DE NOTRE-DAME DE COULOMBS
L'abbaye de Coulombs était située au centre d'un gracieux vallon, arrosé par la riTière d'Eure, encadré par de riants coteaux boisés en partie, et dominé par l'antique château de Nt^ntle-Roi, qui se dressait, raillant et superbe, au sommet de la coltine, au pied de laquelle s'étend la ville. Quelques ruines ^arses
ENTRÉE DE L'aBBAYE (ÉTAT ACTUEL)
çk et 14 rapellent encore la splendeur et la richesse du vieux monastère de l'ordre de Saint-Benoît qui fut pendant des siècles en grande renommée au pajschartrain. Peu de documents ont survécu à sa ruine, les chartes ont été brûlées pendant les guerres de religion qui ensanglantèrent le pays de Beauce ; quelques copies récoltées par lesdiffiérents auteurs du XVU* et XVIII* siicle
ÂGLISB ABBATIALE DE COULOMUS. 1
ont permis avec l'aide des Mémoires de M. Tabbé d'Espagnac de reconstituer rhistoire de Tabbaye.
En novembre 4589, lorsque le maréchal de Biron vint mettre le siège devant Nogent-le-Roi, les titres que possédait encore le monastère furent détruits, quoique les religieux eussent pris la précaution d*essayer de les sauver, une partie et les plus précieux furent envoyés dans un porte-manteau au château de Maintenon que Ton savait ne pas devoir être attaqué, une autre partie fut déposée dans un tonneau hermétiquement clos que Ton enterra sous le dallage d'une des salles du couvent. Ces deux précautions ne réussirent pas mieux l'une que Tautre ; le cheval de celui qui portait les titres à Maintenon se coucha dans Teau en traversant la rivière au gué de Villiers, les titres furent perdus ; pour les autres, enfouis dans le tonneau, ils en furent retirés au bout de trois mois totalement pourris ou altérés de telle sorte, qu'ils furent anéantis.
Le pays fut redevable à Tabbaye de sa richesse, ce furent les moines qui firent construire les ponts qui facilitèrent les communications avec Nogent et Lormaye et réchange des transactions commerciales. C'est à Maximilien de Béthune, duc de Sully (1), qui fut pendant dix ans abbé de Coulombs (quoique appartenant à la religion réformée), par brevet du roi Henri IV de juin d604, confirmé par un nouveau brevet de 1606, que l'on doit la construction de la chaussée et les ponts de pierre qui reliaient Coulombs à Nogent avant ceux qui furent construits en 4867. Les moines creusèrent dans le roc, les caves que Ton voit encore aujourd'hui dans la cavée, ancien chemin de Paris et dans lesquelles, ils enmagasinaient d'abondantes récoltes de vins tirées des coteaux voisins. L'abbé de Salaberry (2) fit planter les digues sur les bords de TEure, qui servent encore de promenades aux habitants, bien que les plantations de peu-
(1) Maximilien de Béthune, duc de Sully, baron de Rosny, de Villebon» de Nogent-le-Rotrou, Courville et autres lieux ; né à Rosny en 1560, mort en 1641, surintendant des finances, ministre du roi Henri IV, grand maître de Tartillerie, maréchal de France en 1634.
(2) Charles-Vincent de Salaberry, conseiller clerc en la grande chambre du Parlement de Paris, abbé de Coulombs de 1742 à 1761.
éoLiSfi ABllATlALE DE NOTH&>DAMB DE COULOMBS 5
pliers ^ sôîetit f ei&ouirelées plusieurs fois depuis. Uû des derniers abbés, M. d'Espagnac(l), fonda Thospice Saint «Jacques et dota cette maison de bienfaisance de trois mille livres de rente.
L'abbaye fut fondée sous le vocable de Notre-Dame, ayant pour patrons secondaires saint Michel archange et saint Ch<ron martyr^ dans la terre de Nogent^le^Roi et vraisemblablement par ses seigneurs k une époque que Ton croit antérieare h Charles Martel, au VHP siècle : ruinée au IX* par les Normands, rétablie par les religieux qui la desservaient, elle fut de nouveau dévastée et mise à sac le siècle suivant par les troupes du duc Richard de Normandie. Les moines quittèrent alors le monastère qui resta dans un complet abandon jusqu'au moment où Roger « évéque de Beauvais (2), seigneur de Nogent-le-Roi, en prit possession. Il St restaurer Tabbaye, lui restitua les biens existants de la fondation primitive et en ajouta plusieurs autres qu'il détacha de sa terre de Nogent-le^'Roi ; son neveu Odolric, évoque d'Orléans (3) et son héritier, continua son œuvre, il acheva la restauration de Téglise, c'est à lui que Ton doit le portail qui subsiste encore aujourd'hui. Les richesses de l'abbaye s'accrurent successivement par les donations de nombreux seigneurs et notamment par celles d'Odolric en 1046, d'Helvise^ comtesse de Meulan en 1093 et 1086, d'Isambert de Vergy, évéque de Paris en 4060, de Guérin de Bailleul en 1049, du chevalier Hugues en 1059, de Richard, seigneur de Saint-André de la Marche en 1060, de Pierre de Gressay en 1064, d'Hugues comte de Meulan en 1067, de Gaston de Mondreville en 1067, de Guillaume de Tiily en 1086, de Geof^ froy de Maisons en 1087, d'Hervé de Montmorency en 1087, de
(1) Léonard de Sahuguet d*Amar£it d'Etpagnac, conaeiller clerc en la grande chambre du Parlement de Paris et rapporteur des affaires de la cour, fut abbé de Coulombs de 1761 à 1781«
(2) Roger, évéque. de Beauvais en 990, seigneur de Nogent-le-Roi de 986 à 1022, chancelier de France en 996, fils d*Eudes I comte de Chartres, Blois et Tours, abbé de Coulombs par héritage d'Hugues, fils de Thibaut II, comte de Chartres et de Blois {Mémoires de Vàbbé d'E»pagnâc).
(3) Odolric, évéque d'Orléans, fils de Raymond, seigneur de Broyés et de Pithiriérs, et d'Héloiae sœnr de Roger et fille d'Eudes 1, comte de Blois, seigneur de Nogent-le-Roi et abbé de Coulombs de 1022 à 1035 environ (Mémoires de Vàbbé d'Espagnac).
Raoul de Sivry en 4090, de Pierre de Vemon en 4092, de Baudry, connétable du roi Philippe I, de Guérin dlslou, Rainier de Rieuville en 4400, de Geoffroy et de Nivard de Senantes en 4403 et 4405, d'Amaury de Montfort, de Raoul et de Foulques de Marcilly en 4420, de Roger de Thony ou Tony, seigneur de Nogent-le-Roi et de Couches, de Gervais et d'Hervé de Chateauneuf en 4425, de Rahaire de Muzy en 4430, du roi Louis VII, d*Odon de Monceaux, Pierre de la Rivière, etc.*
La prospérité de l'abbaye dura jusqu'au XI V* siècle, mais pendant les guerres qui se livrèrent sur le sol chartrain entre les Anglais et les Français, les bâtiments de l'abbaye furent presque totalement ruinés, les domaines enlevés, les villages pillés et en 4425, lorsque le territoire français fut en partie passé sous la domination des Anglais, déchiré par les factions qui se disputaient le pouvoir, les religieux furent contraints de se disperser étant réduits à la plus grande misère. A peine douze des leurs restèrent dans le monastère où la discipline subit tin grand relâchement par la force des choses. Des temps meilleurs allaient succéder à ces temps de calamité, le roi Charles VII ayant reconquis son royaume et purgé le pays des bandes de routiers, qui le désolaient et le rançonnaient, l'abbé de Coulombs d'alors, Fer* rand de Montreuil (4), entreprit la reconstruction du monastère à Taide des oblations de son précieux reliquaire de la Circoncision de N.-S. Jésus-Christ qui était alors la principale source de richesse de son abbaye et dont la réputation était pour ainsi dire universelle. Il mourut en 4442. Son successeur poursuivit activement son œuvre, il acheva la reconstruction de son abbaye et la releva de sa ruine. En 4562, l'abbaye fut encore ravagée pendant la lutte qui eût lieu dans les plaines de Dreux entre catholiques et protestants ; elle eût encore plus à souflFrir en 4568, pendant le temps où le prince de Condé général en chef des réformés, vint mettre le siège devant la ville de Chartres, l'église fut de nouveau pillée et brûlée en partie, les soldats poussèrent leur fureur jusqu'à
(1) Ferrand de Montreuil fut abbé de Coulombs de 1438 à 1442, il portait pour armes: D'argent au chevron abaissé de gueules accompagné de trois besani* de sinople^ S en chef et i en pointe.
MBALE DE JI£AN V DE LAMIRALTLT
(Bibliolhiqae Nationale, Estampes, r.argDières, Pe. In. f . 80 à 85).
ETIENNE I! BERTHIËR
Abbé de Coulombi de 4i66 à 4i9U
• Tombeau de pierre h gauche â costé du Chapitre dans le cloistrc
de l'abbaye de Coulombs. »
(BMiolkiqae NaliomU. Estampes, Pe. Id. f . 80 à St).
profaner les tombeavix et à brûler les ossements qu'ils en retirèrent. La Révolution de 1789 a achevé ce que les guerres étrangères et religieuses avaient si bien commencé. L'église n'existe plus et le peu qui reste des bâtiments de Tabbaye qui soient parvenus j usqu'à nouS; permettent cependant déjuger de son ancienne magnificence. C'est d'abord un très beau portail en pierre conçu dans le meilleur style du XP siècle qui attire l'attention de l'archéologue, à gauche sont les fondements d'un clocher appelé jadis la Grosse tour de Coulombs dont on distingue Tescalier et les fenêtres à plein cintre ; cette tour est dans la partie attenante au porche, couverte par le lierre qui a envahi ses pierres effritées, et de Tautre elle est encastrée dans une maison de construction moderne qui la défigure totalement. Lors de la reconstruction de l'abbaye à la fin du XV® siècle elle renfermait un autel qui fut abandonné par les religieux au vicaire perpétuel de Saint-Chéron remplissant l'office de curé, et servit ainsi d'église paroissiale pendant un certain laps de temps. Dans cette tour étaient les cloches de l'abbaye renommées par leur harmonie et qui avaient donné lieu à une parodie empruntée au carillon de l'abbaye de la Trinité de Vendôme, fondée au XP siècle :
Les moines, moinillons Les moines de Coulombs
L'Abbé fou Les moines itout Vendôme, Beaugency Notre-Dame de Cléry Les moines, moinillons, Les moines de Coulombs.
La plus petite des cloches était appelée Notre-Dame ou SAÏnte Marie, et avait été fondue en 1491 par les soins de Gatien de Courceuil (1) et était sonnée en cas d'incendie. Elle portait l'ins-
(1) Gatien de Courceuil, religieux profès de l'abbaye de Coulombs, prieur de Saint-Germain en Laye et de Muzy, fut abbé de Coulombs de 1491 à 1503, il portait pour armes : ÉcêrieU d'argent et d'àznr.
cription suivante : « Gaiianas de Courceail, abbas hujus monASterii, anno Domini MCCCCXCI, primo sui ingressus, fabricari me fecit. » D'après le plan de Jean Lamirault (i), successeur de Ferrand de Montreuil, l'église devait avoir quatre travées soutenues par dix colonnes^ les écussons sculptés et peints aux deux clefs de voûte du rond-point portaient les armes, l'un de Charles VII : tf d'azur à trois fleurs de lys d'or », l'autre celles du dauphin depuis Louis XI : « Uazurk trois fleurs de lys d'or, au chef de même chargé d'un dauphin d'azur^ lampassé, oreille et barbelé de gueules. » La 3* travée portait pour clef de voûte l'écusson des de Bré2é-Maulévrier, seigneurs de Nogent-le-Roi : « D'azur a un écusson d'or vidé rempli d'argent en cœnr, à Vorle de huit croisettes d'or 3 en chef^ 2 en flanc et S en pointe ; la 4" travée portait les armes de Guillaume d'Hargeville (2) : u D'azur à trois annelets d'or. » Derrière l'abside on établit cinq chapelles, on voit encore les rentes de Tune d'elles dans la propriété Brochard» comme la base d*une des colonnes de la nef qui est encastrée actuellement dans un mur de clôture donnant sur la place de la Mairie. L'église fut entièrement achevée en 1530, elle consistait seulement en chœur et sous-ailes autour, avec huit chapelles, plus les cinq autour de l'abside^au total treize chapelles ; elle était construite dans le goût le plus parfait du style ogival flamboyant et dans les proportions les plus soignées. Le chœur couvert en ardoises avait 90 pieds d'élévation sous la voûte. Miles d'Illiers, premier abbé commandataire de Tabbaye, concourut aussi à la construction de l'église ; on voyait ses armes dans la dernière chapelle de droite et dans la clef de voûte du bas-côté qui y correspondait, ce qui indique que ta chapelle et les bas-côtés ne furent terminés qu'en 1526, époque à laquelle Miles d'Illiers fut appelé à l'évéché de Luçon et qu'il se démit de son abbaye. Lorsque les bénédictins écri-
(1) Jean VI Lamirault fut élu abbé de Coulombs concurremment avec Guillaume Edeline en 1442, mais Tévèque de Chartres confirma son élection, prédicateur du roi Louis XI, il fut abbé de Coulombs de 1462 à janvier 1466, il portait pour armes : D'urgent à la rose de ffueules an chef de même.
(2) Guillaume d*Harfçeville fut élu abbé de Coulombs en octobre 1503, il résigna en 1514 son abbaye à Miles d'Illiers sous réserve d'une pension, il mourut en mars 1518 ou 1519.