IX. — L'église française de Lèves
M. Ledru exerça paisiblement ses fonctions depuis 1818 jusqu'à 1832.
Aucun fait ne semblait devoir attirer sur lui l'attention publique. Aucun travail de restauration à Téglise ; il prêchait peu ; îl était aimé de ses paroissiens.
Mais voici qu'en cette année le bri.'i <;e répandit de son départ. La raison n'en était pas connue ; les uns prétextaient des idées politiques, car il aimait à se dire partisan des institutions de juillet (révolution de 1830); il avait souscrit « pour les glorieux combattants des trois journées^ avait béni le drapeau tricolore et habillé de ses deniers le tambour de la garde nationale ».
Le véritable motif, secret d'abord, fut bientôt connu : une doctrine erronée, contraire au dogme catholique (i).
Grand émoi dans la bourgade.
La politique, mise en jeu, devait conduire aux pires extrémités.
Une pétition fut signée, ou plutôt injonction était faite à TEvêque de rétablir le curé, d'ailleurs insoumis, avec menace de recourir en cas de refus à l'Eglise de l'abbé Châtel. Les journaux politiques hostiles à la religion attisaient le feu de la colère ; 3 ou 400 personnes se portèrent à Chartres conduisant à J'Evêché la délégation qui devait se présenter au prélat.
Des cris de menace furent poussés, le soir des jeunes gens tentèrent un charivari.
La réponse ne pouvait être douteuse.
(1) Il Tavoue lui-même dans une de ses brochures : Adresse aux hsLbiiants de Lèves, 1835. Dès 1830, il adhérait aux erreurs de Tabbé Châtel et avait commencé à les prêcher à ses fidèles, par des voies détournées, car « le moment n'était pas encore venu de parler ouvertement s.
L'abbé Langloîs fut nommé à la cure de Lèves, mais ne put être installé. L'abbé Ledru, malgré son interdit, continuait à célébrer un culte, auquel il ne croj^ait plus, dans Téglise paroissiale, jusqu'au 22 janvier 1833 ; se résignant à peine à remettre alors les clefs au maire.
Le 26 décembre 1832, il avait commencé l'acte d'inhumation d'un M. Lemoine; il n'en écrivit que la l'aligne.
Aucun acte n'est inscrit dans le registre catholique jusqu'au 3 septembre 1833. En effet le peuple, qui n'était pas grand clerc, n'en aimait pas moins ce prêtre qu'il voyait depuis dix-sept ans, affable, indulgent, trop peut-être. Des souscriptions avaient été faites en sa faveur à Chartres ; à Lèves, une grange était mise à sa disposition, munie d'un drapeau tricolore, et le dimanche 27 janvier il y chantait une messe en latin car il n'avait pas eu le temps de la traduire en langue vulgaire, sauf le Domine Salvum^ qui fut chanté en mauvais vers français.
Le 21 février, était annoncée l'arriv^ée prochaine de Tabbé Auzou, de Clichy, le rival de l'abbé Châtel, fondateur de l'Eglise française et qui depuis s'en était déclaré l'évêque primat, par élection du peuple.
L'adhésion solennelle de l'abbé Ledru au nouveau culte n'eut lieu que plus tard, mais en attendant il publiait sa profession de foi où il condamnait catholiques et protestants, déclarant rejeter les mystères, les sacrements, le célibat des prêtres et ne plus croire qu'en sa raison.
Les esprits s'exaltèrent.
Le 12 mars, un habitant vint à mourir déclarant rester fidèle à la religion de ses pères ; le maire, M. Barrelier, voulut faire respecter sa volonté. L'Evêque envoya donc un vicaire de la cathédrale, l'abbé Duval, accompagné d'un séminariste Les parents et voisins, partisans de TEglise française, résolurent de s'y opposer. Un attroupement se fit, poussant des cris hostiles : les femmes se faisaient remarquer par leur nombre et leurs menaces contre les deux ecclésiastiques. Ceux-ci durent renoncer à leur mission.
et tentèrent de s'esquiver. Ils auraient été victimes de leur devoir si un conseiller de préfecture, bien connu dans le pays (1), ne les avait recueillis dans son cabriolet jusqu'à Chartres. — Après leur départ M. Ledru, muni d'autorisation, put imposer sa liturgie au défunt récalcitrant.
Le 28 mars, une seconde sépulture dut se faire à Champhol, et après la cérémonie religieuse le corps fut porté au cimetière de Lèves.
Le 41 avril, l'abbé Auzou vint pendant trois jours faire des prédications à l'église française. A cette occasion les dames avaient offert à M. Ledru une ceinture aux trois couleurs « dont il s'est empressé d'orner son vêtement de prêtre ».
Cependant Monseigneur TE vêque avait nommé M. l'abbé Dallier, curé de Lèves; son installation devait avoir lieu le 28 avril. Pour prévenir des troubles, faciles à prévoir, le préfet s'y rendit, avec le général du 4' régiment de chasseurs, à la tête d'un escadron, et le commandant de la gendarmerie avec une escouade de gendarmes.
L'église était fermée, les serrures remplies de graviers. Un serrurier, Chevallier, fut requis pour ouvrir les portes, mais effrayé par les menaces des femmes qui barraient l'entrée du temple, il s'enfuit, emportant les clefs.
Le préfet manda de Chartres le procureur et son substitut pour verbaliser. Dans l'intervalle, l'abbé Ledru, sortant de sa grange, était acclamé, et la foule s'était considérablement augmentée. Le préfet et le procureur furent accueillis par le chant de la Parisienne et de la Marseillaise^ par des cris injurieux et des menaces. Il n'y avait plus qu'à recourir à la force.
Un nouvel escadron de chasseurs fut mandé, ainsi que des ouvriers serruriers pour ouvrir les portes. La nouvelle s'en répandit dans la foule, qui furieuse, élève pré-
(1) Labbé Duval fut saisi à la gorge et fort malmené ; M. le maire fut blesse grièvement.
cipitamment deux barricades aux deux bouts de la rue de TEglise, et s'approvisionne de pierres. Des hommes montent au clocher et sonnent le tocsin. C'était la révolte.
Les gendarmes occupent la route des Grands Prés, les soldats la route de Paris. Le général essaie de parlementer, et reçoit une pierre à la tête, les soldats ont Tordre de marcher en avant^ le sabre et la lance à la main. Une lutte assez vive s'engage, le sang coule, et les pierres qui pleuvent sur les soldats les forcent à reculer. De guerre lasse, le préfet, ne voulant pas ordonner le massacre, se retire avec toute la troupe, pour revenir à Chartres, laissant, par un fatal oubli, Tabbé Dallier et le séminariste qui l'accompagne sans défense à la mairie.
Exaltés par leur victoire, les révoltés enfoncent les portes de ce refuge, s'emparent d'eux et les maltraitent. Ceux-ci se trouvent bientôt dans une situation des plus critiques. Deux femmes prennent l'abbé Dallier chacune par un bras, et ne l'ont point quitté jusqu'à Chartres, une troisième les précède frappant ses sabots comme des timbales. On criait à l'eau, le prêtre fut frappé à la tête et reçut bien des coups pendant lé trajet. On lui mit à la main un b&ton, orné de rubans rouges ; mais un homme fort et robuste, nommé Girard, se fit son protecteur et empêcha un malheur irréparable.
Le séminariste, M. Auzerai, ne fut pas moins maltraité. On lui mit une calotte rouge sur la tête et il dut payer des gâteaux à ses conducteurs, mais un nommé Leguay le préserva de son mieux.
La foule, à son arrivée à Chartres, s'accroît considérablement, et rien ne s'opposant à son passage, pénètre dans l'évêché; en quelques minutes, les vitres, les glaces, les pendules, le billard, une calèche et autres meubles sont brisés. L'évêque, heureusement, était à la Cathédrale.
Enfin^ les chasseurs remontent à cheval et mettent en fuite la foule massée devant le palais. Le capitaine des
voltigeurs reçoit à la joue un coup de pierre qui lui fait une blessure profonde.
Avec la nuit, le calme se rétablit.
A Lèves, le trouble avait suivi son cours. L'adjoint, M. Gougis, à défaut du maire, qui n'avait pas osé paraître, n'avait pas craint de seconder les efforts du préfet, et de faire aux émeutiers les trois sommations légales ; il faillit devenir la victime de son devoir. Les émeutiers envahissent sa maison, deux femmes le saisissent par sa redingote, le renversent à terre ; il reçoit à la tête un coup de pierre qui lui fait une blessure assez grave, on le traîne dans la rue ; il parvient à se cacher chez une voisine, la femme Mauger, mais il est bientôt découvert et frappé ; il eut à souffrir les plus mauvais traitements.
La maison d'école elle-même subit les plus grands dégats.
Telle fut cette terrible journée du 28 avril. 50 personnes furent compromises ; 12 comparurent en simple police et furent condamnées à 5 mois de prison. 32 passèrent aux assises le 1'*^ juillet. Plusieurs étaient connus par des surnoms restés encore dans le souvenir.
Citons les plus étranges :
Louis B... dit Citron^ Henri B.. dit Chat-Blanc, François Florent dit Gourdon, François S... dit Loulou^ Charles C... dit Bombance y Ftslxiço'xs Denis dît Rognon^ François dit Beauventre, L... dit Saint-Afrique^ R,.. dit Lepape, Jeanne dite Carnaval^ Louis dit Bacchus et maints autres.
La population avait eu à subir une véritable occupation militaire. Comme une ville prise d'assaut, chaque habitation avait été « surchargée » de soldats à loger et à nourrir, parfois au nombre de 7 ou 8. D'autre part, les gens de Lèves étaient lobjet de bien des railleries de la part des pays voisins, on leur demandait du Baume de Fier-à-bras, de l'onguent Miton-Mitaine, etc. ; n avait-on
pas publié môme un poème burlesque qui les rendait la risée de tous?
A la longue, les esprits s'étaient calmés. Un prêtre catholique M. Forges, avait été installé et exerçait sans difficulté son ministère.
A toutes ces circonstances qui devaient influencer l'esprit dés jurés, vinrent s'ajouter les dépositions des deux ecclésiastiques qui avaient le plus souffert de Témeute. « Elles furent pleines de modération. L'abbé Dallier déclare qu'il ne connaît que deux personnes et il est heureux de les connaître, car dans sa conviction, il leur doit beaucoup d'obligations. » L'abbé Auzerai affirme « qu'il doit remercier Louis dit Bacchus de l'avoir garanti de mauvais traitements. ». Les principaux inculpés ainsi défendus ne pouvaient être condamnés et l'acquittement était assuré pour tous. Après un débat de 3 jours la sentence fut prononcée le 3 juillet, les accusés furent rendus à la liberté, sauf Sébastien Loulou pour outrages bien constatés au commandant.
Quelques jours plus tard, les douze condamnés du tribunal de police voyaient leur appel à Versailles obtenir y ne réduction de peine de 5 mois à 3 mois, avec le bénéfice de la prison préventive. C'était aussi la liberté.
Pendant quelques temps les esprits furent inquiets. Une vive polémique s'engagea entre le prêtre insoumis, hérétique ou plutôt renégat, et ses confrères. Des brochures, trop nombreuses peut-être, furent publiées. Voici la liste de celles que nous avons recueillies.
1° Profession de foi de l église française catholique et apostolique de Lèves, (8 pages, in-8% datée de Paris, le 20 janvier 181^). — Imprimerie Garnier fils, Chartres, place des Halles.
2" Voici ce qui vient de paraître ! x>u l'admirable et superbe profession de foi rédigée par M Ledru. Signé : F. L.
(8 pages in-8*, Versailles, imprimerie de G. C. Vitey).
3® Lettre du curé de Mainvilliers près Chartres, à M. Ledru ^ fon-
FAÇADE DE l'ÉGLISE RESTAURÉE
dnieurde V église française de Lèves, en réponse à la profession de foi de V église française.
Signé : Ph. Lambert, curé de Mainvilliers, 30 janvier 1833.
(14 pages, in-8*. Chartres, imprimerie La balte, 1833).
4® Lettre du curé de Voves, en réponse à V appel aiio? prêtres consciencieux fait par M, Ledru, fondateur de l'église française de Lèves, adressée au même M. Ledru, par l'auteur.
Signé : Timon, curé de Voves, le 12 février 1833.
(16 pages, in-8®. Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
5'' Lettre d'un habitant deLèves, à M. l'abbé Ledru, ci-devant prêtre catholique-apostolique-romain et maintenanC curé catholique français.
Signé : T. S. 18 février 1833.
(18 pages, in-8^ Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
Elle fut attribuée à M. Bouvet, ancien maire de Chartres, habitant alors à Séchecote, commune de Champhol, qui s'en défendit.
6** Lettre d'un paroissien de Lèves à son curé.
Signé : A. 21 février 1833.
(22 pages, in-8®. Chartres, imprimerie Labalte. 1833).
7** Réponse à V appel de M, l'abbé Ledru, ci-devant curé de Lèves, relativement à sa profession de foi par une ancienne connaissance. Signé : A.
(47 pages, in-8'. Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
8. Lettre de M. Ledru au curé de Mainvilliers. (Citée dans le n^ suivant).
9® Lettre du curé de Mainvilliers aux prêtres de Clichy. Réplique aux invectives de r église française.
Signé : Ph tambert, curé de Mainvilliers, 15 avril 1833, (23 pages, in-8*'. Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
10® Discours prononcés dans la cathédrale de Chartres au sujet du schisme de Lèves.
(32 pages in-8**. Paris, imprimerie d'Adrien Le Clère et O*', quai des Augustins, n*" 35, 1833).
fl®' Discours, p. 1 à 15 — 2^ Discours, pages 16 à 32).
11** Lettre pastorale de Monseigneur VEvêque de Chartres (au sujet du schisme de Lèves).
Datée du 12 mai 1833.
(16 pages in 8*. Paris, imprimerie A. Le Clère, etc. 1833).
LÈVKS * 17
152 SAÏNT-LAZARG DE LEVES
12° Le Catholique Français, ou la Religion de la Raison, • , (Brochure paraissant tous les dimanches. — Paris, Prévôt, libraire éditeur, rue J.-J. Rousseau, n® 5. — Mansut, libraire, rue de TEcole de Médecine. — 1833, imprimerie d'Auguste Mie).
Page 78 (n® 5 janvier J 833), annonce d'une église française à Chartres, (lisez : Lèves), page 186 (n<* 12, mars 1833), mention de TEmeute 4u 28 avril, à Lèves.
13** Le Ron Paafeur, journal de Téglise de Clichy, le n® 3 contient une lettre de M. Ledru par laquelle il adhère à la doctrine de cette secte, sauf quelques réserves. (Cité dans le n** 15, cidessous, page 11).
14° La Léviade ; poème catholique français, apostolique romain. (Elle parut le 23 mai 1833. [Le Glaneur). (In-8*, 40-XII pages). Chartres, imprimerie Gamier, 1833.
15* Adresse aux habitants de la commune de lÀves, par F, Ledru, (20 pages in-8", Chartres, imprimerie Garnier, 1836).
16** Extrait de la Liturgie de la nouvelle église chrétienne de Lèves. (12 pages in-12. Chartres, imprimerie Garnier, 1835).
17' Liturgie de la nouvelle église annoncée et signifiée dans V Apocalypse par la Nouvelle Jérusalem, In-12 de LII-392 pages, suivie du Supplément à la Liturgie de la nouvelle église, etc., in-12, 31 pages.
(Chartres, imprimerie Garnier, 1836. A Chartres,chez Landry, A Lèves, chez le ministre de la nouvelle église. Paris, Treutzel et Wintz, rue de Bourbon, 17).
18° Les journaux de Chartres : Le Glaneur et le Nouvelliste, et le Nouveau journal prennent part en sens divers à la polémique et suivent au jour le jour les événements ; surtout les phases du procès des émeutiers.
Les registres delà paroisse font toucher du doigt le mouvement de défection qui s'était produit dans la population.
En 1834, il y eut :
te
14 naissances, 3 baptêmes.
33 décès, 11 sépultures.
6 mariages. 3 mariages.
1835 9 naissances, 27 décès, , 12 mariages.
1836 14 naissances,
22 décès.
12 mariages.
1837 19 naissances,
51 décès, 7 mariages.
1838 17 naissances, 33 décès,
15 mariages.
1839 13 naissances, 25 décès,
10 mariages,
5 baptêmes.
9 sépultures.
5 mariages.
13 baptêmes (dont 5 d'enfants
trouvés).
5 sépultures.
9 mariages.
20 baptêmes (dont 3 d'enfants
trouvés).
23 sépultures.
6 mariages.
25 baptêmes, 34 sépultures.
14 mariages.
15 baptêmes.
15 sépultures.
12 mariages.
M. Fabbé Jean- François-Toussaint Forges, curé deMiermaigne, alors âgé de 34 ans, installé à Lèves le 21 juillet 1833, ne sut pas mettre une digue au torrent d'indiscipline. Son église était peu fréquentée ; le 10 mai 1835, il déplorait « les malheureux événements qui ont divisé Téglise de Lèves et ont porté un grand préjudice au revenu de la fabrique », et en conséquence il abaissa le prix des bancs et des chaises.
Malgré son insuccès, il quitta avec regret son poste le 28 avril 1838, pour se retirer à Chartres.
M. Ledru lui-même avait perdu un grand nombre de ses partisans ; ceux qui restaient étaient bien tièdes et peu généreux, les subsides promis dans le principe se faisaient rares; il eut bientôt à souffrir la plus profonde misère, et mourut, dit-on, d'épuisement le 26 août 1837. Son église disparut avec lui.
Lèves au XIX" siècle
ONFiANT dans le secours de Dieu, M. labbé Antoine Migneau, à peine ordonné ■ prêtre, accepta la cure de Lèves, le 30 avril 1838. D'un caractère toujours gai, d'une nature conciliante et d'une grande activité, il fît preuve, malgré sa jeunesse, d'une prudence consommée. Il se mit à l'œuvre sans retard, régularisant les unions, réitérant le baptême sous condition aux enfants baptisés dans le schisme, puis les admettant à la première communion, après une instruction rapide mais suffisante.
Pendant B ou 10 ans; tes registres font mention de ces réhabilitations consolantes.
Nous allons année par année, le suivre dans l'œuvre incessante de la restauration de son église et de sa dotation, grâce aux legs nombreux et aux donations généreuses qu'il savait provoquer avec délicatesse et discrétion.
1841, 25 juillet. Exhaussement da sol de VégUae « évidemmeot trop bas, habituellement humide et malsain, surtout depuis l'i- Dondation de l'hiver dernier, où les eaux ont pénétré dans l'église jusqu'à la hauteur de 40 centimètres, — Dépenses : 1314 fr.
Malgré ce travail, les eaux pénétrèrent dans l'église le 28 janvier 1881. La hauteur des eaux est marquée sur le contrefort extérieur à plus de 0'",50 au-dessus du sol.
1844, 7 janvier. Chaire à prêcher « de stjle gothique, d'après le plan du sieur Bravet, menuisier à Chartres; réparation du Banc d'œavre et balustrade sur les stalles à l'entrée du chœur : 1200 fr.
1841, 18 octobre. Bénédiction de la pierre angulaire de la chapelle de l'Asile d'Aligre.
l'Église restaurée, côté nord
« La pierre angulaire est placée au contrefort, à main droite de la façade, sous laquelle a été placée une boîte renfermant, outre différents objets, les noms de Monseigneur l'Evêque, de M. le curé de Lèves, de MM. les administrateurs, de la sœur Bard, supérieure, de M. Victor Lenoir, architecte- »
1845, 7 septembre. Bénédiction de la cloche, dont voici l'inscription : " J'ai été bénite par L. F. Ed. Pie, vicaire général de Chartres, archidiacre de Dreux et nommée Marie par François-
FAÇADE DE l'ÉGLISE AVANT LA RESTA tIRA.TI ON
Marie Méot et par D'" Rose-Marie-Henriette Célina Clauzel ; M«' Clausel de Montais, évêque de Chartres. M. F. A. Migneau, curé de Lèves, A. C. Delacroix maire, S. Dolu, E. Amy, Aiglehoux, marguilliera. '>
D'après le procès- verbal. M- Pie aurait prononcé un fort beau discours.
L'ancienne cloche avait été cassée le dimanche 4 mai 1845, en sonnant le dernier coup de la messe, elle portait l'inscriptioa suivante : « L'an 1753, j'ai été bénite par M. Pierre Lambert, et nommée par messire Dom Louis Josué de Fauchais de la Faucherie, religieux de la Congrégation de S. Maur, prieur de l'abbaye de S. Père de Chartres, et noble dame Loaise-Denise-Fran-
158 SAÎNT-Î.AZARE DE I ÈVES
çoise de Cugnac, épouse de M" Nicolas-Louis de Bruet» chevalier, seigneur de la Chaisnaye. M. Claude Bouchars, Jean-Baptiste Mari. Guillaume Durant, tous trois gagers. »
L'ancienne pesait 431 kil.\ la nouvelle 482 kil.
Refonte de la cloche : 594 fr.
Réfection du beffroi : 900 fr.
1846, 22 janvier. Bénédiction de U chapelle d'Aligre et translation des cendres de M™** la marquise d' Aligre, dans le caveau, au milieu de la chapelle.
1846, 15 novembre. Le Conseil municipal « considérant que le presbytère actuel tombe en ruines et que depuis 10 mois le prêtre ne l'habite plus, » approuve le devis de reconstruction s'élevant à 9995^,22. Les travaux confiés à M. Damars, architecte, et exécutés par Gérondeau et Oury, par suite de modifications au cahier des charges, dépassèrent de 1107^,47, le crédit prévu. Ils étaient terminés le 20 mai 1849. et après quelques difficultés furent payés le 9 février 1851.
1848, 30 avril. Bénédiction par M. Tabbé Pie, vicaire général de \ autel de la Sainte Vierge, « en pierre, construit par M. Rerver», lOOOfr.
M"* Barrellier avait donné 200 fr.
1850. Translation des reliques de S.' Théodore, par M. Tabbé Pie, V. g. Cette translation avait été précédée d'une reconnaissance officielle dont l'acte authentique, rédigé par M.Tabbé Pie, lui-même, alors évêque nommé de Poitiers, affirme que ces reliques furent retirées du bûcher dressé devant les portes de l'église abbatiale, où l'on avait jeté Ja chasse, la plus grande partie des reliques de l'abbaye avec la statue et la bannière du saint, par Anne Scholastique Gommier, qui depuis avait gardé avec grand soin ce précieux dépôt, d'après le témoignage de personnes dignes de foi et spécialement de Philippa Gommier, nièce de la dépositaire, 14 septembre 1849. La translation eut lieu le l^' septembre 1850, solennité de la fête de saint Lazare.
1851. Stalles dans le chœur j construites par M. Buthon, 450 fr.
1859. Réparation de la toiture de l église^ rejointement et assainissement des murailles par la commune.
1859-1862. Etablissement d'un lambris de chêne à la voûte de l'é-
glise ; projet dressé par M. de Fréviile, agent-voyer cantonal le 5 mai ; exécuté par M. Buthon, menuisier à Lèves en 1862. Coût : 5219^ 27.
1861, 29 juillet. Don de 5fr. de rente par demoiselle Marie Clauzel^ demeurant rue Caumartin, 10, à Paris, et au Mousseau de Lèves, à charge d'une messe le 15 février, pour le repos de Tâme de sa mère, M°* Camille-Louise Sophie Costaz, épouse de Gabriel-Pierre-Aimé-Henri, comte Clauzel, décédée au Mousseau le 15 février 1859. Autorisation de l'Empereur du 10 juin 186L
1865. Reconstruction du clocher. L'ancien menaçant ruine, le Conseil de fabrique approuve le plan dressé par M. de Fréviile le 12 mars 1865 pour la commune qui prenait ces travaux à sa charge. Ce projet fut abandonné. Le 4 avril 1869, la fabrique approuva un nouveau projet dressé par M. Moutoné, architecte, s'élevant à 15,000 fr. il fut approuvé et mis à l'adjudication le 29 mai 1870. u La partie faisant saillie dans l'église sera démolie et supprimée ; il élève quelque peu la maçonnerie, exhausse aussi la charpente et surmonte le tout d'une flèche qui paraît gracieuse. »
Les travaux, confiés à M. Bégué, furent retardés par la guerre de 1870-71. Ils étaient terminés en 1873 et le compte fut vérifié et approuvé le 4 mai 1873, et clos au chiffre de 16,021^, 53. Y compris la sacristie^ construite au midi de l'église
1868, 30 août, acceptation d'un don de 6 francs de rente fait par Eugénie Godfrin, à charge d une messe par an pour le repos de l'àme de Philippe-Adrien Begnault La GallièrCy son mari, décédé à Ouarville, commune de Lèves, le 10 janvier i849. L'acte définitif fut passé le 8 octobre 1868 en l'étude de M** Bonnard, notaire à Chartres.
1871, 17 décembre, acceptation d'un legs de 200 francs fait à Téglise par AT. François Méot, propriétaire au Bois de la Chambre, par codicille du 2 novembre 1869, « pour venir en aide à la reconstruction du clocher *».
1872, 7 juillet, acceptation d'un legs de 100 francs fait le 12 mai iS72^eLT Louise- Agathe-Elisabeth Brillant, décédée le 25 mai 1872 « pour les réparations de la chapelle de la sainte Vierge ».
1874, 4 octobre, acceptation d'une donation de 36 francs de
rente par Marie-Emilie Faucheux^ veuve de M. Jacques-Jean Milon, demeurant à Paris, 86, boulevard Beaumarchais, et à Longsault à Lèves, à charge de 26 messes par an.
4 avril 1875,acceptation d'undevis de travaux dressé parM.M outoné, architecte, le 30 octobre 1872, pour reslauralion de la toiture^ enduits intérieurs^ fenêtres de V abside, « qui avaient été fermées par de mauvaises maçonneries » , murs et voûte de la chapelle sous le clocher, s'élevant à 11, 061 ',43. Les travaux furent exécutés la même année, car un mémoire de M. Albert Antoine, peintre à Chartres, s'élevant à 2,275^,59 fut soldé le 7 novembre 1875. Il s'agissait des peintures décoratives du lambris du sanctuaire, des murs du chœur à partir du lambris jusqu'au soubassement, 4 croix de consécration, etc.
4 juillet 1875^ acceptation d'un legs de 1500 francs, en vertu du testament du 18 octobre 1874 de Emilie Dupont, veuve de François- Félix Périer, décédée le 23 octobre suivant, à charge de messes qui furent fixées au nombre de 27 au- lieu de 30, vu l'insuffisance de la rente, par décret épiscopal du 28 décembre 1876.
21 juillet. 1878. Acceptation d'un legs de 25 fr. de rente, en vertu du testament de Louis-Etienne Beaufre^ à charge de 12 messes. M"® Catherine -Euphrasie Favier, veuve Beaufre, ajouta 15 fr. de rente pour rendre possible l'acceptation de cette charge, par acte du 26 juillet d878.
id novembre 1884. Acce^ptation d'un legs de 1.000 fr. par M"* Marie-Désirée-Amélie Chevé^ le 1®' mai 1884, à charge de messes qui furent fixées au nombre de 12.
En 1888, M. Antoine Migneau fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale de Chartres, à l'occasion de ses noces d'or de prêtrise et de curé.
18S9. Restauration du pignon de l'église. Le 28 avril, le Conseil de fabrique applaudit au projet formé par M. l'abbé Migneau, au lendemain de sa cinquantaine de prêtrise et de curé dans la paroisse, de refaire le pignon de la façade de l'église, et de Tajourer de 3 nouvelles croisées. Le devis s'élevait à 4500 fr. Il fit également agrandir !cs 4 fenêtres de la nef du côté nord de 17 centimètres 1/2 sur tout leur pourtour. Ces fenêtres avaient les 2 plus rapprochées de la porte d'entrée 2",30 de hauteur, sur 0",65
ÉGLISE DE LÈVES l DE LA COUR'dK l'aSILE I
de largeur, les 2 autres 2"*, 40 sur 0"',69. Elles ont actuellement
2",70sur 1 mètre. Avec ce supplément les dépenses s'élèveront à
5.299',66. Architecte, M. Vaillant ; entrepreneur, M. Rochereuil.
19 octobre 1890. Acceptation d'un legs de 70 fr. de rente par M"*® Catherine-Eaphrasie Favier, par son testament du 1*' septembre 1890, à charge de 12 messes, approuvé par décret du 8 juin 1891.
29novembre 1890. Acceptation d'un legs de l.OOO fr. par le testament du 30 juin 1872, deM^^ Rose-Marie-Henrieile Clauzel^ comtesse Pierre, décédée le 12 mars 1889, veuve de Justîn-Georges- René, comte de Pierre, à charge de 12 messes, autorisé par décret du 14 janvier 1895.
6 décembre 1896. Acceptation d'un legs de 70 fr. de rente en Vertu du testament de M"** Elisabeth- Armand ine Maintien, veuve Lelong, daté du 6 mai 1881, à charge de 12 messes, approuvé par décret du 7 mai 1897.
1897. Etablissement d'un calorifère par décision du 19 septembre 1897, par M. Hébert, entrepreneur à Versailles pour 2.300 fr.
1897. M. Migneau, le 2 février, s'engage à faire personnellement tous les frais de Tachât et de la pose de 2 cloches « heureux de pouvoir, sur la fin de sa carrière, laisser à ses bien chers paroissiens, qui forment depuis bientôt soixante ans sa famille spirituelle, le souvenir de son long séjour parmi eux ».
Le baptême de ces 2 cloches eut lieu solennellement le 4 avril 1897, par M^' Mollien, évéque de Chartres.
Voici les inscriptions que portent ces deux cloches :
1 . J'ai été bénite le 4 avril 1897, sous le pontificat de Léon XIII et l'épiscopat de M»'' Gabriel Mollien, évêque de Chartres. J'ai eu pour parrain M. labbé Antoine Migneau, mon donateur, et pour marrfi^ineM™' Duparc, Elisabeth-Henriette; étant fabriciens M'* Huet, maire, et Desilles, président, Soteau, trésorier, Houdebert, Debeauce et Prosper Gauglin.
Donnée à l'église de Lèves par Tabbé Antoine Migneau, chanoine honoraire de N.-D. de Chartres, curé de la paroisse depuis 1838, afin de perpétuer son appel à venir prier Dieu.
Saint Lazare, patron de la paroisse, protégez-la.
L,a 2* ne diffère que par les noms des parrain et marraine. « M. Petrot-Garnier, Pierre- Auguste Simon, et Mme Petrot- Garnier, MaheLucile. »
A ce tableau il faut cependant en ajouter un autre. Construction d'un maitre-autel, à la place de lautel grec è rétable qui cachait les vitres du fond. Le nouveau fut construit en bois avec des débris de l'ancien, sur le modèle du maître-autel de Saint-Merry de Paris, aux frais de M. Chevé, qui offrit également le vitrail de la fenêtre du fond représentant le crucifiement, 1872.
Les 4 autres fenêtres du sanctuaire furent à la même époque garnies de verres peints, tous sortis des ateliers de M. Lorin de Chartres.
A gauche : Bésurrection de Lazare^ et V Annonciation ;
A droite, Madeleine aux pieds de Jésus ^ et la Visitation^ donnés par M. et M« Milon, 1872.
Les 2 vitres à 2 meneaux du grand chœur furent données, celle de gauche, la Nativité et r Adorations par M. Etienne Beauffre, celle de droite : Jésus et les Enfants^ par M. Tabbé Migneau,en 1878.
La Mort de saint Joseph, sous le clocher, par la confrérie de la. sainte Vierge, 1879.
En face, dans la bhsse nef, le Couronnement de Marie par M"« Marie Méot, 1879.
En suivant dans cette nef, se présentent.
Saint Pierre et saint Paul, offerts par les religieuses de FAsile d^Aligre, 1875.
Saint Philippe et saint Eugène^ par M. et M"* Regnaolt La Gaitière, 1875.
Sainte Philomène et sainte Catherine^ par M. Letoomeur.
Le Baptême de Notre-Seigneur^ donateur inconnu. ,
UOculus au sommet du pignon, grisaille, don de M, Prieur Méot, 1889.
Fenêtre du milieu, grisaille, don de M"'*" Juteau et de plusieurs personnes pieuses, 1889.
Le Christ y baie de gauche, don de M. Lelong, 1888.
La Trinité, baie de droite» don de M. Lorin enl87d; placée alors
KGUSE ET PAKOISSE 185
dans la baie du milieu, qui était unique, transférée dans celle de droite lors de la réfection du pignon en 1889.
Les fenêtres romanes du côté nord de la nef représentent Saint Augustin, donné par M°** Carême, 1880.
Sainte Sophie, par M"® LetoUrneur, en souvenir de sa mère,1879.
Saint Louis, par M. et M"" Louis Hardy, 1879.
Saint Joseph, par M. et M°® Joseph Aiglehoux, 1880
Quand ces fenêtres furent agrandies en 1889, ces vitraux reçurent une bordure fleurie large de 0,17 centimètres.
Pour achever son œuvre, M. Migneau n'avait plus qu'à fonder des messes pour le repos de son âme. C'est ce qu*il fit par son testament du 31 mai 1900, léguant la somme de l.OQO fr. pour 4 messes annuelles. Ce legs fut approuvé par TEtat le 27 juin 1902, fut mis sous séquestre en vertu de la loi de Séparation par arrêté du 13 décembre 1905, avec toutes les autres fondations. Tous les titres de rente, inscrits au Grand Livre de la dette nationale et dont le revenu s'élevait à 400 fr., furent saisis contrairement aux volontés formelles des testateurs, le lundi? janvier 1907, parle ministère de M. de Guénet, agent des domaines.
Par ce simple énoncé chronologique des œuvres de M. l'abbé Migneau, il est facile de se rendre compte de l'activité et du zèle de ce vénérable prêtre.
Seul (1) malgré son jeune âge, il sut calmer des esprits profondément troublés dans leurs croyances, les ramener sans bruit, peu à peu, à la vraie foi, sinon à la pratique fervente et régulière. La confiance des personnes éclairées ne lui fit pas défaut, et à son appel les ressources nécessaires pour les restaurations et les embellissements de
(1) M. Migneau eut cependaat plusieurs vicaires : le 7 septembre 1845, M. Sergent/ Pierre, vicaire assistait à la bénédiction de la cloche.
M. Lapierre, Pierre-Eugène, également chapelain de Notre-Dame du Pilier, fut installé vicaire le 1*' novembre 18 6» et vint plusieurs fois officier à Lèves, + le 1" lévrier 1864, — le 1" octobre 1869, M. l'abbé Claudius Petiot, fut installé vicaire de Lèves, auquel aurait succédé M. Tabbé Michon, Jean- François, installé le 5 mars 1782. Le vicariat fut depuis supprimé par l'Etat, au grand détriment du ministère paroissial.
son église affluèrent, discrètes mais généreuses. Le bon curé pouvait se complaire dans le temple qu'il avait décoré : dilexi décorent domus tuœ ; statues, chemin de Croix, vases sacrés, ornements, il avait tout renouvelé. Son église était son œuvre et Toeuvre de tous.
Il avait espéré mourir en paix à Tombre de son clocher, entouré de TafiFection de tous; des larmes jaillirent de ses yeux quand il reçut Tordre de tout quitter. 11 se retira à Bon-Secours à Chartres dans les premiers mois de 1900, où il mourut le J«' janvier 1902.
Il avait semé, d'autres récolteront Ic^ moisson, s'il plait à Dieu.