‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 4)Chapitre 56 sur 63 · VIII. — Lèves p^ntUnt U RévoiuUoo · texte numérisé non relu

VIII. — Lèves p^ntUnt U RévoiuUoo

F.LAS ! ici comme partout, la Révolution jeta le trouble dans les esprits.

La municipalité, sous le nom de Conseil général, avait élu pour maire le sieur Paulin de Pleins, et conseillers les sieurs L. Jumentier, Foucault, Ktienne Le moine, Oorniliard, Martin A^glehoux et N. Tasse, greffier.

Sur l'avis que les aumônes faites aux pauvres par l'abbaye de Josaphat (1) étaient interrompues, à cause du séquestre, ils s'empressèrent d'autoriser les religieux à passer outre et à distribuer aux indigents 24 livres par semaine, 16 mai 1790.

M. de Pleins, nommé memtre du district de Chartras et pris d'enthousiasme, fait don à la patrie, pour se démocratiser M de sa montre, de ses boucles et d'une tabatière d'argent pour être envoyées à Paris », et donne sadémis<sion. Il est remplacé par le citoyen Montestruc.

Déjà les domaines de l'abbaye de Josaphat étaient en vente (2), nos conseillers demandèrent et obtinrent de subroger la commune de Lèves à celle de Chartres dans la

(I l Chaqtt« MinttiiM TabtMje foiMit4e nombreuses aumùnes aus ptavr«t>

Elle était, sans aucune charge pour les contribuables, le véritable bureaij de bienfaisance de toute la contrée. Sa disparition fut un désastre pour lea

indifenta.

(2) Furant vendus :

Le moulin de Lon^saulx . . 80.019'— 20.100

La préirière de Lèves (Le Cbiteau). etc aOBk — 2.340

La maison abbatiale fl5l2 - <9.614

La prétrière de Miscouard —

Le moulin de Lèves et les prés 24.304 — 12.750

La prétnère. terre et métairie du Bois de Lèves. . . — 45 089

U maison 4a campafnf da la 8avAu4i«re 2848 - 4000

La 1*« adjudication fi|t •nnul4^ le 2* chiffra indique tf prt« da la 2* veata.

SAINT'LAXARB OB LÈVES

possession de plusieurs biens d'église. Il s'agissait avant tout de reprendre « la Maimn du Champ des Oiseaux, qui a servi jusqu'à ce jour à tenir nos séances, le corps de garde, elles petites écoles » et qui avait été vendue 300 livres ( i).

Mais plus grave était la loi dite Constitution civile du Clergé, à laquelle les prêtres devaient prêter serment. M. Crouin, curé depuis 1760, cédant à une crainte qu*il déplora plus tard, prêta le serment sans restriction, le 6 février 1791 : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d'être fidèle à la nation, À la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution {civile de TÊglise) décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée ou sanctionnée par leroy. » Le 2 mars suivant il faisait un don patriotique de 300 livres. *

Son vicaire, M. Fêtu, plus défiant à juste titre, sauve* garda sa foi, par cette addition à la formule : «< Autant qu'il est en moi, sans manquer à ce que je dois à Dien et à la religion. »

Dans l'intervalle, l'église abbatiale avait été vendue. M. Crouin entraîna le Conseil dans un projet grandiose de conservation de ce monument d art remarcjuable, et le il février 1791, était icdiiié, après mûre délibération, le mémoire suivant que nous reproduisons en entier.

i< Mémoire que présenfe à Messieurs U s .uhninislnifeurs du district de C/uirlres, le Conseil général de la commune de Hainl" Lazare de Lèves. ^

u MliSSibCRS.

a Les habitants de cette commune vous exposent par notre organe qu'ils sont extrêmement allarmés delà destruction projettée de Téglise abbatiale de Josapbat, sise dans cette ditte commune, et

(1) Elle a cooservè jn -.u'à nos jours sa primitiTa desttnatîoii de maison d'école. Cette «cqui&ition eut lieu le 18 février 1791. et le C. Grealout maître d'école et greffier de nninieîpalité. y continua aea fonction*.

ÉGLISE bT PAROISSK

SAINT LAZARE DE LKVBS iTi

du préjudice réel que cette destruction feroittant à leurs intérêts personnels qu'à céux de la caisse nationale.

« Pour vous prouver, MM., la nécessité urgente qu'il y a que cette église ne soit point détruite, c'est qu'il est plus que probable qu'il y aura des réunions de paroisse à la nôtre. Or si cela étoit, l'église paroissiale de Lèves ne pourroit absolument pas contenir tous les citoyens, puisque les jours de grandes fêtes elle a bien de la peine à contenir tous ceux qui y sont maintenant. Ainsi c'est donc avec une juste réclamation que nous nous plaignons.

« Plusieurs motifs que les habitants de Lèves • prennent en considération sont : 1* la solidité d'une église à Tépreuve de plusieurs siècles ;

2" Qu'elle peut contenir un plus grand nombre d'habitants que celle de cette paroisse ;

3* Qu'elle est située au centre de la paroisse et des différents hameaux qui l'entourent et non à l'extrémité.

« 4" Et enfin le vœu général et le plus ardent qu'ont les habitants de cette paroisse qu'elle soit église paroissiale.

a Et ce sont ces motifs qui donnent lieu d'espérer aux habitants do cette commune qu'ils verront accueillir leur juste réclamation, etc. »

Nouvelle assemblée le 1" mai suivant. L opinion avait changé.

L'assemblée a été convoquée « pour savoir si on acquerreroit i église de Josaphat.

« Arrête qu'on n'acquérera pas l'église de Josaphat en question, attendu qu'on se contente que l'église paroissiale {tic). »

Montestruc, maire, seul a déclaré être de Tavis contraire.

M. Crouin ne s'avouait pas vaincu. Sur ses instances, une nouvelle réunion du conseil eut Heu le 15 mai :

« Le Conseil... saisi d'une pétition de M. Qfouin, curé de cette commune, expositive qu'elle est priée de nommer des Commissions pour constater les réparations indispensables qui sont à

SAINT-LAZARE DE LKV&S

faire à l'ëglise de Saint-I.azare, et de prononcer incessamment s'il ne sera pas beaucoup moins dispentlieux pour la caisse de l'extraordinaire de se procurer l église de Josaphai, qui réunit tous les avantages que l'on puisse désirer. Les propriétaires (le C** Chasies) qui commencent la démolition sont tous dispo • s^ff à traiter avec nous. A laquelle assemblée a été introdait moDdit sieur Crouin. L'assemblée délibérante sur la pétition de mondit sieur curé a arrêté d'une voix unanime qu'on garderoit Tégliae paroissiale d« Lèves, et qu'à l'égard de celle de Josaphat. a déclaré ne point vouloir l'adopter pour église paroissiale, à l'exception d&MM. Montestruc, maire, et François Tabourdier, notable. »

Le bon curé vit son autorité encore plus méconnue quelques semaines plus tard. Il s'agissait de fixer les heures de la messe du dimanche. Le maire, son allié hier, se tourne contre lui :

d La municipalité, dit-il, auroit pu prendre sur elle de fixer l'heure des offices... mais c'est chose qui regarde le général des habitants, elle croit devoir leur accorder ce droit... L'assemblée a donc arrêté à l'unanimité que la messe paroissiale sera célébrée à compter de dimanche prochain, heure de neuf heures précises, et les vêpres à 2 heures précises, le tout hiver comme été 3 juillet;

La cloche se casse. Sans tarder, le conseil de Lèves envoie au district une pétition, exposant

» Que l'une des cloches de Saint* Lazare de Lèves est cassée ... on seroit obligé de la faire fondre, ce qui deviendroit coûteux pour elle.

Qu'il y avoit dans le clocher de Josaphat quatre cloches qui seront destinées vraisemblablement à être converties en monnoye, au moj'en de quoi nous vous proposerons d"échan^er notre cloche cassée uvlc I une d elles, la nation ne peut y perdre, car la nôtre est plus considérable que la plus grosse de Josaphat. — i^es cloches en question de Josaphat ne sont pouil dans le clo

- DjgitizecUiy GoQgle

ÉGLI5B ST PAROISSE

cfaer> au moyen de sa déconstruction, elles ne sont à présent aucunement en sûreté », 6 septembre 1791 (1).

Ces empiétements sur sa juridiction furent encore moins pénibles à M. Crouin que le scandale d*un ancien religieux de Josaphat, Etienne Soulier, qui contractait mariage civil devant le conseil municipal le 29 octobre

La persécution s accentuait.

M. Fétu, vicaire, malgré ses restrictions,- avait pu continuer ses fonctions jusqu'alors, sous le couvert du curé qui lut était sincèrement attaché. Cela ne pouvait durer.

u Le 27 décembre, 3* et dernière féte de NoCI 1791... le sieur maire expose que le sieur Fettu vicaire a prêté le 6 février dernier avec restriction le serment requis par les décrets,. .. que les administrateurs du district ont rejette comme étant inconforme à la loy, ledit Fetta sera requis de le prêter sans restriction. Mais il paroit que le sieur vicaire est refusant àv pr-Her ce serment, et nous avons tout lieu de le croire, suivant les intentions qu'il nous a tesmoignées ce matin même, — s'il ne prête ledit serment, lui faisons expresse défense de continuer à 1 avenir les fonctions publiques de vicaire. »

M. Fétu, sans s'émouvoir, demeure à son poste et signe encore les actes religieux le 7 mai 1792.

Tous ces événements avaient enfin désillé les yeux liu curé lui-même, et le 20 mai 1792 il rétractait courageusement sa première faiblesse. Le Conseil municipal, transformé en concile, se réunit en hâte le 22 mai suivant ; « pour délibérer sur la rétractation que le sieur Léonard Crouin. curé de Lèves, a faite le dimanche dernier, 29 courant, du serment prêté le 6 février.

(1: Le sieur Montestruc a l-il rt-ussi dans cette entreprise? N'avait il pws. le 20 novembre 1790, prélevé déjà sur Josaphat, 1 calice et u patéac. i ciboin, I ostenaoir et les vase» aux «aiotea huile* qu'il remettait au «ieur Bouteiller, curé et maire de Freanay>le-6ilmert, «a paroiteet

i28 SAINT^LAZARE DE LfeVES

« Le 20 courant, le sieur Crouin a fait célébrer la grand messe par un sieur Poette, prêtre non assermenté, et au milieu de la . messe, il a monté en chaire et a dit que par plusieurs circonstances qu'il ne pouvoit détailler il se rétractoit solennement du serment qu'il avoit ci devant prêté et dont il ne connaissoit point alors toutes les redoutables conséquences. qu*au surplus il a déclaré qu'il étoit fidèle : 1* à sa religion; 2P au rojr ; 3*> et à la constitution.

« Arrête qu'il sera envoyé h M. lYveque une députation à l'effet d'obtenir de lui le prompt remplacement du sieur Crouin et à remplir le vœu de la plus sam'î partie de la population en confiant au ci-devant chanoine Marlm. chnnoine de Saint Nicolas de Maintenon. connu par ses bonnes mio^urs, sa saine doctrine, la desserte de Lèves. Arrête que le sieur Crouin discontinuera ses fonctions, etc., et sur réquisition, le sieur Cruuin a écrit et signé sa rétraction. •»

Le .-.leur Martin, informé sans doute, s'était empressé de répondre à cette invitation, et le 29 mai il conférait le baptême, et siîjnait : Martin, desservant.

Mais le suirrai^c ne lui fut pas fav<irnble, car le 3 juin le sieur Gaubert. prêtre et directeur du Séminaire de Chartres, était élu curé de Lèves et prêtait serment en cette qualité, le 17 juin. 11 avait même commencé ses fonctions le 11 j uin précédent par un baptôme qu'il signe : Louis-Come Gaubert, curé élu.

S'il en est fait désormais de l'indépendance et de la dignité du sacerdoce, le sentiment religieux n'est pas éteint dans le peuple. Sous la pression de ce sentiment, le Conseil se vit oblii^é à réclamer un vicaire le ^ Juin : « 1" parce que la paroisse est considérable, 2" parce que les habitants sont dans l'usage de venir à ia première messe » etc.

Le vicaire ne fut pas accordé, mais le sieur Jean-Charles Poncelin, prêtre assermenté, vint faire élection de domicile à Lèves, le 31 juillet.

Le mécontentement populaire se manifestait parfois.

KULl⣠hT PAROISSE 129

Le 11 novembre 1792, !e c. Jacques-Denis Jumentier, ancien laboureur, demeurant en face de l'église» lançait des invectives au c. Samuel Soulier, qui malgré son mariage, allait dire sa messe, la veille, vers 7 heures du matin.

La fille Josse, ex-reltgieuse de Saint-Maurice, tenant les petites écoles à Chavannes, refusait de prêter le serment en sa qualité d'éducatrice publique et déclarait, le 23 décembre 1792, qu*elle ne se soumettrait jamais.

La citoyenne Emerantienne Durand, ex-sœur converse de Fabbaye TEau, fut aussi requise de jurer afin de pouvoir faire sa classe aux petites filles du Mousseau.

On ne réparait plus Téglise et le jubé qui divisait le chœur de la nef, menaçant ruine, une de ses colonnes étant tombée, il fut décidé : « qu'il seroit osté, sous prétexte qu'il n'étoit d'aucune utilité et masquoit le cœur » 6 janvier 1793.

Le curé intrus Gaubert n'exerce plus le culte à partir du 9 décembre 1792 ; il fut élu, le 27 avril 1793. le premier des membres du Conseil <j;énéral, et devint, le 15 septembre, M commissaire du canton de Chartres extra-muros ».

L'église était certainement fermée le 3 mars lliKi, car le C'" Jean Corbin. bedeau « qui était tenu, moyennant

40 livres, de blancliir tout le linge, nappes, les coëlîures de la sainte Vierge, de frotter et nett03'er les chandeliers aux 4 fêtes annuelles, de ballayer cl areigner au moins tous les mois, de sonner ÏA/iycius^ de ployer les ornements, de fournir le bois pour le feu de la sa nt Jean, d'ouvrir et fermer l'église, soir et matin ». demanda à la municipalité une compensation. Il lui fut accordé60 livres. Suivent les mesures dites légales de spoliation.

Le 2 frimaire an 11 (22 novembre 1793), on dressait l'inventaire des effets d'or et d'argent et de cuivre de Tégliae. On y trouva :

SAINT-LAZARE DB lAtVES

6 grands cbandeliien pesant 75'**^"^

I grande croix 39

3 croix et i crucifix *, . . . 12 »

II chandeliers, 1 orceau et 2 goupillons .... 29 » 1 encensoir, 1 orceau, 1 fontaine, 4 torches de la Charité, 2 plats de quêtes et 2 pommes de bannières . . 12 »

Total cuivre 167 ^

1 calice de vermeil ... . .

2 marcs

1 autre calice avec 2 patènes . . .

1 ciboire, sa custode et boites aax

1 soleil d'argent d(irc'

3 plaques de la baleine

Total : argent . . .

Le tout fut déposé le même jour au district de Chartres.

Le 6 frimaire (26 novembre), on y déposait aussi les galons dor et dari^ent décousus des ornements, pesant ensemble 8 marcs, 3 onces, 4 ^ros.

Ce n'était un prélude. Bientôt la Terreur s'étendit jusque sur notre territoire. Le Conseil municipal tient séance tous les jours et subit les plus déplorables influences.

Le 10 frimaire an li, 30 novembre, eut lieu une séance orageuse.

Le C. Gaubert, malp^ré toutes ses taiblesses antérieures, fut accusé de fanatisme, pour avoir célébré la messe depuis que les et^lises de Chartres sont fermées.

Apeuré devant l'orale, il pousse jusqu'à ses dernières limites sa triste lArheté, et déclare en plein conseil : « Conformément aux principesqui m'ont dirii^é depuis la Révolution française, je me suis rendu au vœu fortement pi ononcé de la majorité du peuple français contre les cérémonies du culte catholique... et j'ai abdiqué l'état ecclésiastique dans lequel je vois clairement qu'il m'est Impossible d'être utile à mes concitoyens et à la patrie, et je réitère en votre présence cette abdication. »

ÉGLISK KT PAROISSE

Le londcmain la dénonciation accentue ses griefs : « I-e C. Gauhert. ex-curé de Lèves, est accusé d'à voir céiebré îa messe depuis que les églises de Chartres étaient fermées, et d'avoir dit à son prône qu'il fallait suivre constamment la religion de nos pères et mourir plutôt que de l'abandonner. »

Au lieu de maintenir cette noble déclaration qui seule pouvait le relever, le malheureux s'excuse et répond <i qu'il ne peut être repréhensible d'avoir célébré la messe, parce que la Constitution permettait le libre exercice des cultes, que le vœu général des citoyens de Lèves Tavoit laissé continuer ses fonctions... qu'il n'a voit point dit qu'il falloit mourir pour la religion de nos pères, etc. m

Qu'il est triste de constater ces défaillances !

Depuis longtemps la liberté avait été guillotinée ! De dégoût sans doute, le misérable renégat déclarait» le 1*' janvier 1*794, quitter la commune de Lèves.

Mais il «l'avait pas été seul victime des sectaires de la Terreur.

« Le 10 frimaire, 30 novembre, après la déchéance du C. Gaubert, le Conseil déclarait que Téglise de Lèves ne sera plus appelée de ce nom, qu'elle portera celui de Temple de la Raison, qu'elle sera fermée tous les jours et ouverte seulement les décadis. »

Le iA frimaire on décrète que la cloche ne sera plus sonnée que « pour cause absolument nécessaire ».

Toutes ces mesures scandaleuses mécontentaient profondément la population, et malgré le terrorisme plusieurs habitants ne craignirent pas de manifester leur réprobation.

Le 20 frimaire (10 décembre 1793), «« le Conseil général était réuni au banc d'(Kuvre de l'église de Lèves, à l'effet

de pul:)lier les lois. A la suite de cette lecture, il s'est élevé de grands débats relatifs à la cessation Ju culte catholicjue dans la commune. Plusieurs personnes se sont permises d accuser le C. Montestrucq d'être la cause de 1 anéantis^

SAINT-LA/ARK DK LÈVES

sèment de la religion dans la commune de Lèves et dans celles ci rcon voisines. Alors il s'est élevé des mouvements si violents que la municipalité a invité le C. Montestrucq à se retirer et ses concitoyens à rester dans Tordre et la

tranquillité,., et ont l'ait une adresse aux authorités supérieures et charf^é la inunicipalilé de la présenter. »

Evidemment, la liberté relifçieuse n'existait plus Les « Droits lie I homnie »> la reeonnaissait à tous les citovens : <« Nul ne doit être In^uitM»' pour ses opinions même religieuses mais ce n'était qu une \'aine formule. Le régime de la Terreur s'ai (-«'nt uait de pln^ on j>lus.

Aussi le 3 pluvio-^e an H de la Li l^'^rté ('J.'^ janvier 179i , le Conseil prenait la délibération suivante:

u Le Conseil général de la C"' assemblé, le C. Baudouia maire, a pris la parole et a dit : « Citojrens : il existe une dénonciation dirigée contre les principaux autheursdes troubles qui sont sur* venus dans la commune et notamment à la Société populaire, que la Société populaire ayant déjà arrêté qu'elle ioviterait la muni^ cipalité à faire disparaître tous les signes extérieurs du culte ca* tholique. il étoit urgent de faire disparaître en même tems tous les signes intérieurs qui existaient encore dans la cidevant église de cette commune, que vu l'opinion pu'blique & cet égard c'étoit le seul moyen de rétablir le calme et la tranquillité publique dans cette commune. De suitte le citoyen Mauger, agent national près cette commune, prenant en considération la proposition du citoyen maire, prend la parollo et dit :

« Citoyens. Je suis instruit par la notoriéti; publique qu'il a été formé à certaines épocpies vu i:i a ^lininl njlise de celte commune des rassemblements très nombreux qui sont expressément défendus par la lolx. et que ces rassemblements se font suuh le prétexte spccieux (lu .teri'ice divin : instruit de plus qu'il va des chefs qui conduisent toutes ces mau>.cavres ù l eUct de s'opposer autant qu'il leur est possible à l'exécution des loix, dans 1 espérance de pro. pagcr les détestables principe^ de Taristocratie, requierts qu'à compter de ce jour : 1'*) te lieu ci-devant désigné sous le titre d'église, aujourd'hui le tempie dû U Vérité et de U Aâi«oa, ne soit ouvert que pour tenir les séances de la société populaire et pour

ÉGLISE ET PAROISSE

la réunion des vrais citoyens, les jours de décadi, à Teffet d'y chanter des hymnes patriotiques convenables au lieu et aux droonstaneea; 2«) queTendroit du Heu susclésigné» connu sous le nom de cœur, soit converti dès le jour de demain en salle propre à tenir les st''anccs de la socit'té. sur les plans que les membres indiqueront; > que les ornements servant anciennement à revêtir tous les prosélytes du fanatisme et de la tyrannie soient transportés en la maison commune, après reconnaissance faite, suivant le procès verbal qui en a été dressé ; 4° enfin qu i! soit fait défense à toutes personnes générallement quelconques de s'immiscer à former les rassemblements en quelque lieu et sous quelque prétexte que ce soit, à peine d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public.

« Sur ce, le Conseil général de la commune arrête à ronanimité que toutes les propositions ci^essus énoncées auront leur pleine et entière exécution* que son arrêté en date du 13 firimaire domt Texécution n'avait été suspendue qu'après le vœa fortement prononcé par le mejoriié de* hehiients de le commune qui demendoienl le eoneervetion de leur cuUe^ sera maintenu selon sa forme et teneur, pour obvier aux troubles et séditions qui ont eu lieu dans cette commune et dont l'exercice du culte catholique a été la cause principalle; arrête en outre que la municipalité convoquera tous les citoyens à l'efTet de former un comité de sur» veiliance conformément à la loi. *

Suivent les siijnatures qu'il est préférable d'ignorer Toutefois la tradition populaire attribue au c. Mau<!;er, agent national, le bris et la profanation des statues de

l'ëcjlise.

Les reliques de l'abbaye do Josophat avaient été profanées et brûlées devant le portail de l'église.

Nous avons souligné les passages qui, dan-? ce rapport sont tout à l'honneur de la population de Lèves : « La majorité des habitants de la commune, par un vœu fortement prononcé, demandait la conservation du culte... Il s'est formé en la cy devant église des rassemblements très nombreux... sous le prétexte du service divin. » Les sentiments religieux du peuple étaient donc bien évidents ;

y SAINT-LAZARB DE LàVES

les autorités seules, par une sanglante tyrannie, proscrivaient la religion.

Les églises fermées, les auberges s'emplissaient ; les désordres et rincondutte avaient toute licence.

Le mal fut si grand que la municipalité se vit obligée d*y mettre une borne.

On se plaignait jadis de la fermeture des cabarets pendant les offices le dimanche ; par arrêté du maire, du 16 pluviôse an II (4 février 1794), les aubergistes reçurent défense de rester ouverts plus tard que 8 h. en hiver et 9 h. en été, et les cabaretiers de donner plus d'une bouteille de vin à chaque citoyen. >»

La religion étant devenue uu crime d'Etat, il fallait se défaire « des ustensiles de la superstition ». Déjà le l" janvier 1794. on avait envoyé au district les vases d'argent et de cuivre, et le 4 février un premier lot du lin^e le plus fin, savoir : 6 aubes, dont 3 garnies de dentelles. 8 surplis, 2 petits rochets. 55 purificatoires, 10 corporaux, 5 pâlies, \) amicts, 10 lavabos, 12 nappes de toile blanche dont 1 garnie de dentelles, 5 serviettes, 1 essuie-mains, 12 pièces de linge garnies de grosse dentelle servant autrefois à revôtir les statues des saints et entîn un paquet de linges de ditîérentes espèces telles que garnitures d'étole et autres. »

L'inventaire général de tous les ornements fut fait le 4 avril ou 15 germinal suivant. Le voici :

« Nous soniriiLS transportés en la ci-devant église de Lèves aujourd'hui le temple do la Raison, à l'effet d'jr procéder à l'inventaire détaillé des meubles.

€ Dans la sacristie attenante au ci-devant cœur de l'église : OU sont d vol. tous intitulés : processional, etc.

2> 2 autres vol. in-folio intitulés : Gnduàle Ctnafêtuê êt Antiphonarium*

df* 17 soutanes de serge noire.

4* 6 camaux de serge noire.

2 vol. intitulés : Afâfa/e Camoiente.

éCLISK ET PAROISSB

^ 7 chappes blanches dont trois ont été déga lonnées, 6 chappes rouges, 4 chappes noires, 1 chappe en étainine violette, i autre chappe à fond vert bariolée de blanc.

7* 4 draps mortuaires, 2 tapis noirs, 3 grandes tentures noires, 2 autres petites, 2 rideaux verts, 3 rideaux de toile d'Orange.

8" 5 chasubles blanches dont 1 dégalonaée» 5 chasubles rouges, dont 1 dégaioDuée, 3 chasubles violettes, 2 chasubles vertes, 4 chasubles noires, tous garnis d'étoles, manipules, voiles, bourses..

9° 12 étoiles pastorales de différentes couleurs.

10^ H grands parements d'autel en couleur blanche dont 1 dégalonné, 2 parements rouges. 2 parements noirs, 1 parement noir violet, tous servant autrefois au maître-autel, 4 autres petits parements de différentes couleurs servant autrefois aux petits autels

ii* I.a garniture de la chaire à prêcher, 12 coussinets de différentes couleurs, 21 pots de ileurs dorés et 4 pots de fleurs en fatUance.

42* 2 grandes tapisseries, 2 tapis rouges, 1 niche fonds blanc brodée, dont les deux côtés sont de tafetas blancs^ 13 bonnets carrés, 7 robbes de vierge de couleurs différentes.

13* 2 garnitures decrédence dont l'une rouge et l'autre blanche, 1 bannière rouge, 2 pièces d'étamine rouge, 6 chaperons d'étoffe rouge, 1 pièce de serge bleue.

19* La garniture du dais, couleur rouge.

16° 4 tuniques rouges.

17° 1 croix en fer pesant 110 livres.

18** 1 corde provenant de la cloche, et 1 chandelier d'étaîn pesant 3 livres.

Le presbytère fat également coaûsqué pour servir de maison d*ërole des filles, 7 avril.

Le dernier compte de fabrique, rendu devant la munici* palité le 29 messidor (il juillet)» nous révèle quelques autres profanations.

Dipemn : Pour la démcrfîtîon du jubé, suivant rautborisatiou

de la municipalité du 2d avril 3 ^

Aux citoyens François Roussin et autres sans-culottes, pour

130 SAINT-LAZARE DE LÈVES

avoir £ait disparaître tous les signes qui avoient trait au fanatisme 8 /A

Becelles : Vente de la démolition du parquet des ci-devant

frères de la charité. 46 /A

' Vente de fernille provenant de la ci-devant église. M 14*

Le 21 jutllr t, il fut déposé au district de Ci^harlres l.SH livres douces de plomb provenant aussi de la ci-devant église de Lèves.

Ordre avait été donné de vendre, avant le 5 frimaire an lU (21 novembre 1794), le mobilier: bancSiautels, boiseries ; « Ces bois» disait-on, étaient inutiles... en les vendant» on donne aux habitants des campagnes la facilité de se fournir de plusieurs meubles dont ils ont besoin. »

A cette nouvelle, grand émoi : « Parmi ces bancs, il en est beaucoup qui appartiennent à différents particuliers qui, dans le temps les ont achetés et placés à leurs frais ; ils les réclament aujourd'hui. »

La municipalité couvre sa rétraite en écrivant au district « qu'elle désireroit conserver une partie de ces bancs, car c'est en la ci-devant église que le peuple se réunit tous les décadis pour y entendre la publication des loix ; c'est là aussi que deux fois par chaque décade la société populaire tient ses séances. Si tous les bancs sont vendus, il ea résultera... quHl sera difficile au peuple de se réunir pour entendre la publication des loix et à la société populaire d'y tenir ses séances,

'< Quant aux dilîé rentes armoires, boiseries et outres l)()is, le directeur des travaux pour l'extraction du salpêtre s'en est emparé pour l'usage de Vattelier^ lequel est pratiqué (/uns If chmtr de la ci-devant église. »

11 fallait se hâter de faire l'inventaire de ces meubles et de les vendre.

La opération eut lieu le 18 thermidor, 5 août 1794. Nous voyons défiler les bancs à claire- voie, les marchepieds des autels ; un prie-dieu, une balustrade en bois de chêne, (table sainte) ; les pentures des boiseries du

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iGLiSB BT PAROISSK

sanctuaire et da chœur peintes en f^ris, les boiseries du maltre-aotel, peintes également en gris, une colonne de bois peint en bleu, la coquille du reposoir, un vieux bahut de la confrérie de Notre-Dame de Liesse, une armoire à 3 battants, le lutrin, 15 bancs à claire-voie, 10 autres lots, le coffre aux ornements d^autel, un bénitier en pierre de taille, les fonts baptismaux, etc. »

La mise aux enchères eut lieu le »iO thermidor ou 17 août, et produisit O'iS livres.

La plupart des acquéreurs rendirent plus tard à leur église It's objets acquis, nous aimons à le croire, dans cet unique but de préservation.

Mais la Terreur ne pouvait durer toujours. Le sentiment relif^ieux se manifestait avec plusd'nudacp : «< Le 16 brumaire (odL'ceml)re 1794), le Conseil est informé que 2 particuliers : Jean (joufris et Louis Deniau se sont avisés de conduire un mort au tombeau en chantant des psaumes et des Libéra^ suivant le rit du culte ratholiiiue. Citoyens, ce sont là des commencements. Si vous les laissez faire peut-être iront-ils plus loin, peut-être s'aviseront-iis à riostar de ceux du Coudray, de chanter des messes. >:

La réaction devint bientôt victorieuse par la chute de Robespierre, nos terroristes de Lèves furent dénoncés et le C. Gaigné instituteur, fut mis au premier rang sur la liste (26 avril 1795).

Kn efTet, dès le 18 germinal an IV il3 avril 1795) (1), le C. Nicolas-Jean-René Texier, en vertu de la loi du 7 ven» démiaire (28 septembre ildï), fait déclaration ic quHl est « dans rintention d'exercer les fonctions du culte catho> « lique et romain dans le temple de cette commune descc tiné à cet effet ».

(1) Quelques jours plus tard, le 7 mai 17fô, la fameuse bande d Orgères venait assassiner d'une manière affreuse le sieur Horrean, bourgeois, et sa

femme, aui Graviers de Lèves. Le crime fut accompli, sur l'indication de Pelletier et df «a femme. vij»nerons d«*9 victimes, par Marabou, Le Grand san!>-puitce, Le Ucau François, Le Burgne du Mans et te Gros-Beauceron. Les criminel* furent es^cuttfa le 8 octobre iW.

SAINT- LAZAHB DK LÈVfiS

Après un nouveau retour au fanatisme antireligieux, Anne Mulard, le 4 vendémiaire an Y (25 septembre 1796) et Anne Lefevre, le 30 fructidor (16 septembre 1797), ministres du culte catholique, firent pareille déclaration.

Nos registres sont muets sur l'exercice de leur minis* tère; il y eut évidemment des difficultés jusqu'au 25 prairial an VIH, 14 juin 1900, à la veille du Concordat. Un arrêté de police des cultes est alors publié : « Il est parvenu à notre connaissance que diverses insultes ont été faites depuis quelque temps et à différentes époques à plusieurs personnes à raison de l'exercice du culte... qui sont de nature à dégénérer en troubles qui pourraient altérer la tranquillité publique. » C'est pourquoi il est statué que Téglise sera ouverte de 8 h. à 10 h. et de 11 h. jusqu'à 1 h. ; puis de 2 h. à 4 h. et 4 h. 1/2 à (i h. ; que ces heures serqnt allernati vement deslinces à chacun des deux ministres ( 1 ). »

Le Cuncortlat de IbUl lit disparaître ce reste do discorde et le 2 prairial an Xî, 22 mai 1803 (2). Michel-François Sèment nommé desservant de Lèves par l'Evêque, fut solennellement installé (3),

Le 15 mai précédent, le conseil s'était réuni pour faire restaurer le presbytère; voter un traitement de 6U0 francs, avec 200 fr. de supplément , et décider la vente de la grange dixmeresse dont le produit « servirait à rétablir en partye le presbytère, en partie Tégiiscet le clocher qui sont dans le plus mauvais état ».

L'acte est signé par les mêmes conseillers qui en 1793 et 1794 prenaient toutes les mesures de persécution.

Le clocher était lézardé « d*une manière effrayante ».

(1) Le s août 1800, Loui»43harlea-François Guibeit, miniatre du culte catholique, avait aussi fixé son dt^micilo à Llvts.

(2) Le 1"^ acte du 1" registre de catholicité a été rédigé par uo nommé « Fourré, prêtre, de préaent à Lèves, en l'absence et du conseatement de M. SémcAt, nonné deaiervant de S. Laiara de Lèves. •

(3j ïï V eut 2 tambours, auxquels on donna 3 francs.

ÉGLISE ET PAROIbSE

Les habitants consultés émirent en majeure partie le vœu

de conserver le clocher et de réparer la toiture de Téglise (30 juin 1803) ; les travaux étaient exécutés le 7 brumaire an XII (30 novembre 1803; et s'élevaient à 445 fr.

L'assistance des fidèles aux offices ciaii nombreuse, les places produisirent 171'. (M); les quêtes 68^20.

Le r> auùt 180i, la fixation des cures et des dessertes mit la population en émoi, et dans une longue délibération, le Conseil de la commune t'it valoir toutes les raisons en sa faveur : la population, ([ui s'élevait à 1.100 habitants, la position favoral:)le du centre religieux auquel on pouvait rattacher Gorget et Séréville. trop éloignés tie leurs chefs-lieux, le bon état de l'église et du presl)ytére, le traitement voté de ()(H) fr. dont la valeur relative alors dépasserait 18iX) fr. de nos jours : 1908).

Le vceu fut exaucé.

Grâces à Dieu, la persécution était vaincue, et la religion, victorieuse, oubliant les injures et les déprédations dont elle avait été la victime, reprenait avec amour son ministère de paix et de civilisation.

M, Sèment, né à Chartres, avait été vicaire de Neaulphele-Vieux, nSO, curé de Mondre ville en 1785 et d'Abon- • dant en 1790. Ko 1793, il avait été incarcéré à Paris et à Versailles ; en 1798, il était revenu dans sa chère paroisse. Sa nomination à Lèves le rapprochait de sa famille.

Son ministère^ fut calme et paisible ; d ailleurs au point de vue religieux les paroissiens ne semblent pas avoir été beaucoup ébranlés dans leurs convictions pendant la tourmente révolutionnaire. Ils n'avaient point cessé de re> courir aux prêtres demeurés dans la paroisse au péril de leur vie, et rares sont les actes de baptême ou de mariage qu'il eut à célébrer tardivement. Nous n'avons trouvé qu'une famille, d'ailleurs étrangère à la paroisse : celle de Gabriel-François Forestier» inspecteur des Eaux et Forêts, et de Henriette-Rosalie Drouin, qui firent baptiser, le 30 avril 1804^ leurs trois enfants Agés de 8, 5 et 2 ans*

SAINT-UUEARV DE LEVES

Le vénérable curé, malade depuis le 20 novembre 1814, • dut se faire aider par un vicaire, M. François i<edru qui signait son premier acte le 2 août 1815. Il était né à Saint- Corneille, près Montfort (Sarthe), le 8 septembre 1787 et avait déjà exercé à Epernon, à Emancé, à Luisant et à AUuyes ( 1) et avait été vicaire k Saint-Pierre de Chartre8(2) .

.De fait, M. Ledru avait toute la charge du ministère, et dès le mois de septembre signait volontiers du titre de vicaire desservant.

Le 29 septembre 1816, il donnait la sépulture à Denis Gratien, Agé de 81 ans, trouvé assassiné en son domicile è la Ravaudière.

Ce fut en cette même année que nos registres font men* tion des enfants trouvés du bureau de Josaphat : « baptisé un garçon déposé au bureau des enfants trouvés à Josaphat. »

Du 8 décembre au 31, nous en comptons 9. En 1817, il en fut déposé 116.

M. Michel-François Sèment, curé de Lèves, décédé le jeudi 5 février 1818, fut inhumé ie 7 ; M. Leclru prenait le titre de curé dès le 14 février.

(1) Adresse aux habitants de Lèves, 1835. 09 Lettre d'un habitant de Lèves, lê83.

éoLisi £T pauoisse

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