III. — Restauration de
Moins de cent ans après ces travaux plutôt superficiels, la pointe de la flèche se trouva de nouveau menacer ruine.
Les premières appréhensions durent se manifester après l'hiver de 1752-1753, car le 8 janvier les bons chanoines délibéraient sans crainte sur le projet de restauration du beffroi u de la grosse cloche du clocher vieux », et obtenaient du grand maître des eaux et forêts l'autorisation « de faire abattre deux ormes qui sont dans le carrefour de la Framboisière ».
Mais à partir du mois de mai de la même année, jusqu'au 19 avril 1755, nous allons suivre dans leurs délibérations tout le détail des travaux qui vont être exécutés.
Ces documents étant entièrement inédits, nous en citerons tous les passages utiles (1).
En mai, la question de principe, Turgence de la restauration, était résolue ; un architecte avait été mandé.
Le 9 mai, M. Quellier, chanoine, « fait lecture d*une lettre de M. de la Dainte, agent des affaires de la Compagnie à Paris, par laquelle il marque que Brossart, architecte de Senlis, ne pourra, attendu ses entreprises, rester à Chartres pendant tout le temps de la réparation du clocher vieux, mais qu'il viendra faire un voyage et mettra une personne à sa place pour conduire l'ouvrage et dont il répondra ».
Sans attendre l'arrivée de celui-ci, le Chapitre faisait déjà dresser les échafaudages nécessaires ; et, le 12 mai, il semblait à messieurs de la Commission et à M" de TŒuvre « qu'il fallait attendre que l'échafaut commencé fut achevé avant que le sieur
(1) Nous les avons recueillis dans les minutes des délibérations du Chapitre. Arch. départ. G. 314, 315 et 316, sauf indications contraireis.
Brossard ou quelque autre architecte vinssent sur les lieux, afin que la Compagnie fut plus en état de prendre son parti, surtout poiu* abattre ou conserver la pointe dudit clocher, les avis étant différents ».
Les chanoines exprimaient de plus le désir que le sieur Brossard fut présent « pendant tout le temps de Touvrage. et que faute de ce, ont prieroit M. Guillois, architecte, de venir ».
Toutefois les travaux d'échafaudage se poursuivaient, laissant anxieux tous les spectateurs. Le chanoine Leroy se fit Tinterprête de ces craintes auprès de ses collègues, et le 14 mai il « dit qu'il a vu et visité Téchaffaut que les ouvriers de TŒuvre ont fait pour travailler au clocher, et qu'il a tout lieu d'appréhender qu'Une cause du préjudice au clocher et qu'il n'arrive quelque accident et qu'il seroit à propos de le faire visiter par des gens experts ».
Sur quoi le Chapitre « prie MM" de la Commission d'empêcher qu'on fasse aucune nouvelle ouverture. Et à Tinstant le sieur Mahona été avertir les ouvriers de ne plus travailler, et Rouvray l'un des dits ouvriers, étant entré, a représenté qu'ils n'avoientfait aucune nouvelle ouverture, qu'ils avoient seulement débouché les trous qui ne pouvoient faire aucun dommage au clocher. De plus qu'ils n'avoient fait ledit échafault qu'après en avoir montré le modèle au s' Brossard qui l'avoit approuvé ».
Rassuré, le Chapitre « permit aux ouvriers de continuer de dresser l'échaf a ut ».
L'architecte Brossard annonce, le 23 mai, qu il partira de Senlis, le lundi de la Pentecôte pour arriver le mardi soir, et « qu'il restera 8 jours dans son voyage, et qu'il reviendra plu* sieurs fois pendant qu'on travaillera au clocher ».
Entre temps, on délivre au sieur Belhomme, clerc de l'Œuvre, 1500 livres pour frayer aux dépenses dudit clocher, dont il avait déjà dépensé 600 livres. »
La curiosité publique étoit vivement solliciiLC et plusieurs s'aventuraient déjà sur les échafaudages. M. de Gach, chanoine, effrayé représente que c'est à tort « qu'on laisse monter au clocher toutes sortes de personnes indifféremment, et qu'il seroit à propos de donner des ordres pour parer aux inconvénients qui pourroient arriver».
En conséquence, il est ordonné à M" de l'Œuvre « de mettre
uDe personne à la porte des clochers qui empêche toutes personnes d'y monter, à l'exception de Messieurs (c.-a.-d. les chanoines), même les ouvriers, s'il s'aperçoit qu'ils fussent pris de vin ».
Enfin le 13 juin, le doyen du ChapfTtre annonce que le s' Brossard architecte est arrivé, qu'il a visité dès hier le clocher, qu'il l'a encore visité aujourd'hui, qu'ils se sont assemblés ce matin à l'Œuvre, qu'il a trouvé l'échafaud assez solide, et qu'il dit qu'il faut abattre ce qui est défectueux et que la réparation sera bien plus solide que de la faire sous œuvre ».
Sans hésitation, il fut décidé « que la portion défectueuse du clocher seroit démolie .pour être reconstruite », et sur la demande prudente du doyen, « pour obvier aux accidents qui pourroient arriver, on fit barrer vers la porte de M. le Chantre et du costé de l'HôtelDieu ».
Sans tarder et d'un commun accord, le samedi, 16 juin, MM. de l'Œuvre et de la Commission, de concert avec le sieur Brossard, choisirent Duchesne pour poseur, et décidèrent que « l'on donneroit aux maîtres 40 sols par jour, 35 sols aux compagnons, 20 sols aux manœuvres. »
La main-d'œuvre avait donc doublé depuis 1680.
Le 5 juillet, la pointe de la flèche était démolie à peu près sur une hauteur de 13 mètres environ. Avant les travaux exécutés de nos jours, il était facile de reconnaître la reprise de la maçonnerie, et le conducteur actuel des travaux, M. Venancie. a pu le vérifier sans peine ; on y posa d'ailleurs une inscription dont nous parlerons bientôt.
Les ouvriers, confiants en eux-mêmes, voulurent procéder à la réédification.
Tout ému, le chanoine de Gach, à qui la surveillance des travaux semble avoir été confiée, en informe ses collègues : « Les ouvriers qui travaillent au clocher, voulant poser les premières assises de pierre en l'absence du sieur Brossard, architecte, il leur a fait défense de contrevenir aux délibérations anciennes de la Compagnie à ce sujet, jusqu'à ce qu'il eut été statué par le Chapitre. »
Une chambre fut indiquée sid hoc^ issue de grand'messe, et la décision de la (i'ompagnie confirma la prohibition du prudent chanoine.
La première pierre de la reconstruction porte précisément la
date dix ô juillet. Les travaux de reconstructions avaient donc été bien réellement commencés.
Cette inscription ne laisse aucun doute :
F. J. MONTIGNI.