LE TOMBEAU DE JEAN DE SALISBURT
de l'abbaye au nombre de plus de dix. se trouvaient dans le chœur, la nef ou les chapelles.
Tous ces ren:seignemcnts nous avaient fait concevoir ^e projet d'entreprendre des fouilles (1) dans l'emplacement de l'église abbatiale, dans la cour actuelle de l'asile d'Alip^re. La commission administrative, présidée par M. le sénateur Fessard, nous donna à cet effet l'autorisation la plus large et la plus gracieuse. Elle a mérité toutes les louanges des amis des beaux-arts, et des archéologues. Nous lui adressons nos plus vifs remerciements.
Les premiers coups de pioche furent donnés le lundi 18 septembre 1905, en présence de M. Julien Chappée, l'inventeur si connu du tombeau de saint Pavin, du Mans (2). Bientôt apparurent une colonne semi-circulaire engagée dans un mur à droite, et une autre opposé, à gauche, soutenues par une base simple mais élégante, appujée sur des griffes d'un beau dessin. Entre ces deux colonnes, dans un blocage qui remplissait l'abside en hémicycle du croisillon nord, fut dégagé un autel, ^core intact, sauf la table supérieure enlevée. Entre Tautel et le mur on trouva une statue de la Vierge, de la Renaissance, décapitée et mutilée ; enfin le mur du côté de l'évangile estait échancré jusqu'à un jour assez large, de forme carrée, pratiquée dans la voûte et par où on puisait de l'eau pour les pèlerins dans une fontaine sacrée qui existe toujours limpide mais faiblement jaillissante de dessous Tabsldiole, seul reste jusqu'alors apparent de Téglise abbatiale.
A deux mètres à peine de la colonne de gauclie fut découvert, adossé au mur de fond du transept, un splendide sarcophage, menreiUeuaement sculpté, mais qui avait été violé sans doute en 1568. Il contenait encore des ossements nombreux que nous avons recueillis avec soin .
(1) Nous publierous bientôt un rapport plus détaillé sur i ensemble de ces fouille» qui ont été des plue fécoodes.
(2) M. Chappée a éti' pour nous une providence. Outre son concours pécuaiaire le plua généreux, il nous a assisté de sos coascils expérimeatés peadant toute la première partie des travoas- Qu'il vei^lle bien id recevoir no» trop faibles remercicmeats. Nous adre»»oas de même Texpreftsion de notre gratitude à feu M. le marquis de Pamereu d'Alii^re. bu ministère de l'Instruction publique, à M. le docteur .Mauaour^, qui ont bien voulu nous •nTOjer d« généreus sobsides.
ÉVÊQUB DB CHARTRU
Ce sarcophage était peint en rouge au fond des panneaux, tandis que les sculptures saillantes, si délicates et si gracieusement fouillées, étaient dorées. L'effigie de l'évèque, qui couvrait et fermait le sépulcre, avait été brisé: nous n'en avons trouvé qu'un seul fragment triangulaire, où se voyait une toute petite partie inférieure du vêtement du personnage, faisant saillie et dont le creux était peint en rouge. Le gisant était donc en demi relief et comme ciselé dans la fine pierre de liais dont les bords se relevaient pour l'encadrer. Cette effigie ayant été brisée par les violateurs du sépulcre, Gaignières ne l'a point vue. Au commencement du XVII* siècle, quand les moines delà congrégation Saint-Maur firent restaurer leur église, brûlée par les huguenots, le sol fut relevé de plus de deux pieds et le sarcophage fut recouvert par le remblai, ce qui le sauva d'une ruine plus complète en 1793.
Le tombeau n'étant plus apparent, les moines firent placMTUne inscription que nous avons retrouvée à Chartres et que nous avons publiée en 1898 (1).
Le sarcophage découvert remonte au commencement du XIII* siècle, comme l'indique le style des superbes rinceaux de feuillage et de fruits d'arun qui décorent ses parois. Les cinq motifs variés de la face méridionale sont encadrés par des petites colonnettes et des arcatures tréflées garnies de petites tleurs saillantes dans les gorges cintrées. Les pilastres d'angle sont ornés de rin< ceaux plus étroits et le petit côté occidental présente deux tiges sortant d'une même souche et se déroulant en sens opposé # garnies de bouquets de feuillages larges et allongées, aux nervures délicates, d'un moindre relief, mais dont le dessin révèle un artiste consommé. Au dire des juges et artistes les plus compétents, «< ce morceau de sculpture est une des plus splendides compositions d'ornement que l'on connaisse (2) », aussi la commission de l'asile d'Aligre est-elle résolue à prendre toutes les mesures nécessaires à sa parfaite conservation.
Ce monumeot ne nous est pas moins précieux par les souve-
(1) BalMin mreMotogiqae, im, p. 438.
(2) Lettre 4e II. Bnlart, directeur du musée du Troeedéro à llgr l'évèque de Chartres.