‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 3)Chapitre 39 sur 55 · VIE PRIVEE - USAGES · texte numérisé non relu

VIE PRIVEE - USAGES

I" — Habitations.

K commune de Broué n'offre qu'un château, celui de Badonville. Il y a quelques maisons bourgeoises à Marolles et à Broué.

L'habitation du cultivateur n est, en général, composée que d'un rez-de-chaussée qui renferme le lit, Tarmoire, la table, Thorloge, le berceau des enfants, etc.

Les plus aisés ont plusieurs pièces. Outre Je principal logement, chaque habitant a une cave, une grange, une étable, une écurie, un toit à porc, un poulailler, le tout avec cour et jardin.

Depuis cinquante ans, il y a une notable amélioration dans.les constructions.

Les anciennes maisons, bâties en terre et non crépies.

n'avaient souvent pour les éclairer qu'un seul carreau ou

bien une étroite croisée de quatre ou six petits carreaux.

Les portes étaient très basses et toutes les couvertures

étaient en chaume.

Aujourd'hui, au contraire, la plupart des maisons ont des fenêtres à deux vantaux et^à grands carreaux: elles sont bâties en moellons et couvertes en tuiles, parfois même en ardoises.

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2** — Nourriture.

L'habitant de Broué fait ordinairement, en été, quatre ou einq repas : deux déjeuners, le première \ heures du matin, le second à 8 heures; le dînera midi; le j^foùterà \ ou 5 heures ; le souper à i) ou 10 heures du soir.

Kn hiver, il fait deux repas de moins et son souper est à 7 heures du soir.

Il déjeune avec du pain et du fromage ; il dîne avec une soupe grasse ou maigre, du lard et quelques fruits ; il goiite avec du pain et du fromage, et soupe avec une soupe trempée en même temps que celle du dîner, que la ménagère a mise dans le lit et recouverte de Toreiller pour la tenir chaude ; et de plus avec une salade, dans laquelle il entre peu d'huile et beaucoup de vinaigre.

Les œufs, le laitage, les harengs, les haricots, les lentilles, les choux, les navets, principalement les pommes de terre, entrent dans la nourriture du cultivateur.

Autrefois il ne mangeait de la soupe au bœuf que lorsqu'il était malade ou le jour de la fête du pays.

Aujourd'hui, il en mange chaque dimanche ; et cependant le porc est encore sa principale nourriture en fait de viande.

Il se croit à la noce quand il déguste un lapin fricassé, une salade avec des œufs durs, du boudin et une galette de farine et de sel avec ou sans graisse.

Le pain du cultivateur est un pain bis fait de farine de blé mélangée à un peu de farine de seigle.

Sa boisson ordinaire est le cidre. Les charretiers et les faucheurs ont le matin un demi-litre de vin.

Il y a soixante-dix ans, le cidre lui-même était rare. Le paysan ramassait les prunelles des buissons, faisait avec

nV2 HRorR

ses ({uelqiies pommes ce ([u'il appelait des dagueiiettes et avee le tout il obtenait une boisson fermentée qui durait toute Tannée, car au fur et à mesure que Ton en tirait par la ehantepleure, on comblait le vide en versant de Teau par la bonde.

La lemme ou la (ille de la maison met le couv(*rt, sert à table, mange en courant, souvent debout ou après les autres.

Kn général, depuis une dizaine d'années, la nourriture est |)lus abondante, plus substantielle et plus saine.

li" — Habillement.

\\n Tan 1000, les habitants de Hroué portaient les cheveux longs, mais Yves de Chartres, dit-ort, le fit interdire dans son diocèse et l'on vit les personnes des delix Sexes porter les cheveux courts.

Voici qtiel élait le costume du laboureuf au XII^ î4iècle.

Il revêtait le sayon qui ne passait pas les genoux. Il mettait par-dessus un surtout ample et codrt, de différentes formes, ressemblant au bardocucul on à la casula des Gallo-Romains.

Le vilain du XIII" siècle ne quittait pas Thabillement court et serré, les braies tannées, les manteaux d'étoffe brune et grossière, la tunique reletlue par une ceinture où appendaient Tescarcelle, le couteau et la cognée.

Hommes et femmes s'envelop|)aient, Thivei*, dans une cape ou chape, long manteau surmonté d'tlrt capuchon qui se rabattait aux jours de pluie.

On ne connaissait pas les parapfuies, ausiâi a la chape de pluie » au tissu impelméable rendait des services excellents.

niun:k * 'M'^

Des heuscs ou houscaiix, grandes botlcs (*n cuir, paraehevaient ce costume séculaire.

Vers la fin du XIN" siècle et pendant le (juinzièine, quelques changements survinrent dans Thabillement des roturiers.

Le chaperon fut remplacé par un ample camail, sur lequel s'enfonçait un a chapel » de feutre.

Bien des hommes de peine avaient encore les cuisses nues, les chausses dépourvues de semelles et d'empeignes Ils marchaient nu-pieds.

Kn KtGl) parut la coiffe ou héguin ; les femmes la portèrent surtout dans les cérémonies funèbres jusqu'en 1850.

De 1800 à 1850, les hommes avaient des culottes à pont, quelques-unes à jarretières. Legiletdes grands jours était de velours fleuri ; la chemise à jabot portait d'énormes boutons de cuivre reliés par une chaînette ; enfin une redingote à grands revers complétait leur habillement. La redingoteétait aussi remplacée par la blouse, en toile bleue, dont les épaules et les poignets étaient garnis de broderies blanches.

Les femmes portaient une robe d'indienne et un bonnet à bajoues.

Les uns et les autres étaient chaussés, suivant la circonstance, de souliers ou dp sabots.

Aujourd'hui, rhabillement du paysan de Broué est exactement le mên^e que celui de remployé citadin. Sa femme et sesj lilles font faire leurs costumes à la ville voisine et Ip tout est réglé, cpiiipi^ ailleurs, sur le grand mouvement de la mode répandu de P^ris sur toute la France.

M^ BROUK

4". — Ameublemettt.

Jusqu en 1820 l'ameublement comprenait un lit à colonnes que surmontait un ciel.

Depuis on trouve des lits à alcôve avec rideaux de serge.

11 V avait encore : une armoire, un coffre, un saunier et un dressoir j)our la vaisselle.

Les horloges avec leur boîte ne firent leur apparition que plus tard.

Quelques images religieuses, appendues aux murs, étaient les seuls ornements des habitations.

Aujourd'hui la mode est aussi entrée dans Tameublement.

On voit des lits à baldaquin, des rideaux multicolores, des commodes, des buffets, des pendules, etc.

Le sommier remplace la paillasse d'autrefois et chaque couchette est garnie d'un matelas, d'un ou plusieurs lits de plume, d'une couverture de laine, d'un couvre-pieds et d'un édred(m avec traversin et oreillers.

.7 — Langage.

On parle aujourd'hui, à Broué, avec plus de coriection et de pureté qu'autrefois.

Cela tient à l'essor donné à l'instruction populaire ot aux relations qu'amènent la facilité des communications et l'admission de chacun à toutes les fonctions publiques : jurés, élus du suffrage universel, etc.

Il y a cependant encore différents vices de langage (|iie je vais signaler ici pour appeler sur les locutions vicieuses l'attention de ceux qui se rendent ridicules en les cm-

ployant cl dans le but de défendre notre belle langue contre les barbarismes de Tignorance.

A lîroué, on prononce encore certain mots en eau comme s'ils étaient terminés en iau :iau, biau, siau, cou- (/uiau, cisiaur^ chapiau, viau, pîau, pourciau, pour eau beau, seau, couteau, ciseau^r, chapeau, veau, peau, pourceau.

Certains mots terminés en eur comme s'ils Tétaient en eu.r : menteux^ bateux, tricheux^ faucheux pour menteur,, batteur y tricheur, faucheur.

On dit : dressou(^, rasoué, pressoué, mouchoué pour dressoir, rasoir, pressoir, mouchoir.

Les plus âgés prononcent nnjeval et àe^ Jeveux,

Ils disent aussi ; une cherue, une c heret te i>our charrue et charrette ; du morquiè et une tabaquière ; p(»ur mortier et tabatière ; la rhieume et des prennes pour du rhume et des prunes.

Tous les è ouverts deviennent é fermés. Ou prononce : père, mère, frère, mais par contre il est dit : du ble.

Dans les verbes on se sert du pronom je au pluriel et on dénature les formes : pavons, /allons, f irons, jallunme, pour : nous avons, nous allons, nous irons, nous allions.

On féminise les noms propres d'hommes pour désigner leur femme.

La femme à Cadot devient la Cadote, la femme à Bèranger devient la Bèrangère, celle de Robillard devient la Hobillarde, etc.

On abrège les noms de baptême; iMEuphrasie, Amélie, Angélique, Elisabeth, Antoinette, on fait Phrasie, Mèlie, Gélique, Mabeth. Toinette,

Le son o se transforme en ou : des poummes, des bournes, de la bourgougne, une soumme pour dei^ pommes, des bornes, de la bourgogne, une somme,

BROUÉ (775+15 c.) i'i

:ri()

BH*irr<

Los ox|)r(*ssi()us corrompues les plus usitées sont :

(illcr qu'rî. poui" aller rhiTcher. maille, pour meule.

// qunnti\

— avec.

nentiilcs,,

lentilles.

arconii\

, — alcôve.

ortnoirCy

armoire.

ortnena.

- aliuanach.

stinf(.sNrc,

sangsue.

ben^

— bien.

sincr.

signer.

in'' tôt,

— l)ieiit<U.

Icrtotts,

tous.

bloUffNC.

— • boucle.

tonniiie/\

tonnellier.

r/islrolc.

— casseiole.

hnurriller^

bourrellier.

rollidor.

— corridor.

tu rrais.

tu crois.

rorr.

— encore.

raio^

noi.x.

coter.

— collier.

voilà.

mi f fin.

— milieu.

* nvcindrt\

auirer, atteindre,

rrrif'rCy

— arrière.

amelette^

omelette.

/ien ,

— lumier.

rronoi.r.

croix.

/Jftmiw,

— ilainme.

roêtrria tt ,

verrou.

/fciibc,

- laible.

su blet,

silHel.

icuK'rv,

— lièvre.

nifjrrdon.

édredon.

cfinic/ion.

— robinel.

bfi^niuu.

tombereau.

itoit^

— aussi.

oriller.

oreiller.

/naric/itily

— muréctial.

cnncçon.

caleçon.

tnon crfiK'ate,

— ma cravate.

rutaplnnc,

cataplasme

rpli''tr/\

— faire vite

rarempernnnt.

carême prenant.

Un usage dont nous devons aussi parler parce qu'il est répandu, c'est celui des sobriquets.

Beaucoup d'habitants ont le leur ; aussi un nouveauvenu dans la commune qui ne sait pas les véritables noms, est-il exi)Osé à blesser à chaque instant, sans le savoir, beaucoup d'amours-propres.

i sa^cs

11 est probable (|u'au moyen-nge, Broué avait ses divertissements populaires, fêles demi-religieuses, demi-profanes, comme il en existait partout.

Nous savons et nous avons déjà relaté plus haut que

liuotMf: 'Ml

les bei\ifei'S iatrocltiiHuioiit dos montons dans Tégliso à la messe de minuit.

Peut être aussi que nos ancêtres se sont l'éjouis à la lête de Tàne, à celle des harengs, etc ; mais, comnie nous ne savons rien de précis à ce sujet, nous nous bornerons à raconter ce que nous ont communiqjié les anciens de lîroué de leurs souvenirs d'enfance.

Nous avons déjà parié du manli gras ; il y avait aussi le feu de la Saint-Jean (jui se faisait chaque année sui' la place publique.

Cette coutume dura jusqu'en 184i).

On fêtait aussi les brandons, cérémonie dans laquelle on parcourait les champs avec des brandons ou torches enflammées. De cette fête, il ne reste plus aujourd'hui qu'une singulière coutume ; c'est que ce jour-là ce sont les jeunes lilles qui vont inviter les garçons pour la danse.

La fête des Uois offrait quelque chose d'assez remar- (puible. *

Après avoir allumé une chandelle, qu'on appelait la chandelle des Rois, le chef de la famille partageait un gâteau en autant de parts qu'il y avait de personnes présentes ; en ajoutant une part pour le bon Dieu et une ' pour l'enfant absent.

Le plus jeune de l'assemblée se mettait sous la table ; et le père, montrant chaque part prononçait ces mots : c( Phœbe Donvne, pour qui ? » à quoi Tenfant répondait au hasard en citant le nom d'une des personnes présentes.

Le lendemain les pauvres se présentaient pour recevoir la part du bon Dieu et dans chaque maison ils chantaient les couplets ci-dessous :

Je vous sa -lue la com-pa-g^nie, Les gens de la mai-

son Que l'bon Dieu vous en - voi e Du bien à foi -

fc=i:

son Je viens d'un pays é-tran-ge De-dans ce bas lieu Pour vous

^^j ;.p=jyH -J ^ ^feHj^3^j:

fai-re la de - man-de De la part à Dieu.

Si la fève se présente

Nous la garderons Dans not' grenier sur une planche

Nous la metterons.

Kl puis nous crierons trois fois :

Le roi boit ! le roi boit î le roi boit !

La part au bon Dieu s'il vous plaît.

La part de l'absent était serrée avec soin dans une armoire par la mère de famille qui chaque jour la visitait et cherchait à reconnaître, dans Tétat de cette part, I état même de la personne absente.

Il n'y a aucun ancien usage à signaler relativement aux décès.

A la naissance, il y avait une petite coutume qui n'existe plus aujourd'hui. Le baptême se faisait le jour même ou le lendemain de la naissance.

Au XVir* siècle, il y avait deux parrains pour un garçon et deux marraines pour une fille.

Beaucoup plus tard, Tusage suivant existait encore.

La personne qui portait Fenfant au baptême, escortée des parrain et marraine, se présentait près du lit de Tac*couchée et disait : « Nous emportons un payen ou une payenne », et au retour le même cérémonial se reprodui-

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sait avec ces paroles : « Nous rapportons un chrétien ou une chrétienne ».

Dans la rue le parrain et la marraine jettent des dragées aux enfants qui se bousculent pour les ramasser.

Le mariage était Tobjet d'un certain nombre d'usages.

Quand les jeunes gens avaient décidé de s'épouser on choisissait un jour, appelé le beau dimanche et les parents du futur venaient dîner chez la future. Jusqu'à ce qu'on se mette à table, il n'était rien dit de la mission ([ui devait s'accomplir ; mais au moment précis où la maîtresse de maison découvrait la soupière, le père du jeune homme se levait et là, il demandait à la jeune fille d'abord si elle voulait devenir sa fille, et à ses parents s'ils consentaient à unir leur famille à la sienne. Après une triple réponse affirmative on trinquait, tout le monde se rasseyait et se mettait gaiement à table.

Le jour du mariage, les parents du jeiine homme s'avançaient vers ceux de la jeune fille et renouvelaient leur demande ; après quoi on partait à la mairie et à l'église.

A la porte de cet édifice, les mariés étaient arrêtés |)ar les jeunes gens de l'endroit qui leur offraient des biscuits et du vin et tiraient force coups de fusil.

Cet usage fut interdit à Broué par arrêté municipal du M) avril 1845.

A son arrivée à la maison, la mariée trouvait son passage obstrué par des balais, pelles, pincettes, etc. Si elle ne les relevait pas en entrant, c'était de mauvais augure ; elle ne serait jamais bonne ménagère.

Avant ou après le déjeuner il fallait a courir les gants ».

Leshommes se divisaient en catégories suivant leur âge et à un signal donné couraient dans la direction de la mariée.

Le premier qui pouvait l'atteindre et l'embrasser recevait comme prix une paire de gants.

Les femmes en taisaient autant et couraient vers le marié.

Au dîner, les jeunes (îlles offraient à la mariée une soupière contenant des dragées et une autre contenant un ou |)lusieurs oiseaux ([u'elle seule avait le droit de mettre en liberté; ces oiseaux, ornés du ridians, étaient rembléme de la fécondité.

A un moment donné \\\\ enfant se glissait sous la taUle et essayait de dégrafer la jarretière de la mariée.

Alors celle-ci distribuait à cbacun des convives quelques dragées et un bout de ruban que l'on désignait sous le nom de « jarretière de la mariée ».

Kn présentant leurs offrandes, les jeunes filles t'hantaient la chanson delà mariée )>.

Va IVpouse répondait parce couplet :

De hou (^(LMir, aiiiiahU^s ({('iioisellcs,

Je re(;<)is ce |ircsent g'iK-ieux.

Km preiiaiil ces oiseaux |>our njodèles,

Puissious-uous êlre loujo:irs heureux.

Ces oiseaux, ces oiseaux,

Sont le uunlèle ihi plus heureux uiéua^c?.

Ces oiseaux, ces oiseaux,

Xous pro:neUeul h's jours les j)his heaux.

Pendant le bal qui suivait le diner, les nouveaux époux s'esquivaient au moment propice et se retiraient dans une maison inconnue des jeunes gens de la noce, car si ceux-ci avaient découvert leur letraite, ils les eussent ennuyés jusqu'au matin, par leur charivari.

Le lendemain, à Tissue de la messe d'actions de grâces, le marié et la mariée étaient juchés dos à dos sur un Ane • cette dernière avait la figure tournée vers la croupe de l'animal dont elle tenait la queue dans la main droite.

ICii rrl i*(|uipag(\ Us étaient conduits, aux sons du violon cl du tambour, jusqu'au pied d'une croix. Là ils se juraient une fidélitô réciproque, puis on disait à la mariée : « Levez « la main, madame, et promettez, en présence de Dieu, de « n'aller jamais chercher votre mari au cabaret! » Ce qu'elle promettait et ne tenait pas.

Ces coutumes durèrent jusqu'en 1820.

Aujourd'hui cette grosse gaîté n'existe plus.

C'est à peine si Ton chante encore à un dîner de noces qui ressemble plutôt par son étiquette et sa froideur à un banquet diplomatique.

7". — Croyances populaires.

Il y a cinquante ans, on croyait aux sorciers. Un cultivateur de Hroué passait pour entretenir commerce avec le diable : et pas un ne se serait aventuré à revenir la nuit, de Dreux, par les bois de l'Hospice, à cause du berger de la Mésangère, qui répandait la terreur sur toute la contrée.

Deux habitants de Hroué qui se rendaient un matin à Tillières, avant le lever du soleil, n'osèrent traverser le pont de Cherisy à cause de deux feux follets qui en occupaient l'entrée. Ils reconnurent, quand le jour vint, que c'étaient deux lanternes placées sur les parapets par les ouvriers qui réparaient le pont.

Une foule de supcrslitions trouvaient encore crédit dans la population et, malgré les progrès de la science et de la civilisation, toules ne sont pas encore déracinées.

Mn elVet, il nous est ai rivé de constater encore en I89() (pTune famille n'envoyait pas son (»nfant à l'école le jour de la rentrée parce que c'était un v( ndrcdi.

352 BROUÈ

Enfin nous terminerons ce paragraphe en signalant la croyance qui s'attache « aux mais ».

On désigne ainsi les bouquets ou branchages que les jeunes gens accrochent aux portes et même sur les cheminées des jeunes filles dans la nuit du 30 avril au 1" mai.

Si le (( mai » est en lilas ou autres fleurs, c'est un signe honorifique ; si, au contraire, le a mai » consiste en , une branche de bouleau, c'est que la jeune fille, par son caractère hautain ou maussade, mérite purement et simplement le fouet.

8° — Jeux et Diverfissemefits.

Les jeux en usage aujourd'hui dans la commune de Broué sont : le billard ; les jeux de cartes : piquet,, écarté, mouche ; les dominos.

Autrefois les hommes jouaient à la paume.

Un peu plus tard, ils jouaient aux pièces de 6 francs ou à la grue avec des liards.

Les femmes jouaient aux quilles dans la rue et les jeunes filles jouaient aux rondes et chantaient en dansant.

Parmi les chants populaires, signalons une chanson intitulée : Le Canton d'Anet.

Chaque commune y est représentée par un couplet.

Vax voici le quinzième :

Au tefiiips jadis, 13nnir Avait une ai)bayc, ,Le pavillon carré Kst seul encore en vie.

Toujours [bis) La nuit comme le jour.

Nous terminons en citant les compositions inédites de M. Aristide Challes, natif de Broué.

BROUÉ

Voici celle qu'il a faite en l'honneur du colonel Marais, dont nous avons parlé pr.ge 324.

LE COLONKL MARAIS

La Vie (Tun brave.

^^^^i^^i^il

Mes amis, cé-lé-broiis la )iirloi-ri\ . D'un en-faii( do iio-trr ha-

meau. Car pour nous tou-jours sa iné- moire Se -ra ce qu'il oMt de plus

É^Ê^^ÊfeBâssiitË^^sÊ^^

beau. Pour la pa - trie, il quit - ta .*5a chau- ini- lU', Qu'il

Crcfc.

ser-vil tou-jours a - vec hou - neur. El Ton vil sur sa lar-ge poi- ^^^ Urgo f

tri -ne. Bril-ler la croix de la lé-f^ion d'hon-neurl Rn-fantM du pa^

ItrJs —- h — h— g

ys, chan-tons tous en cbœnr, Sa bon - té ain-si qui* sa glot'

' re Car pour tou - jours au fond de nos cœurs Res - te

É^âgËpiigÊf^^^i

ra gra-vée sa mé-moi-reé ■ROUÉ (7754-15 c.)

354 BHoué

fî

Sous le climat brûlant d'Afrique, Marchant de combats en combats ; Avec un courage héroïque, Il guida nos vaillants soldats.

Au Maroc, ainsi qu en Italie, A la tête de nos hardis chasseurs.

Partout, il exposa sa vie, En combattant avec ardeur.

Knfants du pays^ etc.

Sa santé déjà menacée Le força de prendre du repos ; Jeune encore, se trouva brisée, La carrière de notre héros.

Pour sa bonté et sa franrhise, De ses soldats, il fut regretté.

Car pour lui, telle était sa devise :

Patrie, honneur et liberté !

Enfants du pays, etc.

Quand les Allemands en furie, Envahirent nos bourgs et hameaux.

Toujours prêt pour notre Patrie, Il commanda nos braves moblots.

Il veille sur eux comme un père.

Les guidant au milieu du danger, Et de plus d'un soulage la misère.

De sa bourse qu'il donnait sans compter.

Enfants du pays, etc .

Amis jusqu'à sa dernière heure, Notre pays, il a aimé :

Mais à sa dernière demeure, Nous l'avons tous accompagné.

BROUË 3S&

Repose en paix dans notre village, Ton souvenir ne s'effacera jamais, Car ta bonté égala ton courage !

Honneur! honneur! au Colonel Marais.

Enfants du pays^ etc.

ODK AL DRAP K Ai;.

dédiée a it.t Vétéra ns de 187 0^7 1

Drapeau ! magnifique symbole, De la Patrie, sublime orgueil !

Oui, pour les braves, c'est une idole ;

De plus d'un, couvrit le cercueil !

Tu les as conduits à la gloire.

Les soutenant dans l'adversité, Et Ton peut voir dans notre histoire.

Ces héros morts pour l'humanité

'*•' Vers le Drapeau ^ chers Vétérans, Tournons les yeux avec confiance, Unissons»nous et serrons lesrangs^ C*est pour la Patrie, pour la France !

Oui, c*est le drapeau tricolore.

Qui guide le jeune soldat; Malgré le plomb qui le dévore, Avec ardeur le suit au combat.

C'est le drapeau qui sympathise.

Nous formant en d'immenses faisceaux; C'est le drapeau qui nous électrise.

D'un poltron en fait un héros.

Vers le Drapeau, eie.

356 HROUÉ

Knihlèino sacrt* de In P;ilrit\ Sous tes plis de fraternité' ; Nos ancêtres ont risqué leur vie.

Pour conquérir la liberté.

C'est le drapeau qui discipline.

Elevant nos âmes et nos cœurs, C'est le drapeau qui nous fascine.

En voyant briller ses trois couleurs.

Fers le Drapeau ^ 'etc.

Oui, cet étendard est magique ; Tout disparait en le voyant.

Les luttes de la politique S'effacent^ car il est flamboyant, Vétérans, pupilles, sociétaires, Regardons ce drapeau français ; Portant dans ses plis tutélaires, Cette devise: Oublier jamais!

Saluons tous en ce grand Jour, Ce drapeau^ l'âme de la France.

Et de reprendre Metz et Strasbourg Conservons toujours l'espérance.

Mais de tous les divertissements du village, le plus naturel et le plus vif, pour les jeunes filles surtout, est la danse ; et lorsqu'elles rentrent au logis sans avoir dansé, tout trahit en elles, durant la semaine, la mauvaise humeur et le regret.

Nous sommes, certes, loin de vouloir proscrire ou approuver la danse. Elle a été longtemps un des plaisirs les plus honnêtes et les plus vrais de la jeunesse.

Autrefois, la danse commençait à quatre heures du soir sur la place de TEglise.

« Le père Boise », juché Bur un tonneau raclait sur son violon Charlotte la républicaine, la Bourbonnaise et autres refrains en vogue, et jeunes et vieux s'en donnaient à cœur joie.

Aujourd'hui le bal commence trop tard.

C'est un reproche sérieux à lui adresser.

Autrefois la population de Broué se livrait encore à des divertissements pendant les veillées d'hiver.

Les femmes chantaient en (liant ; les vieux soldats y racontaient leurs campagnes ; chacun devisait sur les événements locaux ou bien l'orateur de la compagnie faisait une lecture à haute voix.

Le jour de la passée de la veillée comme celui de la passée d'août, on faisait un festin et les chants et les ris duraient jusqu a l'aube.

9". — Fêtes.

Broué avait deux fêtes : la Saint-Martin, fête patronale et la Saint-Michel.

Marolles fêtait la Saint-Benoît et Badonville la Saint- Clair.

La Saint-Martin avait lieu le jour même où elle était indiquée au calendrier; aujourd'hui elle est repoitéeau dimanche suivant.

La place était garnie de loteries, de marchands de gâteaux et de jouets d'enfants.

Aujourd'hui elle est nulle et sauf la Saint-Martin de 1896 que la musique avait fait revivre, on ne distingue pas la fête patronale d'un autre jour.

La Saint-Benoit, à Marolles, ressemblait à la Saint- Martin, mais la fête la plus populaire de la localité semble avoir été la. Saint-Clair ft Badonville.

Les jeunes gens et les jeunes filles offraient au châtelain un gâteau porté dans un plat muni d anses en croix recouvertes de fleurs.

En présentant ce gâteau , ils chantaient les couplets suivants :

Nous venons sans mystère.

Pour vous faire un compliment; Nous ne cherchons qu'à vous plaire.

Sans rien dire éloquemment.

Refrain.

Dans ce charmant jour de fête.

Avec /es (ions de nos ctrurs ; Pour couronner \^otre tête.

Daignez accepter ces fleurs.

Notre don est l'image.

De votre tendre humanité.

Vous avez en partage, La douceur et la bonté.

Rbfraiiii.

Dans ce charmant, etc.

Le châtelain remerciait, ollrait des rafraîchissements, puis il allait ouvrir le bal en dansant avec une fille du village.

Le feu de la Saint-Martin qui avait lieu la veille de la fête se perpétua jusqu'en 1852 et les réjouissances de Badonville durèrent jusqu'en 1870.

Un cafetier de Marolles institua une autre fête locale qu'il a baptisée du nom typique de Saint-Croque»ous.

Enfin une fête est célébrée chaque année i la gare.

BROUÉ

le dimanche d'après la Fête-Dieu. C est aujourd'hui la plus importante de la commune.

En 1820, les jours de fêtes pendant lesquels les ouvriers chômaient étaient considérables.

Nous avons relevé sur le registre de Pierre Contct les dates suivantes :

l*^*" janvier, 1 jour.

2 février, (Chandeleur, 2.5 mars, fêle de la Vierge.

Pâques, 3

Ascension,

Pentecôte, 3 —

24 juin, saint Jean, 29 juin, saint Pierre,

4 juillet, saint Martin, 1.5 août, fête de la Vierge, 2.5 aoùl, saint Louis,

1*''' septembre, saint (jilles,

8 septembre, fête de la Vierge,

Toussaint. 2

Il novembre, saint Martin,

8 décembre, l'ôte de la Vierge,

Noël, 3 —

A cette liste il faut ajouter le 19 février, fête de saint .loseph, patron des charpentiers et la fête nationale de Saint-Charles.

Depuis 1868, les ouvriers se sont créé de petites réunions le jour de la fête de leur patron respectif.

Ce sont :

L'Ascension, pour les maçons.

La Saint-Joseph, pour les charpentiers.

La Sainte-Anne, pour les menuisiers La Saint-Eloi, pour les forgerons.

ÎW) BROUé

La Saint- Vincent, pour les marchands de vin. La Saint-Hubert, pour les chasseurs.

Enfin nous terminerons en ajoutant que chaque année les pompiers célèbrent en grande pompe (soit dit sans jeu de mots) la fête de Sainte-Barbe ; et les musiciens celle de Sainte-Cécile.

Indépendamment de toutes les fêtes énumérées ci-dessus, les habitants de Broué ont toujours célébré avec entrain les fêtes nationales : Saint-Charles, Saint-Louis, miaoùt, 14 juillet.

Chaque année, à cette occasion, il est fait un banquet populaire sur la place de TEglise après quoi tous, jeunes et vieux, se livrent sur le Jeu de Paume, au plaisir de la danse. La Compagnie de Sapeurs pompiers et la Société Musicale rehaussent Téclat de cette fête par leur concours.

MO[iÉ(??5+l5 c.)

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