DE LA CATHEDRALE DE CHARTRES
Aussi, M. l'abbë Buiteau a-t-il cru pouvoir attribuer à Jean des Carrières la construction de l'escalier de la sacristie auquel on travaillait au mois de juillet i 'Mi (1). L'acte précédent permet de corriger cette erreur : en 1311» Jean des Carrières n'était plus maitre de Tœuvre : il était remplacé par Simon Daguon, qui, par conséquent, peut être considéré comme l'architecte de l'escalier à vis de la sacristie (2).
Dans le temps où Simon Daguon ainsi que le mattre imagier Bertautde Matoviliiers (S) et le maître charpentier Simon accom*
(1) Monognpki» de U aitkidnlê ff« Ch»rtre», S* édit.. t. I, p. 180. — Cest
grâce à la libéralité du chanoine Guillaume de Pontlevn^- que cet escalier, placé à l'angle sud-oue»t de la sacristie, fut achevé. Dans soa teatanaeat, daté du 22 juillet 1311, Guillaume de Pontlevoy s'exprime ainal : L990 fêbriee
ecclesie Cg rnotennit ducenlus lihr.is curnoien^iiuni iiru quadain lructea,!n twlijnli vocalM viz Lrpidea, exmlente in eccletia Varnolensi a parle revetUàrii perficiend» (Reg. capit., ma. 10O7, t. I, Clattêtitê tetUmentoram emnonùoram rfe/bneforvm, f* ccvii, V»). M. l'abbé Clerval. dans un article intitulé : Un bUnfûUeur du calorilére de la cathédrale de Chartres aa XIV' siècle (Voix de ^îolre-Pame d» Chartres, année 18^, p. 562), a confondu Guillaume de Pontlevoy etGuiWaume de Ghaumont. G. de Pontlevoj, simple cbanoiae, décéda le 19 mars 1814 (Reff capit , ros. 1C07, t. 1. .\omina eanonirortim Cnrnnlensiuni Jecedentiam). Quant à Guillaume de Chaumoat, il était mort depuis longtemps en 1311. Chanbrier du chapitre en 1276, prévAI d'Aovera eu 12S1, ttrchidiacre de Chartres de 128iàl297, Guillaume de Chaumont mourut avant le25 aoAt 12y8 (Cf. L. «t H. Meriet : Dignitaires de l'église Sotre-Dame de Chartres, p. 8Q, 131 et 209).
(2) On a fait à cet escalier» en 1893, une curieuse modifiCAtkm. Tout ca
conservant les marches, on a remplacé le noyau de pierre central par un tuyau de brique, qui est destiné à activer le tirage du calorifère de la cathédrale.
(3) Cet artiste est simplement appela maître lîertnut dans l'expertise de 1316; mais, dans une délibération capitulaire de 1318, j'ai trouvé la preuve qu'il était originaire de Msinvitliers. pris de Chartres: J>ie nbbati post
festam Pn rificiUunis he.ite .V.in'e. orilifuiluni fuil qtioil, usque ad bi-neiilaciluni CMpUali, siagulis annia detitur magislro Symoni carpenlario et magialro BeV' ihmado dt ManaviUari, Utkomù, eatlî&el earont, deeem Ubns pro ZÊttibut querend's vel bone robe (Reg. capit., ms. 1007, t. II, Chapitres générMz,tiû1kCé du 4 février 1318, f" XLin. Il semble démontré aujourd'hui (V. E. Lefèvre Pontalis; Les Architectes et la coiutruclion des cathédrales de Chartres, mém. cité, p. que c'est sous la direction de maître Bertaut de Mainviliiers que furent sculptés les deux groupes figurant le combat de David et de Goliath, sur l'un des piliers du porche septentrional de la cathédrale de Chartres. La gratification ou «onriottie, que lui octroie le Chapitre en 1818, nio parait tf^mnigner d'une certaine activitt' dans l'atelier de sculpture à cette époque. Il serait intéressant de rechercher, au porche nord, parmi Je* atatues et les baa>felieA du commeacement du XIV* siècle, quel* «ont ceux dont on pourrait attribuer l'exécution à Tartiate charirain.
LES ARCHITECTES DE LA CATHâDRALB DE CHARTRES
pagnaient les experts Tenus de Paris pour visiter la cathédrale de Chartres et y signaler les réparations qu'ils jugeraient urgentes (1), on se préoccupait au sein du chapitre, de faire res* taurer également les verrières du XIII* siècle. A cet effet, les chanoioes, au mois de mars 1317, concédaient à un artiste, nommé Geoffroi, l'office de maître verrier de l'église de Chartres* et celui-ci s'engageait, pour la somme de trente livres, à remettre en bon état tous les vitraux et à les entretenir désormais, à ses dépens, moyennant six livres par an (2).
Geoffroiest le premier peintre verrier de la cathédrale dont le nom nous soit connu (3 h Toutefois il semble n'être l'auteur d'aucun des vitraux actuels, si ce n'est peut être de la curieuse grisaille que le chanoine Guillaume Tyerri fit exécuter en 132B au-dessus de l'autel nouvellement fondé dans le croisillon méridiona! (4).
Le 25 juin 1323. le chapitre de Chartres prenait la.délibération suivante :
[Anno M* CCO XXHl^] , die i*bb»(i in eràftino fuU $uii»Hétii be»U Jûhàani* Bûptitte^ ordiiutiam est qnod fiûl et tdificeUtr mu eoiufrna» lar qooddam novum C»piiulum tapiéleum et il» ettum qaod poteit tntrocedere eeu ire ub eectesia in dietum Cupitalam eine aliç oo deeeensu eel M9eensa (5).
En vertu de cette décision, une nouvelle salle capitulaire fut
(1) Cf. V. Mortft : L'FTpfrliy»' </p ?,i cathrJrale de Ch*rirtë tn 1St8, dans le Congrès arch. de France, tena à Chartres en 1900, p. 312.
(2| DieSthbëti port A«mMMeer<. Capilalam nUnvH Gnufnâam ^irênum, in lervientem et vilrarimn ecclexie ^ariv)lei\.iix. el fuit .tcluni iiuod idem Gaafridat, sniê sumpUlius firofirii» el expeiuis, omn s vilnruts eecletie CArMtêtuiâ refieitt ci in bono ttAtu ponet tam in plambo, sttqno, vitro qa*m «{itr ncratirarti*. infn «nnnm, et pro .mno prtunti pr» triifinU liMê emrnottniiam tidtm ub eeclesia reddendts. et Je celern, annn rerululo, pro êct. lihris ipnns vilr»rias rejiciel sumptihus «uu el ect«m su»itnebil (Keg. capit. m». KXiS, Cftapitres qaotidimu, séance du 5 mars 1317, t xlii, 1*J.
(3; On a, depuis lûni,'temps, signait? un peintre verrier plus ancien, Clemens vUrearias Carnutensit, qui a mis sa signature sur un vitrail de la cathédrale de Rouen ; en réalité, nous igaorons «i cet artiste a travaillé à l'église de Chartres.
{(») Sur cette grisaille» v. Monognphie de <a ealhidràle de CAerlrei (2* édit.),
t. III, p. 288.
Çt) Reg. capit., ms. Wtt, t. 11. Chapiim génirHum^ séance du SB juin 1323, ^ Lx. r».
LES ARCHITECTBS
construite au chevet de la cathtdraie. Celit, qu on dut démolir avait été bâtie autrefois par le doyen Adalart (1) ; mais son style architectural n'était plus de mode, et puis les chanoines, pour se rendre en séance, étaient forcés de suivre, après être sortis du choeur, le corndor qui communique aujourd'hui avec l'ancienne maîtrise. Il en résultait pour eux des descentes et des montées continuelles ; aussi ont-ils soin, dans l'acte précédent, de spécifier qu'ils veulent, à l avenir, pouvoir aller de l'église au lieu de leurs réunions, sine aliquo descensa vel ascensu. Afin de donner, autant que possible, salisîaction à ce désir des chanoines, 1 architecte du XÏV' siècle perça une porte dans le mur de la chapelle absidale de la cathédrale, vis-à-vis de l'entrée du nouveau bâtiment (2)
J ai eu la bonne fortune de découvrir quel était alors le maître de l'œuvre de l'église de Chartres. II s'appelait Huguet d'Ivry, et on ne peut lui refuser une place honorable parmi les architectes de J'époque gothique f3).
La salle capitulaire. bâtie par Huguet d ivry, subsiste encore ; c'est une belle et solide construction, d'un style très sobre, comparable, par certains côtés, aux monuments du siècle précédent.
Des fouilles récentes, entreprises en cette salle dans le but d*y établir un caveau funéraire pour les évéques de Chartres, ont
(1) Adalart, do^en du chapitre de Chartres, mourut le 20 août 1092 : V// kalemini neijlenihri.f. obiil Adelardut, decanus. hujiin ecclexte atnator prtcipuut, qui hoc i tpUuium conMtruxil (Kené Medet et abbé Clerval : Un MëiuuerU elutrtnûH da X^ aUeU, p. 114).
(2) Cette porte, bouchée à IVpc mr -ie la R^^volution. a «*té rOttVertC, l'an dernier, par ordre de M. Selmersheim, architecte diocésain.
(3) [Anno M* CCC' XXV*], dit aurearii po$t fvtiam btëii Chmmtit, eapitalum éwiêrwit fBotf Huguelu» de Ybreyo, magitUr «fwm ecvletie, niehit dtbet pereipere in gaeidit, ratione prfhende sue qa»m eoniuetus ett ptrcip^re in eeelttiA Carnolenai iReg. capit,, ms. 11K8, Chapitres quotidiens, séance du M novembre 132S, f*ccxxiv, r*}. Huguet d h ry, comme te» prédécesseurs, percevait fruits d'une des prébendes du chapitre : on stipule ici que celte prébende ne lui donnait pas droit aux produits des guëdes. La guède est UM plante tinctoriele dont il se faiuit un grand commerce à Chartres au moyen âge. — HuRuet d'ivrv fut un des bienfniteurs de l'ûbbnje dr JoMphat, près de < hartres, et, à ce titre, son nom figure dans le nécrologe du monestère : XV luUHdaM aagaaU, nhiit Itugo ét Yvreio, nugifter f»hrie9 fcclesie Carnoiensii. qui tlvilil nobis V solulox unnai cfnsus (lîibl. nat., ms. latin. 922(, (" 21, r*). Cet obit m'a été signalé par M. le chanoine Métais.
DB LA CATMiORALB OB CHARTRES
prouvé qu'elle avait été élevée sur les fondations muniLS de celle qui fut démolie en 132 {. Mais elle ne forme qu'une nef de trois travées, voûtées sur croisées d'ogives, tandis que la salle du XP siècle était divisée, au moyen de deux pil«»s intermédiaires dont on a découvert les fondations l'an dernier 1), en deux nefs de trois travées, lesquelles étaient probablement recouvertes par des voûtes d'arêtes .
A peine les chanoines eurent-ils décidé de reconstruire leur salle capitulaire qu'un autre projet fut mis par eux à l'étude. On avait opéré solennellement, le 1" octobre 1310, dans le chœur de la cathédrale, la reconnaissance des reliques contenues daos la châsse de saint Piat (2). Depuis lors, une grande dévotion pour ces reliques s'était manifestée dans le clergé et dans le peuple. « Le corps de saint Piat, dit Rouillard, florissait alors en miracles ». On résolut, en 1324, d'édifier, au-dessus de la salle capitulaire, lorsque celle-ci serait faite, une chapelle dédiée à saint Piat; mais, en attendant, on s'occupa de trouver les ressources nécessaires pour l'e&écutton de cette nouvelle entre» prise.
Je publierai, en appendice, plusieurs délibérations capitulaiies relatives à une souscription et à une taxe, dont les produits devaient être appliqués par le chapitre à Tœuvre de la chapelle Saint-Piat ; Ces délibérations sontdatées des 27, 2B et 29 juin 1324.
Cep^dant, la construction de la salle capitulaire, activement poursuivie, fut achevée vers 1335. Nouai savons, en effet qu'Aimeri de ChAtelus, évéque de Chartres de 1332 à 1342, était déjà en possession de son siège, lorsqu'on se mit À bAtir la cha> pelle Satnt-Piat. Le document (^), qui nous instruit de ce fait,
(1) Ces mêmes fouilles ont mis à jour, au milieu de la salle, à 1*8U de profondeur, une tombe maçoaaée renferraaat un squelette. M. l'abbé CUnral a conjecturé^ a^ec beaucoup de vraisemblance, que cette tombe était celle du chanoine de Chartres, Pierre Guete le jeune, enterré à cet endroit en l'année 1400 (Cf. Un* Sipaltar* dt cAanoiiM d»nê la stlle cépiiaUirty Votv tffl Notn-Dêm» <fe CA«r(r««, «lu 17 déceoibre 1904).
(2) V plus loin. Appendice, n' i.
(3) Ce document n'est autre que l'acte de fondation du chapitre Saint-Piat. Le 16 mai 1349, Atoien de Chàtelus, se sentant sur le point de mounr, Mfoa à r^gliee de Chartres 12iOOO florine d*er de Florence deetlnée à être