IX. — L'égliee française de Levés
M. Ledru exerça paisiblement ses fonctions depuis 1818
jusqu'à 1832.
Aucun fait ne semblait devoir attirer sur lui l'attention pu:jiii]iie Aurun {ra\.'iil de restîi u r;* tion à l'église ; il prêchait peu ; il était aime de ses paroissiens.
Mais voici qu'en cette annexe le bn. ' [ «;c répandit de son départ. La raison n'en était pas connue ; les uns prétextaient des idées politiques, cari! aimait à se tlire partisan des institutions de j uillet (révolution de 1830); il avait souscrit « pour les glorieux combattants des trois journées, avait béni le drapeau tricolore et habillé de ses deniers le tambour de la garde nationale ».
Le véritable motif, secret d'abord, fut bientôt connu: une doctrine erronée, contraire au dogme catholique (l).
Grand émoi dans la bourgade.
La politique, mise en jeu, devait conduire aux pires extrémités.
Une pétition fut signée, ou plutôt injonction était faite à TEvéque de rétablir le curé, d'ailleurs insoumis, avec menace de recourir en CBS de refus à l'Église de Tabbé Chàtel. Les journaux politiques hostiles à la religion attisaient le feu de la colère ; 3 ou 400 personnes se portèrent à Chartres conduisant à J'Ëvéché la délégation qui devait se présenter au prélat.
Des cris de menace furent poussés, le soir des jeunes gens tentèrent un charivari.
La réponse ne pouvait être douteuse.
(1) Il l'avoue lui-même dans une de srs brochurrs : Admise at;x hafiituntg de LéptM^ 1S35. Dés 1830, il adhérait aux erreurs de l'abbé Chàtel et avait coDiniencé à l«s prêcher à ses fidèles, par des voies détournées, car » le moment a'ëtftit pes encore venu de parler oavertement
SAINT-LAZARE DB LÈVES
L'abbé Langlois fut nommé à la cure de Lèves, maïs ne put être installé. L'abbé Ledru, malgré son interdit, continuait è célébrer un culte, auquel il ne croyait plus, dans l'église paroissiale, jusqu'au 22 janvier 1833 ; se résignant À peine à remettre alors les clefs au maire.
Le 26 décembre 1832, il avait commencé l'acte d'inbumation d'un M. I.emoine; il n'en écrivit que la l'^^ligne.
Aucun acte n'est inscrit dans le registre catholique jusqu'au 3 septembre 1833. En effet le peuple, qui n*était pas grand clerc, n*en aimait pas moins ce prêtre qu*il voyait depuis dix-sept ans, affable, indulgent, trop peut-être. Des souscriptions avaient été faites en sa faveur à Chartres ; à Lèves, une grange était mise à sa disposition, munie d'un drapeau tricolore, et le dimanche 27 janvier il y chantait une messe en latin car il n*avait pas eu le temps de la traduire en langue vulgaire, sauf le Domine Salvum, qui fut chanté en mauvais vers français.
Le 21 février, était annoncée l'arrivée prochaine de Tabhé Auzou, de Clichy, le rival de l'abbé ChAtel, fondateur de l'Eglise française et qui depuis s'en était déclaré l'évéque primat, par élection du peuple.
L'adhésion solennelle de l'abbé Ledru au nouveau culte n'eut lieu que plus tard, mais en attendant il publiait sa profession de foi où il condamnait catholiques et protestants, déclarant rejeter les mystères , les sacrements, le célibat des prêtres et ne plus croire qu'en sa raison.
Les esjirils s exaltèrent.
Le 12 mars, un habitant vint à mourir déclarant rester fidèle à la religion de ses pères ; le maire, M. iiarrelier, voulut faire respecter sa volonté. L'Kvèque envoya donc un vicaire de la cathédrale, l'abbé Duval. accompai;né d'un séminariste L^^s parents et voisins, partisans de l'Eglise française, résolurent de s y ojjposer. Un attroupement se fit, poussant des cris hostiles : les femmes se faisaient reïnarquer par leur nombre et leurs menaces contre les deux ecclésiastiques. Ceux-ci durent renoncer à leur mission,
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et tentèrent de s^esquiver. Ils auraient été Wctimes de leur devoir si un conseiller de préfecture, bien connu dans te pays U), ne les avait recueillis dans son cabriolet jusqu*à Chartres. — Après leur départ M. Ledru, muni d^autorisation, put imposer sa liturgie au défunt récalcitrant.
Le 28 mars, une seconde sépulture dut se faire à Champhol, et après la cérémonie religieuse le corps fut porté au cimetière de Lèves.
Le il avril, l'abbé Auzou vint pendant trois jours faire des prédications à l'église française. A cette occasion les dames avaient offert à M. Ledru une ceinture aux trois couleurs « dont il s'est empressé d'orner son vêtement de pr^^tre ».
Cependant Mon.sei{TneurrEvt'(iue avait nommé M. l'abbé Dallier, curé de Lèves ; son instnMation devait avoir lieu le 28 avril. Pour prévenir des troubles, faciles à prévoir, le préfet s'y rendit, avec le général du 4' régiment de chasseurs, à la tête d'un escadron, et le connmandant de lagendarmerie avec une escouade de gendarmes.
L'église était fermée, les serrures remplies de graviers. Un serrurier, Chevallier, fut requis pour ouvrir les portes, mais effrayé par les menaces des femmes qui barraient ' l'entrée du temple, il s'enfuit, emportant les clefs.
Le préfet manda de Chartres le procureur et son substitut pour verbaliser. Dans l'intervalle, Tabbé Ledru, sortant de sa grange, était acclamé, et la foule s'était considérablement augmentée. Le préfet et le procureur furent accueillis par le chant de la Parisienne et de la MarseillaUe, par des cris injurieux et des menaces. Il n'y avait plus qu'à recourir à la force.
Un nouvel escadron de chasseurs fut mandé, ainsi que des ouvriers serruriers pour ouvrir les portes. La nouvelle s'en répandit dans la foule, qui furieuse, élève pré-
(I) L'abbé DuTs) fut Mwi à la gorge et fort malineaé ; U. le maire fut Mené grièrement,
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cipttamment deax barricades aux deux bouts de la rue de l'Eglise, et s'approvisionne de pierres. Des hommes montent au clocher et sonnent le tocsin. C'était la révolte.
Les gendarmes occupent la route des Grands-Prés, les soldats la route de Paris. Le général essaie de parlementer, et reçoit une pierre à la téte» les soldats ont l'ordre de marcher en avant, le sabre et la lance à la main. Une lutte assez vive s'engage, le sang coule, et les pierres qui pleuvent ,sur les soldats les forcent à reculer. De guerre lasse, le préfet, ne voulant pas .ordonner le massacre, se retire avec toute la troupe, pour revenir à Chartres, laissant, par un fatal oubli, l'abbé Dallier et le séminariste qui l'accompagne sans défense à la mairie.
Exaltés par leur victoire, les révoltés enfoncent les portes de ce refuge, s'emparent d'eux et les maltraitent. Ceux-ci se trouvent bientôt dans une situation des plus critiques. Deux femmes prennent l'abbé Dallier chacune par un bras, et ne l'ont point quitté jusqu'à Chartres, une truisièmc les précède frcippanl ses sal)uts comme des timbales. On criait à l eau, le prêtre lui Irappé à la tète et reçut bien des coups prntinnt le trajet. On lui mit à la main un bàiua, orne de rubans rouges ; mais un homme fort et robuste, nommé Girard, se fit son protecteur et empêcha un malheur irréparable.
Le séminariste, M. Auzerai, ne fut pas moins maltraité. On lui mit une calotte rouge sur la tèle et il dut pa\'er des gâteaux ') ses conducteurs, mais un nommé Leguay le préserva de son mieux.
La foule, à son arrivée à Chartres, s'accroît considérablement, et r ien ne s"o{)posaT\t à son passage, [pénètre dans; l'évèché ; en quelf[ues minutes, les vitres, les glaces, les pendules, le billard, une calèche et autres meubles sont brisés. L'évéque, heureusement, était à la Cathédrale.
Enfin, les chasseurs remontent à cheval et mettent en fuite la foule massée devant le palais. Le capitaine des
éoUSB KT PAROtSSfi
▼oUigeurs reçoit à la joue un coup de pierre qtiî lui fait une blessure profonde.
Avec la nuit, le calme se rétablit.
A Lèves, le trouble avait suivi son cours. L*adjointi M. Gougis, à défaut du maire, qui n'avait pas osé paraître, n'avait pas craint de seconder les efforts du préfet, et de faire aux émeutiers les trois sommations légales ; il faillit devenir la victime de son devoir. Les émeutiers envahissent sa maison, deux femmes le saisissent par sa redingote, le renversent à terre; fl reçoit à la tête un coup de pierre qui lui fait une blessure assez grave, on le traîne dans la rue; il parvient à se cacher chez une voisine, la femme Mauger, mais il est bientôt découvert et frappé ; il eut à souffrir les plus mauvais traitements.
La maison d'école elle-même .subit les plus grands dégâts.
Telle fat cette terrible journée du 28 avril. 50 personnes furent comproniise.s ; 12 comparurent en simple police et furent condamnées à 5 mois de prison. 32 passèrent aux assisses le 1" juillet. IMusi* u s t i.iient connus par des surnoms restés encore dans le souvenir.
Citons les plus étranges :
Louis B... dit Cifron, Henri B... dit Ch»t-Blûnc, François Florent dit Goardon, François S... dit Loatou, Charles C... dit Bombane«^ François Denis dit Rognon^ François dit Beàuvêntrt^ L... dit Saint-Afrique^ R... dit Ltpâpe, Jeanne dite CsriuiM/, Louis dit BMCehui et maints autres.
La population avait eu à subir une véritable occupation militaire. Comme une ville prise d'assaut, chaque habitation avait été « surchargée » de soldats à loger et à nourrir^ parfois au nombre de 7 ou 8. D'autre part, les gens de Lèves étaient l'objet de bien des railleries de la part des pays voisins, on leur demandait du Baume de Fier-à-bras, de l'onguent Mîton-Mitaine, etc. ; n'avait-on
ikH SAINT I.AZABE DE LÈVES
pas publié même un poème burlesque qui les rendait la risée de tous?
A la longue, les esprits s'étaient calmés. Un prêtre catholique M. Forges, avait été installé et exerçait sans difficulté son ministère.
A toutes ces circonstances qui devaient influencer Tesprit des jurés, vinrent s'ajouter les dépositions des deux ecclésiastiques qui avaient le plus soufiert de Témeute. « Elles furent pleines de modération. L'abbé Dallier déclare qu'il ne connaît que deux personnes et il est heu* reux de les connaître, car dans sa conviction, il leur doit beaucoup d'obligations. » L'abbé Auzerai affirme « qu'il doit remercier Louis dit Bacchus de l'avoir i;araaU de mauvais traitements ». Les principaux inculpés ainsi défendus ne puu . aient être condamnés et l'acquittement était assuré pour tous. Après un débat de ,'-{ jours la sentence fut prononcée le 3 juillet, les accusés furent rendus à la liberté, sauf Sébastien Loulou pour outrages bien constatés au commandant.
Quelques j^mrs j)ius tard, les douze condamnés du tribunal de police voyaient leur appel à Versailles obtenir une réduction de peine de 5 mois à 3 mois, avec le bénéfice de la prison [)réventive. C'était aussi la liberté'
Pendant quelques temps les esprits furent inquiets. Une vive polémique s'en^^ngea entre le prêtre insoumis, hérétique ou plutôt renégat, et .ses confrères. Des brochures, trop nombreuses peut-être, furent publiées. Voici la liste de celles que nous avons recueillies.
1' Profession (le f m' île l'église française catholique et apostolique de Lèves, (8 pages, in S\ dotée de Paris, le 20 janvier 18133). — Imprimerie Garnier fils, Cliartres, place des Halles.
2" Voici ce qui vient de p.T retire ! du l'admirable et fUperbe profession de foi rédigée par M Ledru. Signé : F. L. (8 pages Versailles, imprimerie de G. C. Vitey).
3* Lettre da carê de Mûinvilliers près Chartres f à M. Ledru ^ fon-
SAINT-LAZARE DE LEVES
É.GLISE ET PAHOISSE
dxtenrde t église française dê Lèw», en réponse à U profession de foi de t église frMnÇMiêe.
Signé : Ph. i^ambert, curé de Mainvtlliers, 30 janvier 1833.
(14 pages^ io-S^. Chartres, imprimerie La balte, 1833).
4* Lettre du enr4 de Voves, en réponse à l'appel aux prêtres conseieneieox fait par M. Ledra, fondateur de l église française de Lèves, adressée an mime M, Ledm^ pur teutear.
Signé : Timon, curé de Voves, le 12 février 1833.
(16 pages, iii-8*. Chartres* imprimerie Labalte, 1833).
5" Lettre «fan habitant deLèves^ à if. tabbé Ledra^ ci devant prêtre eatkotiqae'apostolique-romain e( maintenant evré^holique français*
Signé : T. S. 18 février 1833. <
(18 pages, in-8o. Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
Elle fut attribuée à M. Bouvet, ancien maire de Chartres, faabi* tant alors à Séchecote, commune de Champhol, qui s'en défendit.
6^ Lettre d'an paroissien de Lèves à son curé. Signé: A.. 21 février 1833.
(22 pages, in-S". Chartres, imprimerie Labalte. 1833).
7* Réponse à tappel de M. tabbé Ledru^ ei-devant curé de Léves^ relativement à sa profeuion de foi par une ancienne connaissance.
Signé : A..
(47 pages, in^8'. Chartres, imprimerie. Labalte, 183J).
8. Lettre de M. Ledru au curé de MainviUiert. (Citée dans le n** suivant).
9" Leitrc du curé de MainrilUers aux prêtres de Clichy, Héplique aux inveclives de l église françaiAe.
Signé : Ph Lambert, curé de Mainvilliers, 15 avril 1833, ';^23 pages, in-S". Chartres, imprimerie Labalte, 1833).
10" Discours prononcés dans la cathédrale de Chartres au sujet du schisme de Lèves.
(32 pages in-8". Paris, imprimerie d'Adrien Le Clère et G" , quai des Augustins, n" 35, 1833).
'1* Discours, p. 1 à 15 — 2" Discours, pages 16 à 32).
11» Lellrc fi.istonile de Monseigneur VEvêque de Chartres (au sujet du schisme de Levés).
Datée du 12 mai 1833.
(16 pages hi 8*. Par», imprimerie A. Le Clère, etc. 1833).
SAII'fT-l.AZARe DB LEVES
12* Is (Uithioliqu0 Fnaçt^ig, ou la Betigion de U Raisom ■ (Brochure paraissant tous les dimanches. — Paris, PrévM, libraire éditeur, rue J.-J. Rousseau, n'^ô. — Mansut, libraire, rue de TEcote de Médecine. — 1833, imprimerie d'Auguste Mie).
Page 78 (n"5 janvier JSiiS). annonce d'une église française à Chartres, (lise? : r.èves). page 186 (n» 12, mars 1833), mention de l'Emeute 4u 28 avril, à Lèves.
IS" Bon Paslettr, journal de l église de Clichy, le 3 contient une lettredeM. Ledru par laquelle il adhère à la doctrine de cette secte, sauf quelques réserves. (Cité dans le n*' 15, cidessous, page 11).
14* L» Léviade; poème catholique français, apostolique romain. (Elle parut le 23 mat 1833. {U Gtmneur), (In<â*, 40^X11 pages). Chartres, imprimerie Gamier, 1833.
15* Adre$*e mx habiUnU de la commune de Lèves, par F. Ledru, (20 pages in>8*, Chartres, imprimerie Gamier, 1835).
16° Extrait de la Liturgie de la nouvelle étjlise chrèlienne de Lèves (12 pages in-12. Chartres, imprimerie Gamier, 1835).
17* Ufurgîi' de lu nouvelle c'jlisc arinorici'e et styni/iée dans VApocalypsf pur Ih. Xoui-eUe Jérusalem, ln-12 de LII-3U2 pages, suivie du Supplément à la Liturgie de la nouvelle église^ etc., in-12, 31 pages.
(Chartres. imprimerieGamîer, 1836. A Chartres^ches Landry. A Lèves, chex le ministre de la nouvelle église. Paris, Treutxel et Wintx, rue de Bourbon, 17).
18° Les journaux de Chartres : Le (Uancur et le Xouvelltste. et le Nuuveau Journal prenneiu part en sens divers a la polémique et suivent au jour le jour les événements ; surtout les phases du procès des émeutiers.
Les registres de -la paroisse font toucher du doigt le mouvement de défection qui s'était produit dans la population.
En 1834, il y eut :
14 naissances. 3 baptêmes.
33 décès, 6 mariages.
11 sépultures.
3 mariages.
ÉGLISE KT PAROISSE
1835 9 naiuaDces.
5 baptêmes.
27 décès,
9 sépultures.
12 marîsfftis.
5 mariages.
1836 14 naissances.
13 baptêmes (dont 5 d'enfants
trouvés).
22 décès.
5 sépultures.
12 mariages.
9 mariages.
1837 19 naissances,
2(> baptêmes (dont 3 d'enfants
trouvés).
51 décès.