II. — Lèves au XII^ siècle
1® Fondation de l'abbaye de Josaphat.
/g% EOFFROY, archidiacre ou prévôt de Téglise U^ cathédrale de Chartres, deuxième fils de Goslein HT, seigneur de Lèves, était à Rome en 1116. Il avait, dit la légende, fait le vœu d'aller à Jérusalem, au tombeau du Christ (1), quand un envoyé du Chapitre de Chartres le rejoignit à Rome pour lui annoncer son élection comme évêque, avec prière de revenir au plus tôt prendre possession de son siège et assumer le gouvernement de son église.
Le nouvel élu va se jeter aux pieds du Pape. Celui-ci le reçut avec bienveillance, le relève de son vœu d'aller en Palestine, et lui confère lui-même la consécration épiscopale (2). Mais avant de le renvoyer dans son diocèse, il lui impose l'obligation de construire près de Chartres un monastère de moines qui prieraient Dieu de le délier de sa promesse.
De retour, Tévêque s'empressa de remplir les désirs du Pape, et construisit Tabbaye non loin de son château,
(1) Cette tradition est d'autant plus probable que quelques années plus tôt, en 1107, son frère Goslein IV, seigneur de Lève?, était allé lui-même à Jérusalem et avant de partir avait fait son aumône à Tabbaye de Saint<Père, qui pour Taider à faire son pèlerinage en Terre-Sainte lui donnait 20 marcs d*argent : « Micbi Gauslino, Jérusalem proficiscenti, dederunt XX marchas argenti. /Il devait être de retour dans les premiers mois de 1110, car il est à cette époque au palais d'Etampes, près du roi Louis VI, avec le comte Thibault, témoin d'une donation royale en faveur de Tabbaye de Saint- Jean [Cartulëire Saint-Jean, ch. 13).
(2) Le pape Calixte II envoya aux chartrains une bulle où il affirme luimême cette faveur faite au nouvel évêque : c Ëlectum vestrum quem ad nos transmisistis, bénigne suscepimus atque in episcopum,prœstante Domino, consecravimus. Quem consecratum ad vos rémittentes, etc. » Cariai, de Notre-Dame, ch. XXXVI).
iGLISE ET PAROISSE
dans le domaine paternel. De la terrasse du donjon, il est frappé d'une coïncidence : la vallée de Lèves, vis-à-vis de Chartres lui semble Timage fidèle de la vallée du jugement vis-à-vis de Jérusalems et il donne à son abbaye le nom de Notre-Dame de Josaphat, pour exprimer sa piété à la Vierge, patronne de son église cathédrale, et rappeler son pèlerinage inachevé vers la ville sainte.
Sans doute le prélat ne consigne point cette pensée de son âme reconnaissante dans les écrits et chartes de fondation, mais le choix du nom de Josaphat est à lui seul un témoignage suffisant; il n'a pas été donné sans motif. La présence de Geoffroy à Rome n'est pas moins significative ; la ville des papes était le relai d'office sur la route de Jérusalem.
Goslein IV de Lèves, lui-même pèlerin de Jérusalem, seconda de tous ses efforts son frère pour cette pieuse fondation (1). Après avoir obtenu Tautorisation du roi, ils élevèrent rapidement les cloîtres et l'église. Du perron élevé de la demeure paternelle, les deux frères, unis dans une même pensée, pouvaient contempler les édifices monastiques et les religieux dans leurs cloîtres, s'unir à leurs prières, comme de nos jours encore les habitants de la maison moderne , élevée sur la base de la forteresse, peuvent suivre dans leur lente promenade les vieillards de l'Asile d'Aligre qui remplace le monastère.
A Lèves, comme partout, la crosse de l'abbé, sous laquelle il faisait si bon vivre, attira des habitants, à la grande joie des seigneurs.
Mais tout le territoire des deux côtés de l'Eure faisait
(1) Le rôle principal dans la fondation appartient sans aucun doute à Vé* vèque Geoffroy, car c'est lui qui a pris Tinitiative de la construction du monastère, c'est lui que les moines appellent leur fondateur, « fundatoris nostri », son frère; le seigneur Goslein IV, est seulement un bienfaiteur insigne permettant de faire cette fondation sur son patrimoine. » Goslemus de Leugis, frater Gaufridi, Carnotensis episcopi, fundatoris nostri... présentera ecclesiam in suo fundo fundari permittens. »
partie de la paroisse de Téglise canoniale de St-Maurice au spirituel, et de la ville même de Chartres, au temporel.'
Lèves, comme Champhol et Mainvilliers, etc., était partie intégrante de la cité chartraine (1).
Les chanoines de Saint-Maurice, dans la crainte de se voir dépouiller insensiblement de leurs droits. sur ce nouveau groupe d'habitants , s'adressèrent à TEvéque. Le prélat daigna se rendre en plein chapitre de Saint-Maurice, et là, en présence du célèbre évêque du Mans^ Hildebert de Lavardin, des abbés de Saint-Père et de Saint- Jean, et d'un grand nombre de chanoines de Notre-Dame, il s'engagea, au nom de ses moines, à n'exercer aucune juridiction sur les paroissiens de Saint-Maurice groupés à Tombre de la nouvelle église. Toutefois le seigneur de Lèves, son épouse, ses enfants pouvaient aller à l'église de leur choix.
D'après celle convention, il paraît certain que Lèves n'avait pas d'église paroissiale à cette époque, et n était qu'un hameau de Chartres, situé dans la circonscription de la paroisse Saint-Maurice.
La nouvelle colonie devint en peu de temps assez dense pour avoir un service régulier du culte ; et sous peine de voir les habitants, au mépris de toutes défenses, se rendre à la nouvelle église abbatiale, prendre part à un culte régulier et solennel, les chanoines comprirent la nécessité de leur donner satisfaction et leur élevèrent une église à eux spéciale, mais dépendante de la paroisse.
(1) Le Pouillé de 1738 met encore au nombre des cures de la ville de Chartres et de la banlieue, au même rang que St-Aignan, Ste-Foy et St> Maurice : Champhol, le Coudray, Lèves, Lucey, Luisant et Mainvilliers.
ÉGLISE ET PAHUISSE