‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 2)Chapitre 66 sur 69 · Vallée, Louise Elisabeth, veuve Tabourier, 18 mai · texte numérisé non relu

Vallée, Louise Elisabeth, veuve Tabourier, 18 mai

U Asile d'Aligre fut fondé par M. Etienne-Jean-François Charles, marquis d'Aligre, pair de France, et M™* Louise- Charlotte- Aglaé Camus de Pontcarré, son épouse, par acte du 16 mai 1828, ratifié par acte du 24 octobre suivant, conformément à Tordonnance royale du 1**" octobre.

Ces généreux bienfaiteurs cherchaient depuis longtemps les voies et moyens de fonder une asile pour 300 personnes malheureuses.

Ils avaient d'abord acheté dans ce but l/ancienne abbaye de Bonne val pour 200000 fr. Mais cet établissement ne répondant pas entièrement à leur idéal, ils proposèrent à Tévéque de Chartres de réchanger pour Tancienne abbaye de Saint-Cheron que celui-ci venait d'acquérir. L'évêque préféra conserver Saint-Cheron pour y établir son petit séminaire.

Le Département au contraire accepta sans hésiter réchange des bâtiments de Josaphat, dont les édifices laissaient beaucoup à désirer, pour l'abbaye de Bonneval, et les conventions furent rapidement conclues entre le marquis d'Aligre et M. Jean Elie, baron de Giresse-Labeyrie, préfet d'Eure-et-Loir, le 16 mai 1826.

Par ces conventions la maison de Bonneval devait porter à perpétuité le titre d'Hôpital d'Aligre, et celui de Josaphat celui d'Asile d'Aligre.

ÉGUSë: et PAHOISSE

<2f) SAlNT-LAZÀRÊ DE LÈVES

Le nouvel établissement doit contenir 300 lits, 100 pour les hommes, lUO pour les femmes et 100 pour les enfants, et atteindre son plein développement dans Tespace maximum d'un siècle, c'est-à-dire au plus tard en 1928.

Sa dotation s^élevait à deux millions dont une partie fut immédiatement mise en nctivîté et l'autre mise en réserve, pour les revenus être employés à la construction des édifices et de nouveaux lit0> soùs la prudente gestion d'une commission composée de sept membres.

Parmi les immeubles affectés à cette dotation, nous nommerons la ferme delà Banlieue » commune de Chartres, celles du Clos-du-Bois à Saint- Victor de Buthon, des Bordes à Bailleau-sous-Crallardotl, des Maisons-^ Rouges à Montlandon et d*Emervillê à VéHgny.

Trente-huit lits furent mis en activité dès le principe.

L'asile compte aujourd'hui 146 vieillards (73 hommes et 73 femmes), et 70 enfants^ tous, à peu d'exceptions près, du département d*Eure*et*Lolr.

La chapelle de Tasile d^Aligfê, construite selon le style ogival, contient le tombeau en marbre du fondateur, et parmi les statues, celles de deux chanceliers d'Aligre» Etienne II, 15594635, et Etienne, III, 1592-1677, deux anges adorateurs et 2 anges pofte«livre à genoux d'une facture remarquable.

On y célèbre chaque année lés services anniversaires de M. et de M*^* d'Aligre, fondateurs 26 janvier et 11 mai, et de M. Etienne de Banville d'Aligre, 12 juillet.

Les bâtiments d'hospitalisation ont tous été reconstruits; au fronton du bâtiment principal sont sculptées les armoiries des fondateurs : 1) Burrelé d'or et d'azur de 8 pièces, au chef d'azur, chargé de 3 soleils d'or qui est d'Aligre ; 2) D'a«ur à une étoile d'argent en abime, accompagnée de 3 croissants d*or, 2, 1, qui est Camus de Pontcarré.

£GUa(« fa,T PAROt^SK 131

Vnï. — Lèves pQn4a,Qt la Révolution-

ÉLAS ! ici comme partout, la Révolution jeta le trouble dans les esprits.

La municipalité, sous le nom de Conseil général, avait élu pour maire le sieur Paulin de Pleins, et conseillers les sieurs L. Jumentier, Foucault, Etienne Le moine, Cornillard, Martin Aiglehoux et N. Tassé, greffier.

Sur Tavîs que les aumônes faites aux pauvres par Tabbaye de Josaphat (1) étaient interrompues, à cause du séquestre, ils s'empressèrent d'autoriser les religieux à passer outre et à distribuer aux indigents 24 livres par semaine, 16 mai 1790.

M. de Pleins, nommé membre du district de Chartres et pris d'enthousiasme, fait don à la patrie, pour se démocratiser « de sa montre, de ses boucles et d'une tabatière d'argent pour être envoyées à Paris », et donne sa démii^ sion. Il est remplacé par le citoyen Montestruc.

Déjà les domaines de l'abbaye de Josaphat étaient en vente (2), nos conseillers demandèrent et obtinrent de subroger la commune de Lèves à celle de Chartres dans la

(1) Chaque semaine Tabbaye faisait de nombreuses aumônes aui p4U?r«t> Elle était, sans aucune charge pour les contribuables, le véritable bureau de bienfaisance de toute la contrée. Sa disparition fut un désastre pour les indigents.

(2) Furent vendus :

Le moulin de Longsaulx 80.019»— 20.100

La prétrière de Lèves (Le Château), etc 3081— 2.340

(«a maison abbatiale. , , ... 6512 — U.614

La prétrière de Miscouard 4590 —

Le moulin de Lèves et les prés 24.304 — 12.750

La prétriâre, t^rre et métairie 4u Bois de Lèves. . . -^ ^^ 069

La maison de campagqç 4« lu 8a?a^4i^re 2848 — 4000

La !'• adjudication fut annula le 2* chiffre indique If prU de la 2* vente.

possession de plusieurs biens d'église. II s'agissait avant tout de reprendre « la Maison du Champ des Oiseaux^ qui a servi jusqu'à ce jour à tenir nos séances, le corps de garde, elles petites écoles » et qui avait été vendue 300 livres (1).

Mais plus grave était la loi dite Constitution civile du Clergé, à laquelle les prêtres devaient prêter serment. M. Crouin, curé depuis 1760, cédant à une crainte qu'il déplora plus tard, prêta le serment sans restriction, le 6 février 1791 : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution (civile de l'Eglise) décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée ou sanctionnée par leroy. » Le 2 mars suivant il faisait un don patriotique de 300 livres. *

Son vicaire, M. Fétu, plus défiant à juste titre, sauvegarda sa foi, par cette addition à la formule : « Autant qu'il est en moi, sans manquer à ce que je dois à Dieu et à la religion. »

Dans l'intervalle, l'église abbatiale avait été vendue. M. Crouin entraîna le Conseil dans un projet grandiose de conservation de ce monument d'art remarquable, et le H février 1791, était rédigé, après mûre délibération, le mémoire suivant que nous reproduisons en entier.

« Mémoire que présente à Messieurs les administrateurs du district de Chartres^ le Conseil général de la commune de Saint-' Lazare de Lèves.

« Messieurs.

« Les habitants de cette commune vous exposent par notre organe qu'ils sont extrêmement allarmés delà destruction projettée de Téglise abbatiale de Josaphat, sise dans cette ditte commune, et

(1) Elle a conserve ji: ,u'à nos jours sa primitive destination de maison d'école. Cette acquisition eut lieu le 18 février 1791. et le G. Greslou, maître d'école et greffier de municipalité, y continua ses fonctions.

EGLISE ET PAHi

du préjudice réel que cette destruction feroit tant à leurs intérêts personnels qu*à ceux de la caisse nationale.

« Pour vous prouver, MM., la nécessité urgente qu'il y a que cette église ne soit point détruite, c'est qu'il est plus que probable qu'il y aura des réunions de paroisse à la nôtre. Or si cela étoit, Téglise paroissiale de Lèves ne pourroit absolument pas contenir tous les citoyens, puisque les jours de grandes fêtes elle a bien de la peine à contenir tous ceux qui y sont maintenant. Ainsi c'est donc avec une juste réclamation que nous nous plaignons.

« Plusieurs motifs que les habitants de Lèves • prennent en considération sont : 1® la solidité d'une église à l'épreuve de plusieurs siècles ;

2« Qu elle peut contenir un plus grand nombre d'habitants que celle de cette paroisse ;

3® Qu'elle est située au centre de la paroisse et des différents hameaux qui l'entourent et non à l'extrémité.

« 4"* Et enfin le vœu général et le plus ardent qu'ont les habitants de cette paroisse qu'elle soit église paroissiale.

« Et ce sont ces motifs qui donnent lieu d'espérer aux habitants de cette commune qu'ils verront accueillir leur juste réclamation, etc. »

Nouvelle assemblée le 1®' mai suivant. L'opinion avait changé.

L'assemblée a été convoquée « pour savoir si on acquerreroit Téglise de Josaphat.

« Arrête qu'on n'acquérera pas l'église de Josaphat en question, attendu qu'on se contente que l'église paroissiale {sic). »

Montestruc, maire, seul a déclaré être de Ta vis contraire.

M. Crouin ne s'avouait pas vaincu. Sur ses instances, une nouvelle réunion du conseil eut lieu le 15 mai :

« Le Conseil... saisi d'une pétition de M. Cfouin, curé de cette commune, expositive qu'elle est priée de nommer des Commissions pour constater les réparations indispensables qui sont à

faire à Téglise de Saint- Lazare, et de prononcer incessamment s*il ne sera pas beaucoup moins dispendieux pour Ja caisse de l'extraordinaire de se procurer Téglise de Josaphat, qui réunit tous les avantages que Ton puisse désirer. Les propriétaires (le C®' Chastes) qui commencent la démolition sont tous disposé.s à traiter avec nous. A laquelle assemblée a été introduit mondit sieur Crouin. L'assemblée délibérante sur la pétition de mondit sieur curé a arrêté d'une voix unanime qu'on garderoit Téglise paroissiale de Lèves, et qu'à l'égard de celle de Josaphat, a déclaré ne point vouloir l'adopter pour église paroissiale, à l'exception de- MM. Montestruc, maire, et François Tabourdier, notable. »

Le bon curé vit son autorité encore plus méconnue quelques semaines plus tard. Il s'agissait de fixer les heures de la messe du dimanche. Le maire, son allié hier, se tourne contre lui :

(< La municipalité, dit-il, auroit pu prendre sur elle de fixer l'heure des offices... mais c'est chose qui regarde le général des habitants, elle croit devoir leur accorder ce droit... L'assemblée a donc arrêté à l'unanimité que la messe paroissiale sera célébrée à compter de dimanche prochain, heure de neuf heures précises, et les vêpres à 2 heures précises, le tout hiver comme été » 3 juillet:

La cloche se casse. Sans tarder, le conseil de Lèves envoie au district une pétition, exposant

« Que l'une des cloches de Saint-Lazare de Lèves est cassée ... on seroit obligé de la faire fondre, ce qui deviendroit coûteux pour elle.

a Qu'il y avoit dans le clocher de Josaphat quatre cloches qui seront destinées vraisemblablement à être converties en monnoye, au moyen de quoi nous vous proposerons d'échanger notre cloche cassée avec Tune d'elles, la nation ne peut y perdre, car la nôtre est plus considérable que la plus grosse de Josaphat. — Les cloches en question de Josaphat ne sont point dans le clo

cher^ au moyen de sa déconstruction, elles ne sont à présent aucunement en sûreté », 6 septembre 1791 (1).

Ces empiétements sur sa juridiction furent encore moins pénibles à M. Crouin que le scandale d'un ancien religieux de Josaphat, Etienne Soulier, qui contractait mariage civil devant le conseil municipal le 29 octobre

La persécution s accentuait.

M. Fétu, vicaire, malgré ses restrictions, avait pu continuer ses fonctions jusqu'alors, sous le couvert du curé qui lui était sincèrement attaché. Cela ne pouvait durer.

« Le 27 décembre, 3' et dernière fête de Noël 1791... le sieur maire expose que le sieur Fettu vicaire a prêté le 6 février dernier avec restriction le serment requis par les décrets,... que les administrateurs du district ont rejette comme étant inconforme à la loy, ledit Fettu sera requis de le prêter sans restriction. Mais il paroit que le sieur vicaire est refusant de prêter ce serment, et nous avons tout lieu de le croire, suivant les intentions qu'il nous a tesmoignées ce matin même, — s*il ne prête ledit serment, lui faisons expresse défense de continuer à l'avenir les fonctions publiques de vicaire. »

M. Fôtu, sans s'émouvoir, demeure à son poste et signe encore les actes religieux le 7 mai 1792.

Tous ces événements avaient'enfin désillé les yeux du curé lui-môme, et le 20 mai 1792 il rétractait courageusement sa première faiblesse. Le Conseil municipal, transformé en concile, se réunit en hâte le 22 mai suivant : « pour délibérer sur la rétractation que le sieur Léonard Crouin, curé de Lèves, a faite le dimanche dernier, 29 courant, du serment prêté le 6 février.

(1) Le sieur Montestruc a-t-il réussi dans cette entreprise? N'ayiUt-il pas, le 20 novembre 1790, prélevé déjà sur Josaphat, 1 calice et sa patène, 1 ciboire, 1 ostensoir et les vases aux saintes huiles qu*il remettait au sieur Bouteiller, curé et maire de Fresnay-le-Gilmert, sa paroisse?

« Le 20 courant, le sieur Crouin a fait célébrer la grand messe par un sieur Poette, prêtre non assermenté, et au milieu de la messe, il a monté en chaire et a dit que par plusieurs circonstances qu'il ne pou voit détailler il se rétractoit solennement du serment qu'il avoit ci-devant prêté et dont il ne connaissoit point alors toutes les redoutables conséquences, qu'au surplus il a déclaré qu'il étoit fidèle : !• à sa religion ; 2<* au roy ; 3<» et à

la constitution.

« Arrête qu*il sera envoyé à M. Tévêque une députation à TefFet d'obtenir de lui le prompt remplacement du sieur Crouin et à remplir le vœu de la plus saine partie de la population en confiant au ci-de.vant chanoine Martin, chanoine de Saint-Nicolas de Maintenon, connu par ses bonnes mœurs, sa saine doctrine, la desserte de Lèves. Arrête que le sieur Crouin discontinuera ses fonctions, etc., et sur réquisition, le sieur Crouin a écrit et signé sa rétraction. »

Le sieur Martin, informé sans doute, s^était empressé de répondre à cette invitation, et le 29 mai il conférait le baptême, et signait : Martin, desservant.

Mais le suffrage ne lui fut pas favorable, car le 3 juin le sieur Gaubert, prêtre et directeur du Séminaire de Chartres, était élu curé de Lèves et prêtait serment en cette qualité, le 17 juin. Il avait même commencé ses fonctions le 11 juin précédent par un baptême qu'il signe : Louis-Come Gaubert, curé élu.

S'il en est fait désormais de l'indépendance et de la dignité du sacerdoce, le sentiment religieux n*est pas éteint dans le peuple. Sous la pression de ce sentiment, le Conseil se vit obligé à réclamer un vicaire le 25 juin : « 1® parce que la paroisse est considérable, 2* parce que les habitants sont dans l'usage de venir à la première messe » etc.

Le vicaire ne fut pas accordé, mais le sieur Jean-Charles Poncelin, prêtre assermenté, vint faire élection de domicile à Lèves, le 31 juillet.

Le mécontentement populaire se manifestait parfois.

KGLISE tT PAROISSE 129

Le 11 novembre 1792, le c. Jacques-Denis Jumentier, ancien laboureur, demeurant en face de Téglise, lançait des invectives au c. Samuel Soulier, qui malgré son mariage, allait dire sa messe, la veille, vers 7 heures du matin.

La fille Josse, ex-relîgieuse de Saint-Maurice, tenant les petites écoles à Chavannes, refusait de prêter le serment en sa qualité d'éducatrice publique et déclarait, le 23 décembre 1792, qu'elle ne se soumettrait jamais.

La citoyenne Emerantienne Durand, ex-sœur converse de Tabbaye TEau, fut aussi requise de jurer afin de pouvoir faire sa classe aux petites filles du Mousseau.

On ne réparait plus Téglise et le jubé qui divisait le chœur de la nef, menaçant ruine, une de ses colonnes étant tombée, il fut décidé : «qu'il seroit osté, sous prétexte qu'il n'étoit d'aucune utilité et masquoit le cœur » 6 janvier 1793.

Le curé intrus Gaubert n'exerce plus le culte à partir du 9 décembre 1792 ; il fut élu, le 27 avril 1793, le premier des membres du Conseil général, et devint, le 15 septembre, « commissaire du canton de Chartres extra-muros ».

L'église était certainement fermée le 3 mars 1793, car le C"" Jean Corbin, bedeau « qui était tenu, moyennant 40 livres, de blanchir tout le linge, nappes, les coêffures de la sainte Vierge, de frotter et nettoyer les chandeliers aux 4 fêtes annuelles, de ballayer et areigner au moins tous les mois, de sonner VAngelus, de ployer les ornements, de fournir le bois pour le feu de la saint Jean, d'ouvrir et fermer l'église, soir et matin », demanda à la municipalité une compensation. 11 lui fut accordé60 livres.

Suivent les mesures dites légales de spoliation.

Le 2 frimaire an II (22 novembre 1793), on dressait l'inventaire des effets d'or et d'argent et de cuivre de l'église. On y trouva :

6 grands chandelliers pesant 75iivri^

I grande croix 39 ^

3 croix et 1 crucifix \ . . . 12 »

II chandeliers, 1 orceau et 2 goupillons 29 »

1 encensoir, 1 orceaùi 1 fontaine, 4 torches de la Charité^ 2 plats de quêtes et 2 pommes de bannières . J2 »

Total cuivre 167 #

1 calice de vermeil ... . . 2 "^rcs g onces 4 gros

1 autre calice avec 2 patènes ... 4 3 2 1 ciboire, sa custode et boîtes aux

Saintes Huiles 2 M »

1 soleil d'argent doré 7' 7 2^12

3 plaques de la baleine » 1 4

Total : argent . . . Î7~ "5~ 4^1/2

Le tout fut déposé le même jour au district de Chartres.

.Le 6 frimaire (26 novembre), on y déposait aussi les galons d'or et d'argent décousus des ornements, pesant ensemble 8 marcs, 3 onces, 4 gros.

Ce n*était qu'un prélude. Bientôt la Terreur s'étendit jusque sur notre territoire. Le Conseil municipal tient séance tous les jours et subit les plus déplorables influences.

Le 10 frimaire an II, 30 novembre, eut lieu une séance orageuse.

Le C. Gaubert, malgré toutes ses faiblesses antérieures, fut accusé de fanatisme, pour avoir célébré la messe depuis que les églises de Chartres sont fermées.

Apeuré devant l'orage, il pousse jusqu'à ses dernières limites sa triste lâcheté, et déclare en plein conseil : « Conformément aux principes qui m'ont dirigé depuis la Révolution française, je me suis rendu au vœu fortement prononcé de la majorité du peuple français contre les cérémonies du culte catholique... et j'ai abdiqué l'état ecclésiastique dans lequel je vois clairement qu'il m'est impossible d'être utile à mes concitoyens et à la patrie, et je réitère en votre présence cette abdication. »

Le lendemain la dénonciation accentue ses griefs : « Le C. Gaubert, ex-curé de Lèves, est accusé d'avoir célébré la messe depuis que les églises de Chartres étaient fermées, et d'avoir dit à son prône qu'il fallait suivre constamment la religion de nos pères et mourir plutôt que de Tabandonner. »

Au lieu de maintenir cette noble déclaration qui seule pouvait le relever, le malheureux s'excuse et répond <* qu'il ne peut être repréhensible d'avoir célébré la messe, parce que la Constitution permettait le libre exercice des cultes, que le vœu général des citoyens de Lèves Tavoit laissé continuer ses fonctions... qu'il n'a voit point dit qu'il falloit mourir pour la religion de nos pères, etc. »

Qu'il est triste de constater ces défaillances !

Depuis longtemps la liberté avait été guillotinée ! De dégoût sans doute, le misérable renégat déclarait, le i*"" janvier 1794, quitter la commune de Lèves.

Mais il n'avait pas été seul victime des sectaires de la Terreur.

« Le 10 frimaire, 30 novembre, après la déchéance du C. Gaubert, le Conseil déclarait que l'église de Lèves ne sera plus appelée de ce nom, qu'elle portera celui de Temple de la Raison, qu'elle sera fermée tous les jours et ouverte seulement les décadis. »

Le 13 frimaire on décrète que la cloche ne sera plus sonnée que « pour cause absolument nécessaire ».

Toutes ces mesures scandaleuses mécontentaient profondément la population, et malgré le terrorisme plusieurs habitants ne craignirent pas de manifester leur réprobation.

Le 20 frimaire (10 décembre 1793), « le Conseil général était réuni au banc d'œuvre de l'église de Lèves, à l'effet de publier les lois. A la suite de cette lecture, il s'est élevé de grands débats relatifs à la cessation du culte catholique dans la commune. Plusieurs personnes se sont permises d'accuser le C. Montestrucq d'être la cause de l'anéantis-

d32 SAINT-LAZARE DE LEVES

sèment de la religion dans la commune de Lèves et dans celles circonvoisines. Alors il s'est élevé des mouvements si violents que la municipalité a invité le C. Montestrucq à se retirer et ses concitoyens à rester dans Tordre et la tranquillité,., et ont fait une adresse aux authorités supérieures et chargé la municipalité de la présenter. »

Evidemment, la liberté religieuse n*existait plus. Les « Droits de l'homme » la reconnaissait à tous les citoyens : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses />, mais ce n'était qu'une vaine formule. Le régime de la Terreur s'accentuait de plus en plus.

Aussi le 3 pluviôse an II de la Liberté (23 janvier 1794 , le Conseil prenait la délibération suivante :

« Le Conseil général de la C"® assemblé, le C. Baudouin maire, a pris la parole et a dit : a Citoyens : il existe une dénonciation dirigée contre les principaux autheursdes troubles qui sont survenus dans la commune et notamment à la Société populaire, que la Société populaire ayant déjà arrêté qu'elle inviterait la municipalité à faire disparaître tous les signes extérieurs du culte catholique, il étoit urgent de faire disparaître en même tems tous les signes intérieurs qui existaient encore dans la cidevant église de cette commune, que vu l'opinion publique à cet * égard c*étoit le seul moyen de rétablir le calme et la tranquillité publique dans cette commune. De suitte le citoyen Mauger, agent national près cette commune, prenant en considération la proposition du citoyen maire, prend la parolle et dit :

« Citoyens. Je suis instruit par la notoriété publique qu'il a été formé à certaines époques en la ci-devant église de cette commune des rassemblements très nombreux qui sont expressément défendus par la loix. et que ces rassemblements se font sous le prétexte spécieux du service divin ; instruit de plus qu'il y a des chefs qui conduisent toutes ces manœuvres à leffet de s*opposer autant qu'il leur est possible à Texécution des loix, dans l'espérance de propager les détestables principe^ de Taristocratie, requierts qu'à compter de ce jour : 1") le lieu ci-devant désigné sous le titre d'église, aujourd'hui le temple de la Vérité et de la Raison, ne soit ouvert que pour tenir les séances de la société populaire et pour

ÉGLISE ET PAROISSE ^. i'S'A

la réunion des vrais citoyens, les jours de décadi, à Teffet d'y chanter des hymnes patriotiques convenables au lieu et aux circonstances; 2») queTendroit du lieu susdésigné, connu sous le nom de cœur, soit converti dès le jour de demain en salle propre à tenir les séances de la société, sur les plans que les membres indiqueront ; 3^) que les ornements servant anciennement à revêtir tous les prosélytes du fanatisme et de la tyrannie soient transportés en la maison commune, après reconnaissance faite, suivant le procès- verbal qui en a été dressé; 4*) enfin qu'il soit fait défense à toutes personnes générallement quelconques de s'immiscer à former les rassemblements en quelque lieu et sous quelque prétexte que ce soit, à peine d*étre poursuivis comme perturbateurs du repos public.

« Sur ce, le Conseil général de la commune arrête à Tunanimité que toutes les propositions ci-dessus énoncées auront leur pleine et entière exécution, que son arrêté en date du 13 frimaire dont Texécution n'avait été suspendue qu après le vœu fortement prononcé par la majorité des habitants de la commune qai demandoient la conservation de leur culte^ sera maintenu selon sa forme et teneur, pour obvier aux troubles et séditions qui ont eu lieu dans cette commune et dont l'exercice du culte catholique a été la cause principalle; arrête en outre que la municipalité convoquera tous les citoyens à Tefifet de former un comité de surveillance conformément à la loi. »

Suivent les signatures qu'il est préférable d'ignorer Toutefois la tradition populaire attribue au c. Mauger, agent national, le bris et la profanation des statues de Téglise.

Les reliques de Tabbaye de Josaphat avaient été profanées et brûlées devant le portail de Téglise»

Nous avons souligné les passages qui, dans ce rapport sont tout à rhonneur de la population de Lèves : « La majorité des habitants de la commune, par un vœu fortement prononcé, demandait la conservation du culte... Il s'est formé en la cy-devant église des rassemblements très nombreux... sous le prétexte du service divin. » Les sentiments religieux du peuple étaient donc bien évidents ;

les autorités seules, par une sanglante tyrannie, proscrivaient la religion.

Les églises fermées, les auberges s'emplissaient ; les désordres et rinconduite avaient toute licence.

Le mal fut si grand que la municipalité se vit obligée d'y mettre une borne.

On se plaignait jadis de la fermeture des cabarets pendant les offices le dimanche ; par arrêté du maire, du 16 pluviôse an II (4 février 1794), les aubergistes reçurent défense de rester ouverts plus tard que 8 h. en hiver et 9 h. en été, et les cabaretiers de donner plus d'une bouteille de vin à chaque citoyen. »

La religion étant devenue un crime d'Etat, il fallait se défaire « des ustensiles de la superstition ». Déjà le 1" janvier 1794, on avait envoyé au district les vases d'argent et de cuivre, et le 4 février un premier lot du linge le plus fin, savoir : 6 aubes, dont 3 garnies de dentelles, 8 surplis, 2 petits rochets, 55 purificatoires, 10 corporaux, 5 pâlies, 9 amicts, 10 lavabos, 12 nappes de toile blanche dont 1 garnie de dentelles, 5 serviettes, 1 essuie-mains, 12 pièces de linge garnies de grosse dentelle servant autrefois à revêtir les statues des saints et enfin un paquet de linges de différentes espèces telles que garnitures d'étôle et autres. »

L'inventaire général de tous les ornements fut fait le 4 avril ou 15 germinal suivant. Le voici :

« Nous sommes transportés en la ci-devant église de Lèves aujourd'hui le temple de la Raison, à reflfet d'y procéder à l'inventaire détaillé des meubles.

« Dans la sacristie attenante au ci-devant cœur de l'église : ou sont 6 vol. tous intitulés : processional, etc.

2® 2 autres vol. in-folio intitulés : Graduale Carnolense et Antiphonarium,

3** 17 soutanes de serge noire.

4® 6 camaux de serge noire.

5° 2 vol. intitulés : Missale Carnolense.

églish: et paroisse 135

6' 7 chappesbJanchesdonttroisontétédëgalonnées, Gchappes rouges, 4 chappes Doires, 1 chappe en étamine vioJette, 1 autre chappe à fond vert bariolée de blanc.

7^ 4 draps mortuaires, 2 tapis noirs, 3 grandes tentures noires, 2 autres petites, 2 rideaux verts, 3 rideaux de toile d'Orange.

8*^ 5 chasubles blanches dont 1 dégalonnée, 5 chasubles rouges, dont 1 dégalonnée, 3 chasubles violettes, 2 chasubles vertes, 4 chasubles noires, tous garnis detoles, manipules, voiles, bourses.

9" 12 étoiles pastorales de différentes couleurs.

10' 3 grands parements d autel en couleur blanche dont 1 dégalonné, 2 parements rouges, 2 parements noirs, 1 parement noir violet, tous servant autrefois aumaitre-autel, 4 autres petits parements de différentes couleurs servant autrefois aux petits autels.

!!• La garniture delà chaire à prêcher, 12 coussinets de différentes couleurs, 21 pots de fleurs dorés et 4 pots de fleurs en faillance.

12^ 2 grandes tapisseries, 2 tapis rouges, 1 niche fonds blanc brodée, dont les deux côtés sont de tafetas blancs, 13 bonnets carrés, 7 robbes de vierge de couleurs différentes.

13° 2 garnitures decrédence dont l'une rouge et l'autre blanche, 1 bannière rouge, 2 pièces d'étamine rouge, 6 chaperons d'étoffe rouge, 1 pièce de serge bleue.

15* La garniture du dais, couleur rouge.

16® 4 tuniques rouges.

17*> 1 croix en fer pesant 110 livres.

18® 1 corde provenant de la cloche, et 1 chandelier d'étain pesant 3 livres.

Le presbytère fut également confisqué pour servir de maison d'école des filles, 7 avril.

Le dernier compte de fabrique, rendu devant la municipalité le 29 messidor (Il juillet), nous révèle quelques autres profanations.

Dépenses : Pour la démolition du jubé, suivant Tauthorisation

de la municipalité du 29 avril 3 -H-

Aux citoyens François Roussin tt autres sans-culottes, pour

avoir fait disparaître tous les signes qui avoient trait au fanatisme 8 ^

Recettes : Vente de la démolition du parquet des ci-devant

frères de la charité 46 #16*

• Vente de feraille provenant de la ci-devant église . . 31 # 14*

Le 21 juillet, il fut déposé au district de Chartres 188 livres 8 onces de plomb provenant aussi de la ci-devant église de Lèves.

Ordre avait été donné de vendre, avant le 5 frimaire an III (21 novembre 1794), le mobilier : bancs, autels, boiseries; « Ces bois, disait-on, étaient inutiles... en les vendant, on donne aux habitants des campagnes la facilité de se fournir de plusieurs meubles dont ils ont besoin, m

A cette nouvelle, grand émoi : « Parmi ces bancs, il en est beaucoup qui appartiennent à différents particuliers qui, dans le temps les ont achetés et placés à leurs frais; ils les réclament aujourd'hui. »

La municipalité couvre sa retraite en écrivant au district « qu'elle désireroit conserver une partie de ces bancs, car c'est en la ci-devant église que le peuple se réunit tous les décadis pour y entendre la publication des loix ; c*est là aussi que deux fois par chaque décade la société populaire tient ses séances. Si tous les bancs sont vendus, il en résultera... qu'il sera difficile au peuple de se réunir pour entendre la publication des loix et à la société populaire d'y tenir ses séances.

« Quant aux différentes armoires, boiseries et autres bois, le directeur des travaux pour l'extraction du salpêtre s'en est emparé pot/r Viisage de Vaitelier^ lequel est pratiqué dans le chœur de la ci-devant église. »

Il fallait se hâter de faire Tinventaire de ces meubles et de les vendre.

La 1'® opération eut lieu le 18 thermidor, 5 août 1794. Nous voyons défiler les bancs à claire-voie, les marchepieds des autels ; un prie-dieu, une balustrade en bois de chêne, (table sainte) ;, les pentures des boiseries du

sanctuaire et du chœur peintes en gris, les boiseries du maître-autel, peintes également en gris, une colonne de bois peint en bleu, la coquille du reposoir, un vieux bahut de la confrérie de Notre-Dame de Liesse, une armoire à 3 battants, le lutrin, 15 bancs à claire-voie, 10 autres lots, le coffre aux ornements d'autel, un bénitier en pierre de taille, les fonts baptismaux, etc. »

La mise aux enchères eut lieu le 30 thermidor ou 17 août, et produisit 648 livres.

La plupart des acquéreurs rendirent plus tard à leur église les objets acquis, nous aimoYis à le croire, dans cet unique but de préservation.

Mais la Terreur ne pouvait durer toujours. Le sentiment religieux se manifestait avec plus d'audace : k Le 16 brumaire (6 décembre 1794), le Conseil est informé que 2 particuliers : Jean Gougis et Louis Deniau se sont avisés de conduire un mort au tombeau en chantant des psaumes et des Libéra^ suivant le rit du culte catholique. Citoyens, ce sont là des commencements. Si vous les laissez faire peut-être iront-ils plus loin, peut-être s'aviseront-ils à rinstar de ceux du Coudray, de chanter des messes, n

La réaction devint bientôt victorieuse par la chute de Robespierre, nos terroristes de Lèves furent dénoncés et le C, Gaigné instituteur, fut mis au premier rang sur la liste (26 avril 1795).

En eflfet, dès le 18 germinal an IV il3 avril 1795) (1), le C. Nicolas-Jean-René Texier, en vertu de la loi du 7 vendémiaire (28 septembre 1794), fait déclaration « qu'il est « dans l'intention d exercer les fonctions du culte catho- « lique et romain dans le temple de cette commune des- « tiné à cet effet ».

(1) Quelques jours plus tard, le 7 mai 1795, la fameuse bande d'Orgères ▼enait assassiner d'une manière a£freusele sieur Horreau, bourgeois» et sa femme, aux Graviers de Lèves. Le crime fut accompli, sur Tindication de Pelletier et de sa femme, vignerons des victimes, par Marabou, Le Grand sans-pouce, Le Beau François, Le Borgne dû Mans et le Gros-Beauceron.

Les criminels furent exécutés le 3 octobre 180&.

Après un nouveau retour au fanatisme antireligieux, Anne Mulard, le 4 vendémiaire an V (25 septembre 1796) et Anne Lefevre, le 30 fructidor (16 septembre 1797), ministres du culte catholique, firent pareille déclaration.

Nos registres sont muets sur l'exercice de leur ministère; il y eut évidemment des difficultés jusqu'au 25 prairial an VIII, 14 juin 1900, à la veille du Concordat. Un arrêté de police des cultes est alors publié : « Il est parvenu à notre connaissance que diverses insultes ont été faites depuis quelque temps et à différentes époques à plusieurs personnes à raison de l'exercice du culte... qui sont de nature à dégénérer en troubles qui pourraient altérer la tranquillité publique. » C'est pourquoi il est statué que l'église sera ouverte de 8 h. à 10 h. et de 11 h. jusqu'à 1 h. ; ' puis de 2 h. à 4 h. et 4 h. 1/2 à 6 h. ; que ces heures serqnt alternativement destinées à chacun des deux ministres (1). »

Le Concordat de 1801 fit disparaître ce reste de discorde et le 2 prairial an XI, 22 mai 1803 (2). Michel-François Sèment nommé desservant de Lèves par TEvêque, fut solennellement installé (3).

Le 15 mai précédent, le conseil s'était réuni pour faire restaurer le presbytère; voter un traitement de 600 francs, avec 200 fr. de supplément, et décider la vente de la grange dixmeresse dont le produit « servirait à rétablir en partye le presbytère, en partie l'église .et le clocher qui sont dans le plus mauvais état ».

L'acte est signé par les mêmes conseillers qui en 1793 et 1794 prenaient toutes les mesures de persécution.

Le clocher était lézardé « d'une manière effrayante ».

(1) Le 8 août 1800, Louis-Charles-François Guibert, ministre du culte catholique, avait aussi fixé son domicile à Lèves.

(2) Le 1*^ acte du 1*' registre de catholicité a été rédigé par un nommé « Fourré, prêtre, de présent à Lèves, en l'absence et du consentement de M. Sèment, nommé desservant de S. Lazare de Lèves, m

(3) Il y eut 2 tambours, auxquels on donna 8 francs.

Les habitants consultés émirent en majeure partie le vœu de conserver le clocher et de réparer la toiture de Téglise (30 juin 1803) ; les travaux étaient exécutés le 7 brumaire an XII (30 novembre 1803) et s'élevaient à 445 fr.

L'assistance des fidèles aux offices était nombreuse, les places produisirent 171',60; les quêtes 68',20.

Le 5 août 1804, la fixation des cures et des dessertes mit la population en émoi, et dans une longue délibération, le Conseil de la commune fit valoir toutes les raisons en sa faveur : la population, qui s élevait à 1.100 habitants, la position favorable du centre religieux auquel on pouvait rattacher Gorget et Séréville, trop éloignés de leurs chefs-lieux, le bon état de l'église et du presbytère, le traitement voté de 600 fr. (dont la valeur relative alors dépasserait 1800 fr. de nos jours : 1908).

Le vœu fut exaucé.

Grâces à Dieu, la persécution était vaincue, et la religion, victorieuse, oubliant les injures et les déprédations dont elle avait été la victime, reprenait avec amour son ministère de paix et de civilisation.

M. Sèment, né à Chartres, avait été vicaire de Neaulphele-Vieux, 1780, curé de Mondre ville en 1785 et d'Abondant en 1790. En 1793, il avait été incarcéré à Paris et à Versailles ; en 1798, il était revenu dans sa chère paroisse. Sa nomination à Lèves le rapprochait de sa famille.

Son ministère fut calme et paisible ; d'ailleurs au point de vue religieux les paroissiens ne semblent pas avoir été beaucoup ébranlés dans leurs convictions pendant la tourmente révolutionnaire. Ils n'avaient point cessé de recourir aux prêtres demeurés dans la paroisse au péril de leur vie, et rares sont les actes de baptême ou de mariage qu'il eut à célébrer tardivement. Nous n'avons trouvé qu'une famille, d'ailleurs étrangère à la paroisse : celle de Gabriel-François Forestier, inspecteur des Eaux et Forêts, et de Henriette-Rosalie Drouin, qui firent baptiser, le 30 avril 1804, leurs trois enfants âgés de 8, 5 et 2 ans.

Le vénérable curé, malade depuis le 20 novembre 1814, dut se faire aider par un vicaire, M. François Ledru qui signait son premier acte le 2 août 1815. Il était né à Saint- Corneille, près Montfort (Sarthe), le 8 septembre 1787 et avait déjà exercé à Epernon, à Emancé, à Luisant et à Alluyes (1) et avait été vicaire à Saint-Pierre de Chartres(2) .

De fait, M. Ledru avait toute la charge du ministère, et dès le mois de septembre signait volontiers du titre de vicaire desservant.

Le 29 septembre 1816, il donnait la sépulture à Denis Gratien, âgé de 81 ans, trouvé assassiné en son domicile à la Ravaudière.

Ce fut en cette même année que nos registres font mention des enfants trouvés du bureau de Josaphat : « baptisé un garçon déposé au bureau des enfants trouvés à Josaphat. »

Du 8 décembre au 31, nous en comptons 9. En 1817, il en fut déposé 116.

M. Michel-François Sèment, curé de Lèves, décédé le jeudi 5 février 1818, fut inhumé le 7 ; M. Ledru prenait le titre de curé dès le 14 février.

(1) Adresse aux habitants de Lèves, 1835.

(2) Lettre d'un habitant de Lèves, 1^3.

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