merlet art. cité dans le Bulletin Monumental, 1906.

56 LES ARCHItBCTES

compte fait avec Jean Cabours, maire de l'œuvre, le 2 août 1370, prouve qu'il avait bâti la tourelle d'escalier au sud de labside (1).

Le document le plus intéressant pour l'histoire de la cathédrale au XV* siècle est un compte des dépenses de l'œuvre du 24 juin 1415 au 24 juin 1416 trouvé dans une armoire de THôtel- Dieu, par M. Lucien Merlet, qui la publié sans commentaires (2). Laurent Vuatier, qui était maître de l'œuvre à cette époque, exerçait ces fonctions en 1400, car M. René Merlet a découvert la quittance de sa pension datée du 25 décembre de la même année et il a bien voulu me communiquer ce texte inédit (3). Cet architecte ne touchait que quatre sous par jour (4) quand il était appelé à surveiller un travail délicat comme la restauration de la grande verrière de la Vierge à l'enfant dans le chœur, tandis que Collin Caillart, maçon et couvreur, qui est cité chaque semaine, recevait le salaire le plus élevé, soit cinq sous par jour. Ses aides, Jean Briquède, Jean Douge, Vincent Patouin, Renaud Vielle, Vincent Fillaîs, Guillot Rîcheust, Jean Marsaut, Guillaume Bretonnier, Jean Duchesne, Jeannin Bernart, Guillaume Brifer, André Belliart, étaient payés de quatre à deux sous.

Le compte de d416 mentionne en ces termes les noms des six jurés de la cathédrale qui recevaient chaque année trois aulnes de drap pour se vêtir :

« Pour les robes des 6 jurez et ouvriers de l'église, c'est assavoir Jehan Leraut, plombier, Jehan Perier, verrier, Jehan de Laletraye, charpentier, Laurens Vuatier, maçon, Philippot de

(1) « Die veneris post Petrum ad vincula ii" augusti 12(70. Capituluin dédit, de gratia speciali, Magistro Johanni Cabours, magistro lathomorum ecclêsie, octo francos accipiendos super bonis fabrice, habito respectu quod diligeater laboravit in operibus Tourelle de novo facte et quod pro tribus solidis servivit, pro dicta, et alii operarii habuerunt, pro qualibet dicta, sex solidoft turoDenses. » Bibl. de Chartres, ms. 1008, t. m, fol. \XI.

(2) BalUiin iirehéologique, 1889, p. 35 à 94.

(3) « Magister Laureucius Vuatier, magister lathomorum ecclesie Carnotensis, confessus fuit habuisse et récépissé a magistris seu provisoribus ecclesie Carnotensis per manum domini Johannis Chaillou IV libras X sol. tam super pensione sua quam super expensis quas fecit prout continetur in supplicatione sua ultro tradita dictis magistris fabrice. » Archives d'Eure-et-Loir» G^ 160, foL 167« ▼*.

(4) BnlUiin archéologiqttè, 1889, p. 54 et 56.

ET LA CONSTRUCTION DBS CATHiDtlALES DK CHARTRES 57

rOrloge, fèvre, et Perrin Ytier, orfèvre, à chacun des diz ou vriers 3 aulnes de drap au pris de 22 s. 6 d. Taulne (1). »

D'importantes réparations furent faites à la plupart des vitraux et notamment aux verrières du chœur, de saint Lubin, de saint Laurent, de saint Vincent et de la bibliothèque du chapitre par Jean Perier, Jacques Le Bastonnier, Jean Le Royer, Philippot Couillart, dont le salaire était fixé à quatre sous. Pour démonter les panneaux» ils eurent recours à des échafaudages, où ils se firent monter dans une nacelle suspendue à la voûte (2). Les verrières étaient remises en plomb, près de Thorloge, dans un atelier dont il fallut refaire le fourneau et la cheminée comme celle de la forge, ce qui nécessita l'emploi de 8,600 briques, payées 25 sous le mille (3). Jean Perier peignit en six jours une figure de saint Nicolas dans une grisaille du XIIP siècle, qui est dans la chapelle rayonnante à droite de Taxe (4). Le chapitre acheta du verre blanc et du verre de couleur à Jean de Voire, marchand à Feuillet^ près de Longny (5).

Parmi les autres ouvriers, Philippot Mauvoisin, serrurier, fut continuellement employé à réparer les barres de fer des vitraux et les serrures. Il était chargé d'assurer la marche de l'horloge principale (6)» qu'il avait pourvue d une sonnerie automatique en 1392. Sous la direction de Jean de Laletraye, les charpentiers Jean Rogier, Robin et Jean Desmoulins, Jean Delavau, François Haudry, Jean Goubaut, Georget Guiart, Guillaume Dufour^ Macé Basillé, Oudin de Jouy, qui vint de Blois, travaillèrent aux beffrois des clochers. Les plombiers Jean Leraut, Jean Motet, Etienne Aveline et Lorin Chanoine firent des réparations aux couvertures et à la toiture de la tour du nord, dite « clochier de pion » dont la charpente avait été refaite en 1387. Il fallut acheter

(1) Balletin archéologique^ 1889, p. 93. Cf. p. 64, où les mêmes jurés reçoivent une gratification au mois de novembre 1415.

(2) Bulletin archéologique , 1889, p. 63. (3) /i)id., p. 50.

(4)ii>td.,p. 81.

(5) Ibid., p. 66 et 77.

(6) Bulletin archéologique, p. 94. De là le surnom de Philippot de TOrlog^ qui lui est donné p. 93* La cathédrale possédait deux horloges en 1969.

Elles furent réparées par Jean de Soissons dix ans plus tard.

quatorze saumons de ce métal, pesant 6,855 livres, à Adam Brunei, épicier et bourgeois de Paris (1). Les plaques de plomb étaient fondues dans un atelier voisin de la cathédrale.

Le clocher de pierre, c'est-à-dire la tour du sud, renfermait quatre cloches, à savoir : -Wane, fondue au mois d'octobre 1388 par Guyot de Sainte-Marie; Gabriel, fondue le 27 septembre 1444 par Naudin Bouchard, d'Orléans, dans le cimetière du chapitre; Bourdettu et Charlain, mentionnées en j 386 (2). Il fallait hix-huit hommes pour sonner les deux premières et huit pour mettre en branle les deux autres. Guillaume Porcheret veillait la nuit avec un guetteur dans la tour du nord (3), qui contenait deux cloches nommées le Gros et le Petit Moineau (4). J'ai relevé aussi la mention des orgues (5) : les fonts baptismaux romans, qui sont aujourd'hui dans le bas côté sud de la crypte, devaient se trouver dans une chapelle rayonnante (6).

Le maitre-autel, flanqué de quatre anges en cuivre qui furent refaits en 1458 par le fondeur Alexandre de Vanes était surmonté d*un brillant luminaire fixé au tour, à la perche et à la couronne, c'est-à-dire à divers appareils en forme de cercle et de baldaquin (7). A chaque grande fête, on dépensait 65 livres de cire fondue dans les dépendances de la cathédrale par Colin Fremin et ses aides. Derrière le maître-autel on avait établi une loge pour les marguilliers faite en traverses de bois, hourdées de plâtre, par le huchier Richard de la Saussaye (8).

En résumé, voici les noms de douze architectes de la cathédrale qu'on peut citer avec certitude entre . la fin du X* siècle et le commencement du XVI* siècle.

(1) BMetin archéologique. 1889, p. 93.

(2) Ibid., p. 41,44, 48 et 88.

(3) Ce service de guet avait été établi en 11)59.

(4) Bulletin archéologiquey p. 66 et 69. La fonte du Petit Moineau était toute récente. Cf. p. 60.

(5) Ibid. , p. 38. 64 et 94. L'organiste se nommait Lucas Lebia. Cf. p. 60.

(6) Ibid . p. as. Le 24 juin 1349, le chapitre avait décidé que le legs d'Etienne Belot serait employé à l'achat d'un orgue et Jean de Ghàteaudun fut envoyé à Paris en 1353 pour apprendre 4 jouer de cet inetrument. De Lépinois, Hiêtoira deChêrires. 1. 1^ p. 221» note.

;7)/fci(f., 1889. p. 36à 38. - -

[sj Bulletin Archéologique, 1S89, p. 63, 66 et 67.

Teudon, qui refit la façade et la toiture de la cathédrale du IX'' siècle après Tincendie de 962.

Bérenger, qui bâtit la cathédrale de Fulbert après Tii^cendie de 1020 et qui la restaura après Tincendie de 1030.

Vital; qui mourut avant 1130.

Jean des Carrières, en 1300.

Simon Daguon, qui exerçait déjà ses fonctions en 1311 (1) et qui prit part à l'expertise de 1316 avec Timagier maître Berthaut.

Huguet dlvrj; qui construisit la salle capitulaire de 1323 à 1335 sous la chapelle Saint-Piat.

Jean Guignart, qui termina cette chapelle vers 1365.

Jean Cabours, en 1370.

Laurent Vuatier, maître de l'œuvre en 1400, 1415 et 1416, et Colin Caillart, maître maçon pendapt ces deux dernières années.

Geoffroy Sevestre, maître de l'oeuvre de la chapelle de Vendôme (2) en 1417, qui reçut 240 livres de salaire (3).

Jean Martin, avant 1506.

Jean Texier, dit de Beauce, qui demeurait à Vendôme, s'associa avec Thomas Levasseur (4) pour signer le 11 novembre 1506, le marché de la flèche en pierre du clocher nord incendié le 26 juillet précédent. Les travaux commencés le 24 mars 1507 durèrent sept ans, car le nom de Jean de Beauce et la date de 1513 sont gravés derrière le socle de la statue du Christ qui surmonte le gable de la face ouest (1). Il commença la clôture du chœur le 18 décembre 1514 (2), signa un marché le 24 octobre 1519 pour établir au revers de la façade une tribune qui resta ina-

(1) Cette chapelle 8*ouyre entre deux contreforts, dans la cinquième travée du bas côte sud.

(2) Archives d'Eure-et-Loir, G, 154.

(3) Cet architecte ne semble avoir joué aucun rôle dans la construction de la flèche.

Cette inscription çst ai^si conçue :

Jehan dk Beauce maçon qui a faict ce clocher ma faict faire

5) Lecocq. Chroniques, légendes, curiosités et biographies beauceronnes^ p. 147. ^ Abbé Bulteaui Monographie de la cathédrale de Chartres, t. i, p. 159 è lUJ.

chevée, puis il fit bâtir le pavillon de Thorloge au pied de la tour du nord en 1520 et mourut le 29 décembre 1529 (1).

Il faut mentionner aussi vingt-et-un charpentiers : Manoald, mort avant 1028 ; Jean et Martin qui vivaient dans la première moitié du XP siècle ; Jean, fils de Vital, qui travailla vers le milieu du XIl^ siècle ; maître Raoul, mort dans la seconde moitié du XIIl^ siècle : Renaud de Sens, cité en 1306 ; Simon, cité en 1310 et en 1316 ; Perrot Martineau, qui refit la flèche en bois de la tour du nord en 1387 ; Jean de Laletraje et les dix charpentiers qui sont cités dans le compte de 1415-1416 ; Robin Bonvallet et Jehan de Launoy, en 1431.

Enfin^ le compte de 1415-1416 nous fait connaître les noms de Jean Perler, peintre- verrier, de Philippot Mauvoisin, serrurier, de Jean Leraut, plombier, de Perrin Ytier, de Gillot Saget, orfèvres, et d'un peintre d'armoiries nommé Laurent (2).

Tel est Tétat de nos connaissances sur la construction des cathédrales romanes et de la cathédrale gothique de Chartres, sur les maîtres de l'œuvre, sur les charpentiers et quelques autres jurés, d'après les textes, les fouilles et les études les plus récentes. J'aurais voulu pouvoir combler les vides de la liste des architectes, surtout pour le XIIP siècle, mais la perte si regrettable des registres capitulaires antérieurs au XIV* siècle et l'absence de l'inscription gravée au centre du labyrinthe ont rejeté leurs noms dans l'oubli.

Eugène Lefèvbe-Pontalis.

(i) Jean de Beauce ne fit que Tencadreinent des scènes, comme le prouve un marché du 23 décembre 1517. Les quinze groupes sculptés de 1520 à 1543 sont Tceuvre de Jean Soûlas, imagier de Paris, François Marchand et Nicolas Guibert. Au XV* siècle, la clôture à claire-voie du choeur fut décorée de peintures par Pierre Patin, de Paris, suivant un marché du 7 octobre 1482.

(2) BulUîin archéologique, 1889, p. 68, 70, 73, 87 et 93.

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