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AU XIV^ SIÈCLE

Dans un excellent mémoire, dont il donnait lecture, Tan dernier, à la Société nationale des Antiquaires de France (1) M. E. Lefèvre-Pontalis, après avoir corrigé et complété les notes autrefois publiées par Adolphe Lecocq (2), dressait une liste des architectes de la cathédrale de Chartres, depuis la fin du X® siècle jusqu'au commencement du XVP. Entre les années 1300 et 1417, cinq architectes ou maîtres maçons sont cités dans cette liste ; ce sont : Jean des Carrières, en 1300 ; Simon Daguon, en 1316 ; Jean Cabours, en 1370 ; Laurent Vuatier, de 4400 à 1416, et Geoflfroi Sevestre, en 1417. Si Ton met à part Laurent Vuatier, dont M. Lefèvre-Pontalis a le premier signalé Texistence, les noms des quatre autres architectes avaient été découverts par Lecocq, en 1876, dans les anciens registres des délibérations du chapitre de Notre-Dame de Chartres.

On sait que ces précieux registres, conservés à la bibliothèque municipale de Chartres, sont à peu près complets pour la période

(1) Les Architectes et la constraetion des cathédrales de Chartres^ dans le t. LXIV des Mém, de U Soc, riAtion&le des Aniiqaaires de France et dans la Revue des Archives Historiques du Diocèse de Chartres^ année 1906.

(2) Là Cathédrale de Chartres et ses mattres de l'œuvre, dans le t. VI des Mém. de la Soc. archéologique d'Eure-et-Loir,

qui s*étend de 1298 à 1419 (1). Ils sont assez difficiles à lire, et c'est une œuvre de longue haleine de les dépouiller en entier ; d'ailleurs, telle est la mine de renseignements qui s*y trouvent assemblés que les historiens chartrains la mettront à contribution longtemps encore avant de Tavoir épuisée. M. Lecocq n'a pas extrait de ces registres tout ce qui intéresse les architectes de la cathédrale au XIV® siècle ; plusieurs faits importants lui ont échappé qu'une étude plus attentive m'a fait découvrir, et d'autres chercheurs sans doute viendront après moi qui trouveront en ces volumes de nouvelles indications sur l'histoire du monument à la même époque.

En premier lieu, voici, au sujet de Simon Daguon, une délibération capitulaire du 28 juin 1311, qui prouve que cet architecte était dès lors préposé à la direction de l'œuvre de la cathédrale :

[Anno M"^ CCC^ XI^] die lune posl festum nativitatis beaii Johannis Baptiste, cum magister Symon, dictas Dagon^ magister fabrice ecclesie Carnotensis, detineretur in prisionem Loenii pro injuria fada et illata ab eodem venerabili et discreto viro magistro Raginaldo de Buxeio, canonico Carnotensi, peteretque recredi seu a dicta prisione relaxari, Robertus dictus de Subulmo, Johannes dictas Sar radin, cives Carnotenses, et Johannes dictus Polein de Ponte de Tranchefetu, quilibet in solidam, ad penam mille librarum fidejusserunt pro dicto magistro Symone quod idem magister Symon stabitjuri coram Capitulo (2).

Jusqu'à présent, on ne connaissait Simon Daguon que comme ayant participé à la fameuse expertise du 9 septembre 1316 (3).

(1) Ces registres du XIV* siècle sont au nombre de quatre, les trois prenaiers sont catalogués sous le no 1037, le quatrième, sous le n<* 1008.

(2) Reg. capit.. ms, 1007, t. I, Chapitres généraux^ séance du 28 juin 1311. f* cxcii, v«».

(3) J'ai trouvé une autre mention de Simon Daguon dans les registres capitulaires ; on Tenvoya en 1815 à Rouen pour y acheter du plomb: Die jovis posl Brandones venerabiles viri Johannes de Jessia, et Gaafridus de Joigniaco, canonini Carnotense*^ tradiderant et assig naverant magistro Symoni Dagon^ magistro fabrice^ de peccunia fabrice ecelesie Carnolensis, trecentum viginti quinque libras et undecim solidos pro eundo Rothomag um ad emendam plumàum pro fabrica (Reg. capit , ms. 1008, Chapitres quotidiens, séance du là février 1315, f" xn, vo).

Aussi, M. l'abbé Bulteau a-t-il cru pouvoir attribuer à Jean des Carrières la construction de Te&calier de la sacristie auquel on travaillait au mois de juillet 1311 (1). L'acte précédent permet de corriger cette erreur : en 1341, Jean des Carrières n'était plus maître de Tœuvre ; il était remplacé par Simon Daguon, qui, par conséquent, peut être considéré comme l'architecte de l'escalier à vis de la sacristie (2).

Dans le temps où Simon Daguon ainsi que le maître imagier Bertaut de Mainvilliers (3) et le maître charpentier Simon accom-

(1) Monographie de U cathédrale de Chartres, 2* édit., t. I, p. 196. — C'est grâce à la libéralité du chanoine Guillaume de Pontlevoj que cet escalier, placé à Tangle sud-ouest de la sacristie, fut achevé. Dans son testament, daté du 22 juillet 1311, Guillaume de Pontlevoy s'exprime ainsi : Lego fabrice eccleaie CarnoleMis dueentas libras carnoiensium pro quadam troclea,in vulgali vocata viz lapidea, exUtente m ecclesia Carnolensi a parie revesiiarii perfieienda (Reg. capit., ms. 1007, t. I, Clausule teslamenloram canonicoram defanctorum^ f* ccvii, V*). M. l'abbé Clerval, dans un article intitulé : Un bienfaiieur du calorifère de la cathédrale de Chartres aa XIV* siècle {Voix de Notre-Dame de Chartres, année 1893, p. 562), a confondu Guillaume de Pontlevoy et Guillaume de Chaumont. G. de Pontlevoy, simple chanoine, décéda le 19 mars 1314 (Reg. capit , ms. 1007, t. 1, Nomina canonicorum Carnoiensium decedentium). Quant à Guillaume de Chaumont, il était mort depuis longtemps en 1311. Chambrier du chapitre en 1276, prévôt d'Auvers en 1281, archidiacre de Chartres de 1284 à 1297, Guillaume de Chaumont mourut avant le 25 août 1298 (Cf. L. et R. Merlet : Dignitaires de Véglise Notre-Dame de Chartres, p. 89, 131 et 269).

(2) On a fait à cet escalier, en 1893, une curieuse modification. Tout en conservant les marches, on a remplacé le noyau de pierre central par un tuyau de brique, qui est destiné à activer le tirage du calorifère de la cathédrale.

(3) Cet artiste est simplement appelé maître Bertaut dans Texpertise de 1316; mais, dans une délibération capitulaire de 1318, j'ai trouvé la preuve qu'il était originaire de Mainvilliers, près de Chartres: Die sabbati posi festum Pnrificationis beaie Marie, ordinatum fuit quod, usque ad beneplaciium Capitali^ singulis annis dentur magistro Symoni carpentario et magisiro Berthaudo de Manuvillari, lalhomo, cuilibet eorum, decem libras pro vestibus querendis vel bone robe (Reg. capit., ms. 1007, t. II, Chapitres généraux, séance du 4 février 1318, f° XLiii, v). Il semble démontré aujourd'hui (V. E. Lefèvre Pontalis : Les Architectes et la consiruciion des cathédrales de Chartres, mém. cité, p. 53) que c'est sous la direction de maître Bertaut de Mainvilliers que furent sculptés les deux groupes figurant le combat de David et de Goliath, sur l'un des piliers du porche septentrional de la cathédrale de Chartres. La gratification ou courtoisie, que lui octroie le Chapitre en 1318, me parait témoigner d'une certaine activité dans l'atelier de sculpture à cette époque. Il serait intéressant de rechercher, au porche nord, parmi les statues et les bas-reliefs du commencement du XIV* siècle, quels sont ceux dont on pourrait attribuer l'exécution à l'artiste chartrain.

pagnaient les experts venus de Paris pour visiter la cathédrale de Chartres et j signaler les réparations qu'ils jugeraient urgentes (1), on se préoccupait au sein du chapitre, de faire restaurer également les verrières du XlIP siècle. A cet effet, les chanoines, au mois de mars 1317, concédaient à un artiste, nommé Geoflfroi, l'office de maître verrier de l'église de Chartres, et celui-ci s'engageait, pour la somme de trente livres, à remettre en bon état tous les vitraux, et à les entretenir désormais, à ses dépens, moyennant six livres par an (2).

Geoflfroi est le premier peintre verrier de la cathédrale dont le nom nous soit connu (3). Toutefois il semble n'être Tauteur d'aucun des vitraux actuels, si ce n'est peut être de la curieuse grisaille que le chanoine Guillaume Tyerri fit exécuter en 1328. au-dessus de l'autel nouvellement fondé dans le croisillon méridional (4).

Le 25 juin 1323. le chapitre de Chartres prenait la* délibération suivante :

[Anno M* CCC° XXIII^], die sabbaii in crasiino festi nativitalis beaU Johannis Baptiste^ ordinaium est quod fiât et edificetar seu constmatar qaoddam novum Capilulum lapideum et Ha altum qnod possit introcedere seu ire ab ecclesia in dictum Capitulum sine atiquo des* censu vel a^^censu (5).

En vertu de cette décision, une nouvelle salle capitulaire fut

(1) Cf. V. Mortet : UExperlise de la cathédrale de Chartres en 1316^ dans le Congrès arch, de France^ tenu & Chartres en 1900, p. 312.

(2| DieSabbati pont Reminisceret Capiialam retinuil Gaufridnm vitrarîum; in servientem et vitrariam ecclesie ^'^arnotensisy et fuit actam qaod idem Ganfridas, sais sumptibus propriis et expensis, omn s vitr arias eeclesie Carnotensis reficiet et in bono st^ta ponel tam in plnmboy stagno^ vitro qaam aliis necexsariis, infra annuni^ et pro anno presenti pro triginla libris carnotensiam eidem ab ecclesia reddendis^ et de cetero^ anno revoluto, pro sex libris ipsas vitrarias reficiet samptibus suis et eciam sustinebit (Reg. capit. ms. 1008, Chapitres quotidiens, séance du 5 mars 1317, f xlii, 1*).

(3) On a, depuis longtemps, signalé un peintre verrier plus ancien, Clemens vitrearias Carnutensis^ qui a mis sa signature sur un vitrail de la cathédrale de Rouen ; en réalité, nous ignorons si cet artiste a travaillé à l'église de Chartres.

(4) Sur cette grisaille, v. Monographie de la cathédrale de Chartres (2* édit.), 1. 111, p. 288.

(5) Reg. capit., ms. 1007, t. II. Chapitres généraux, séance du 25 juin 1323, f** LX, r».

CHAPELLE SAiNT-piAT — {Ckevel el cûlé nord}

construite au chevet de la cathédrale. Celle qu'on dut démolir avait été bâtie autrefois par le doyen Adalart (1) ; mais son style architectural n'était plus de mode, et puis les chanoines, pour se rendre en séance, étaient forcés de suivre, après être sortis du chœur, le corridor qui communique aujourd'hui avec Tancienne maîtrise. Il en résultait pour eux des descentes et des montées continuelles ; aussi ont-ils soin, dans Tacte précédent, de spécifier qu'ils veulent, à l'avenir, pouvoir aller de l'église au lieu de leurs réunions, sine aliquo descensu vel ascensu. Afin de donner, autant que possible, satisfaction à ce désir des chanoines, l'architecte du XIV® siècle perça une porte dans le mur de la chapelle absidale de la cathédrale, vis-à-vis de l'entrée du nouveau bâtiment (2).

J*ai eu la bonne fortune de découvrir quel était alors le maître de Toeuvre de Téglise de Chartres, Il s'appelait Huguet d'Ivry, et on ne peut lui refuser une place honorable parmi les architectes de Tépoque gothique (3).

La salle capitulaire, bâtie par Huguet d'Ivry, subsiste encore ; c'est une belle et solide construction, d'un style très sobre, comparable, par certains côtés, aux monuments du siècle précédent.

Des fouilles récentes, entreprises en cette salle dans le but d'y établir un caveau funéraire pour les évêques de Chartres, ont

(1) Adalart, doyen du chapitre de Chartres, mourut le 26 août 1092 : VU kalendas seplembris, obiit AdeUrdus, decanus, hujuM ecclesie amator precipaus, qui hoc Capiialam conslruxit (Hené Merlet et abbé Clerval : Un Manuêcril char train da XI* siècle, p. 174).

(2) Cette porte, bouchée à Tépoque de la Révolution, a été rouverte, Tan dernier, par ordre de M. Selmersheim, architecte diocésain.

(3) [Ânno M" CCC" XXV"], die mercarii po$l festum beali Clementis^ capitulant declaravit quod Hugaetus de Ybreyo, magister operi* ecclesie^ nichil débet percipere in guesdiSy ralione prébende sue qaam consaetus est percipere in ecelesia Carnotensi (Reg. capit., ms. 1008, Chapitres quotidiens, séance du 26 novembre 1325, f** ccxxiv, r»). Huguet dlvry, comme ses prédécesseurs, percevait les fruits d'une des prébendes du chapitre : on stipule ici que cette prébende ne lui donnait pas droit aux produits des guèdes. La guède est une plante tinctoriale dont il se faisait un grand commerce à Chartres au moyen âge. — Huguet dlvry fut un des bienfaiteurs de Tabbaye de Josaphat, près de ( hartres, et^ à ce titre, son nom figure dans le nécrologe du monastère : XV kalendas augusli, obiit Hugo de Yvreio, magister fabrice ecclesie Carnotensis^ qui dédit nobis V solidos annui census (Bibl. nat., ms. latin, 9224, f" 21, r*). Cet obit m*a été signalé par M. le chanoine Métais.

prouvé qu'elle avait été élevée sur les fondations mêmes de celle qui fut démolie en 1323. Mais elle ne forme qu'une nef de trois travées, voûtées sur croisées d'ogives, tandis que la salle du XP siècle était divisée, au moyen de deux piles intermédiaires dont on a découvert les fondations Tan dernier (1), en deux nefs de trois travées, lesquelles étaient probablement recouvertes par des voûtes d'arêtes .

A peine les chanoines eurent-ils décidé de reconstruire leur salle capitulaire qu'un autre projet fut mis par eux à l'étude. On avait opéré solennellement, le i" octobre 1310, dans le chœur de la cathédrale, la reconnaissance des reliques contenues dans la châsse de saint Piat (2). Depuis lors, une grande dévotion pour ces reliques s'était manifestée dans le clergé et dans le peuple. « Le corps de saint Piat^ dit Rouillard, florissait alors en miracles ». On résolut, en 1324, d'édifier, au-dessus de la salle capitulaire, lorsque celle-ci serait faite^ une chapelle dédiée à saint Piat; mais, en attendant, on s'occupa de trouver les ressources nécessaires pour l'exécution de cette nouvelle entreprise.

Je publierai, en appendice, plusieurs délibérations capitulaires relatives à une souscription et à une taxe, dont les produits devaient être appliqués par le chapitre à l'œuvre de la chapelle Saint-Piat ; Ces délibérations sont datées des 27, 28 et 29 juin 1324.

Cependant, la construction de la salle capitulaire, activement poursuivie, fut achevée vers 1335. Nous savons, en eflfet. qu'Aimeri de Châtelus, évêque de Chartres de 1332 à 1342, était déjà en possession de son siège, lorsqu'on se mit à bâtir la chapelle Saint-Piat. Le document (3), qui nous instruit de ce fait,

(1) Ces mêmes fouilles ont mis à jour, au milieu de la salle, à l'OO de profondeur, une tombe maçonnée renfermant un squelette. M. l'abbé Clerval a conjecturé^ a^ec beaucoup de vraisemblance, que cette tombe était celle du chanoine de Chartres, Pierre Guete le jeune, enterré à cet endroit en Tannée 1400 (Cf. Une Sépalturt de chanoine danê U selle eapUnUire^ Voix de Notre-Dame de Chartresy du 17 décembre 1904).

(2) V. plus loin. Appendice, n*> 1.

(3) Ce document n'est autre que Tacte de fondation du chapitre Saint-Piat. Le 16 mai 1349, Aimeri de Cbàtelus, se sentant sur le point de mourir* légua à réglise de Chartres 12.000 florins d*or de Florence destinés à être

ajoute que la chapelle elle-même était à peu près] terminée en l'année 1349, que nunc.,., est parfecta, vel quasi.

Malgré cette affirmation si formelle, il est certain que les travaux durèrent plusieurs années encore ; car la salle capitulaire ne fut bénie et consacrée quen 1358. On est donc en droit de se demander quelle fut la cause de ce retard, et Texplication en est fournie par les dispositions architectoniques du monument luimême.

L'examen de ces dispositions fait voir que le plan de Tédifice a reçu, en cours d'exécution, d'importants changements. Dans le principe, la salle capitulaire, au rez-de-chaussée, et la chapelle Saint-Piat, au premier étage, devaient avoir la même forme (1) et les mêmes dimensions ; elles étaient complètement séparées de la cathédrale et n'avaient l'une et l'autre que trois travées. Tel était Tétat des lieux en 1349, quand Aimeri de Châtelus dota de 12.000 florins d'or le chapitre qu'il venait de fonder en Thonneur de saint Piat.

Cette riche dotation fut cause, sans doute, des modifications apportées au plan primitif. On se décida alors à mettre la chapelle en communication avec la cathédrale.

Dans ce but; on édifia un porche en avant de la salle capitulaire; cela permit d'ajouter une quatrième travée à l'étage supérieur, puis on relia cet étage au corps de la cathédrale par une arche de pierre d'une grande hardiesse, sur laquelle on posa un escalier,

convertis en 300 Hvres de rente pour l'entretien de douze chanoines qui célébreraient 1 office divin dans la nouvelle chapelle Saint-Piat. A cette époque, Aimeri de Châtelus n'était plus évèque de Chartres; il avait été nommé cardinal de Saint-Martin in Hioniibus en 1342 et avait alors abandonné son évéché. Dans l'acte du 16 mai 13i9, il s'exprime ainsi : Qaia meminimu», quando in ipsa ecclesia prberamus, quod, ad honorem eximii Chritli mariiris sancti Piati, gui, corruscans innameris miraculis cum viverel et cum obiily et nsqae nanc et continue minislravit^ inicubatur décora capella per capitulum fabricari, que nonc, ut fide digna relat>one percepinittSy favente divina gracia, est perfecta vel quasi (Original en parch., Archives d'Eure-et-Loir, G. 544).

(Ij II semble cependant que, primitivement, la chapelle Saint-Piat n'était pas destinée à être couverte par des voûtes d'ogives. Les contreforts qui soutiennent les voûtes à l'extérieur ont été ajoutés quand on renforça les murs dans leur partie supérieure.

PORTE DE LA CHAPELLE SAiNTPiAT {oiivrint d^ns U cathédrale)

LES ARCHITECTES DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES il

enfin, on fit les voûtes, la charpente et la toiture de la chapelle. Il n*est pas sûr que tous ces travaux fussent finis en 1358 ; en tout cas, le 3 juillet de cette même année, le porche étcût terminé, comme le prouve Tacte suivant :

[Anno M^ CCC^ LVUI% die martis posi octàv&s naiiviUtis beati Johannis Baptiste, ordinatum est qaodillaplatea, qae est inter domum episcopalem et capellam sancti Piati et coniigua in parte posteriori capiti ecclesie et in parte superiori domibus seu Castro vice domini Carnotensis, unacam illo loco in quo sedet Capitulant subtus capellam Sancti Piati^ cum illo porticu qui est inter dictam capellam ET ECCLBSiAM Carnotensem, bencdicatur et consecretur^ fiantque inibi capella, oratoria^ cimiteriûm pro sepelliendis canonicis Carno^ tensibus in futurum (1).

Neuf ans plus tard, le 28 juin 1367, le chapitre accordait comme gratification à Jean Guignart, maître maçon, cent sous tournois, « en récompense des services et dps labeurs dont l'église de Chartres lui était redevable pour le temps passé » (2).

Faut-il voir dans ce maître ouvrier celui qui a mis la dernière main à la chapelle Saint-Piat ? Cela est très probable, sinon certain.

En résumé, de ces quelques notes extraites des registres capitulaires de Téglise de Chartres, il résulte :

1** que Simon Daguon, maître de Tœuvre de la cathédrale entre les années 1311 et 1316, construisit, à Tangle sud-ouest de la

(1) Reg. capit., ms. 1007, t. II, Chapitres généraux, séance du 3 juillet 1358, f"* CCXX1, V*. — Le cimetière, dont il est question dans cet acte, s^appela plus tard cimetière Saint-Jérôme ; il servit de lieu de sépulture jusqu'à l'époque delà Révolution. Il est aujourd'hui transformé en jardin.

(2) Die lune posi festum nstivitaiit beati Johsnnis Baptiête, capitulum dédit, de gracia speciali, Jofianni Gaignarl, magistro lalhomorum, centuni solidos

iuronensium tu recompetisationem serviciorum et laborum in negociia et

laboribus ecclesie, tempore preterito, impensorum (Reg. capit., ms. 1007, t. II, Chapitres généraux, séance du 28 juin 1367, f' cclxxxîv, v»), — On donnait habituellement le nom de courtoisie, en latin curialitas, à ces sortes de gratiBcations faites aux maîtres de l'œuvre qui avaient pris beaucoup de peine à certains travaux de construction (Cf. V. Mortet : L Expertise de la cathédrale de Chartres en 1SI6, mém. cité, p. 312, note 1). Il est possible quen 13t)7, la charpente et la toiture de la chapelle Saint-Piat ne fussent achevées que depuis peu de temps.

sacristie, la tourelle et Tescalier à vis, au centre desquels on a établi, en 1893, la cheminée du calorifère de la cathédrale ;

2f que la salle capitulaire, réédifiée de 1323 à 1335 environ sur les fondations mêmes de celle qui avait été bâtie par le doyen Adalart à la fin du XI" siècle, est l'œuvre d'Huguet dlvry, architecte de la cathédrale, dont le nom n'avait pas encore été signalé ;

3® que la partie de la chapelle Saint-Piat située au-dessus de la salle capitulaire fut construite presque tout entière de 1335 environ à 1349 ;

4® que Ton travailla, après 1349, à relier la nouvelle chapelle à la cathédrale au moyen d'un porche et d*un escalier qui furent bénits et consacrés au mois de juillet 1358 ;

5° que les voûtes, la charpente et la toiture de la chapelle ne furent probablement terminées que vers 1365.

Qu'il me soit permis, en terminant cette notice, de féliciter nos architectes modernes des décisions qu'ils ont prises tout récemment au sujet des édifices dont je viens de parler. Lorsque la salle capitulaire. devenue caveau funéraire des évéques de Chartres, aura été restaurée sous Thabile direction de M. Selmersheim, et lorsqu'on aura dégagé et rendu visible la chapelle Saint-Piat, avec ses deux tourelles, son porche et son escalier si pittoresque, nul doute que cette intéressante construction ne produise un heureux effet et qu* elle ne complète agréablement le magnifique tableau formé par la façade méridionale de la cathédrale de Chartres.

René Merlet.

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