‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 2)Chapitre 62 sur 69 · VII. — Hameaux et Seigneuries · texte numérisé non relu

VII. — Hameaux et Seigneuries

1* Le Mousseau

'est du sommet de cette montagne que le regard embrasse les flèches aériennes de la cathédrale et la riche et gracieuse vallée chantée par le jeune poète :

« Lorsque nous revenons des gais vallons de Lèves (1) »

Nous avons vu les origines du Mousseau, témoin de la déroute des Normands, et de la délivrance définitive de la cité chartraine des incursions de ces barbares.

Le nom moderne est évidemment une corruption du mot latin que nous trouvons dans les titres anciens.

Le Mons Leagarum, siège d'un monastère de moniales au IX* siècle, et théâtre de la victoire des Chartrains en 911, n'était en réalité qu'une petite montagne : moncellum, le Monceau, aujourd'hui le Mousseau.

Le chapitre de la cathédrale y avait de nombreuses possessions (2), aussi, en vertus de ses privilèges l'avait-il exempté de toutes servitudes ci viles, et là, comme à Lèves le comte de Chartres n'avait rien à y voir : « Moncellum et villamdeLeugis in quibus cornes ni hil habet videre(3). »

Les chanoines y avaient établi dès avant 1215, six hôtes ou fermiers pour cultiver leurs terres dont les revenus formèrent avant 1236 un bénéfice ecclésiastique ou prestrière, suffisant pour l'entretien d'un prêtre (4). Aussi l'avaient-ils surnommé le Monceau Notre-Dame.

'1) Alfred Lefournier : Fleurs de mai. Paris, D. Jouaust, 1889, p. 41.

(2) Cartulaire de Notre-Dame, I, pages 79, 290, 428, et III, p. 120. .

(3) Ibidem, p. 53.

(4) Ibidem, p. 79.

On y cultivait presqu'exclusivemerit la vigne, comme d'ailleurs sur tout le territoire de la paroisse.

Avant 1090, Warin, chanoine de Chartres, donnait à la cathédrale 2 arpents de vignes, au Monceau (1).

En 1156, Guillaume, évêque de Chartres, approuvait raccord survenu entre Yves dlUiers et Tabbaye de Saint- Evroult au sujet de 3 muids de vin donnés à cette abbaye par le chevalier Girard, de la célèbre famille Boel.

Ce Girard Boel était Taïeul de Geoffroy d'Ouarville, chanoine de Chartres « Girardi dicti Boel, avi mei militis », qui en 1235 prenait à ferme de nombreuses terres, de la prétrière du Monceau, de Miscouard et de Penchât, pour le prix de 100 livres (G. 1150) ; en 1246 il se reconnaissait redevable d'une rente de 40 sols, payables le samedi avant les Rameaux pour la ferme desdits muids de vin ; et en 1255, il confirmait le don de son ancêtre. Les neveux de Geoffroy d'Ouarville, Réginald, Jeanne alors veuve, Ysabelle avec son mari Guillaume de Chavernay, et Ysabelle leur mère, alors remariée à Hugues Lamer,chevalier,amortissent de tous les droits qu'ils pouvaient prétendre, au prix de 25 livres, la dîme de vin sise en la paroisse Saint- Maurice, au Monceau, apud Moncellum Leugarum, par acte sur parchemin paisse en l'an de grâce 1258. Puis Tabbaye de Saint-Evroult vendit ses 3 muids de vin au chapitre Notre-Dame pour 30 livres tournois en 1260, (G. 1141) avec l'approbation de Foulques, évêque de Lisieux. De même en 1275, le chevalier Geoffroy d'Ouarville et sa femme Engélise vendirent à Guillaume des Bois, chanoine de Chartres, quelques dîmes de vin sises aux Graviers de Lèves, au pressoir du Vau, à Chavannes, à la Roussière, au Monceau et à Penchât (G. 1153) (2).

Jean de Minières, chanoine, en 1248, léguait au Chapitre

(1) Un manuscrit du XI* siècle^ par MM. Glerval et Merlet, p. 164.

(2) Vers 1151, Garin de Penchât avec son fils Hervé, et Herbert de Penchât sont témoins dans une charte de Josaphat.

une dîme de son héritage sise dans le territoire de Lèves, du Monceau et de Cha vannes.

Les chanoines eux-mêmes achètent, toujours au Monceau, des rentes en 1326 de Guillaume de Canton et de Gillette sa femme, fille de Gilles Barbou, de Chartres ; en 1367, de Philippot Oj'lard et de Marguerite, sa femme, savoir une maison au Monceau tenant à Pasquier de Saint-Lomer, juxte Guillaume de la Loge (G. 1141); en 1481, de Pierre Goupillon, demeurant au Monceau de Lèves, le terroir appelé le Grand-Clos ; en 1619, de messire Pierre Minguet, demeurant au Monceau de Lèves, paroisse Saint-Lazare.

A la même époque, en 1622 et 1628, messire Louis Chicoisneau, chanoine de Chartres, archidiacre de Dunois et abbé de Saint-Eloy- Fontaine, diocèse de Noyon, léguait à son abbaye et au chapitre de Chartres, par indivis, une maison sise au Monceau, avec les terres y attenantes alors baillées à ferme à Charles Poussemotte.

L'Hôtel-Dieu de Chartres possédait aussi plusieurs lots de terre au Monceau, légués par de généreux habitants du hameau, citons en 1687, Hélène Piguerre, qui donnait 2 setiers ; Philippe Goupil, clerc de Tœuvre de Notre- Dame en 1677 ; Laurent Lebeau, chanoine et pénitencier en 1729, etc.

En 1207, Geoffroy, seigneur de Lèves, avait donné l'exemple en offrant aux pauvres malades de THôtel- Dieu, sa vigne de Flaville.

Ces grandes administrations faisaient parfois dresser des plans de leurs possessions, et le dessinateur, quelque peu artiste, donne certains croquis, évidemment d'une exactitude relative, dont voici un spécimen des plus pittoresque.

Le Monceau a-t-il été le chef-lieu d'un fief seigneurial privé? Toujours est-il que les chartes nomment plusieurs personnes avec le titre de : du Monceau : Girbert du Monceau en 1148, Chrétien et Raoul du Monceau en 1250 (Josaphat, ch. 187).

SAINT-LAZaRK de LEVES

LE MunCeaU ou le MOUSSEAU

Nota. — A riatersection de la route de Paris et de l'ancien chemin de Dreux s'élevait jadis la Croix de Ludon, actuellement renveraée. '

SAiNT-LAZARB DE LÈVCS; tCLISB BT PAROISSE 91

Ce hameau en effet a toujours été riche en maisons de campagne, dont le séjour en été est aussi agréable que salubre. Quelques habitants ne dédaignaient pas de prendre le titre de seigneur du Mousseau, tel messire Bertrand de Clauzel, maréchal de France, baron de l'Empire, qui au commencement du XIX® siècle « possédait en Eure-et-Loir l'ancien fief du Mousseau à Lèves, près Chartres (1) ». Sa fille fut une des bienfaitrices de l'église.

2^ Lb bois de Lèvbs

Nous avons dit plus haut la fondation de la chapelle Saint-Gilles et Saint-Loup, par la vidamesse Marguerite, dame du Bois de Lèves. ^

Cette seigneurie semble avoir existé dès le commencement du XII® siècle. Nous trouvons en effet en 1123 (2) un Hugue du Bois, et vers 1150, un Robert du Bois et Goscelin, son fils, se portant cautions pour Ebrard de Lèves. Mais ces indications sont trop incertaines.

Toutefois, vers la fin du XII* siècle, une vidamesse de Chartres avait donné à Josaphat un demi-muid de blé au Bois de Lèves (ch. 304).

En tous cas, l'incertitude disparaît en 1201, Milon le Jeune du Bois « Milo juvenis de Nemore » avec sa femme Berthe et ses filles Marguerite et Mabille, léguait à Josaphat pour son anniversaire, 20 sous de rente. Il était cousin de Geoffroy, seigneur de Lèves qui approuva sa donation (ch. 310). Or ce Milon avait épousé une Berthe du Bois « de Nemore » (ch. 363) qui sans doute lui avait apporté en dot la seigneurie du Bois-de-Lè ves, dont 11 prit le nom,

(1) Rietstap, ArmorUl. — Bertrand de Clauzel portait : Eoàrtelé au i" d'azur à trois étoiles d'argent, aux $ et 3 d'azar à deux c/ieoron« d*or acoompAgnéê de trois mains dextrês appanméts d'arggnty au 4* d'or A trois erabes de gueules, les tenailles en haut.

(2) Cartulaire de Josaphat, ch. 8.

tout en conservant encore celui de Lèves (1), car il porte dans les chartes indistinctement ces deux dénominations.

Ce Miles avait eu un fils dit Geoffroy et deux filles: Mabile, mariée deux fois d'abord à Guillaume de Ferrières et ensuite à Hugues de Meslay, et Marguerite également deux fois mariée, d'abord à Jean vidame, d'où sa qualité de vidamesse et ensuite à Garin de Friaize.

Mabile et Marguerite possédèrent par indivis le domaine du Bois de Lèves « gaagnagium de Nemore Leugarum ». Mais Hugues de Meslay, époux de Mabile, prévoyait déjà en 1220 que sa belle sœur mourrait sans enfants et se faisait assurer la propriété de tout le domaine. Lui-même eut deux enfants Geofi'roy de Meslay et Marguerite, femme de Robert de Tachainville.

Ce fut cette noble et généreuse dame qui fit construire et dota le petit sanctuaire de Saint-Gilles et voulut qu'un chapelain y résida constamment pour y exercer le service religieux.

Il serait trop long de suivre dans toutes ses ramifications cette famille de Meslay, qui ne semble pas avoir toujours conservé cette terre en sa possession. Vers 1400, Mathieu de Bérou en était sans doute seigneur > car il donnait au Chapitre 12 livres 10 sols sur la terre du Bois de Lèves (2).

Est-ce de ce dernier que Pierre, comte d'Alençon, aurait acheté le Bois de Lèves, déjà érigé en baronnie? toujours est-il que le 29 mai 1403, le Chapitre de Notre-Dame, signait un acte solennel d'échange passé entre lui et Pierre,

(1) Ch. 310 : Milo juvenis de Nemore, Berta uxor, filiœ : Margarita et Mabilia (1201).

Ch. 353 : Milo juvenis de Nemore (1216).

Ch. 363 : Milo de Leugis... Lertha de Nemore uxor, mater Marg^arits vicedomine (1218).

Ch. 380 : Milo de Leugis, pater Mabiliœ... gaagnagium de Nemore Leugarum (1220).

(2) Càrtalaire de Noire-Dame, 111. p. 16.

comte d'Alençon, seigneur de Fougières et de Galardon, vicomte de Beaumont. Par cet acte, le Chapitre cédait, au comte d'Alençon et à ses successeurs, les* terres de Germon val et de la Bretonnière près Galardon, qui lui appartenaient par échange avec Hervé Lecoicq, et les délaisse audit Pierre, comte d'Alençon, pour et contre la seigneurie du Bois de Lèves près Chartres « naguères par nous, comte d'Alençon, acquise ». Cet échange était consenti par les Chanoines, « parce que cette terre du Bois de Lèves leur est aussi aisée et profitable pour leur église ». La cession comprenait les maisons, justice, fieux, arréfieux, terres, prez, bois, garenne, rivière, moulins, estang, cens, rente ; et « seront tenus les dits chanoines de célébrer par chacun an au* grant autel de lad. église, pour le salut de Tâme de nous, comte d'Alençon , nos prédécesseurs et successeurs, deux messes. Tune de Notre-Dame et l'autre du Saint-Esprit qui seront chantées à Tautel des corps saints, derrière le maîtreautel, la vie de nous durant, et après notre mort seront icelles deux messes converties en un anniversaire solempnel et perpétuel, auquel sera fait sonnerie et luminaire comme il est accoutumé à faire pour les royaulx

Fait Tan de grâce 1403, le XXIX* de may. »

(Scel sur lacs de soye rouge et verte perdu) (1).

Le Chapitre d"ailleurs s'empressa d'arrondir le domaine par différentes acquisitions de terres voisines : Nous trouvons ainsi, en 1421, la vente au Chapitre par Jean Ravault, d'une maison à demourer, granche, un four, court, vergiers et une fosse à poissons, au boys de Lèves, abutant au chemin du Roy et au claus du Colonàbier de la prèstrière de Boys de Levés. »

Ces revenus furent aussi affectés, sous le nom de prestrière, à l'entretien d'un des chanoines, mais le Chapitre se réservait les droits seigneuriaux, et en cette qualité

(1) Archives d'Eure-et-Loir, G. 1144.

recevait les déclarations pour les fiefs dépendants de sa baronnie.

Parmi ces fiefs nous citerons'celui de la Salle de PoisvilHers, pour lequel firent acte de foy et hommage en 1577, Claude de Harville, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, seigneur de Palaiseau, baron de Nay ville, Fresnay leGilmert, la Salle de Poisvilliers, où Ton voyait encore « les mazures de Tancien château » ; Fiacre de Harville, Loise de Harville, sa sœur, Mathurin de Harville^ abbé de Saint-Martin de Trouard et de Notre-Dame de Claire fontaine, par suite de la succession de leur père Esprit de Harville et de Henry de Harville, leur frère; et pour le rachat ils payèrent 300 livres (G. 1146).

Le Bois àe Lèves relevait du duché de Chartres et ressortissait pour la justice à Loens : mais il avait aussi ses vassaux : le 1*% Jehan Couttes dict Minguet, escuyer que tient à présent N. H. Fiacre de Harville, seigneur de Palaiseau à Poisvilliers.

Le 2* vassal messire Henry Le Cuech, chevalier, à Gezanville, p"® de Prunay le Gillon.

Le 3® vassal, Jehan Laisné.

Le 4« vassal, Jehan de Coûtes qui tient nuement son hébergement sis au Bois de Lèves, que tient à présent maître Regnault de Gy vès, prévost de Chartres.

Le 5° vassal, Denysot Amy.

Les chanoines exerçaient d'ailleurs ces droits seigneuriaux avec grande douceur, et nous les voyons en 1630, faire remise à plusieurs habitants de Lèves « d'un droit de terceau, à cause de la gelée survenue sur les vignes ».

Cette seigneurie n'était d'autre part, qu'une fort belle maison de culture dont ils firent dresser avec soin une description, au XVIII® siècle. La voici :

« Notre prestrière terre et seigneurie du Bois de Lève se consistant en un grand corps de logis consistant en manoir, bastiment et clos,scis au Bois de Lèves, juxte au levant le chemin de Thréon, juxte au couchant le chemin

KGLISE ET PAROISSE 95

du Bois de Lèves à Levesville et en partie les jardins de M. des Ligneris, dont la description s'ensuit.

Grand portail d'entrée (couvert de tuille), chambre sur icelui et petit grenier au-dessus, grand corps de logis en entrant à droite dont l'escalier est hors œuvre, salle basse, cuisine a costé, deux chambres hautes, grand grenier au dessus, petit corps de logis en suivant qui sert de sellier avec une chambre a cheminée au dessus icelle chambre lambrissée et servant de cuisine aux chambres hautes, le tout couvert de tuile ; petit jardin à costé garni de ses huisseries et porte. En entrant, à gauche, etables à chevaux, vaches et moutons, non doublées, contenant 15 à 16 toises de bâtiments couverts de chaume, grande cour, au milieu de laquelle est une bergerie de 3 à 4 toises de large sur environ 8 toises de long, non doublée, couverte de chaume. Colombier à pied près la bergerie à gauche couverte de tuile, garni de tous ses boulons et de son échelle tournante, poulailler à droite de la dite bergerie, un espace pour voiturer à la grange entre deux; ledit poulailler couvert de chaume ainsi qu'un petit bas coté à sa gauche servant d'é table à vache. Fournil plus loin sur mesme ligne que ladite bergerie, laquelle tient au mur du clos, ledit fournil couvert de tuile et doublé, petit grenier au-dessus. La motte du four aussi couverte de tuile et en avance dans le clos.

« A gauche et par delà ledit fournil dans l'angle petit bastiment couvert de chaume, à deux huis, avec sépara* tion d'icelui, dont un côté sert de souille à porcs et l'autre d'écurie à taureau. Au fond de ladite cour grande grange à bled contenant six espaces, aiant poustil à costé de sa porte charretière, couverte de tuile et tal vée en l'une de ses pointes du costé septentrion. Proche ladite grange à gauche, charterie ouverte de 4 toises et le surplus de murs de bauge, couverte de chaume et appliquée à l'autre pointe d'icelle grange. Petit clos au delà du fond de ladite cour et autour de la grange, garni d'une huisserie avec sa

porte, icelui en friche. SurTaîle droite de ladite cour, clos i où Ton entre par deux huisseries garnies de leurs portes,

ledit clos un tiers en cerisaie, le surplus en chenevière. Le long du mur de séparation duquel et en retour de celui sur rue sont douze ormes tant gros que petits. Autre grand clos ou jardin lequel a une principale entrée au bout d'en haut près le vivier, et une petite issue qui ouvre le chemin de Thréon, vis-à-vis la garenne de la prestrière, dans lequel grand clos le long du couchant est une allée de charmille renaissante, un cabinet ou gaillon à l'un des bouts et à l'autre bout un grand creux ou vivier de 10 à 11 toises de long sur 8 à 9 toises de large, tout ledit grand clos garni d'espallier de muscat et arbres fruitiers tout le long du mur — et dans son étendue, planté la moitié en vignes, le surplus partie en arbres fruitiers partie de terre labourable — garenne d'environ 2 septiers, fermée de hayes vives en laquelle sont de gros arbres tant de chênes que autres, etc. » (G. 1145).

Cette terre était affermée pour un prix relativement modique, savoir en 1632 pour 620 livres, et en 1638 pour 850 livres.

La grande ferme sise près de la chapelle Saint-Gilles, était comme celle du Chapitre très étendue. Un acte de 1629 rappelle le fief du Four^ assis au Bois de Lèves, ap- • partenant à Pierre Legrand, escuyer, archer des gardes du corps du roy et de sa garde écossaise, qui l'avait acquis de Jean BouUay, bourgeois de Paris et de Madelaine Moulin sa femme.

Ce fief du Four consistait « en une maison à demourer, où il y a deux chambres à cheminées, un fournil, unç garde-robbe, estables, grange, sur l'entrée (Je laquelle il y a une vollière, bergerie, toit à porcs, portail, cour, jardin, naare, en un tenant clos de murs, contenant 5 septiers de terre ».

En 1660, ce fief était habité et possédé par messire Michel Beurier, escuyer, sieur de Hosville ou Hauville,

mareschal des logis de Son Altesse royale mademoiselle de Montpesnier, souveraine de Dombes.

Sa fille Marie-Anne Beurier de Hauvîlle, avait épousé messire Jean-Baptiste des Ligneris, chevalier, seigneur de Beauvais, le 4 avril 1707. Les époux habitaient leur domaine, et y firent de nombreuses acquisitions.

Louis-François des Ligneris, fils des précédents fut obligé de signer un accord avec le Chapitre « pour la mitoyenneté d'un mur entre la ferme du Bois de Lèves et la maison dudit des Ligneris, le 11 juillet 1744. Il habitait sa terre en 1739 comme ses pères, mais il se retira à Chartres et donna k ferme sa métairie, contenant 28 muids, pour 950 livres.

La justice de la baronnie du Bois de Lèves fut réunie, vers 1757 au bailliage de la châtellenie de Lèves.

3® Chavannes

Les documents historiques sur ce hameau sont assez rares. Toutefois quelques personnages portent ce nom soit à titre de fief, soit comme lieu d'origine.

Le premier semble avoir joui d'une certaine influence, c'est Richard de Chavannes, Ricardus de Cavennis. Il paraît en 1136 et vers 1140 dans une charte de Goslein, seigneur de Lèves en faveur de son abbaye de Josaphat, avec Goslein de Merville, Barthélémy du Boulay, Guerry Baise-Diable (1), et dans une charte de l'abbaye de Saint- Denis de Nogent-le-Rotrou donnée par Tévêque Geoffroy de Lèves et «on frère Goslein (Ch. 63).

Plus tard en 1150, une pauvre femme de Chavannes, nommée Alburgis, donne à Josaphat sa vigne pour le repos de Tâme de son mari défunt, Guillaume, avec Tas-

(l)Ch. 92 et 126.

sentiment de ses fils Pierre etGilon, en présence de Chrétien du Monceau et Landry son gendre (1).

Le chapitre Notre-Dame avait reçu avant 1180 dii chanoine Robert de Pignosa 23 sols de cens sur les terres de la Roussière et de Cha vannes près Lèves.

En 1248, Jean de Mignières donna ses dîmes de Chavannes.

En 1275, Guillaume des Buis, chanoine, achetait une dîme de vin à Cha vannes et à la Roussière. Enfin un acte de 1331 parle d'une acquisition faite par les clercs de la Cathédrale (Cartul. de N.-D., II, p. 427) « en la censive de la dame de Chavannes >k

Le plus fort propriétaire de. Chavannes était THôtel- Dieu de Chartres. En 1391 Barthélémy Le Couturier donnait pour les pauvres malades « un hébergement à Chavannes » : « apud Chavanez, in parrochia de Leugis, » et 2 maisons dans la rue Muret.

Cet exemple fut suivi par Jean Lange, chanoine de Saint-André, qui donna 27 sous 6 deniers de rente.

Les administrateurs tinrent régulièrement leurs registres censiers et terriers pour la' perception de ces revenus, de 1429 jusqu'en 1647. Remarquons toutefois qu'en 1545 les cens furent perçus le jour de la Saint-Prest (15 octobre) et à Lèves, « pour'le danger de peste qui avoit cours au lieu de Chavannes ».

Selon le langage si usité à cette époque, ce domaine était assez considérable pour porter le titre de seigneurie ; et les rédacteurs de ces registres ne Toublient pas : « Cens, revenus et dépendances de la seigneurie de Chavannes, — terrier de la seigneurie de Chavannes (1429-1430). »

Mentionnons pour simple mémoire le château ou fief de la Roussière, nommé plus haut dans l'acte de 1180, situé au bas de Chavannes, non loin du champ de tir actuel ; aujourd'hui il n'en reste même plus les ruines : « Etiam periere ruinœ. w

(1) Ch. 187.

4° LONGSAULT

Ce hameau, pittoresquement situé entre le coteau abrupt et la rivière, prend place dans les vieilles archives à cause de son moulin.

Jadis la rivière était libre et comme nous Tavons vu au X* siècle, aucun moulin n*en barrait le cours.

La 1" mention que nous en font les chartes remonte

Par devant Robert, évêque de Chartres, le chevalier Engenold du Coudray, avec le consentement de Marie sa femme, de Bernard, Hugues et Ginburges^ ses enfants, vint dans le chapitre de Josaphat et donna à l'abbaye la moitié du moulin d'Illiers « de Illiefiis ou Ileiis ». En signe d'investiture et de cession parfaite et irrévocable le donateur remit à Tabbé un couteau « investivit per cultellum ». Le titre original de cette donation, conservé avec soin par M. Torcheux, propriétaire actuel de ce moulin, ne laisse aucun dout-e sur Tidentification, car au dos du parchemin est écrit : « quod nunc dicitur de Longsautz : qui maintenant est appelé Longsaulz. »> — « Ils entendent, dit un mémoire duXV® siècle, le motllleis de la l*"** charte de leur moulin de Longsaulx, parce qu'ils n'en ont jamais eu d'autre que celuy de Longsaulx. En 1273 Baudoin de Maignon ville vendait aux religieux une partie du moulin de Longsault (le 3'' quart) qu'il avait de son héritage ; le 4° quart fut acheté par les moines en 1283 à Jeanne Destrouz pour 30 livres chartraines.

Le 2*^ moulin de Longsault fut vendu à Josaphat le 18 mars 1326, par Gilles, vicomte du Tremblay, et Jeanne sa femme, pour 40 sols. « Ce moulin, dit une note inscrite au dos de l'acle, est démoli et on en voit les fondations au fond de la rivière. »

Trop rapproché du moulin de Lèves, ce moulin fut en butte à une suite pour ainsi ininterrompue de difficultés

et de contestations. En 1190, Thibault comte de Blois et de Chartres, faisait conclure un accord entre les moines et Geoffroy, seigneur de Lèves, pour établir une ligne de démarcation pour la hauteur de Teau des moulins de Longsaulx, qui « sera déterminée par une borne en pierre, avec trois écluses pour le cours de Teau depuis la saint Remy jusqu'à la saint Jean, et deux de la saint Jean à la saint Rémy. »

L'affaire se compliqua bientôt de la grave question de la navigation de TEure.

^ Le 21 janvier 1442/3, le roi Charles VII portait une ordonnance adressée à ses bienamés les gens d'église, bourgeois et manans.

« Notre ville de Chartres... ne peut être secourue et aidée sinon à charrois, à somme, ou à col, et ainsi que l'adversité des guerres qui longuement y ont régné et par la fortune en quoy il a toujours été, le pays chartrain est comme tout dépopulé... La rivière d'Eure peut aisément, par creuser et approfondir en aucuns lieux, être mise en état de porter navire, et que bateaux en navigant y pouroient monter et descendre et mener denrées et marchandises... si vous mandons vous souffriez iceux ... qui de leur volonté, sans contrainte, voudroient élargir et approfondir ladite rivière es lieux ou métier en sera... au proffit et utilité de la chose publique du pays. Car ainsi nous plaîtet voulons être fait. Donné àMontauban ». Le 5 octobre 1446 le même roi constate avec joie que « lès habitants de Chartres à très grands frais ont fait tellement disposer ladite rivière depuis Chartres jusqu'à Nogent (le Roi) que la rivière pourra porter aussi grand navire comme elle porte au-dessous dudit Nogent... si n'était le contredit d'aucuns, à cause de leurs moulins et pêcheries ». Le roi maintient sa l*"" ordonnance et la confirme à nouveau « pour mettre (en état de navigation) ladite rivière, sans toutefois démolir ni abattre aucuns moulin ou édiffîce. »

ÉGLISK ET PAROISSE lOi

Le 6 avril 1459, nouvelle ordonnance prescrivant aux habitants de Chartres de compenser les pertes éprouvées par les religieux de Coulombs, et autres. »

Les religieux de Josaphat avaient reçu du Parlement, dès 1450, un règlement pour les droits qui leur étaient dûs pour le'passage par la porte (à bateau) des moulins de Longsaulx.

« Les meusniers des moulins de Longsaulx... prendront pour chacune fois qu'ils feront ouverture de la porte pour chacun batteau montant ou devallant par la rivière d'Eure, douze deniers tournois seullement et non plus.

« Et pour chaque flouée d'eau que lesdits meusniers prendront des batteliers douze deniers tournois, montant ou devallant et portera la flouée et ouverture d'icelle porte Tespace de demi heure.

« Laisseront la porte ouverte aux batteaux avallans, après le dernier batteau avallé et passé la porte, par le temps çt espace de deux heures, pour donner eaue aux batteaux avallans.

« Sitost que les batteaux montants seront au-dessus de la porte, seront tenus clore la porte et tenir les esseaux de leur moulin esclous, jusqu'à ce que les battaux seront montez jusques à la prochaine porte ensuivant, pour donner eaue aux battaux montants. »

Ce droit de péage était relativement peu élevé, s'il est vrai qu'une ordonnance de Louis XI, datée de 1462, établissait que chaque bateau, depuis Chartres jusqu'à Nogent, payerait 10 sols en descendant et 5 sols en remontant. Nos religieux voyaient donc d'un œil très favorable la navigation de leur rivière. Et cependant en 1497, ils pouvaient faire remarquer avec justice « que, quand les bateaux sont passés^ Teau est une journée entière à revenir, ce qu'ils estiment leurs préjudicier de plus de 40 livres par an ».

Quand, après un arrêt de 20 ans, la navigation fut reprise sur l'ordonnance de François 1'% du 4 décembre 1538,

nos moines maintinrent cette faible taxe et la firent approuver par lettres royales du 9 avril 1548. On y ajoute que « les meusniers seront tenus, chacun en son égard, entretenir en bon et suffisant état les portes, escluses et guaises desdits moulins, en façon que la navigation soit continuée et que les bateaux puissent monter et avaler ».

La navigation de l'Eure cessa par suite des troubles causés par les protestants en 1568, mais d'autres difficultés surgirent précisément à cause de la porte à bateau, avec les fermiers du moulin de Fontaine-Bouillant-

Cette porte devait être percée de 12 trous (voire même 20), de 18 lignes chacun de diamètre, afin d'alimenter d'eau le canal du moulin de Fontaine-Bouillant. Le meunier de Longsaulx se permettait de boucher les trous avec de paille, du foin ou des herbes, d'où procès et sentences ou transactions qui durèrent depuis 1657 jusqu'à la Révolution, et se renouvelèrent même depuis » (1).

Un accord survint entre les religieux et le sieur Faget, seigneur de Saint-Prest et de la Forte-Maison, etc. le 19 novembre 1727 ; mais pour peu de temps et la querelle reprit en 1755 avec le nouveau seigneur de Saint-Prest, messire Nicolas; Hyacinthe de Montvallat, chevalier, comte d'Entragues, etc. Les deux parties produisirent leurs moyens de défense par des mémoires imprimés.

Le sieur Mathurin Mauzàize était alors fermier du moulin ; son fils Noël Mauzàize s'en rendit acquéreur le 28 février 1791 pour 57.100 livres. M. Torcheux en est aujourd'hui le paisible possesseur.

Voici d'ailleurs une liste des meuniers des deux moulins de Longsaulx : Marin-André Marchand, 1618; Nicolas Lévin, venant du moulin de Gorget, 1650, 1659; — Nicolas Souin, 1660; — Florent de Maure, 1668; — Vincent Berthier, 1693; — Jean Clouet, 1694 ; — Etienne Provost, 1707; — Macé Prunelle, venant du moulin de la

(1) Bibl. de Chartres, Mss. 1310. fo 286 v».

Barre, 1710, 1719 ; — Robert Thomin, 1726 ; — Jean Guyboust, 1737 ; — Mathurin Mauzaize, venant du moulin des Graviers, 1745, 1752; — Marie-Claire Fizelier, veuve du précédent, 1751 ; — René Mauzaize, 1770, 6 juin ; — Catherine-Elisabeth Grandin, veuve de Nicolas-Michel Baudouin, venant du moulin de Fontaine Bouillant, 3 novembre 1770; — Jean Baudouin, 1780; — Louis Baudouin, 1782,1788; — Louis Isambert, 1795(29 vendémiaire an tV) ; — Louis^Désiré Isambert par Marie-Madeleine Landry, veuve de Jean Noël Mauzaize, propriétaire 1815.

L'abbaye de Josaphat avait droit de justice haute, moyenne et basse sur tout le hameau de Longsaulx, d'où il résulta que le lieutenant des moines eut à juger une cause qui fit grand bruit dans toute la contrée. « Le jeudi 1498, entre les deux heures après-midi, le pourceau de Jean de la Lande et de sa femme, demourans près la maison de Pierre Le Borgne, à Longsaux, avait tué une jeune fille de l'âge de un an 1/2. Matry Rougeau, lieutenant de messire Simon Cognet, licentîé es loix, bailly de Josaphat, Charles Brice, greffier et Jean Bruyères, sergent se rendirent sur les lieux et firent prisonnier le jeune pourceau de Tâge de 3 mois, taché de noir en aucune partie de Tœil, près la tête, et le surplus blanc; et ladite femme de Jean de la Lande, âgée de 26 ans, qui dit qu'il y a environ 3 mois l'enfant nommée Gilon, par un nommé Michel Péant, lui fut apportée par un homme de Chartres; que jeudi, elle coucha Tenfant à une heure après-midi dans son berceau, ayant fermé la porte avait été un moment chez un de ses voisins. Le pourceau avait renversé le berceau et mangé les mains jusqu'au bout du gros os du bras et avait commencé à lui manger les lèvres et une partie du nez, dont elle avait été courroucée... que Tenfant mourut le lendemain. »

Après de nombreuses comparutions, la sentence fut rendue le 13 avril 1499. La Lande et sa femme, d'abord emprisonnés, puis mis en liberté sous caution, furent con-

damnés à Tamende et le pourceau à être pendu et exécuté par justice. Mais la potence n'étant point érigée, le cochon fut pendu à la potence de Generville.

5<» Le clos Besnin, et la maison des orphelines

Ce clos situé au centre de Lèves était lobjet de transactions dès 12'4(). Etienne, fils de Bigot le cordonnier^ vend à son frère Gilon la moitié d'une maison située au carrefour Teime ou Graviers de Lèves, dans la censivedu chevalier Nicolas d'Orphin (G. 1135).

Mais le lundi 6 octobre 1401, Pierre de Capduz, tuteur de Pierre Oylart, de Jehanne dite Amoureuse et de Guérînne. femme de Guillaume du Val, enfants de feu Gilles Ovlart et de Doulce sa femme, vendit ce domaine à Guillaume de Saint-Bégnin (1) chanoine. Il était alors composé « dun grand verger avec deux arpents de friches, d'un petit verger le long de la rue ; les maisons étaient pour la greigeure (la plus grande) partie en ruines et désertes chargées de plusieurs arrérages envers les seigneurs de Lèves». Le conseil de famille Jehan le Maire, bourgeois de Chartres, Alain des Fourneaulx, Guillaume de Saint- Lomer avaient donné leur consentement à cette vente. Du nom du nouvel acquéreur, le clos s'appela désormais le clos Bénin, que le chapitre aliéna au XVI® siècle. Les archives départementales en conservent un plan ; les jardins sont bien dessinés à la Française tels qu'on les voit encore aujourd'hui.

En 1700, le clos Bénin appartenait à Louis Desvaux, seigneur de Levesville.

Par acte passé le 21 février 1785 devant M« Boisseau

(1) Le mercredi, 3 octobre 1403, Messirc Guillaume de Saint-Binin achetait aussi des terres en friche sises à Lèves, de Perrinelle la Martinelle, maîtresse Jeanne la Fidée, Laurence La Verrière et Juliette La Herbereiie « sueurs de l'hospital de Saint-Lleufort et cryptes de l'église de Chartres. » (G. 1135).

EGLISE rr PAROISSE

t) Le presbytère, h c4të de l'Eglise.

2) VOrmtMt, sur la place de l'Egliie.

S) Le i'o(f4il dt Juitic» h. l'aDgle de la r

et de la rue de Joaspfaat.

notaire à Chartres, le dos Bénin était acheté à M. Mathurin-Louis Grandet par M. Louis-René du Temple de Chevrigny et Louise-Hortenso Prévôt, son épouse.

Il fut vendu le 13 juin 1814 à M. Benoît Norbert Romier de Fadainville et à M"* Marîe-Rose-Eléonore Compagnon, son épouse, qui le laissèrent en héritage (1825- 1828) à leur fille Aimée-Gabrielle Romier de Fadainville, épouse de M. Etienne- Amable Salives. Celui-ci, en 1861, le vendit à M. Frédéric-Gabriel Duparc et à M"® Elisabeth-Henriette Carême, son épouse.

En face le clos Bénin, aux graviers de Lèves, Madame « Jeanne de Vassé, demourant en la maison de Thôpital de Saint- André de Chartres, avait légué, le 9 septembre 1662, tous ses biens meubles et une maison. Heu et jardin scis aux Graviers de Lèves, à la maison et hospital de Saint- André, aux petites filles orphelines dudit hospital (1), en la personne de Charlotte de la Boissière, Tune des enfants de la ditte maison, qui luy succédera à la conduite de la dite maison, et après elles aux autres filles qui se succéderont les unes les autres à Tadministration, soin, gouvernement et enseignement des dites filles orphelines, sans que lesdits biens donnés puissent être divertis à autre fin que celuy ci-dessus. »

En 1717, les administrateurs du bureau des pauvres de Chartres, gouverneurs de la maison des filles orphelines, disent que la maison léguée par Jeanne Vassé, est scituée aux Graviers, paroisse Saint-Lazare de Lèves, juxte d'un côté le chemin de Lèves à Chartres, d'autres le pré de monseigeur TEvêque, d'un bout le château de Lèves, d'autre le cours d'eau. »

Le 19 novembre 1779, cette maison est afifermée, mais

(1) La testatrice veut en outre « que toutes les petites filles orphelines qui seront audit hôpital, lors de son deceds, soient vestues et habillées de neuf, et pour cela donne 400 livres tournois. En 1681, ces orphelines figurent à la grande procession de Josaphat, « soubs la direction de leurs maîtresses^ vestues de gris avec des bonnets de même couleur. » (La Besiusse dessécMe),

le preneur « s'oblige, souffrir les petites filles orphelines se promener dans ledit jardin, sans pouvoir prétendre aucuns dommages intérêts pour raison des dégâts que les petites filles pourroient occasionner aux herbes en se promenant dans ledit jardin ».

Cette maison « des orphelines de Chartres » existait encore au moment de la Révolution, mais la volonté expresse de M"* de Vassé fut alors violée et la maison vendue. Son emplacement est actuellement la gare du tramway.

.6° Les chanoines de Chartres, seigneurs de Lèves

Par acte du 27 juin 1365, le chapitre avait acheté de Jehan de Neelle, chevalier, sire d'Offemont et d'Ade de Mailly, sa femme, le château de Lèves et ses fossés, avec tous ses droits et privilèges : moulin, rivière, bois, justice haute, moyenne et basse, fief etc., pour le prix de 1.200 fr. d'or du coing du roi.

Sur les ruines de Tancien château, les chanoines construisirent une maison de campagne, et le clos tout entier fut transformé en jardin d'agrément dont l'entretien était confié à un fermier ; .ils se réservaient le droit « d'y venir avec leurs amis toutefois et quand ils jugeront à propos » pour s'y recréer et reposer.

Leur droit de justice était confié à un bailli qui avait son auditoire « proche le grand portail de pierre de taille ».

Le chanoine qui jouissait de ce bénéfice avait aussi « la maîtrise de tous les métiers dans ledit bourg de Lèves » c'est-à-dire, la charge de délivrer les diplômes donnant droit d'exercer un commerce ou un métier, après avoir fait preuve de savoir et d'honnêteté.

Voici quelques-uns de ces diplômes.

10 novembre 1476. « Pour le bon rapport qui fait nous a esté de l'expérience de Simon Lecomte, texier en drap, de

ses sens et bonne industrie, Tavons institué et par ces présentes rinstituons texier en drap et lui avons donné povoir, congé, licence et auttorité de besongner, jpïr et user dudit raestier en la paroisse et châtellenie de Lèves... et a fait serment de bien et loyalement exercer ledit mestiér. » (G. 1138).

29 novembre 1503, semblable institution est faite en faveur de Thomas Court, texier en toiles.

Le 20 septembre 1506, Hector Le Sachier, prévôt de Lèves, proclame Vincent Laurent, «demeurant au carrefour de Lèves, comme mestre barbier et cirurgien pour joyr et user dudit mestier. »

Le 22 septembre 1707, le même magistrat institue Guillaume Fouletrye, « maistre parchemynier et gantier, avec droit de joir et user dudit mestier après avoir prêté le serment de bien et deuement se gouverner audit mestier » .

Le 20 avril 1599, « Jacques Renou, est mys et institué maistre boucher, chercutier, gressier et mercier en la châtellenie de Lèves. »

Le 19 mai 1609, Jacques Berger est proclamé maistre maréchal au bourg de Lèves.

Le Chapitre possédait encore, outre le Bois de Lèves, les seigneuries, d'ailleurs, sans importance, de la Grappe et de Miscouard, celle de Coulans, au delà du clos Bénin (aujourd'hui couverte par la propriété de M. Albert Niclausse) et quelques autres terres.

L'exercice de la justice a laissé de nombreuses archives, mais comme toujours peu édifiantes ; désordres dans les auberges et dans les veilloirs ; violences, vols, etc., rien à rappeler en tout cela au souvenir de la postérité.

Signalons dans un autre ordre d'idées une enquête « au sujet d'une crue subite de la rivière qui a entraîné un carrosse et noyé un jeune homme ».

En effet, le seul pont existant à Lèves étant celui construit sur le Couasnon, près la maison du Clos-Bénin ; TEure était traversée à guet près du moulin de Lèves et

du moulin de Longsault. Celui du moulin de Lèves était particulièrement dangereux à cause de sa longueur; la rivière faisait tourner deux moulins et le cloaque d'eau, derrière le déversoir, occupait tout l'espace entre les deux ponts qui existent aujourd'hui.

En 1717, l'hôtellerie de l'Image Saint-Jean était mise en adjudication ; en 1736, on y avait volé l'argenterie.

Visite de maisons, en partie ruinées par les inondations, près le cimetière de Lèves et dans la ruelle du clos abbatial de Josaphat (vers 1660).

Sentence fixant le prix de la cuisson du pain à 18 sols parsetier de farine.

Etat des pertes causées aux vignes par la grêle en 1756.

En 1757, la justice de la baronnie du Bois de Lèves avait été réunie au bailliagede la chôtellenie de Lèves (B,1784).

Les délits graves étaient sans doute très rares» puisque le carcan ou poteau de justice avait disparu depuis longtemps, quand le 9 novembre 1735, les magistrats se décidèrent à en faire ériger un nouveau, « au coin de la maison des enfants de feu François Jumentier (qui précisément avait été bailli en même temps que tabellion, et chargé de rendre la justice), juxte d'un côté la rue qui va à Téglise, d'autre la rue qui va à Josaphat. Nous y avons fouillé un trou de largeur de 5 pieds et de profondeur de 3 pieds, et y avons planté le poteau de hauteur de 8 pieds hors de terre, ayant quatre faces, sur chacune des quelles sont les armes de Téglise Notre-Dame, auquel poteau du côté de la place publique a été attaché un collier de fer avec sa chaîne par Nicolas Laye, maître charpentier. » (G. 1138 et B. 1773).

. A ce poteau étaient affichées les sentences et ordonnances d'intérêt public, et quand il y avait lieu, les condamnés à des peines infamantes, comme Joseph Larbelle qui pour vol d'argenterie à l'hôtel de l'Image Saînt-Jean fut condamn*^ à être battu et fustigé de verges, marqué d'un V et banni pendant 5 ans du bailliage de Lèves.

7" L*Abbaye de Josaphat

L'histoire de Tabbaye nous fournit quelques détails qui se rattachent à la vie paroissiale, et que pour cela nous devons mentionner rapidement.

La belle église de Josaphat était en effet un lieu de pèlerinage très fréquenté, et à certains jours, surtout aux fêtes de Notre-Dame, le peuple y affluait en foule.

On y venait invoquer Notre-Dame et puiser de Teau « à la belle fontaine aux eaux limpides et sanitaire dont la source semblait jaillir des fondations de la chapelle consacrée à la Vierge. Cette eau était emportée chez soi, ou même consommée sur place par les malades, car elle était réputée pour les maladies du sang se portant à la poitrine (pour les fièvres de poitrine, disait-on encore, pour désigner la terrible phtysie). On l'appelait encore la Bonne Fontaine. Une petite madone placée dans une niche audessus de l'ouverture du bassin semblait lui avoir donné son nom. Un tronc placé à côté servait pour déposer \es offrandes. Cette fontaine existe toujours; mais la chapelle de la Vierge et les pieux pèlerins ont disparu. »

Dans les fouilles que nous avons faites ces dernières années, nous avons pu mettre à jour une preuve évidente de ce recours populaire à la protection de Marie. Car derrière l'autel, fut trouvée l'ouverture qui permettait de puiser, de l'intérieur même de la chapelle, l'eau de la fontaine sacrée.

L'abbaye possédait une relique de la sainte Couronne d'épines. En 1338, le roi Philippe VI de Valois l'avait fait déposer momentanément dans l'église, par le chevalier Vafran ; une épine en avait été détachée et donnée au monastère. Jean III Pasté, évêque de Chartres, était venu célébrer la messe devant le prince. La population voisine y était accourue en très grand nombre, et en souvenir de

ÉGLISE ET PAROISSE ' dll

ce fait, chaque année, dans la nuit du jeudi au vendredisaint, les chartrains venaient nombreux, revêtus de Thabit de pénitent, y passer la nuit en prières. La porte restait ouverte , et on entrait et sortait à volonté , et tout s'y passe avec beaucoup d'ordre et de dévotion.

Toutefois, en 1749, le bailly de Chartres fut bien et duement informé que certains désordres et scandales étaient , commis par des personnes ainsi travesties en pénitents. Le 27 mars, il portait une ordonnance « faisant prohibition au prieur et aux religieux de Josaphat et au sieur curé de Saint-Lazare, de laisser la porte ouverte, ains prescrivait de la tenir fermée ; avec défense à toute personne de quelque condition et qualité qu'elle fut de se travestir sous rhabit de pénitent et d'aller en cet état en ladite abbaye de Josaphat. Enfin il fut enjoint aux portiers de la ville de fermer les portes à l'heure ordinaire, etc. »

« Le 3** but de pèlerinage était le tombeau de Tabbé Girard, mort en odeur de sainteté. Ce tombeau était situé à l'entrée du grand chœur, sous le jubé, du côté de Tépître, vis-à-vis le tombeau de l'évêque Geoffroy de Lèves. On y v^ait de tous côtés, et les fiévreux s'en retournaient guéris. M

Une 4® affluence de personnes religieuses avait un motif plutôt de récréation. Elle était connue sous le nom de chevauchée; elle avait lieu chaque année , le 1®*" dimanche de mai. « MM"* de l'officialilé de la cathédrale, avec le promoteur, les procureurs, les chantres et enfïants de chœur venaient à cheval à Josaphat, entraient en Téglise sur les neuf heures du matin, ou, après une messe basse, on chantait le Regina cœli. Libéra et De Profundis, Après quoy, on leur servait un diner qui consistait en deux jambons et deux quartiers d'agneau de chacuh 5 à6 livres, avec du pain et du vin, bon et suffisant. »

Une seconde chevauchée avait lieu le mardy après l'octave du Saint-Sacrement , en faveur du chef de musique, chantres et enfants de chœur; ils se rendaient à

Téglise à 10 h. du matin, chantait le Salve regina dans la chapelle de la Vierge ; après quoi les moines leur servaient à déjeuner, savoir deux jambons tant seulement de chacun environ 5 à 6 livres. « Sous sa serviette, le

maître de musique trouvait 20 sols tournois. » Cette dernière chevauchée était parfois trop bru^^ante, les excursionnistes revêtaient des vêtements bizarres, des coiffures de toutes formes, portaient 1 epée au côté, au lieu d'un cheval montaient un âne, faisaient entendre des cris et des chants entremêlés des sons discordants des flûtes et des trompettes, etc. C'était en somme une bande de joyeux écoliers en vacances, dont nul ne se scandalisait. DanS les temps de calamités publiques, ils savaient d'ailleurs s'en abstenir, comme le 10 mars 1615, le 16 juin 1723.

Ces expéditions joyeuses et bruyantes mettaient toujours en émoi le peuple Lévien.

Enfin nous devons signaler au premier rang les solennelles processions de la sainte châsse de la cathédrale à Notre-Dame de Josaphat, dans les circonstances de grandes calamités, surtout pour obtenir de la pluie djans les temps de sécheresse excessive. Toutes Içs autorités religieuses et civiles y venaient avec leurs insignes, suivies par une foule innombrable.

Les plus anciennes connues sont celles de 1314 :

« Robert de Joigny ayant ordonné pareille cérémonie pour les mesmes causes-, la sécheresse, eut la consolation (célébrant la messe en l'église de Josaphat) de voir qu'au moment de la communion, les nues ouvrirent leur sein et laissèrent tomber une pluie si fructifiante que la terre en ayant esté largement arrosée, et, de stérille qu'elle estoit par la sécheresse devint féconde par Thumidité. »

Puis celles des 17 et 19 mai 1509 pour les succès des armées françaises contre les Vénitiens ; la 3« le 7 juin 1567, pour obtenir de la pluie; la 4** le 13 juin 1583 contre la peste ; la 5« le l*** août 1599, qui fut pleinement exaucée,

[Voir page 115).

car M dès lors cessèrent les grandes challeurset plut chacun jour ung peu ».

On raconte encore celles de 1615, 1628, du 7 mai 1629 pour remercier Marie de la préservation de la peste, du 18 juin 1636 contre la sécheresse.

La plus solennelle fut celle du 18 juin 1681. On s y prépara par un jeûne de 3 jours ; elle partit de la cathédrale à 6 h. du matin, tout le clergé était revêtu de chappes, les rues tendues de tapisserie, les troupes en armes accompagnant les autorités et gardant la sainte châsse et tous les reliquaires ; Tabbaye avait déployé toutes ses richesses et ses plus beaux ornements.

Celle de 1694 fut racontée en vers par Claude Savart.

La dernière connue eut lieu le H septembre 1708 et ne fut pas moins brillante que celle de 1681 . Nous regrettons de ne pouvoir reproduire in extenso le procès- verbal d'une de ces manifestations de foi religieuse si aimées de nos pères.

Des splenderurs de Téglise abbatiale, nous ne pouvons rien dire ici, et nous renvoyonaau rapport que nous espérons publier prochainement sur les découvertes précieuses faites par nous il y a bientôt deux ans. La gravure du tombeau de Jean de Salisbury en donnera du moins une idée des plus exactes.

8** L'Hospice Marie-Thérèse et l'asile d'Aligrk

Le 20 septembre 1807, sur la demande du baron Delait re, préfet d'Eure-et-Loir et du conseil général, une loi autorisait Facquisition des bâtiments conventuels et de Tenclos de l'abbaye de Josaphat, alors possédés par M. Delaperelle, pour 43000 fr. et d'une petite maison contiguê appartenant à M. Ozeray pour 5620 fr.

On voulait y former un établissement d'incurables du département. Les événements politiques empêchèrent la réalisation immédiate de ce projet.

H6 SAINT-LAZARli: DE LEVES

Par suite d'un incendie le dépôt des enfants trouvés, situé à Chartres, fut transféré provisoirement danç Tautique monastère en janvier 1816. Cette disposition devînt définitive par une ordonnance royale du 31 janvier 1818.

Le projet primitif n'était pas pour cela abandonné, ^t le 10 février 1818, le département achetait dans ce but aux sieurs Gros et Foisy-Bellancourt le palais-abbatial, situé près la porte d'entrée pour 27000 fr,

Li^ princesse Marie-Thérèse de France, duchesse d' A ngoulême. permettait que le nouvel établissement prit son nom ; et bientôt fondait elle-même un lit. Une souscription publique dans le même but produisit 93201 fr. 03,

En 1828, il y avait 32 lits fondés/

Le 16 mai de cette même année, la fondation de l'asile d'Aligre allait modifier et assurer l'existence de l'hospice.

Uq arrêt préfectoral du 21 mars 1829 attribuait à l'Hôtel^Dieu de Chartres le dépôt des enfants trouvés, et y transférait le Tour établi primitivement à Josaphat. Lf^application de cet arrêté ne fut complète qu'en 1840.

L'Hospice Marie-Thérèse compte actuellement 76 lits fondés, Voici les noms des généreux fondateurs :

Page 1