Origines, Féodalité et Moyen-Age
I est nécessaire de connaître Thistoire de la France, notre grande patrie ; niais il nous paraît intéressant aussi de connaître rhistoire particulière de notre village.
C'est dans le but défaire sortir de Toubli cette histoire particulière, de faire savoir comment on vivait à Broué dans les temps anciens, comment on y cultivait, comment on s'y habillait, comment on s'y logeait, et, s'il est possible, comment on y pensait, que nous avons entrepris ce modeste ouvrage.
A défaut de renseignements plus complets, car nous avons bien peu de documents, nous ne ferons le récit que des choses essentielles, importantes, authentiques qui constituent Thistoire de la localité et des localités avoisinantes.
Il est certain, du reste, que le sort du paysan de Hroué était, à peu de chose près, celui de tous les paysans de la généralité de Paris.
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H est certain aussi que Broué date de Tépoque gauloise.
Le vieux mortuologe de M. Guillaume Maillier Texpose ainsi :
« Premièrement pour l'habitation et demeure des K hommes audit lieu on ne peut pas au vray en dire le (( commencement. Il semble qulls y ont demeuré et a basty des maisons auparavant que César empereur des « Bomains vint avec ses armées en Gaule et qu'il se rena dîst souverain seigneur de Dreux, pays chartrain, etc. »
Les armes et outils en silex taillé ou poli que Ton trouve fréquemment sur le territoire de la commune sont une preuve de l'occupation du terrain par les Gaulois de l'âge de la pierre.
Voici le dessin d'une de ces armes.
Hache gauloise.
Nous avons déjà dit plus haut au chapitre de l'orographie, que sauf la butte du télégraphe, le terrain de la commune de Broué était plat et uni.
« Cette position lui a valu sans doute son nom primitif a Broil^ (Broa^ idem ac Broilus, Brolium^ toc us depres^ a sus, humiduSf pascuus ubi herbnp obundant) signifîcaa tion conservée aujourd'hui par le mot allemand Bri'd (L (lieu destinée au pâturage). Les mots originaires Bro- « lium, Broletum, étaient déjà dégénérés au XIP siècle, a en ceux de Broetum v. 1110; Brodeatum^ vers 1115; <L Brodenrum, 1184. Dans le siècle suivant apparaît celui a de Broé^ v. 1250 ; puis viennent ceux de Broeium^
a Brouetum dont notre idiome français a fait Brouez, a puis Broué ». (1)
A 1 époque gauloise nous savons que la commune de Broué formait un désert dont une partie était plantée en bois.
Il est probable que les premiers habitants sont venus de la forêt de Crotais (2),
Au versant sud du monticule qui s'élevait dans leur plaine, ils bâtirent leurs huttes de branchages, semblables à celles que les bûcherons et les charbonniers se construisent encore dans nos bois.
Ils défrichèrent bois et landes, n'ayant pour outils qu'une pelle ou même simplement une sorte de pioche en bois dur, faite avec une branche fourchue.
Les champs ainsK défoncés reçurent des céréales, et voici pour la première fois une récolte utile qui se prépare sur notre sol.
Chacun devint maître du coin qu'il avait fécondé; ce fut l'origine de la propriété rurale.
a C'est une origine honnête et respectable, car il y a a là deux bonnes choses : travail et justice. »
Maintenant qu'il a un champ, le laboureur ne s en ira plus. Il s'attache à son bien. D'autres viennent travailler à côté de lui, s'y installent avec leurs familles, bâtissent des huttes à côté de celles qui existent déjà, et voilà la station formée.
Pour le lieu qui nous occupe, il est certain que la partie la plus féconde de la commune, aujourd'hui Marelles, fut habitée en même temps que Broué.
Seulement, il est supposable que le village était cons-
(1) Annuaire d'Eure-et-Loir, année 18t)3.
(2) Aujourd'hui, la forêt de Dreux.
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truit un peu plus au midi, à l'endroit actuellement connu sous le nom de la Vieuxville.
Ceci est surabondamment prouvé par les fouilles exécutées par M. Laîné, journalier à Marolles, qui a trouvé des vestiges et des objets à des profondeurs variant de 0,50 centimètres à 2 mètres.
Broué ne possède aucune trace des pierres sacréey des Gaulois. Cela tient d'abord à la rareté de la pierre dans notre lieu puis au voisinage immédiat de la forêt de Crotais où se tenaient les grandes assemblées des druides, les prêtres de ce temps-là.
Et cela dura ainsi jusqu'à la conquête du pays par les légions romaines.
Vers l'an 50 avant Jésus-Christ, les Romains, conduits par Jules César, firent la conquête de notre sol malgré la belle résistance de la cité des Carnutes (Chartres) et de celle des Druides (Dreux). Sous la domination romaine, les cités gauloises furent divisées en pagi (pays). Parmi cesjjagi, on distinguait le Drouais dont dépendait Broué.
Notre localité se trouvait tout à fait sur les limites du Pinserais qui était séparé du Drouais par une ligne passant par le Breuil-Benoît, Abondant, Serville, Broué, Boutigny et la Haute-Ville.
Les Romains, quoique civilisés, étaient féroces à la guerre, et lors de l'invasion ils pillèrent et brûlèrent comme l'auraient fait des barbares. Ils ne ruinèrent pas cependant le pays de fond en comble et résolurent au contraire d'en tirer tout ce qu'il était possible.
Us s établirent chez nous et y restèrent pendant quatre siècles. '
Les Gaulois prirent alors les coutumes romaines, se mirent à parler latin, abandonnèrent leur vieux patois que l'on ne retrouve plus aujourd'hui qu'en Bretagne.
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En vued'étendre partout la civilisation en construisant des routes, des ponts et des villes, les Romains écrasaient le peuple d'impôts en argent et de réquisitions en nature, de sorte que le paysan gallo-romain était aussi malheureux que Favait été autrefois le paysan gaulois.
Sa cabane cependant changea de forme. Klle devint rectangulaire et partant plus commode et plus habitable.
Elle a une porte et à côté, une fenêtre sans vitres, fermée par un contrevent de bois.
A cette époque les riches Humains se faisaient bâtir des villas. Ce mot latin qui est devenu en français notre mot ville, signifiait alors, non pas une ville, mais une maison de campagne.
Telle fut Torigine de notre hameau de la Vieuxville, détruit aujourd'hui mais dont le nom s'est perpétué parmi les générations à travers les siècles.
Une voie le traversait, ramification de la grande voie romaine allant de Paris à Honen par Dreux et Evreux, laquelle passe un pt*u au nord de Serville.
M. Laîné qui a fait des fouilles en dillérents endroits de ce village, a découvert remplacement d'un temple reconnaissable à son dallage en mosaïque.
Cette mosaïque était formée de petits cubes de pierre de O'",0l5 de côté, cimentés ensemble et portant par endroits des losanges en mosaïque de marbre noir.
Ce temple qui, comme tout le village, a du être détruit par le feu, contenait des fragments de vases, les uns dorés, les autres recouverts d'un émail de couleur rouge-sang.
L'un des fragments portait ces mots :
MIH MDIM.
un autre :
SANTI.VMM.
un autre portait des fleurs de uuiguet.
BROLÉ (775+15 c.) 7
50 hROUÈ
Parmi les autres objets mis à découvert par M. Laîné, on peut citer :
1** Des vases à col très étroit présentant une ouverture capillaire d'où le liquide ne devait s'échapper que goutte à goutte.
2"* Environ vingt-cinq sortes d'autres vases ; les uns plissés, les autres unis, d'autres à col carré.
Vase gauluis.
•i° Une coupe en verre vert dont le pied, d'environ 0'"2() de haut était revêtu de torsades en fil de verre fin comme des cheveux.
4"" Deux tuiles carrées présentant des bords relevés des deux côtés.
S"" Un faîtier couvre-joint de 0"'50 de long, et de largeur inégale dans les deux bouts.
6** Une épingle en bronze représentée cicontre en demi-grandeur naturelle.
7"* Une chaîne de fer d'environ un mètre de Epiiigic lomainc ^^^S ^^ dout chaquc maille avait la forme
en bronre. d'uUC S fcrméC 8.
8** Un bracelet en bronze uni.
9** Une bague en bronze portant trois perles vertes, 10" Un graphium en bronze de la grandeur d un porte-
Graphium rumuin.
plumC;, présentant à Tun des bouts un bouton de fleur d'oranger; l'autre bout est terminé en pointe.
1 1" Un objet dont on ne connaît ni le nom ni l'usage et qui se compose d'un os cintré Je 0^15 de long, présentant une section carrée de O^Ol de côté. A 0^02 de chacune des deux extrémités est percé un trou. Enfin une rainure est pratiquée d'un trou à l'autre dans la partie concave de l'objet.
12"* Deux clefs romaines en for.
Clef romaine.
I*T Trois cuillers en ivoire de la grandeur dune cuiller à moutarde.
14** Une lance de 0™15 portant à l'un de ses bouts un anneau plat.
Lance.
15** Un bout de grande scie et des couteaux en fer.
16® Six pièces de monnaie dont cinq en bronze et une en argent portant Tinscription : DIVA FAUSTINA.
17"* Une autre pièce du roi Chilpéric.
18*" Une meule de moulin de (V"65 de diamètre percée en son milieu d'une ouverture circulaire.
Aux deux extrémités d'un même diamètre sont des encoches de 0™04 d'équarrissage et O^O? de profondeur qui recevaient les leviers sur lesquels s'attelaient les esclaves chargés de moudre le grain.
Des pièces furent également trouvées sur l'emplacement * d'un autre hameau, la Giguetterie aujourd'hui détruit.
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Voici comment M. Guillaume Maillier raconte ce fait clans le vieux mortuologe.
« Kn 16^5, un des habitants dudit Boue, demeurant en « un hameau dict la Giguetterie, labourant en son héri- (( tage à Tendroit dict les Terres noires, y trouva cinq ou a six médailles de cuivre seulement et non argenté et de (( la grandeur d'un teston avec des effigies d'empereurs a et sans qu'il y eust aucune escripture, ou s'il y en a avoit, elle ne paraissoit pas. »
a Un des habitants dudict Broué, travaillant en la sai- « son du mois d'aoust mil six cens soixante, à crocher « des pois dans un champ de terre, au lieu dict les Terres « noires, entre ledict. Broué et un hameau en dé|>endant « appelé la Giguetterie, où il y a eu autrefois des maisons « basties, ce qui se recognoist par de vieillies masures, « bricjues et tuiles (ju'on y voist encore, descouvrit un ce pot de terre plein de médailles de la grandeur d'un (( liard, avec des effigies, escriptures, lettres et devises (( assez bien faictes, où il y en a eu huit cents et plus, et « comme ce pot avait esté cassé au haut par quelque a soc de charrue, on trouva encore c\ divers endroicts « dudit champ de pareilles médailles, mais peu. »
a Ce pot de terre levé du champ où il estoit caché et <t ainsy plein des dictes médailles, comme l'habitant n en « scavoit pas le prix et la valeur, il porta c(* nombre de « huit cents à Dreux où il les vendit quarante livres 1 etc. »
a Le marchand les ayant vendues à Paris revint audict a Broué pour y en trouver encore. »
a On sceust aussy tost audict lieu ([ue ces médailles (c avoyent esté bien estimées, on se transporta sur le « champ, on y en descouvrist, mais peu, comme dict est, « et à diverses effigies et devises. »
« Premièrement d'Antonin, filz de l'empereur Sévère
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a quy régnoit Tan de grâce 200 ou environ où il y avoit « d'un costé Teffigiedu dit empereur, sur sa teste 1m cou- « ronne impériale avec cette escripture autour de relfi- « gie : Anfonîus Aui^uslus imperafor ma.vùnus, et de a Taultre costé une aultre effigie autour de laquelle estoit a escript : luvlirifas Homanorum, »
« Item, de Tempereur dit César Maximimus Pius c|ui a régnoit Tan de grâce 2H8 ; son effigie d'un costé bien a nnarquée avec cette inscription : Cœsar Au^ustus Ma,ri' « mus parfaitement bien escript et de Tautre un dessin, a Et comme il y avoit double médaille, il y avoit aussy « double escripture. Kn une estoit escript : Patres senatus « et en Taultre : lovi Sfafori. »
a Item, deux de Tempereur César Gordian nommé Pius « en latin, quy régna depuis 238 jusqu'à 2'i6. Son effigie a d'un costé avec sa couronne impériale ; le tout bien <r faict (ît bien marqué, comme les dessus dits, et pour les a deux devises bien escriptes et en assez beaux caractères. a Kn une : Fides militum. en l'autre : lovi Statori. »
a Item, de Philippe, aussy em|)ereur qui tua ce Goret dian ; d'un costé son effigie avec î^a couronne impériale, a et autour de la dite médaille : Philippus Augustus a imperator militum, et de l'aultre costé pour devise : « Liberalitas Auguste Ca'sarts. Cet empereur ayant ena vahy Tempire sous Gordian, déclara Philippe-Auguste, « son filz empereur. Tan de grâce 2^i9. On les dict avoir « esté les deux premiers empereurs chrétiens.
a (]es six médailles et les mieux marquées de celles a qui furent trouvéez sur le champ en divers endroits et « hors celles du pot ont esté présentées à Son Altesse de c Metz par le seigneur de la terre de Broué, monsieur de c Saint-Liger en Judine, à quy il en est resté encore <r quatre aultres. }>
r>4 BROU^.
« Il s'en est encore trouvé au dict lieu et champ du susdict empereur Gordian. Son effigie d'un costé autour de « laquelle estescript : Imperator Gordianus divus^ FœlLv « Augusfus et de Taultre part : loi^i Statory. »
a Une de Julia. Son effigie d'un costé avec des escrip- « tures diverses et pour devise de Taultre costé : Pietas, »
« Item, de Caïus Vibius. La devise y est de l'aultre a costé mais elTHicée. d
(( Item, de Décius. Son effigie d'un costé avec sa cou- (( ronne impériale et autour : Imperator Décius ; de Taultre « costé une effigie et devise mais difficile à scavoir. »
c( Si on eust sceu, au temps que ces médailles ont esté « levée/i do terre, leur prix et leur valeur, chacun eust (( esté curieux d'en avoir, et il est à croire, que dans ce « grand nombre de liuict cents et plus, on y en eust trouvé c( beaucoup de bien marquées, bien escriptes, des lettres a et remarquables devises de plusieurs empereurs de ce a temps- là. p
Il en a été trouvé depuis par différentes personnes. Nous en avons trois en notre possession.
L'une, de la grandeur d'un liard, très bien conservée porte d'un côté l'effigie de Tempereur Maximus avec cette laconique inscription : Md.vimus ; de l'aulre coté, la devise : Non plus ultra.
Une autre, de la grandeur d'une pièce de dix centimes, porte d'un coté l'effigie d'une femme avec cette légende : Diva Augusfa, et de l'autre une déesse avec les lettres S. C.
La troisième porte les mêmes lettres S. C. et présente sur la face l'effigie d'un empereur ayant la tète couronnée. La légende est effacée.
Nous avons dit plus haut que les paysans étaient chargés d'impôts et de réquisitions. Il est bon aussi de mentionner que les hommes les plus vigoureux étaient enrôlés dans
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la milice. On les envoyait très loin, là où les empereurs romains étaient en guerre, et ils n'en revenaient jamais.
La misère allait toujours croissant au village, en sorte que vers la fin de l'empire il était ruiné et dépeuplé.
C'est vers ce temps que la religion chrétienne fut j)réchée dans notre patrie.
Les paysans ne se convertirent que petit à petit, et conservèrent en partie leurs superstitions et leurs pratiques religieuses.
Un fortin, appelé encore aujourd'hui la Motte, semble dater de cette époque.
C'est une butte de terre de 130 mètres do circuit et d'environ ^j mètres de hauteur.
Tout autour on remarque encore la trace de fossés destinés à fortifier ce lieu. D'un seul coté, au couchant, il y a solution de continuité dans le fossé ; c'était l'entrée.
En I8^i0, M. Aulet, chirurgien à Houdan, a fait prati-
• quer des fouilles sous ce fort; mais, n'ayant trouvé que
quelques ferrailles et un levier qui servait autrefois à
orienter les moulins à vent, il jugea le résultat insuffisant
et abandonna ses recherches.
Ouelque temps après l'établissement de la religion catholique, notre pays fut envahi par des hordes barbares venues de la Germanie.
C'étaient les Francs.
Plus d'une fois notre village dut se trouver sur le chemin des envahisseurs.
Ses habitants ne résistaient point; ils fuyaient dans les bois d'où ils ne revenaient que pour trouver leurs moissons détruites et leurs chaumières incendiées.
Les cendres, le charbon, les fers tordus par le feu, découverts par M. Laîné sont une preuve irrécusable de cette assertion.
Ainsi vécut le laboureur de Brouc au temps des Mérovingiens et des Carlovingiens.
Les évêques à cette époque étaient les conseillers des rois; l'Eglise possédait de grandes propriétés et en percevait les impôts, les redevances et les dîmes.
Les monastères aussi deviennent riches et puissants à cause des dons qui leur sont faits par les seigneurs.
Les paysans, il faut le dire, n'étaient point fâchés d'être donnés aux moines ; les hommes d'Eglise étaient moinsdurs pour leurs serfs que les rudes barons; et surtout les serfs d'Eglise étaient moins exposés aux ravages de la guerre.
Les paysans de Broué rentraient dans cette catégorie et dépendaient de Tabbayede Coulombs.
Après avoir parlé du sort de nos anciens compatriotes, imaginons-nous un peu ce qu'était leur village.
Les rues en sont étroites et mal alignées. Les petites maisonnettes sont bâties en teire et couvertes en chaume.
Il n'y a qu'une seule pièce où Ton mange et où Ton dort; mais cette pièce a une cheminée.
L'àtre est pavé de pierres plates; la cheminée est énorme: large, haute et profonde.
Le sol de la maison est toujours de terre durcie.
11 n'y a pour ouvertures (ju'une porte et une petite fenêtre. Point de vitres encore : le verre coûte trop cher et est réservé pour les églises.
Notre village, en effet, avait déjà une église, que nous décrirons plus loin.
De cette époque aussi date l'origine des noms de famille.
Le seigneur avait son titre et son blason ; l'homme de labour avait à peine un nom.
11 avait celui qu'on lui donnait au baptême, ce que nous appelons aujourd'hui un prénom.
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Tous s'appelaient ou Pierre» ou Simon, ou Jean. Les Jacques étaient fort communs.
Et alors comme il fallait les désigner en parlant, on y ajoutait un surnom qui rappelait soit leur taille, soit une autre particularité de leur personne, soit le lieu où ils étaient nés ou le métier qu'ils faisaient.
Pierre l'aîné, devint Pierre Laîné ; le petit Jacques devint Jacques Petit ; Jean, le forgeron fut appelé Jean Lefèvre ; Guillaume le tisserand fut nommé Guillaume Tessier, etc.
Ces surnoms, donnés entre gens du même village, restaient dans la famille.
Ils sont devenus nos noms de familles; noms simples, sans orgueil mais qui valent noblesse s'ils rappellent à ceux qui les portent un héritage d'honnêteté et d'ohscures vertus.
Vers 1119, Roger dixième abbé de Coulombs fit défricher les terres d'un grand nombre de paroisses, notamment les terres de la paroisse de Saint-Martin de Broué qui étaient incultes.
« Lorsque des terres estoient défrichées dans une paft roisse, Tabbé y faisoit édifier des maisons pour les '( cultivateurs qu'il y établiosoit ; ceux-cy ([u'on appeloit (( les hôtes avoient, pour eux et pour leurs enfants, une « espèce de propriété des terres qu'ils cultivoient, mais « ils ne pouvoyent n'y les vendre n'y en disposer par u testament. Les devoirs imposés sur ces biens consisa toient dans le payement du cham|)art, de la dixme, de « la taille (en certaines circonstances) et dans Tobliga- « tion de payera chaque fête de Noël, pour chaque mé- (i nage, les pains d'oublys ou se|)t deniers à la place et a deux setiers d'avoine. »
'< Ces charges estoient considérables, mais les devoirs
HKuuK 77o-^l5 c, 8
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a acquittés, les colons des biens ecclésiastiques jouis- (i soient tranquillement du surplus de leurs revenus ; leur (k sort estoit heureux en comparaison de celui des serfs « des autres seigneurs. Les terres de ces derniers estoient « continuellement dévastées à l'occasion des querelles a qui survenoient entre eux, au lieu que les terres des (( monastères estoient ordinairement respectées comme a terres de chrétienneté, c'est-à-dire d'Eglises. Mais, noce nobstaut le privilège de chrétienneté, les moines pre- « noient la précaution défaire fortifier leurs villages ou (( hameaux pour mettre leurs revenus et ceux de leurs « hôtes en sûreté. »
<c L'abbé déléguoit dans chacun de ses villages ou hâte meaux, un de ses religieux pour veiller sur les travaux {< des colons, et les religieux chargés de cette inspection « estoient les juges du canton. Ils avoient sous eux un « officier appelé Maire, qui fesoit la recette des revenus, (( veilloit à la seureté des habitants et estoit le sergent « de la justice. On luy assignoit pour sa subsistance et « pour ses salaires, un certain nombre d'arpens de terre, M qu'il possédoit en fief, et une quotité déterminée dans « les droits seigneuriaux dont il faisoit la recette [ I ).
M Indépendamment des devoirs dont nous venons de « rendre compte, les maires estoient tenus à peine d'a- « mende, de comparoître en personne, deux fois l'année, « à Coulombs. La première fois estoit le jour del'Assomp- « tion de la Vierge, patronne de l'abbaye : ils assistoient « à la grand 'messe, aux vêpres et à la procession, en « vestes blanches, un bâton à la main. La seconde fois « estoit le jour du Carnaval. Ce jour-là l'abbaye donnoit « au public le spectacle d'un combat de coqs, les maires
1^1) Arcliivcs (le Coulombs. — Annuaire, 1860, p. 2(il.
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« gardoient le chamj) clos. L abbé estoit olvligé de leur « donner à dîner ; les mets qu'on devoit leur servir « estoient fixés par les titres. Ils estoient tenus aussy d'as- « sister à toutes les assises du bailliage, notamment à <* relies du 11 octobre, jour où le bailliage faisoit sa « rentrée. »
« Ces fiefs de domesticité n'estoient encore dans le «« XIP siècle concédés qu'à vie ; ils sont devenus hérédi- «« taires dans la suite. »
<c 11 y avoit encore'dans chaque terre des domestiques fc d'un ordre inférieur qu'on appeloit les familiers de « l'abbaye. Ces familiers étaient des serfs : leurs gages a eonsistoient dans une pension annuelle d'un demyi( niuid de blé. Ils estoient vêtus et nourris ; on leur fourit nissoit le linge nécessaire et' un cheval, à condition a <[ue, s'il mourroit, le familier le remplacoit à ses frais. t< Ces dome.sti([ues ne pouvoient épouser que des filles 'c serves de l'abbaye; s'ils vouloient en épouser une <( autre, il falloit le consentement des deux seigneurs, c( et les futurs époux payoient pour obtenir ces consente tements. (1) »
De l'examen du chartrier de Coulombs, il ressort que cette abbaye avait à Broué justice, mairie, dîme et fief.
Les différents hameaux de la commune de Broué n'ont pas toujours eu les mêmes droits ni les mêmes charges à l'époque féodale.
Nous reparlerons plus loin, en faisant l'historique de chacun d'eux, des différents seigneurs dont ils dépendaient.
Nous avons dit déjà que les seigneurs, pour une cause ou pour une autre, faisaient de riches dons aux abbayes.
(1) Annuaire de 1805, p. 291.
&) broi:k
Voici le texte d'une donation de ce genre faite à la fin du XI/" siècle par Simon d'Islou.
Le texte, extrait du chartrier de Tabbave de Coulombs, a été transcrit en 1(U)5 par M. Guillaume Maillier dans son livre journal (1).
« Je veux, Simon d'Islou, faire scavoir aux présents et « à ceux qui seront après nous que Guérin, mon fils, es- « tant fort malade et prest à mourir, ma persuadé de « donner aux moines de Coulombs pour le bien et salut « de son âme, y ayant bien pensé, la moitié de Téglise de H Broué avec la moitié de la dixme, ce quy s'est faict au « même jour qu'on y célébrait la solennité de tous les a Saints. Je suis venu en personne dans le chapitre de « Coulombs et en la présence de dom Jean, prieur quy M lors présidoit au chapitre. J'en ay faict le don du con- « sentement de Tescia, ma femme, Rodulphe, mon fils (( et pour témoins: Arembert, l^]lisabetli de Trereno,etc. »
« Par ce mot, église, on entend comme il semble le « droit de patronage pour Marolles et pour la dixtue, (( celle dudit lieu. »
« Soit icy remarqué qu'il y a audit Marolles deux fiefs ; « un appelé Neument, laultre de la Communauté. Ce « Simon de Islou, seigneur des deux, retint pour soy le <( neument et donna aux moines de Coulombs la moitié
(1) « Ego Simon de Islou, notuiii fi<'ri volo presentibus, et posteris « quod Guariniis, fîlius mous, dum gravissima cegritudine lahoraret a et extremum jara pcne diem claustiret, salubcrrima sollicitudine « animo sue permotus, mihi pcrsuasit quatenus ecclesiam Broeti di- « midiam cum dimidia décima Columbensibus monachis donarem. « Actum est igitur, et die que celebris Omnium Sanclorum solemnilas « ageretur, deveni ego in capitulum Coiumbense, et in presentia donani « Joannis prioris qui tune capitulo preerat, donum feci, annuentibus u Tescia uxore mea, Rodulpho, fiiio meo, qui et dono inlerfuerunt. « Testibus : Aromberto, Elisabeth de Trereno et Rodulpho. »
« de celuy de la communauté, où il y a moyenne et basse « justice, cens, rentes et dixmes. »
« 11 arriva ensuite que les vénérables doyen, chanoines 't et chapitre de Meung associèrent comme seigneurs de «< liroué et Germainville les dicts de Coulombs et en toute « moitié* à tout ce qu'ilz y possédoyent, à la charge que « les dicts de Couloml)s feroient de mesme à leur égard « et dans les dicts lieux d'où il est venu que Meung a *< partagé à Marolles et Coulombs à Broué. »
« Voicy ensuite la teneur du contenu de la dite assoc< ciation (1).
De Bpoué. — « Convention faicte entre nous, moines « de Coulombs et chanoines de Saint Liphard.
** Nous, chanoines de Meung, accordons que les moines « de (Coulombs soient participants en moitié de tous les <c revenus constenant justice à la terre que nous possé- (f dons près Dreux, en deçà de la rivière d'Eure, à cont< dition toutefois qu'ils nous communiqueront aussy par »< moitié tout ce qu'ils possèdent et posséderont dans les « susdites paroisses, c'est-à-dire de l'église de Broué et « de Germainville et de la susdite terre. Et ainsy tous « leurs biens devinrent-ils communs entre eux par moitié *< tant à Broué qu'à Marolles. »
« Pour les dixmes de Broué et Germainville il y a clause « particulière à les engranger à la saison d'aoust ainsv
(' I De Brodeato. — « Convfnlio inter nos ot inonachos Cou liiiiibenses et canonicus sancli Lyphardy olirn facta.
« Terra, ((iiarn habemiis circa Drocas, que citra Audurain esL t« inonachos de Columbis, omnium reddituum, consueludiniim, jus- « tiliarum, iinmo, (otius terre per médium participes facimus ; « ho«' tamen facto ut quidquid infra ])ai*ocliiarum termines, hoc est a ecclesie de Germainvilla et ecclesia? de Brodeaco, et pra*dictap terra*, u possident velpossessurisunt, totumnohis per médium communi(Mil. »
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» qu'il en suit (l) : qu au temps des moissons, les dixmes « quy estoient seront mises à la grange de la dite terre •' en commun tant par les chanoines que par les moines. »^ « Pour ce quy concerne Téglise , il y est dit (2) : « Les prebstres seront esta])lis par nous chanoines et « susclicts moines, et feront le serment de fidélité à notre <( chapitre et aux moines dans leurs biens. »
« Il semble par là (|ue les prebstres n'estoyent pas encore (jiialificz (Mirez.
u II V a encore bien d'autres clauses dans la dite àsso- « ciation. Il y est escript que les doyen et chanoines de « Meung , venant à Coulombs, y seront reçus et logez « par les susdits moines du lieu ; que les droicts sei- « gneuriaux seront receuz par le doyen et les susdits <( moines, chacun par moitié.
« Cette convention n'est point dattée ; on sçait toutefois « qu'elle a été confirmée à Orléans, Tan 1119 par Louis VI, « onzîesme année de son règne. Elle porte pour titre : « Confirmatio Ludovici Régis de terra quaî communis est « inter nos et canonicos sancti Liphardi (3). »
(1) « Teinpore iiiessiiim, docimalores in grangia pra'dicta^ lerrae a « nobis jam dictis (*aiiotiicis et a monachis commiinitatr ponontur. »
(2) '( Prcsbiterv per nos jam dictos Canonicos ol priediclos mona- « chos ronstitueutur el fidelitatem in nostro capitule el monachis in « suo facient. »
l3) « Ego, Ludovicus, gratia Del Francoriim l\ex. Xotuni fieri « volo cunctis fîdelibus tam prœsentibus quam futuris, quod Ro- « gerins, abbas beatae Mariai Cohimbensis ecclesiae, cœterique fratres «' in eadcm ecclesia Deo deservioiites. niajcstatem nostram adierunt, « hiimiliter postulantes, ut terram S. Lij)hardi Magdunensis, in lerriu torio Carnotensi supra fluvium qui vocatur Audura sitam, cum suis « possessionnibus, cum ecclesiis, cum silvis, cum aquis et pascuîs, si- « cuti decanus et canonici saucti Liphardi per mediam concesserant « terram illam, et molendinos per tertiam partem, cum omni familia « etiam utriusque sexus ad excolendum et roaidificandum concédera-
BROUÉ 63
« Nous, Louis, par la grâce de Dieu, roy de France, •< voulons que la présente soit notoire tant aux personnes , « présentes qu'à Kavenir : que Roger abbé de Téglise *< Sainte-Marie de Coulombs et les autres frères y siégeant « sont venus trouver Ma Majesté pour leur accorder la « terre que les Doyen et chanoines de Menng leur ont (c demandée et que nous leur avons accordée à la prière et '< exhortation de Jean, Evesque d'Orléans, Jean , doyen »< de Meung et les chanoines de la dite église. Donné à « Orléans Tan de grâce 1119 de .\otre-Seigneur, et de « notre règne le onziesme, en présence de Gilbert, évesque « de Tours, Godefroy, évesque de Chartres, Jean, évesque <' d'Orléans, Hubert, éves([ue de Paris, Lisiard, évesque " de Soissons. etc. (I) »
« Cette convention, confirmée ensuite par le Souverain a Pontife de Rome, Adrien quatriesme. Tan 1154(2). »
« mus. Quod nos pro reiiiedio uniinœ pat ris iiostri et animai nostra; eis
« concessiinus, orantf el exortante Johanue Aurelianensi episcopo el
or Johaniie S. Liphardi docano, et cauoniris (•jii>deiii ecclosia'. Supra-
(• dicta enim terra infestaiione maloruin hoiitinuiii et tiialanim cousue-
« tiidinem caplioii<\ qiiee a scrvienlibus torra* illi siiperposita' erant,
« peiie in soliludine rodacla fiierat, et canoiiiris amplius nulla spes reae-
« dificandi supererat : qiias omnes malas coiisiieliidines el ipsain vica-
it riain nos rnnoventes, brennagium tantuinnàodo reliiiente», praecipi-
« mus ne deinceps mala* consuetudines et vicaria capiantnr.Addimuset
n luiic nostro beneliciô lerram Alerreville, quain canoniri S. Stepliani
« Drocacensis ecclesia; eisdenk nionachis per médium communicave-
« rant, eis concedenles, ut jure perpétue supradiclam terrain obtineant.
« Ul autem hoc praîceplum nostrum lirmius pcrmaneal. astipulalione
« sîgilli nostri linnare decrevimus. Data Aurelianensis publiée ; anno
M incarnati Verbi MGXIX, regni autem nostri XI. Presentibus et lau-
« dantibus Gisleberto Turonensi archiepiscopo, el Johanue Aurélia-
« nensi episcopo, et Gaufrido Garnotensi episcopo, Huberto Parisiensi
(' et Lisiardo Suessionensi, de curia nostra Stephano caucellario el
M VVillelmo dapifero nostro et Gisleberto buticulario. » JJ D. Martène, t. i, coi. ()52.
i2; Traduction Guillaume Alaillier.
04 imouÉ
« Nous, Adrien, évesque, serviteur des serviteurs de « Dieu, à nos bien aimésenfants, Roger abbé, à vous tous « frères du monastère de Coulombs, salut et bénédiction « apostolique : Avons aj)prouvé l'accord fait entre vous et « le chapitre de l'église de Meung sur la moitié de la « terre que vous possédez près Dreux ; qu'il ne soit loice sible à aucun des hommes d'en frauder cette page de « notre approbation; que si quelqu'un ose y attenter « qu'il sache bien qu'il encourra l'indignation du Dieu « tout puissant et des SS. apôtres Pierre et Paul. »
La charte de tlli) indiquait que les terres de Broué étaient incultes. Les moines de Coulombs les défrichèrent si bien qu'en 1 179 l'abbé Humbert passa un bail pour huit années, de la moitié qui appartenait à l'abbaye dans les dîmes et les champarts de ces terres, moyennant quinze livres parisis (l) pour chacune des huit années.
La paroisse de Broué dépendait du domaine royal et c'est par une conséquence de la liberté accordée par Louis VI le Gros à ses vassaux, que l'abbé Humhert y trouva des fermiers pour tous les revenus qui appartenaient à son abbaye.
a En 1184, Phili^jipe, roi de France, confirma toutes les (c donations faites |)ar ses prédécesseurs à Tabbaye de
Gonfirmatio Adriaiiy Papse.
« Adrianus, episcopus, servus servoruin Dei, dilectis liliis Rogerio, «< abbati et universis fratribui» Goluiiibensis monasterii. salutem et apos- « tolioam benediclioneni. Partum quod inter vos et capitulum Alagduu neiisis ecclesia» supra medietate totius terre quam possidetis circa u Drocas rationabiliter hictuiii est, auctoritale a[)ostoIica approhavi- « mus. Xulli ergo boruinum liccat banc paginam quani finiiavinuis inu frangere et si quis audeal boc inlentare indigiiationerii omnipot«;ntis « Dei et sanctoruin apostoloruiu Prirv el Pauly se noverit incursuuiii. »
(1; Les quinze livros parisis faisaient 18 livres 15 sols tournois. Le marc valait alors 25 sols. La moitié des revenus compris dans le bail montait donc à 720 livres de notre monnaie (Annuaire).
BROl'F. 65
« Coulombs et en ajouta de nouvelles, se réservant seua lement le brenage (i) sur les quatre villas du Mcsnils, c( deGermainville, de Broué et de la Musse (2). -
1185. — Par une charte de 1185, Robert II, comte de Dreux, près de partir pour la 3° croisade avec Philippe- Auguste, fonda à Fermaincourt la chapelle Notre-Dame des Pézeris. 11 érigea un prieuré gouverné par des moines de Saint-Augustin et relevant de Tabbaye de Saint- Vincent-au-Bois, en Thymeraîs. Comme témoin de cette charte figure Henri de Broué.
En 1186, une transaction fut passée devant l'évèque de Chartres entre Robert, comte de Dreux et Allerme, douzième abbé de Coulombs au sujet des terres de Broué, communes avec les chanoines de Meung, touchant la mesure à laquelle le dit comte se faisait payer les avenages (3).
II y est stipulé « que chaque manant et habitant les a dites terres paiera par an au seigneur de Bû, un septier <r d'avoine pour chaque cheval ou bœuf à la mesure de « Dreux-, avec neuf corvées, six à la Saint-Jean et trois à
(1) Redevance que les vassaux payaient à leur seigneur pour la nourriture de ses chiens de chasse.
(2) Philippus,' Dei gratia Francorum Rex. Noverint universî prae- « sentes pariter et futuri, quod avus noster Ludovicus universa bénéficia a quœ antecessores nostri Francoru>n reges, videlicet rex Robertus a et Henricus filius ejus, et Philippus proavus noster monachis Cote lumbensibus taru in abbatia, quaiu in ejus mernbris manentibus de « suo proprio contulerunt, et quae ab aliis iidelibus suis temporibus « monachis data vel danda fuerunt, concesserunt et confirmaverunt,
« concessit et conGrmavit oinne.-» malas consueludines, capliones
« et angarias et vicariam reniovcus ; brennagium tantummodo in quatuor a villis, Mesnilo scilicet, Germevilla, Brodeaco, Mussa, retinens.,.. « Actum apud Meduntam, anno ab incarnalione Doniini MGLXXXIIIl , « regnî nostri anno quinte ... » (Annuaire).
(3) Droit qu'on payait en avoine.
iiuouK 775-f-I5 i*. y
66 BROUK
a la Saint-Remy : quiconque sera trouvé à la chasse paiera a 60 sols d'amende et un agneau ; toute la justice appar- « tiendra aux dits moines et chanoines avec les forfai- « tures et à la punition du seigneur de Bu ; à cause des a dits avenages et corvées, le seigneur de Bu mettra sous « sa garde lesdits manants et les habitants comme ses « hommes propres. »
En sa qualité de terre de chrétienté, la paroisse de Broué n'eut que fort peu à souffrir des troubles causés par les origines de la guerre de Cent Ans.
Comme ses seigneurs ne l'opprimaient pas outre mesure, I4 Jacquerie y fut inconnue et les paysans vécurent paisiblement pendant tout le moyen âge.
Vers le commencement du XVP siècle, ils agrandirent la première église dont nous donnerons plus loin la description.
Vers 1195, une transaction fut faite entre le Chapitre de Meung et Thibault II, treizième abbé de Coulombs, d'une part, et le seigneur de Dreux et de Bû, de l'autre, suivant laquelle nous voyons que la justice de Broué, Germainville, et lieux circonvoisins appartenait au Chapitre et à labbaye en commun, sauf le droit au seigneur de Bû de faire exécuter les sentences capitales (1).
En 1317, un différend s'éleva entre le Chapitre de Meung et les religieux de Coulombs, au sujet de Robinet d'Ilou, écuyer(2), qui prétendait avoir un droit de pâturage dans
(1) « Omnis terra;, justitia in sanguine, in banno, in tallia, in delàtione, in duello et omnibus forisfactis et legibus, tam monachorum quani canonicorum est tota, excepto quod illum qui ab eisdem fuerit ad supplicium comniuniter deputatus, tradent domino de Bu puniendum. »
(2; On donnait le nom d'écuyer au gentilhomme qui accompagnait un chevalier, qui portait son ëcu et lui aidait à prendre ses armes.
Les jeunes gens de la plus haute qualité portaient également ce titre jusqu'à ce qu'ils eussent été armés chevaliers avec les cérémonies d'usage.
BRoué 67
les bois de Broué. La contestation fut portée devant le baillydela reine, à Mantes, au siège d'Anet. Robinet, ayant succombé, interjeta appel du jugement rendu le vendredi après la Toussaint de ladite année, et se pourvut devant la reine Marie (1) comme en cour souveraine (2).
1410. — La communauté d'intérêts et de justice qui existait entre les chanoines de Meung, les moines de Coulombs et le seigneur de Bu, amenait entre eux de fréquentes contestations ; les titres du Chapitre de Meung relatent aussi une transaction datée du 14 avril 1410, qui fut consentie par les soins de Jean, évêque d'Evreux et Simon d'Anet, devant Regnault, évêque de Chartres 3),
Il y est surtout question des droits de 1195 , que confirme ce passage d'un aveu rendu le 25 juillet 1515 par Jean du Halac, seigneur de Bû, au comte de Dreux.
« S'il advient qu'aucune personne, pour ses déméa rites, soit jugée à leur cour, c'est-à-dire en justice, à « Broué, Germainville, La Musse, Le Mesnil, LaGastine, « etc, à prendre et recevoir la mort, elle doibt par les <c gens et officiers estre baillée et livrée, la corde au col.
Cl) Marie, veuve du roi Philippe le Hardi.
(2) Des hauts justiciers ont jugé en dernier ressort les procès civils et criminels de leurs justiciables jusque vers la (in du Vil 1« siècle, époque à laquelle les appels devinrent communs. Ils accordaient des lettres de grâce aux criminels condamnés à mort, ainsi qu'on le voit par des lettres du lundi après la Saint-Martin 1311, par lesquelles la reine Marie fit grâce de la vie à un criminel sujet de l'abhé de Coulombs, condamné à mort pour homicide. (Manuscrit de l'abbaye de Coulombs.)
(3) Elle commence par ces mots :
Reginaldus, Dei Gratia Carnotensis dilectus et se termine par ceux-ci :
« quae contentio per Dei gratiam et amicorum interventione videlicet « venerabilis patris et domini Joannis Ebroicensis episcopi et uobilis tt viri Simonis de Aneto, sopita t-st. »
68 BROUI?>
« à mondit sieur le comte et audit seigneur de Bû, en- « semble, ou à leurs gens et officiers, à une borne et lieu « nommée les Lisses, et menée ès-prisons dudit lieu de « Bû et à leurs dépens au lieu nommé les Trois-Arbres, « qui sont en leur terre et seigneurie de Bu près les « Tuileries. »
En compulsant le livre-journal de Broué, les registres de l'état-civil et les actes notariés, nous trouvons les actes suivants :
1558. — Transaction entre les religieux de Coulombs et les chanoines de Meung touchant le droit alternatif de présenter à la cure de Broué.
1564. — Vente des bois de Broué contenant 89 arpents. On y lit cette mention : « Assignation à la requête de « Philippe Petit pour pouvoir dixmer sur 58 arpents de c( terre en labour ci devant vendus audit Petit, autrefois « dits les bois de Broué, pour la dixme du bois de Broué « nouvellement défriché. »
Avant 1577 Broué faisait partie de l'élection de Chartres qui était d'une très grande étendue. Aussi en résultait-il de grands frais pour les habitants des pays éloignés de la ville de Chartres « où il leur convient porter les deniers des tailles et crues d'icelles qui se leuenten icelle élection, ou se font les départements, le plus souvent à la charge et foulle desdittes paroisses ; puis envoiées à Téleu particulier dudit lieu pour les faire exécuter. »
C^est pour remédier à cet état de choses qu'Henri 111, roi de France, par un édit donné à Poitiers au mois de septembre 1577, créa et établit dans k ville de Dreux, une élection de laquelle ressortaient « les paroisses, villes et lieux des chastellenies de Nogent-le-Roy et Dreux et du plat païs d'icelles jusqu'au nombre de quatre-vingt-
BROUK 89
huit paroisses qu'il éclipsa et détacha de ladite élection de Chartres et de son ressort. »
Parmi ces 88 paroisses, on trouve Broué et MaroUes.
Aux termes de cet édit, « les deniers desdittes tailles, crues d'icelles, taillons, aydes et tous autres généralement quelconques qui seront situés sur les sujets des dittes paroisses, seront portés au bureau de la recette establi audit Dreux, sans plus aller audit Chartres, puis après seront portés et envoies à la recette générale de nos finances à Paris, à commencer du premier jour de janvier suivant, venant comme plus proche, à propos et commodité que d'aller à Orléans, auquel lieu il est défendu aux receveurs d y plus porter leurs deniers. »
1583. — C'est le 15 avril de la dite année que fut dressé à Broué le premier acte d'état-civil.
1592. — «Aveu delà mairie de Broué, rendu à l'abbé de Coulombs par dame Marie de Broulard. »
1608. — Le 26 mars, acte de naissance de Bigot qui devint en 1650, procureur fiscal (l) de Marchezais, fils de honneste personne Jacques Bigot. »
1625. — Déclaration de cens dus par la fabrique Saint- Martin de Broué à Messire Charles du Mancel, seigneur de Saint-Liger, maistre particulier et gruyer ordinaire des eaux et foretz du comté et bailliage de Montfort-l'Amaury, capitaine des chasses pour l.e Roy en la forest dud. Heu, seigneur de Jaucourt, delà Haute-Ville, Badon-ville, Broué et aultres lieux, à cause de son fief dud. Broué.
1627. — Le 30 avril, décès de Nicolas Egasse, bailly(2) de Marolles.
(1) C'était un officier qui exerçait le ministère public auprès des justices seigneuriales, veillait aux droits des seigneurs et aux objets d'intérêt commun.
(2) Le bailli était un officier de robe longue qui rendait la justice dans un bailliage au nom du seigneur.
70 BROUÉ
1628. — Le 20 mai, décès de Fiacre François, baîlly de Broué.
1650. — Le 22 août, décès de Gilles Marais, bailly de
1651. — Le 4 février, décès de Messire Honoré Aulet, procureur fiscal des terres et seigneuries de ce lieu de Broué et de Badonville.
1652. — Au mois de mars, 2000 cavoliers commandés par Joinville vinrent loger à Broué avec leurs chevaux et y restèrent pendant neuf jours.
Trois d'entre eux moururent, dont deux chez M. Maillier, curé de Broué et l'autre chez Nicolas Dablin à MaroUes.
1653. — Le 22 août, décès de Gauthier François, bailly de Broué et Badonville.
1658. — Le 12 juin, décès de Gilles Egasse, procureur fiscal à Marolles.
1665. — Aliénation par les sieurs de Meung et Coulombs du fîef commun de Broué, se consistant en haulte, moyenne et basse justice, cens, rentes, etc., suivant la coutume du comté et bailliage de Dreux, au dedans duquel il est situé et assis. Les causes d'appel se jugent à Bû et à Dreux.
Donation de la moitié de 24 arpents de terre à Broué faite par Yves et Girou des Saulx « de Salcibus ».
« Acquisition de l'autre moitié de ces 24 arpents par les religieux, pour le prix de sept sols deux deniers.
« Acquisition d'une terre à Broué, mouvant de l'abbaye de Coulombs, pour le prix de 50 sols ;
« Ce fief faisait la plus grande partie de Broué avec an autre, dit le Fief de Broué, situé au dedans du bail-
BR<>UÉ 71
liage de Chartres, qui avait droit de moyenne et basse justice, cens, rentes, etc., dont l'appel relevait au baild'Anet et de là à Chartres.
« Aliénation par les mêmes, des fiefs de la Plane et de la mairie, en faveur de M. de Saint-Liger, seigneur de Badonville et M. Coiffier, seigneur de la terre d'Orvilliers qui est dans cette paroisse. »
1665. — Le 10 novembre, décès de Marin Egassc, procureur fiscal.
1668. — Le 8 janvier, Ordonnance royale pour folioter les feuilles des registres de Tétat-civil.
1669. — «Le jubilé pour rabaissement du Turc ennemy juré du christianisme, assiégeant Tisle de Candie, accordé et concédé par Claude, Souverain Pontife, commence en ce diocèse le lundy 15 avril 1669 pour y finir le dimanche 38 inclusivement et ainsy du lundy de la semaine saincte jusqu'à Quasimodo. »
1669. — Une autre déclaration de cens est encore faite « à Messire Charles de Mancel, chevalier seigneur de Saint-Ligert, Badonville, Broué et aultres lieux, à cause de sa seigneurie de Broué. »
La famille du Mancel était originaire de Normandie. Elle portait : de sable à la fasce d'argent accompagnée de six coquilles rangées d'or 3 et 3.
Arraeu des du Muncel.
72 BROUÉ
1672. — u Pendant 3 jours, lundy, m'ardy et mercrcdy 16, 17 et 18 may, ont été dites les prières des 40 heures pour le Roy et son armée campée en Hollande. »
1672, novembre. — « Ce lundy septiesme dud* mois et an a esté faictes en cette église le service d obyt de feu Messire Jacq. du Mansel, vivant chevallier seig" de S'-Liger en Artois, Badonville, Broué, la Haute-Ville et aultres lieux, capitaine au régiment de Navarre quy estant en garnison dans la ville d'Utrex en Hollande avec les régiments de Piémont, Picardie, Navarre, Normandie et la marine, fut avec lesd. régiments commandé pour faire le siège de la ville et fort de Gueldre, il y fut blessé à l'attaque dans la hanche gauche en suitte du coup qui fut d'un mousquet. L'os estant cassé et brisé, il en est mort après douze jours de maladie. Son lieutenant avoit esté tué auparavant au siège de Nimègue auprès de luy. Il y a eu quantité d'officiers tant morts que blessés aux régiments conduits par Monseig*" le duc de Luxembourg bom bardé dans Utrex. » (Utrecht.)
1674. — « Soit icy remarqué pour Tadvenir que le diinuuche deux"** jour de septembre aud' an 1674, on a publié en cette église le ban et arrière-ban par leq' ban et arrière-ban, les nobles et roturiers quy ont fiefs sont obligez de baillier déclaration de leurs fiefs et arrières-fiefs p"" en suitte suivre le Roy en ses armées, se rendre dans les 15 jours à Soissons pour de là sur la Meuse y soutenir les efforts des ennemis de la couronne de France qui sont les Espagnols, Impériaux, Hollandais et leurs alliez en grand nombre. »
C'est en cette année 1674 qu'on trouve les premiers actes écrits sur papier timbré à quatre deniers la feuille.
1677. — Le 9 novembre, remariage de Barbe Potier avec Hcnc Huchereau, ladite Barbe Potier se prétendant
BtlQUÉ 73
veuve parce que son premier mari Pierre Leguillon était parti depuis 1660 en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et n'était pas revenu.
1696. — Le Kl octobre, décès de M'" Charles du Mancel seigneur de Broué et Badonville, grand-père de M. de la Salle.
En 1696, la seigneurie de Broué passa aux mains de Louis de Caillebot, chevalier, marquis de la Salle, conseiller du royen ses conseils d'état et privé, maître de la g.irde-robe du roy et chevalier des ordres de Sa Majesté, gouverneur des ville et château de Châteauneuf en Thymerais, seigneur de Villemeux, Renancourt, Mauzaize, Le Ménil-Ponçeaux, seigneur châtelain de Prémont (1), seigneur de Charpont, Guerre, Fontaine-sous-Prémont, de Gironville et des fiefs de Lauvernier ou de Chaudon à Houdan, de la Forêt, de Goussainville, de Broué, de la Giguetterie, de Toutes-Blanches, de la Croix-Verdé à Digny près La Loupe, et seigneur en autres lieux.
Ce seigneur épousa h Villemeux en 1712 , Jeanne- Hélène Gillain de Benouville, originaire de Caen. Ils n'eurent qu'un fils, Marie-Louis de Caillebot de la Salle.
Louis de Caillebot de la Salle, le père, mourut en 1728 à Tàge de 82 ans et fut inhumé dans le chœur de Téglise de Croisilles où se trouve encore sa pierre tombale en
li) L'important domaine de Prémont comprenait le château entouré de hautes murailles, plusieurs enclos» des bâtiments ruraux et une chapelle de Saint-Roch.
H y avait à Prémont des fourches patibulaires : on y pendit en 1509 Jean Hermen, dit Roulier, pour homicide. Sur le carrefour, devant la porte d'entrée du château, un marché se tenait le mardi de chaque semaine. . L'emplacement du château appartient aujourd'hui, pour partie, à M. Tousseux-Bassel de Broué.
BROi:É (775+ 15 c. j 10
74 BROUK
marbre, très bieuconservée. Voici le texte de son épitaphe.
Hic Jackt vik nobilïs a<: i'H.t:p(ni:.\s noMiM s
LlDOVIcrS l)K (.AILLEBOT, MaHCUK) DE LA SaLLE
OHDÏMS SANCTI SPIRITIS EgiES TOHOI'ATIS.
LUDOVICI DECIMI-OIAKTI VESTIAKIO I>H.EFECTIS,
V!H TNVICT.E CONSTANTI.E ET Al» OMMA SEMPEll
l'ARATlS IN BEhLO.
Ab IIOSTIBIS l'HOELir.ANDlS .NL'LLO RETARllATlS PERICl LO INTER F»RIMOS. PR.ESEXTE l.rD"^°, RlIflE.MM EU MEN ÏRA.NAVrT '-,, PRO MINERTRIS HONORÎEICE AUIMPLETIS IIONORIBIS
A REliE CUMILATVS.
MaGNATIBIS VT et REGI Al) MORTEM rSQL'E SEMPER ACCEPTIS
l.\ SERMONE VERl S, AC SINCERIS,
LN KACTIS JUSTIS
LITKÎANTU'M JIDEX LNTEGERRIML'S,
IMPROBIS SCRITPILLS.
PORTAS MISERIS, INDEOUAQIE AFFLLExNTlBLS
AI) LIBERU S EXERCENDA CURISTIA.NAS VIRTITES
AlLAM llESERUIT.
Tr.NC ORATIOM SEMPER INTENTIS
Plems EIDE, spe et CIIARITATE IX Deim.
MlMTlS REITERATA SACRAMENTORIM PERCEPTIO.NE CllRISTO IN .ETERM.M VICTl RIS
Famille et amicis relixoi ens uEsniERiiM siim
.ETATIS SU-: 82 A.NNLM A(;E.\S, MORTEM EXCEPIT DIE 1^ DECEMBRIS AX.VO l)"' 1728.
I). JOA.N.NA HELENA GiLLAIM DE Be.NoLVILLE
FIDELIS CO.NJIX IN TAXTl M VIRI MEMORIAM
HOC MOXIMEXTI.M ERIGERE CIRAVIT
IT EXIGIE, ILLl'D AMICITI.E, STUDII, UOXORIS, REVEREXTI.E
ET GRATI IX ElTM AXIMI TESTIMOXILM PR.EBllT.
Reoi'iescat IX Pace (1).
(1) Ici repose noble ul puissant seigneur Louis de Caillebot, maP' quis de la Salle, chevalier de Tordre du Saint-Esprit, préfet de la garde-robe du roi. Doué d'une constance invincible et toujours prêt pour la guerre, aucun péril ne l'arrêtail. En présence de Louis XIV, il traversa le fleuve du Rhin. Il remplit honorablement les fonctions
Au-desBOUs se trouve un autre marbre contenant cette inscription :
SiSTE VlATOR MILIEREM FORTEM EVANtlELII
non procul tnvenies
slb hoc marmore conditum fut coh
nobilis dominjc
Marle-Fraxcisce-Carol.*:
De Benoise
conjugis nobius et potentis viri
Marijr Ludovici de Caillebot
Marchioms de la Salle
EqL'ESTRIUM COPIARUM TrIBINI NECNON EqUITATUS gravis ARMATURiE
A CLSTODiA Régis Primi signifier!
PLENA FLIT MeRITIS ET ViRTLTE DUM VlXIT, POST VlTAM
Gloria plenior
OBIIT PaRISIïS die 2' MENSIS NOVEMBRIS
ANNO DOMINI MDGCXLII
iETATIS SL.E, TRIGESIMO PRIMO
Cl M AVIS ET ATA VIS JACET CORPIS IN ECCLESIA PaROCHULI ERl
UXORI CHARISSIM-E ÎIOCCE MoMMENTL'M ERIGI CURAVIT
D. DE Gaillebot de la Salle, desiderans AB noMixiBi s NECNON (le leslc de la ligne est etiacé.
ReoCïESCAT IS PAGE (1).
qui lui furent confiées et le roi le combla d'honneurs. Jusqu'à sa mort, il fut regardé par les grands et par le roi comme un homme sincère dans son langage, juste dans les actes litigieux, juge très intègre et scrupuleux. Sa porte fut toujours libéralement ouverte aux pauvres qui lui venaient de tous côtés ; et pour mieux exercer les vertus chrétiennes, il abandonna la Gour, s'adonnant à la prière, rempli de foi> d'espérance et de charité en Dieu. Après avoir i*eçu plusieurs fois les Sacrements qui donnent la vie éternelle, il mourut le 7 décembre de Tan de N.-S. 1728, à Tàge de 82 ans laissant k sa famille, et à ses amis de profonds regrets. En sa mémoire, sa pieuse et fidèle épouse D. Jeanne-Hélène Gillain de Benouville lui éleva ce monument pour lui donner un témoignagede respect et d'amour. Qu'il repose en paix.
(I) Arrête-toi voyageur, tout près d'ici, sous ce marbre a été déposé le cœur d'une femme forte de TËvangile, noble dame Marie-Françoise-
76 HROUK
l^cs armes des de la Salle portaient, de Normandie : d*or à six annelets de gueules S, 2, i.
Arnu's des de Lu Salle.
1697. — Le 22 septembre, décès de Antoine de la Salle, fils de M. de la Salle, seigneur de Broué.
1702. — Le 27 avril, décès de François Fiacre le fils, procureur fiscal.
1703. — Le 23 mai, décès de Gilles Egasse, officier du roy, au haras de Saint-Liger.
1710. — La grande route de Paris à Brest fut construite pour remplacer l'ancien chemin. Elle fut pavée en 1717. En 1899 et 1901 le pavé fut enlevé et remplacé par une chaussée empierrée.
1716. — « Acte de foy et hommage de la mairie de Broué rendu par René de la Salle. »
1739. — Le 28 avril, mariage de Louis Egasse, fils du procureur fiscal. Sont cités comme témoins, Messire An-
Charlotte de Benoise, épouse de noble et puissant seigneur, Marie- Louis de Caillebot, marquis de la Salle, lieutenant général des armées du Roi, sous-lieutenant des gendarmes de la Garde. Elle fut pleine de mérites et de vertus pendant sa vie et plus remplie de gloire après sa mort.
Elle mourut à Paris, le 2® jour du mois de novembre, l'an de N.-S. 1742, à l'âge de 31 ans.
Son corps, ainsi que ceux de ses ancêtres, repose en l'église paroissiale Saint-Merri.
M. de Gaillebot de la Salle a érigé ce monument à sa chère épouse, dcsirant que les hommes ainsi que (le texte est effacé).
Qu'elle reposk e\ paix.
BROUÉ 77
toine de la Salle, chevalier, seigneur de Carrières, Badonville, Broué, Pied-de-Fer, Mousson, Moissel, et autres lieux et dame Marie Catherine Nicole Roslin de FouroUes, son épouse.
1759. — Nous trouvons cette mention dans la description de la généralité de Paris, élection de Dreux :
« Broué, paroisse à une lieue de Houdan , — 130 feux, 360 communiants ; patron, saint Martin ; seigneur, M. de la Salle, chevalier de Saint Louis qui y réside. »
1771. — « L'an mil sept cent soixante et onze, moy curé de Broué, soussigné, certifie avoir pul>lié au prosne de la grande messe paroissiale le quatorze de juiliet, Tarest de Henry 2 touchant les femmes qui cèlent leur grossesse. »
Signé : Tournois de Bonnevallet.
« L'an mil sept cent soixante et onze, le quatorze de juiliet, moy, prestre, curé de Broué, jay signifié au prosne de la grand messe de ce jour de dimanche, aux paroissiens que suivant les ordres de Sa Majesté royale; mon intention étoit de faire valoir par moy-mesme touttes les dixmes appartenantes à la cure de Broué. En foy de quoy jay signé le présent acte pour servir en cas de besoin. »
Signé : Tournois de Bonnevallet.
En 1775, dans la nuit de la veille de la fête de la Conception de la sainte Vierge, des malfaiteurs pénétrèrent dans l'église en brisant un carreau. Ils forcèrent onze serrures du banc d'oeuvre, du banc de la charité, et du rosaire, emportèrent ce que contenaient les troncs ainsi que quatre nappes d'autel.
La même année furent créées par Turgot les diligences publiques sur la grande route. On les appelait turgotincs.
fc^ ••
78 BROUÉ
1776. — Le 8 décembre, publication de Tarrêt du Roi Louis XVI qui interdit les inhumations dans les églises.
1778. — Le 1'''' février, un vol fut encore commis dans l'église. Après avoir essayé de forcer avec un contre et une cheville de fer trouvés sur les lieux, la petite porte au midi, puis la porte des Bergers, les malfaiteurs ont brisé une vitre du chœur. Ils se sont retirés par les grandes portes en emportant de 4 à 6 livres, produit des quêtes.
1779. — « L'an mil sept cent soixante et dix neuf, le dix octobre jour de dimanche, moy, prestre , curé de Broué, soussigné, jay publié aux prosne de la grande messe le mandement de Monseigneur Tévesque de Chartres sous la lettre du roy qui ordonne de chanter un Te Deum en actions de grâce de ce que en Affrique nos François ont pris sur les Anglois le Sénégal et plusieurs côtes et en Amérique le comte d'Estaing, vice-amiral françois a pris sur les Anglois les isles de Grenade, la Dominique, 700 prisonniers, 100 pièces de cannon, 16 mortiers et un grand bâtiment de mer. Deux jours après le même comte d'Estaing a mis en fuitte Tescadre angloise commandée par l'amiral Biron, escorté de 10 vaisseaux et de 4000 soldats. »
Signé : Tournois de Bonnevallet.
1781. — Le 23 décembre fut chanté un Te Deum en actions de grâce de la prise de York et Glocester par le comte de Grasse et La Fayette.
1782. — Le 1*"^ mai, la nouvelle poste à MaroUes commence à rouler. Elle possédait 32 chevaux et était exploitée par Jean Dablin, fermier de Badonville.
1 784. — L'an mil sept cent quatre-vingt-quatre, le dixhuit de janvier, jour de dimanche, jay publié au prosne
BBOUÉ 70
(le la grande messe le mandement de MM. Tévesque de Chartres qui ordonne de chanter le Te Deum solennellement à cause de la paix entre les François, les Espagnolles et les Amériquains et les Anglois, la([uelle paix conclue le trois de septembre 1783 et signée à V^ersailles par Tempereur d'Allemagne et Timpératrice de Russie par laquelle le commerce des mers devient libre et la conquette de presque la moitié de l'Amérique en faveur des Bostonniens sur les Anglois. »
Signé : Tournois de Bonnevallet.
1785. — Le h' novembre, décès de Jacques Aulet, procureur fiscal des Célestins de MaroUes.
1786. — Le I9avril, inhumation d*un nommé Vassard, trouvé nové dans la mare des l\aies. Témoins : Jean Dablin, procureur fiscal de Broué, Gerbe de Thoré, bailly de Broué.
1786. — Le jeudi 2.*J novembre fut célébré un service pour le repos de Tàme de messire Joseph Robert Rey de Badonville, seigneur de Broue depuis 1782, escuier, ancien secrétaire des commandements de Monseigneiirle prince Bourbon duc de Penthièvre, capitaine général des chasses dudit prince dWnel, décédé aux îles d'Hyères.
1787. — La paroisse de Broué dépendait de la généralité de Paris, élection de Dreux en la province d'Ilede-France.
Après février 1787, la généralité de Paris fut divisée en 12 départements.
Le département de Dreux se subdivisait en l(> arrondissements :
P Dreux avec. . . 39 paroisses
2** Houdan — .... 39 — 'ï^>n* 28 de Scinc-el-Oise.
80 BROUÉ
*'*' Montfort-rAttiaury avec41 paroisses 4** Dammartin. . . — )Î8 — 5** Mantes. ... — 40 — (>*» Meulan. ... — 33 —
Il — Période révolutionnaire.
« L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf, le vingt-deux février, jour de dimanche, j'ay publié au prosne par Tordre de Sa Majesté le long ordonnance du roy qui ordonne une assemblée générale d'état pour la réformation et gouvernement nouveau du royaume, des finances et création des bailliages royalles et autres ; de plus une autre ordonnance de M. Ascelin, lieutenant général de Chartres, qui est Tinterprète en abrégé de celle du roy, composé de 51 articles pour donner la forme et règle préliminaire pour les assemblées générale et particulière du royaume le 27 d'avril prochain. »
a En conséquence à Broué, il a étéfaitte une assemblée d'habitans le premier jour de dimanche du mois de mars où les habitans ont élu le sieur Jean Dablin, procureur fiscal de Broué et Pierre Buhot, députés qui après avoir leur cahier de doléances et représentations des affaires de Broué, ont paru jeudy à Dreux, cinq mars à une réunion qui a duré deux jour. »
c( Il est à remarquer quej'ayété assigné à comparoître avec les députés de la paroisse pour choisir des députés tant ecclésiastiques que du tiers-ordre (l).
a Lan mil sept cent quatre-vingt-neuf, le dix-sept de may, jour de dimanche au prosne de la grande messe paroissiale, j'ay publié le mandemant de M*" Fevesque
(J ) Tournui>* de Bonnevallet,
de Chartres datte à Versailles en qualité de député et signé au bas le cinq may 17H9 par lequel il ordonne que dans touttes les paroisses, cathédrales, collégiales, communauté de relligieux et de relligieuses, il soit fait les prières des quarente heures avec l'exposition du Saint-Sacrement et le salut et bennediction pandant trois jours consécutifs, le dimanche de la réception du mandement et une oraison à touttes les messes du Saint-Esprit pendant la tenue de rassemblée générale et nationnalle, le tout pour attirer les grâces du Seigneur pour rassemblée généralle et nationnalle qui a commencé le leundy huit jour après le 27 avril et pour demander les lumières du Saint-Esprit pour la ditte assemblée, ce qui a été exécuté le dimanche et les deux jours des rogations savoir le leundy et le mardi ayant fait les stations et processions à la croix du bois de Broué et le second jour des rogations à la croix de Bécheret, avec la grande messe et exposition du Saint-Sacrement et le salut les soires et le troisième jour la procession et messe à la chapelle de Marolles (1). »
1789. — Le 6 septembre fut lue dans Téglise de Broué rordonnance du roi concernant la création de milices bourgeoises destinées à arrêter les perturbateurs du repos public.
Cette ordonnance, datée du 14 aoùt^était signée: Siéyès, Lally-ToUendal, Pétion de Villeneuve, Tabbé de Montesquieu, Emery et Louis XVI.
Il est enjoint dans la ditte ordonnance, aux soldats de « prêter solennellement le serment de fidélité à la nation, au roy et à la loy. »
a L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf, le vingt-cinq
(ly Tournois de Bonnevallcl.
BKOLK (775-J-I5 c.) 11
ft2 BRôué
octobre, jour de dimanche, moy prestre curé de Broué soussigné, j'ay publié en nostre grande messe de paroisse le décret de l'assemblée nationalle de Versailles en datte du 4, 6, 7, 8, 10 et M d'aoust 1789 signé au bas : Lechapellier, président ; Seyès, abbé ; le comte Lally-Tolendal ; Freteau ; Pétion de Villeneuve ; Tabbé Montesquiou ; Emmery, secrétaire ; et plus bas, signé : Louis ; de par le roy, de Saint-Priest, qui ordonne cette publication. »
« Le décret qui contient 19 articles est mentionné tout entier dans le registre de Tétat-civil de 1789.
Le 14 décembre 1789, la municipalité fut constituée et succéda à la paroisse.
Elle était administrée par un conseil général composé d'un maire, de 6 officiers municipaux, de 3 notables, d'un procureur et d'un secrétaire.
Le maire et les officiers municipaux formaient ce qu'on appelait le bureau.
Le 18 avril 1790, il est publié une instruction pour la convocation d'une assemblée primaire à Bu, chef-lieu de canton, pour le 26 du même mois.
1127 citoyens provenant de 17 paroisses y étaient appelés à élire les membres du corps administratif du département d'Eure-et-Loir.
« L'an mil sept cent quatre-vingt-dix, 'le treize juin jour de dimanche, moi prestre curé de Broué soussigné j'ay publié au prosne la justification d'un extrait pour les assignats émané de la chambre nationalle, laquelle monoye en papier est pour payer les dettes de l'Etat que pour subvention des prestres, des églises et pauvres en datte du 30 avril 1790(1). »
Le 30 janvier 1791, MM. Tournois de Bonnevallet curé
(1) Tournois de Bonnevallet.
BROué 83
de Broué et Paul Fallot son vicaire, se sont présentés devant une assemblée du conseil général de la commune pour déclarer leur intention de satisfaire aux décrets de TAssemblée Nationale des 27 novembre et 16 décembre 1790. Ils jurèrent « de soutenir la constitusion nouvelle du roiaume, d'estre fidelle à la nation, à la loy et au roy. »
Le 4 décembre 1791, installation de la deuxième municipalité.
C'est en 1792 qu'il y eut pour la première fois un gardechampêtre à Broué.
Dans sa délibération du 24 juin 1792, le Conseil général choisit Louis-Benoit Chantard et comme salaire il recevait de chaque cultivateur 2 sols par chaque arpent de blé, 2 sols par chaque arpent de mars et autant sur les autres graines de toutes espèces. Son service commençait à partir du mois de juin et se terminait après l'enlèvement des gerbes.
Le 18 novembre de la même année 1792, le sieur Mathurin Buhot, notaire à Broué fut nommé officier public et comme tel chargé désormais de la rédaction des actes de I elat-civil qui jusque-là avait été confiée aux curés.
Le 27 novembre, l'inventaire des registres fut fait dans la maison presbytérale et lesdits registres furent rerais par Tournois de Bonnevallet à Mathurin Buhot en présence de Louis Egasse, maire ; Nicolas Besnard, procureur, et Nicolas Cadot, secrétaire-greffier.
La troisième municipalité fut nommée le 9 décembre 1792 et entra en fonctions le 23 du même mois.
Le 26 décembre, le sieur Paul Fallot fut nommé officier public.
Le citoyen Louis Egasse, ancien maire, convoqué à des époques différentes pour procédera Tinventaire des titres
84 BHou^:
de la précédente municipalité, ne se rendît à aucune séance ; il refusa même de remettre les archives corn* munalesqu*il avait en sa possession et le 12 mars 1793, le Conseil décida de le poursuivre devant les tribunaux. Voici les charges locales de la commune de Broué en 1792,
1** Entretien et réparations du presbytère. 56' » »
2** Loyer du lieu ordinaire des séances. . 35 » »
3" Appointements du secrétaire-greffier.. 80 » »
4** Fourniture de bois, papier et lumière. 30 » »
5* Traitement du maître d'école. ... 80 » »
G'* Traitement du receveur de la communauté pour la perception de la contribution
foncière 283 8^2'
T Deniers additionnels pour la perception
de la contribution mobilière 31 19 3
Le 13 janvier 1793, le sieur Jacques Blondeau a été nommé secrétaire-greffier.
Le même jour les fonctions de percepteur furent adjugées au rabais à Guillaume Benanger, laboureur, qui consentit à se charger de la perception des contributions moyennant une rétribution de cinq deniers pour livre.
Le 23 juin, le Conseil général nomma des commis-* saires chargés de faire le recensement des grains.
Ce furent :
1"* Pour Broué, les citoyens : Etienne Prunier, procureur ; Pierre Contet, officier municipal ; Jean Vigoureux, journalier.
2*" Pour Marolles : Jacques Laire, Gilles Venard, officiers municipaux ; Jacques Blondeau, secrétaire-greffier.
3" Pour Bécheret, François Dablin, maire ; Guillaume Dagron, officier niunicinal,
HROUK Si)
Le même jour, le citoyen Louis Egasse, ancien maire, refusa de recevoir les dits commissaires et les injuria (1).
Us en dressèrent immédiatement procès-verbal dans lequel ils écrivaient :
« Le même Louis Egasse a chez lui plusieurs signes de féodalité, sa conduite est des plus incivique, le susdit Egasse nous a conduits à sa porte extérieure nous ayant injuriez, finissant ses dernière parolle en disant : va, va, pouillard. »
Le 30 juin 1793, le sieur Chantard fut de nouveau nommé garde-champêtre avec une rétribution de 3 sols par arpent.
Le 13 juillet, les habitants s'assemblèrent dans l'église, convoqués au son des cloches et des tambours, pour y entendre la lecture de Tacte constitutionnel et de la décla- • ration des droits de Thomnie et du citoyen.
« Cette lecture a été entendue avec un profond silence, elle n'a été interrompue que par des applaudissements. Tous les citoyens présents ont témoigné la plus vive satisfaction par leurs acclamations. »
Dans la même réunion, les habitants de Broué fure;.t invités à se rendre à l'assemblée primaire qui devait se tenir à Bu le dimanche suivant.
On leur donna pour motif « la cessation de Tanarchie, le rétablissement de Tordre, le retour de la paix, l'établissement progressif du bonheur des Français, qui seraient les fruits d'une bonne constitution. »
« Ensuitte toutes les cloches ont sonné en signe d'alégresse. »
Le Conseil général de la commune nomma le citoyen
(1) Louis Egasse habitait à Mai'olles lu maison actuellement possédée par M. Rousseau.
Guillaume Godefroy, notable, pour le représenter à ladite assemblée primaire de Bu.
Le 9 août 179î{, le citoyen Pierre Contet, officier municipal, fut délégué pour représenter la commune de Broué à la fête nationale qui devait avoir lieu le même jour à Dreux.
Le lendemain, 10 août, la fête fut célébrée à Broué.
Un autel fut élevé sur la place publique, la messe y fut dite par Paul Fallot et une somme de quarante livres fut dépensée pour offrir des recréations à tous les citoyens invités « à se coaliser pour le maintien de l'indivisibilité de la République. »
Les frais de cette fête furent prélevés sur les fonds de la fabrique.
Le sieur Louis Egasse, considéré comme suspect, fut condamné à être désarmé. Les commissaires nommés à cet effet trouvèrent chez lui « un fusil simple de quatre pieds quatre pouces un quart de longueur sur sept lignes de calibre, dont la crosse vis-à-vis la visse à gauche est cassée et le fus monté à moitié du canon en bois de noier, un guidon blanc )) qu'ils saisirent et déposèrent au greffe de la commune.
Le ^ octobre 1793, le sieur Héron, commissaire nommé par le Comité de subsistance de Dreiïx, vint à Broué réquisitionner la quantité de 40 quintaux de blé qui devaient être transportés sur le marché de Dreux.
Le 10 novembre 1793, il fut procédé à Tenlèvement de la maison de Benancourt, des minutes, grosses et expéditions, titres et renseignements concernant la ci-devant seigneurie de Benancourt, Mauzaize, Prémont, Charpont, Fontaine, Groisilles, Champagne, Broué , Goussainvillc, Houdan, Le Ménil-Ponceaux, etc., appartenant au citoyen Valleteau.
Le 16 nivôse an II (1), le Conseil général arrête que le nom de procureur de la commune sera changé en celui d'agent national.
Le 23 nivôse (13 janvier) le Conseil a décidé que la fête nationale de la prise de Toulon serait célébrée et « qu'il seroit fait un feu de joie de la victoire remportée contre les rebelles et que les citoyens inscrits sur le registre de la garde nationale de ce lieu seroient invités à prendre les armes et de se rendre au rassemblement à l'heure indiquée. »
« Il sera mis un drapeau au haut du clocher et un autre sur la maison commune de ce lieu. »
« Le Conseil général assistera tout entier à cette cérémonie civique. »
Le 29 nivôse an II fut nommé le Comité de surveillance de la commune de Broué.
Il était composé des citoyens :
1** Desvaux, Maurice; 2" Deschamps, Jean; 3** Moîsy, Nicolas ; 4** Dablin, Pierre ; a** Jacqueline Toussaint ; 6" Vigoureux, Simon ; l"" Vigoureux Jean ; 8** Tousseux, Louis ; 9"* Thierrée Michel; lO'^Dagron, François, maçon; H'' Guermond, Nicolas, fils ; 12'' Godefroy, Jacques.
Ils adoptèrent pour le lieu de leurs séances une chambre louée dans la maison du citoyen Jacques Laire, moyennant 36 livres.
Le 30 nivôse an II, le Conseil général de Broué examina une pétition d'habitants de la commune tendant à la création d'une société populaire et demandant l'autorisation de tenir des séances dans la ci-devant église.
Le Conseil invita les sociétaires à présenter leur requête aux autorités supérieures et leur permit toutefois dy tenir la première réunion.
(1) 6 janvier 1794.
>W UROUÉ
C'était un véritable club où les plus exaltés de la localité se donnaient rendez-vous.
La chaire à prêcher servait de tribune et le citoyen Contet fut invité le premier à prendre la parole.
Il la prit en effet, et dans un langage violent, imagé à sa façon, il vociféra contre les prêtres, Tancien régime, etc.
Les séances suivantes devinrent orageuses et les pusillanimes cessèrent d'y assister.
On raconte le discours suivant tenu par une brave femme à son mari qui partait pour le club : « S'ils causent trop fort, tais-toi; s'ils te demandent quelque chose, ne réponds rien ; et s'ils se battent, viens-t'en ! »
Le 7 pluviôse an II (27 janvier 1774), le citoyen Paul Fallot donna sa démission d'officier public et de membre du Conseil général donnant comme motif « l'opinion publique prononcée contre les prêtres. »
Il fut remplacé par le citoyen Jacques Laire, menuisier.
Le 28 pluviôse (17 février 1794), on planta un nouvel arbre de la liberté etie décadi de la 2* décade de pluviôse, la Société populaire planta à Marolles un arbre de la fraternité.
Le 7 ventôse (26 février) sur la demande des membres de la Société populaire, le Conseil décida l'acquisition w d'un brancard et de poids » pour le pesage des grains réquisitionnés.
Le 17 ventôse (8 mars 1744) le citoyen Prunier, « agens nasional revaulustionnaire » de la commune de Broué, lit nommer par le conseil général un citoyen intelligent pour extraire le salpêtre. Le choix de l'assemblée se porta sur Jacques Godefroy.
Le 26 ventôse, le citoyen Pierre-Etienne Maîtrejean est nommé su))pléant du secrétaire greffier attendu que le
ftBOUE 89
sieur Blondeau demande à remplir les fonctions d'instituteur.
Le 28 ventôse, le presbytère fut désaffecté de son emploi habituel et il fut décidé que
!• Une chambre au midi serait destinée à* tenir les séances du Comité de surveillance révolutionnaire.
2** Une autre chambre à côté destinée à tenir les séances de ta municipalité.
3'* Une autre chambre destinée pour la maison d'instruction .
•V Et le reste pour le logement de Tinstituteur.
Nous transcrivons ci-dessous, en ce qui concerne Broué, l'extrait d un décret relatif au battage des grains.
« Extrait des registres du commité de Salut public de la Convention nationale. »
Art. 4. — « Les dittes administrations de district se transporteront dans les Sociétés populaires du jour de la réception du présent arrêté pour en faire part aux sans culottes, et proposeront de nommer des commissaires en nombre suffisant pour marcher dans les fermes et stimuler les habitants des campagnes afin que les transports ne soient pas arrêtés par deflFaut de batteurs. A cet effet, les dits commissaires metteront en réquisition les bras oisifs et indiférants, feront transporteries gerbes pour les battre, d'un endroit à un autre, si les lieux le permette, et veilleront aux charges et à la délivrance des lettres de voiture ; ils seront nourris et couchés fraternellement dans les fermes. »
Art. 5. — « Les municipaux et agents des communes où les réquisitions seront adressées, seront tenus d'agir conformément aux ordres qu'ils recevront des administrations des districts qui les subordonnent, les retards et les entraves seront jugés par les commissaires des Sociétés
BROvé (775+15 c.) 12
ôo
BRorK
populaires et les coupables seront arrêtés comme suspect, sauf à prononcer ensuite sur leur conduitte. »
Art. 6. — « Les administrateurs des districts qui oseroient mettre la moindre négligence dans Pexécution du présent arrêté seront traduits devant le tribunal révolutionnaire à Paris pour y être jugés comme complices des conspirations intérieures de TEtat. »
Cet arrêté, du '9 ventôse, fut mis immédiatement à exécution, dans la commune de Broué et, dès le 23 ventôse, les batteurs étaient renvoyés.
Le 26 germinal an II (16 avril 1794), le citoyen Jean Deschamps fut chargé de transporter à Dreux les dons patriotiques ofierts par les habitants de la commune de Broué.
78 personnes fournirent ces 'dons patriotiques qui consistaient surtout en chemises, vieux linges, draps, filasse, bas et matelas.
Le 1"*^ messidor an II (19 juin 1794) le Conseil général de la commune a fixé ainsi qu'il suit le prix des travaux :
pour scier un arpent de blé, étant nourri.
— non — .
pour faucher un arpent d'avoine, nourri.
— non — .
journée d'homme pour ramasser lavoine
nourri
— de femme — —
— d'homme pour scier.
— de femme — ...
Un calvanier pour la moisson.
hors la moisson, journée d^homme pour labourer. . .
— pour mener les moutons. .
BBOUÉ W
journée d'homme nourri » 18 »
journée de charpentier non nourri. , . 2 5 >»
— de charron- nourri 1 10 »
— de maçon — 1 17
— de bourrelier — I 10 »
— de tailleur — » 15 >j
— de femme — » 12 »
— d'homme non nourri, ... 1 10 »
gages d'un charretier 250 » »
d'un berger 210 » »
d'une servante 112 10 )►
pourbattreunsacdebl6,me8uredcDreux. 1 10 »
— un minot de Iloudan, avoine. . » 2 ^l
façon d'une aune de toile » 18 »
labour d'un arpent 12 » »
une voiture et un cheval pendant la moisson. 4 10 »
journée du conducteur 2 » »
journée d'un cheval, hors le temps de la
moisson^ par lieue l « »
C'est en Tan II que fut gravé par Avisse de Dreux le premier cachet de la municipalité moyennant la somme de 12 livres.
Sceau de la municipalité (t79'i ù 1802)
Le 18 messidor (7 juillet), le Conseil nomma six commissaires chargés de faire transporter à la maison corn-
92 BROUÉ
mune toutes les cendres poBsoJoes par les habitants, en vue dVn extraire du salpêtre.
Le 12 brumaire an 111 (3 novembre 1794), le sieur Blondeau donna sa démission de secrétaire greffier, et le même jour il fut remplacé par Paul Fallot, ci-devant vicaire de Broué.
Le même jour, le fils du sieur Jacques Laire , menuisier, fut nommé commissionnaire de la municipalité avec des appointements mensuels de 2 livres 10 sols. ,
Le 30 germinal an III (20 mars 1795) Tatelier du salpêtre établi dans notre commune fut supprimé.
Le 16 brumaire an IV (8 novembre 1795) le citoyen Jacques Laire fut nommé agent municipal et Pierre Contet, adjoint.
Ce dernier fut plus tard remplacé par Nicolas Moisy.
La réunion de ces fonctionnaires à Bii, chef-lieu de canton, constitua, avec un président, une administration municipale auprès de laquelle se trouvaient un commissaire du Directoire et un secrétaire.
Gela dura ainsi jusqu'à la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) qui rétablit l'administration communale, telle à peu près qu'elle avait été organisée par la loi de 1790.
C'est vers 1797 que fut construit le premier télégraphe aérien de Broué par G. Dagron et P. Contet.
Le télégraphe aérien fut inventé par Chappe en 1792.
Cette machine fut adoptée en France au début des guerres de la Révolution. Elle mit, avec une rapidité jusqu'alors inconnue, le gouvernement en rapport continuel avec ses quatorze armées et ne fut pas étrangère au triomphe de la France.
Elle se composait d'une échelle et de tiges dressées verticalement au sommet d'une tour ou d un lieu élevé,
BROUK 9»^
A l'extrémité supérieure se trouvait une pièce de bois, longue de 4™, 60 et tournant, en son milieu, sur un pivot qui lui permettait de prendre quatre positions différentes ; cette barre se nommait régulateur.
A chacune de ses extrémités elle portait une branche longue de 2 mètres, et chacune des deux branches pouvait prendre, en pivotant, 8 positions distinctes, ce qui donnait 8x8x4 = 256 signaux.
Ces trois pièces de Lois étaient faites comme des persiennes et peintes en noir.
Au pied de l'échelle se trouvait la chambre de manipulation où stationnait l'employé qui mettait la machine en mouvement à l'aide d'un manipulateur qui commandait les pièces de bois au moyen de cordes.
Des lunettes puissantes permettaient au télégraphiste d'apercevoir les signaux des postes avec lesquels il communiquait.
Jusqu'en 1830, l'organisation télégraphique était restée entre les mains de la famille Chappe qui nommait les employés.
Depuis, elle fut le patrimoine de l'Etat qui s'en servit pour ses dépêches officielles.
L'ensemble du réseau télégraphique se composait de cinq lignes.
Le poste de Broué était sur la ligne de Paris a Brest par Avranches. Cette ligne avait 540 kil. et une dépêche y était transmise en 8 minutes.
C'était déjà une rapidité merveilleuse pour l'époque.
Du poste de Broué on apercevait vers Paris, celui de Bourdonné et celui de La Queue, et vers Avranches ceux de Dreux et la Madeleine de Nonancourt.
Voici les noms des télégraphes établis depuis Paris jusqu'à Broué ; Paris (Tours de Saint-Sulj)ire, Mont Va-
léricn. Trou-d'enfer, Les Clayes, Ncau]»hle, La Queue, Bourdonné, liroué-
Le premier télégraphe dont nous avons signalé la construction était situé dans une pièce de terre cadastrée, section D, n" 'Î2I. (I)
Le second télégraphe de Broué était un peu plus à Test. II fut construit en 1827 ou 1828 et il servit jusqu'en I8.')l.
Il fut démoli en 1852 et les matériaux furent vendus au profit de l'Etat.
Les employés avaient la clef de quelques signaux, mais ils ignoraient complètement les autres qu'ils reproduisaient machinalement.
Xous devons les renseignements ci-dessus à l'obligeance
(I) Vi)ii- pUiL gi'-uérul lie la foiuniuni.',
de M. Laine Julien, ex-télégraphiste demeurant actuellement à Broué et aux travaux de M. Vallée, ex-inspecteur des télégraphes, en retraite au Puiset, près Janville.
En 1852^ la télégraphie aérienne fut partout remplacée par la télégraphie électrique.
Nous avons dit plus haut que l'organisation municipale dont nous jouissons aujourd'hui, datait de 1800.
Le 20 thermidor an VIII (10 août 1800), les citoyens Pierre-Philippe Dablin, Maire, et Paul Fallot adjoint, nommés par arrêté préfectoral du î) thermidor, prêtèrent le serment de fidélité en présence de Jac([ue.s Laire, ancien agent et Nicolas Moisy, ancien adjoint.
Le Conseil municipal, nommé par arrête du l*"* octobre 1800, fut installé le 12 du même mois.
Le 15 germinal an IX (6 avril 1801), a été publiée la paix faite et ratifiée entre l'empereur et le corps germanique. « Les habitants en ont témoigné une joye vive et sincère. >>
Les préliminaires de cette paix avaient été publiés tant à Broué qu'à MaroUes le 10 vendémiaire an IX, en même temps que l'occupation par nos troupes des places fortes de Ulm, Philipsbourg et Ingolstad ainsi que l'annonce d'un congrès à Lunéville.
En l'an IX, les 164 maisons de la commune furent numérotées comme dans les villes, ce qui occasionna une dépense de 20 francs 50 centimes.
Le 18 vendémiaire an X (Il octobre 1801) fut publiée la signature des préliminaires de la paix entre la république et l'Angleterre, a Cette nouvelle a été reçue avec des transports d'allégresse. »
Le 16 thermidor an XI (5 août 1802) le citoyen Louis Aulet l'aîné, fut nommé adjoint en remplacement de Paul Fallot, démissionnaire.
Il est bon de rappeler ici que l'adjoint remplissait alors
96 BROUÉ
le rôle d'officier de police, qu'il assistait à la vérification des poids et mesures, mais qu'il n'avait point le droit de siéger au Conseil municipal.
Son costume, comme celui du maire, avait été réglé par l'arrêté du 17 floréal an Vlll.
Le maire devait porter un habit bleu, une ceinture rouge à franges tricolores et un chapeau à la française, uni.
L'adjoint portait un costume identique; la ceinture seule différait en ce sens que les franges étaient blanches.
Pour Télection du premier Consul (8 messidor an VIII) le maire dut ajouter à son habit bleu des boutons d'argent et un triple liseré uni, brodé en argent au collet, aux poches et aux parements ; à son chapeau il fallut mettre une ganse et un bouton d'argent et il porta une épée au côté.
L'uniforme de l'adjoint était semblable ; toutefois il ne devait avoir que deux rangs de liseré brodé.