‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 4)Chapitre 30 sur 63 · LE TOMBBAU OB JEAN DE SALISBURY · texte numérisé non relu

LE TOMBBAU OB JEAN DE SALISBURY

nirs historiques qu il fait revivre que par sa valeur artistique. Il renfermait en effet les restes mortels d un illustre évèque de Chartres : Jean de Salisbur^'. Ce prélat avait été le chapelain et le confident fidèle du saint martyr Thomas Liecquet, archevêque de Cantorbéry, et l'avait accompc»^né dans son exil en France et à Chartres (i). Ses vertus et sa science furent remarquées par nos chanoines qui l'élurent pour évéque en 1176 sur l'indication d'ailleurs de Guillaume aux blanches mains, archevêque de Sens, et encore évéque de Chartres, qui le désirait pour successeur sur ce siège, avec l'autorisation et les flatteuses instances du roi de France. A sa mort, après un trop court épiscupat, Tévéque voulut recevoir la sépulture dans l'église de Josaphat ; il nous sera taciie de prouver que le sarcophage décrit ci-dessus était le sien et contenait bien ses restes.

Il suffira, pour en avoir la certitude absolue, de parcourir les documents historiques de l'abbaye.

l.e principal est le Nécrologe du monastère, où sont inscrits les obits des religieux et des bienfaiteurs. Celui de Jean de Salisburv est conçu dans ces termes : « Vlll kalendas novembris, deposiLio domni Johannis, Carnotensis episcopi... ciijas corpiu jacet stpud non in cnpella henl.T Mari.T... Fuit capellanus sancti Thomaî Cantuariensis archiepiscopi. >>

Le plus ancien historien de l'abbaye, dom Buttreux (1668) affirme !a même chose : « Jean de Salisbury fut enterré devant 1 autel de la Vierge Marie ».

Les historiens de Chartres ne sont pas moins affirmât fs

Houiilard dans sa Parthenie i 1(301)) emploie les mômes expressioas : « il fut enterré devant l'autel de la Vierge Marie. »

Thoinaa Becquet vint à Chartres, en il60, auprès de son dévoué dé-

fenst'ur prés du roi de France, Guillaume au.i Blanches-mains, nrchovoquc de S?DB et évéque de Chartres. Grâce à Jeaa de Salisbury, le culte du saint martyr se répandit promptement dans le diocèse. Un vitrail de la Cathédrale raconte son martyre, une chapelle fut édifiée en son honneur à Chûteauneuf et porte son nom. Le prélat se proclamait évéque «par les mérites de saint Thomas o; il donna de ses reliques en grand nombre; le poignard qui avait blessé le martyr, et une flole de son sang à la Cathédrale, " san^uinem gloriosi martjrris Thontt adhuc stillantem ^une de «es

chapes à l'abbaye Saint-i'ère.

èv^UB DE CHARtRBS

Le chanoine Souchet en vit le tombeau et le décrit : « Décédé le 24 octobre 1180, il trouva sa sépulture en l'église de Josaphat, oCi sa représentation se veoid encore quoique mutilée et rompue par la malice et impiété des sectaires «• .

Les religieux de la congrégation Saint-Maur s'empressèrent, aussitôt après leur introduction dans Tabbaye (1640), de restaurer l'église : « le pavé fut relevé et rehaussé partout, à cause que les eaux incommodoient fort Thiver ceux qui j mmoient faire leurs dévotions.-.. On a transporté les tombes qui estoîent rompues quand on a rehaussé et repavé Téglise. »

Le tombeau découvert par nous ne fut point relevé et le remblaî dont parle le chroniqueur le couvrait de tous côtés, sa pierre tombale trop mutilée ne fut point élevée au-dessus du nouveau pavé de l'église, aussi Gaignières en 1696 ne put en prendre le dessin, comme il le fit pour toutes celles qui étaient encore visibles.

Cependant les moines n'avaient point perdu le souvenir de la sépulture du célèbre pontife et de leur insigne bienfaiteur, et vers 1710, ils firent graver par Auger llnscription suivante que Janvier de Flainville, visitant l'élise de Josaphat, transcrivit avec soin au milieu du XVIII* siècle :

« A côté du chœur (de relise de Josaphat), dans l'aile gauche où est la chapelle de la Vierge, il j a plusieurs tombeaux antiques à demi ruinés.

« Près de la chapelle de la Vierge, est cette inscription : Hic jacet dommus Johannes SalisberieosiSt episcopus Camotensis... etc. I» Il en transcrit ensuite une seconde et il ajoute : les deux épitaphea ci-dessus sont récentes, en sorte qu'elles ne doivent faire foy qu'autant qu elles s'accordent avec d'autres monuments authattiques

Cette épitaphe, enlevée del'i^lise à la Révolution, fut retrouvée à Chartres, dans une maison privée en 1898» et nous avons alors publié k son sujet une étude dans le Bulletin archéologique du Ministère de llnstniction Publique (1). Il est facile de constater

(1) Sirllefm trthéoiooi ffaet 1M6. p. 43&

LE TOMbEAU Oh JEAN DE SALISBURY

quVlieest conforme aux documt^nts antérieurs et spécialement

au iSécrologe.

Mais CCS documents n'ont de valeur pour l'identification du

sarcophage que si la chapelle où se trouve ce dernier est bien la chapelle de la sainte Vierge.

Sur ce point le doute n'est pas possible.

Janvier de Flainville. cité plus haut, en précise la dénomination : « A côté du cbu;ur, dans l'aile gauche, est la chapelle de la Vierge. »

Dom Butlreux, décrivant la sépulture de l évèque Geoffroy de Lèves, dit « qu'il est enterré du côté de l'Evangile, proche l'arcade par où l'on va maintenant en la chapelle Notre Dame ».

La chapelle de la Vierge était donc bien du côté gauche, du côté de l'Evangile, vis-à-vis le grand Chœur.

Or le sarcophage trouvé est bien à gauch»' du grand Chœur, dans la chapelle dédiée à la sainte Vierge et devant l'autel. C'est donc bien le tombeau de Jean de Salisbury.

A défaut des documents, la fontaine qui jaillit encore sous l'absidiole, de cette chapelle et qui porte le nom de " Fontaine de la Vierge ou de Notre Dame » la désignait suffisamment.

Aussi l'érudit historien Lecocq lui donnc-t-il ce nom sans hésiter : « La chapelle de la Vierge, située dans le transept nord de l'église, possédait à son extérieur une belle fontaine aux eaux limpides et sanitaires, dont la souJTce semblait sortir des fondations de cette chapelle, etc.

L'attribution de ce tombeau à Jean de Salisbury nous parait donc certaine de tous points.

II. Aussi c'est avec grand soin et une minutieuse attention que ce sarcophage, qui dès les premiers jours des travaux, k 20 septembre 1905, s'offrit à nos yeux, fut exploré en présence de M. Julien Chappée, l'inventeur bien connu du tombeau de Saint-Pavin du Mans, par nous et nos ouvriers. 11 était rempli d une terre fine et très friable, mais au fond gisaient des ossements bien conservés et en grande partie intacts. Toutefois de la téte il ne restait qu'un fragment de la mâchoire supérieure et

' Cban. Métais, phut.

Tombeau de Jkan ue Salishury

y GoOgI

]a naAdipire inférieure presque complète. Les côtes de la poitrine et les petits ossements des mains avaient d iapara &k grande partie^ le reste du sqoelette conservait sa disposition naturelle, sortout )es 09 des jambes et des pieds semblaient n'avoir pas été touchés.

Des vétemonts, rien de distinct, sauf une poussière plus noire, etauA(]nedsduaqud^e de nombreux fils d*or bien apparats et que nom recueilltmes en grande partie« précieux débris des omeakentspontiOcaux deFévéque.

Dans les angles, des dons en fer très oxydés provenant de la bièreen bots dans laquelle le corps avait été déposé avec soin soit lorsde la première sépulture, soit lors de sa déposition définitive dans le précieux sarcophage. En elfet. l'artiste inconnu qui en fut l'auteur, a pu n'être appelé qu après plusieurs années à par> faire «et- la sculpture si fine, si minutieuse* si fouillée des sep^ panneaux qui Tentourent, et la statue gisant sur le couvercle, lies dkùis devaient alors être entî^ment décomposées au jour fie la translation, après plusieurs années de séjour dans te sol ' hum&e de l'église.

Les circonstances de fracture à la téte et à la poitrine d'une part, et de parfaite disposition des autres parties, de Pautre, concordent avec les mœurs bien connues des profanateurs de tombeaux. Les protestants, recherchant avant tout des subsides, des ressources, nécessaires pour la guerre acharnée déclarée aux catholiques, ouvraient avec avidité les tombeaux les plus riches, et portaient leurs investigations de préférence à la poitrine pour recueillir Tanneau épiscopal, et aux épaules ou à la tète pour enlever les pierres précieuses et les ors de la mitre et de la Tolute de la crosse. Ailleurs rien ne pouvait tenter leur cupidité.

Dans le cas présent, leurs recherches furent évidemment très fructueuses (1) ; et satisfaite leur fureur sauvage n'eut pas lieu de s'exaspérer sur le squelette entier; aussi l'avons^nous retrouvé I«esque intact et bien disposé. Il fut donc possible au doc-

0) D'après le Sécrologe de yoire-Dame, Jean de Salisbury légua à !m Cathédrale plesieurs beaux oroements une chape très riche, trois palliutn. un «aaeau épiscopal précieux, plusieurs reliquaires, dont Tun contenait du sang liquide de saint Thomas, etc. Il n est pas douteux que des otyets précieux aient suivi ses restes mortels dans la tombe.

12 LE TOMBBAV DE JEAN DE SÀUSBURY

teùr Martin, de LèveSi ' d'en reconstituer la plus grande partie.

Tou s ces ossements, sauf un, d*une autre provenance et déposé là sans doute après coup, étaient de même nature; d'une'appa* renée uniforme, et appartenaient 'évidemment au môme sujets d'un âge avancé et d'une forte constitution. *

Si le squelette avait été dispersé, si les os avaient été mélangés confusément avec d'autres, puis recueillis avec eux péle-méle dans le même tombeau, il eut été impossible de le reconstituer ; les mêmes ossements se seraient rencontrés en double ou triple exemplaires, avec un aspect et des dimensions différentes, et dans un état de conservation inégale.

Rien de semblable dans ce sépulcre.

Les ossements trouvés par nous étaient donc bien ceux de l'illustre évéque c^ux y avaient été ensevelis avec tant d'bonneur au commencement du XIII* siècle.

La reconnaissance du tombeau de Jean de Salisbuiy nous parait' indiscutable, et les ossements recueillis méritent d'étrç placés avec respect dans te caveau des évéqùes de^Chartrès» Telle a été la décision de Mi' Bouquet, évéquè de Chartres.- Le petit cercueil porte d*ailleurs l'inscription suivante gravée sur une plaque de cuivre :

f In hac capsa rkcollecta jacent ossa admodum Rf» JOHANNIS SALISBERIENSIS, olim S. THOM^E CAN^ TUARlENSiS ARCHl£PiSCOPlcAPE:r i AM. dein Cartonen- ^is BPiscopi, cujus corpus ab anmo MCLXXX in .bcclesia abbatiali Josaphateksi, in sacello B. Mari k, ante altare,

a cornu KVAN6ELII TUMULATUM, ANNO MDLXVTII AH HJSRE. TICIS PARTIM VIOLATUM, CURA ET OPERE DD. C. MifTAIS ET J. ChAPPÈE, ANNO MCMV REPERTUM, IN HAC CRTPTA APUD

ECCLtSIAM CaTBEDRALEM REVERENTER TRANSLATUM FUIT A

RR DD. Henrico Luncn icD Bouquet,' episcoopo Carnotbnsi,

DIB XVI NOVEUBRIS MCMV'l.

Chartres, le 20 novembre 1906.

Ch. M&tais, CAan. hon»

Page 1