‹ Archives entomologiquesChapitre 158 sur 231 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

Le 4 septembre 1857, je me rendis chez M. Samuel Stevens ''^ avec l'intention de faire quelques empiètes entomologiques pour ma collection. 11 ne sera pas inutile de dire en passant que ce naturaliste possède aujourd'hui le monopole des insectes les plus remarquables, qu'il vend généralement à des prix moins élevés que ceux qu'on achète en France, et sans les fabriquer ou leur imposer des noms inédits de sa création, système aussi fâcheux que ridicule, contre lequel je me suis déjà élevé autre part '^^. La plupart des marchands d'insectes se fournissant chez M. Stevens,

(1) Natural History and General Agent, 24, Bloomsbury Street, Londres.

(2) Monog. des Cicendélides, vol I. p. 25. Voici ce (jue j'ai dit à ce sujet : « Chacun sait que les marchands d'insectes, n'ont, en créant des espèces, d'autre but que celui d'élever le prix de leui-s denrées entomologiques, c'est-à-dire d'augmenter en proportion les dépenses des amateurs et d'embrouiller la synonymie. Ce système étant très fâcheux, je conseille fortement à ces derniers de rejeter tous les noms inédits d'espèces soi-disant nouvelles, qu'on leur vendra. Ces noms, suivis tantôt de celui d'un eniomologiste connu, pour leur donner plus de valeur mercantile, tantôt d'un Mild grotesque, que la vanité la plus ridicule voudrait, malgré les usages et les lois de la probité, imposer au monde scientifique, ont, en effet, le grave inconvénient de troubler l'amateur ou le monographe travail!anl sur les collections, et souvent même de le dérouter complètement. Pourquoi ces priicndus .savants ne se contenleni-l-il pas de la fabrication des bisectts, de lu préparation des rats pinçant do la guitare, et des grenouilles tirant l'épée? »

les entomologistes et les amateurs ont dès lors le plus grand intérêt à suivre l'exemple des premiers.

Je terminerai par où j'aurais dû commener, en disant que j'ai acheté chez M. Stevens un grand nombre de belles espèces, dont la plupart étaient nouvelles.

Le soir même, j'ai rendu visite à M. le docteur Baly, qui demeure 12, Southampton Terrace, Kentish-Town, et possède une fort belle collection de Chnjsomélides. Cet entomologiste, qui est l'auteur de plusieurs monographies sur cette intéressante famille, s'occupe en ce moment d'un grand travail ssr les Hispites. J'ai vu dans sa collection deux genres voisins des Aluntm propres à l'Asie orientale, provenant de M. Wallace.

M. Baly m'a fait observer que l'insecte publié par moi sous le nom de Octockdiscus flabellatus, Rev. et Mag. de zool. 1856, p. i80, pi. 2/i , fig. G, avait été déjà décrit par M. Guérin, Icon. du R. An., p. 284, sous celui de Calocladaflabellata; mais ce dernier auteur n ayant pas donné une diagnose du (jenre en question, le nom d'Octochidisais doit prévaloir.

Le lendemain, je n'ai pas été assez heureux pour rencontrer (Royal Exchange, Lloyd's oflice), M. Wilson Saunders, qui était absent. En revanche, j'ai pu voir chez M. Stevens (3, Clapham road, Kennington) , les collections particulières de MM. Wallace et Bâtes. La première renferme un très grand nombre d'espèces nouvelles, principalement parmi les Carabides, les Curculionides et les Céranibycides, ainsi qu'une variété à taciies très rouges de la Batocera Victoriana (Arch. Ent. I, p. 23, frontispice) , et une autre variété à taches jaunes de la B. 8-maculata. La collection de M. Bâtes est également fort belle.

Le dimanche matin, j'ai vu celle de M. Tatum (3, Georgestreet, Hanover square) , se composant uniquement des familles de Cicindélides et de Carabides, et qui est surtout très riche en espèces des anciens auteurs. Cette collection renferme un exemplaire de

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Y Eiiryinorpha cijanipes Hope, dont les élytres m'ont paru ne pas (Mrp soudées; il serait possible dès lors que cette espèce fût ailée, ([uoi qu'en ait dit M. Hope. Dans tous les cas, elle est parlaiteuient distincte de YE. Monf/leli Fairmaire, Ann. Soc. Ent. 1850, p. 95.

Ayant eu occasion de visiter les jardins zoologiques de Regcnt'l)ark, j'ai observé que les insectes y sont représentés par un Dijtisnis latissiimis, renfermé dans une caisse en verre.

Lundi matin, je fus reçu au British-Museum par M. Adam White, qui s'empressa, avec beaucoup d'obligeance, de me montrer les belles collections entomologiques de ce grand établissement, et notamment les Cicindélides et les Cérambycides. Ces collections sont superbes, et renferment des espèces de la plus grande rareté, parmi lesquelles je remarquai surtout les suivantes : Tetmcha australaiiœ Hope, Nouvelle-Hollande, apparemment voisine de la T. h-signata. Cet insecte est ailé, et a quatre taches sur les élytres, qui sont largement bordées de même couleur; C. Hamiltoiiiana White, Madras ; subcylindrique, allongée, verte, au labre grand et bombé, avec deux bandes jaunes longitudinales sur les élytres; C. shiva Pai'ry; C. Dejennii Hope; le beau genre Psalidocoplus White, qui est aptère et voisin des Psalidogiiathus, etc.

J'ai vu également au British Muséum l'insecte ? sur lequel M. Waterhouse (Mag. of Nat. Hist. Mém. Séries I. p. 158, n° 1, pi. 62, 1837) a fondé la Mantkora latipennis, et j'ai constaté, avec beaucoup d'étonnement , qu'elle est identique avec la .)/. Scabra de Klug (Linn. Ent. li, p. 420, pi. 1, fig. 3 et k, 1849 . Ce dernier no métant postérieur à celui donné par M. Waterhouse à l'espèce actuelle, doit donc disparaître. Quant à l'espèce désignée par moi (Monoç]. des Cicindélides, vol. 1, p. 7 et 8) sous le nom de M. latipennis Waterhouse, je lui ai substitué celui de M. mijcjaloides Thomson (Mon. des Cicind. I, p. GG).

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A la séance du hiiuli soir 7 septembre de la Société enfouiologique de Londres, je fus heureux de rencontrer Westwood, son président, et MM. Waterhouse, Jansôn, Sheppard, Baly, Pascoe, etc. La séance ayant été ouverte à huit heures et demie. M. Stevens montra un exemplaire magnifique du Megnlosoina Mars Reiche, provenant de M. Bâtes, qui l'a pris sur les bords de l'Amazone, ainsi qu'une boîte de Coléoptères recueillis à Célèbes par l'infatigable M. Wallace. La séance fut levée à dix heures.

Le lendemain, je me rendis chez M. Warwick, naturaliste (23, New Street, près Surray Zoological Gardens), avec l'intention de lui acheter les Coléoptères de sa collection entomologique du Sylhet. Celle-ci se compose de SO à 100 cadres, dont 15 de Coléoptères, renfermant 4 ou 5,000 individus. Le prix de cette collection entière est fixé à 200 1. ster. (5,000 fr.). Malgré toutes les oITres que j'ai pu faire à M. Warwick, il a refusé de me montrer au delà de quatre cadres.

Je me suis rendu chez M. Pascoe (Fern Lodge,Campden Hill, near Percy villas, end of Scheffleld Terrace) , dont la demeure est assez difficile à trouver. Cet entomologiste s'occupe particulièrement de Cérambijcides, sur lesquels il a déjà publié des travaux importants. Sa collection, qui est fort jolie, renferme aujourd'hui un certain nombre de types que M. le professeur Lacordaire devra consulter lorsqu'il établira, sur une base nouvelle, la classification de la famille précitée. Cette collection renferme également le genre Psalidocoptus.

M. Pascoe décrit en ce moment les Cérambijcides nouveaux rapportés de l'Asie orientale par M. Wallace.

Grâce au chemin de fer, Oxford n'est plus qu'un faubourg de Londres, et j'ai pu, dans le bref espace de deux heures, franchir les vingt lieues qui séparent la collection Hope du public entomologique do Londres. Cette collection, très riche en espèces

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des anciens auteurs. qM déposée provisoirement dans le l)àliment de'Paylor's Inslitule. et vient d'être confiée à la garde de M. Wcstwood, qui a bien voulu me la montrer. J'y ai remarqué les espèces suivantes : Cicindda Horsfieldn Hope, qui est noire; labre grand, bombé; deux taclies rondes, jaunâtres, après le milieu de la longueur des élytres; C. Erichsonii, voisine de C. Vigorsii; Tetrarha aiistiahisiœ (3 individus^ ; Collyris (jrandis, le géant de ce genre, noir avec les pattes brunes. Un individu c? du Goliathus giganteus; Batocera rubiginosa Drapiez; Ceroslenm SolUi, Stanlegana, Cnmmingii llope-^ Phosphortis angolator ¥ab.: Ceroplesis molator ; Luwia mormorator Fab. , etc.

La collection particulière de Wcstwood, qui renferme un grand nombre d'espèces remarquables, entre autres le plus grand Hyppoccphahts annatus que je connaisse, et quarante espèces de Pattssus, sera fondue prochainement dans celle de Hope.

11 m'a été impossible de voir la collection entomologique de fEast India Ilouse, ce musée étant fermé pendant tout le mois de septembre.

Arrivant à parler de la manière dont les entomologistes anglais conservent et arrangent leurs collections, je dirai qu'elle laisse à désirer. Les tiroirs vitrés qui renferment ces collections sont très gênants pour l'étude des insectes, et ceux-ci, généralement graisseux, sont piqués au bas de courtes épingles. Le coup d'œil qui en résulte n'est donc pas très flatteur, mais pourrait être facilement corrigé à l'aide d'un peu de goût, et de Benzine Colas.

En terminant ce récit, je ne puis m'empêcher de remercier mes collègues de la Société entomologiques de Londres de leur accueil amical, dont je conserve le meilleur souvenir, et pour lequel je les prie d'agréer mes remerciements sincères.

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