II. — Restauration de
Nous sommes plus heureux pour les travaux exécutés en 1680. Les détails en ont été consignés dans deux mémoires publiés dans le IV* vol. de V Histoire de Chartres par Souchet (1), rédigés d'ailleurs par A. Félibien.
Le 19 juillet 1680, un intrépide couvreur-plombier. Mathurin Bernier, avec une corde nouée attachée à la croix » du clocher, fit la visite de la pointe de la flèche.
« Il rapporte que vers la hauteurde l'appui de la petite fenestre. par où l'on va à la pomme, il y avoit trois ou quatre rangs de pierres autour du clocher qui estoient presque toutes cassées, et qu'en des endroits il y avoit des fractures de deux à trois pieds de haut, sur huit à neuf pouces de profondeur. »
On fit aussitôt « des échafiauds autour du clocher, en perçant par dedans à peu près au-dessous des ruptures. 11 passa par les trous des chevrons d'environ quatre pieds sur lesquels par dehors il attacha des planches. »
Le travail aurait dû être confié au maçon ordinaire de la Cathédrale : M le maçon de l'œuvre », mais celui-ci, maître Simon, parvenu à la fenêtre de la pointe fut « pris d'un si grand tremblement par tout le corps, lorsqu'il se vist prest de s'exposer dans ces abymes épouvantables d'air », qu'il fut obligé de descendre et mourut bientôt après.
Bernier, a homme hardy, aussi adroit dans la maçonnerie
(1) Ces Mémoires ont été analysés pour le public Chartrain, par M. Denos, dans la Dépêche d'Eure-et-Loir, 12 juin 1903.
Pl. II. — La pointe du clocseh vitux {Cliché lies SouvelUi lUuslrees)
que dans la plomberie » qui avait déjà visité la pointe de ia pyramide, « s'offrit de remettre ceste pointe en son premier estât »<
Le procédé qu il employa pour mettre des pierres nouvelles à la place de celles qui « estoient gastées » fut aussi simple qu'ingénieux.
V Auparavant que de tirer la pierre hors du clocher, on la lioit et on la mettoit en équilibre dans la fenestre avec un câble, qui descendoit d'une poulie qu*on avoit attachée à un des bras de la croix, et en cest estât, on la conduisoit en l'air jusqu'en son lieu où on l'arrestoit avec du mortier. »
Bemier, à ce métier, gagnait 20 sols par jour, son compagnon et le manœuvre douze sols, le tailleur de pierre dix-huit sols. Il faudrait multiplier par 8 ou 10 environ, pour avoir la valeur de ces gages aux taux modernes. D'ailleurs le Chapitre se montra généreux, et comme il les trouva « fort soigneux et n'appréhendant point le péril », il leur donna le double des journées employées à ces réparations.
Un bon chanoine, M. Estienne, donnait d'ailleurs à tous l'exemple de l'intrépidité, si nous en croyons le témoignage d'un témoin oculaire. « Il se chargea de conduire les ouvriers et d'avoir Tœil à ce qu'ils feroient, et après avoir fait mettre autqur du clocher, à quatre toises environ (8 mètres) de la pomme, un échaffaud de deux planches qui ne faisoient pas trois pieds de large, il y monta des premiers, et ensuite par des crampons de fer jusque sur la croix pour voir ce qu'il y avoit à réparer, et il ne passa point de jour, pendant le travail de deux mois qu'il n'allast visiter ce que Ton faisoit. »
Félibien profita même de Taudace du chanoine pour lui poser certaines questions à résoudre sur place, c'est-à-dire à la pointe de la flèche. Les observations du docte chanoine sont curieuses. Voici les principales :
« La grosseur des pierres et leur nature est presque toute différente. II y en a de 1, 2, 3 et 4 pieds de long sur 12 et 16 poulces de hault. — Elles sont extrêmement meslées jusqu'à la pyramide. — Elles sont prises particulièrement près Chartres, comme à Berchères, Ver, Rosay, Emprainville, et quelques-unes du costé de Maule, au-dessus de Monfort. (D'après d'autres auteurs, la pierre viendrait de Marboué). L'espaisseur du mortier
qui les joint augmente toujours en montant, de sorte qu'il est quelquefois de deux doigts. •
De là, la plus ou moins grande conservation de ces pierres. Elles étaient de plus « engagées » et reliées les unes aux autres par des tiges et des crampons de fer qui les firent éclater sous Faction de l'oxydation et de la rouille, avant d être réduits euxnlémes en poussière.